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HANS LIMON LA VEILLÉE Illustration : Néro Publié dans la Collection Freyja,
Dirigée par Hannah Stazya
© Evidence Editions 2017
TABLEAU I Un appartement quasiment vide. Murs blancs. Lumière éclatante. Une large porte côté jardin. Au centre, un grand lit, sur lequel on a déposé un cercueil, ouvert, qui laisse apparaître le corps de Frantz. Autour de lui sont assises Séverine, Margaux et Christelle. SÉVERINE C’est ce qu’il voulait. Pas de famille, ni d’amis. Nous, simplement. Pourquoi ? CHRISTELLE Parce qu’on l’a aimé. MARGAUX Parce qu’il nous a aimées. SÉVERINE Prétentieux, égocentrique, jusqu’au bout. CHRISTELLE Non, terriblement sensible. MARGAUX À fleur de peau. SÉVERINE C’était prévisible. CHRISTELLE Quoi ? SÉVERINE Sa mort. MARGAUX Oui. Inévitable. SÉVERINE C’est sa maladie qui l’a tué. MARGAUX Ses douleurs, ses craquements. CHRISTELLE
Il n’a pas osé m’en parler tout de suite. Il voulait être apprécié pour lui-même. SÉVERINE Il détestait la pitié. MARGAUX Il détestait faire pitié. Mais il avait bon cœur.
SÉVERINE Un cœur d’artichaut. Il tombait amoureux de tout ce qui de près ou de loin s’intéressait à lui. CHRISTELLE Il n’a pas supporté mon abandon. MARGAUX Il n’a pas supporté mon départ. SÉVERINE Il ne m’a pas supportée ! Il m’a quittée. Et pour qui, dites-moi ? Une étudiante ! MARGAUX Pardonnez-moi. CHRISTELLE Ne t’excuse pas. C’est après ton départ qu’il s’est rapproché de moi. SÉVERINE De l’étudiante à la femme mariée ! Un vrai Don Juan , n’est-ce pas ? Et le voilà mort ! Et avant de mourir, Don Juan a pris la précaution d’aller chez le notaire et de « solliciter » notre présence lors de sa veillée mortuaire. En vérité, Don Juan voulait reposer auprès de ses trophées. Et on est venues. On n’était pas obligées. Et on est venues. Pourquoi ? CHRISTELLE Parce qu’on l’a aimée. MARGAUX Parce qu’on l’aime. SÉVERINE Certainement pas. Pur respect des morts. Rien d’autre. Pour moi en tout cas. MARGAUX C’est sa pensée qui l’a tuée. Son cerveau, ses idées. Il avait trop d’idées. SÉVERINE Ses manies, sa folie. CHRISTELLE Ses rêves démesurés. Il était trop artiste. C’était mon Apollinaire.
MARGAUX Ses obsessions. L’ambiguïté du langage le faisait souffrir. CHRISTELLE C’est vrai. SÉVERINE C’est vrai.
MARGAUX Je me souviens. Il pouvait passer toute une journée , l’esprit bloqué, figé sur une expression, un mot à double sens. Il s’en rendait m alade. Et il finissait toujours par me dire, à peu près : « Pourquoi je me fatigue comme ça? Les autres ne décortiquent pas ce qu’ils lisent. Pourquoi moi? J’aimerais devenir un imbécile, lâcher prise, vivre dans la pure affirmation. Je me ruine la santé. » SÉVERINE Et ça ne l’empêchait pas de recommencer le lendemain. CHRISTELLE C’est son idéalisme qui l’a tué. En politique, en littérature, en arts. MARGAUX Il n’a jamais accepté la réalité. SÉVERINE Trop blessante pour lui. CHRISTELLE Trop impure. SÉVERINE Il a trop lu Victor Hugo. Il s’est gonflé de belles idées, et ces belles idées ont éclaté, crevées par les ronces du réel. Il a fini par en éclater lui-même. MARGAUX Écartelé entre Hugo et Schopenhauer. SÉVERINE Il a fini ses jours comme un personnage de Zola. CHRISTELLE Misanthrope, misérable. MARGAUX Mis à l’écart. CHRISTELLE Mis au ban.
SÉVERINE Par lui-même. CHRISTELLE Excommunié. SÉVERINE Juge et condamné. CHRISTELLE Il détestait ce monde. MARGAUX Mais il aimait la vie. SÉVERINE Comme un pendu aime sa corde… MARGAUX Je ne vous permets pas! Vous êtes inhumaine! Il avait raison! SÉVERINE Moi inhumaine? Il m’a battue! Il m’a humiliée! Il m’a réduite à l’état de larve, dégoûtante, inutile! Il a fait de moi un tas de ruines, une honte rampante! J’ai tout abandonné pour lui! Ma famille, mes études! Il m’a battue! Il m’a humiliée!
MARGAUX Pas moi. CHRISTELLE Pas moi. Il avait sûrement ses raisons. SÉVERINE Ses raisons? Mais penchez-vous un peu! Penchez-vous! Je ne savais pas qu’on était en train de veiller un saint! Vous vous attendez probablement à voir son visage sourire et baigner tout à coup dans...
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