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Claîre Mercîer
LA CINÉFABLE TRE DRAME ET RÉCIT
Antimanuel de scénario
P Le arti pris du cinéma essai
LA CINÉFABLE ENTRE DRAME ET RÉCIT
Collection « Le parti pris du cinéma » dirigée par Claire Mercier
ESSA ISON OGR A PHIES M ÉFA BLES CIN
Entre objectivité et subjectivité, entre récit et drame, entre œuvre et marchandise : mort ou métamorphose du cinéma ? Nous publions desessaisque ce terme unit dans une ambiguïté parce féconde la critique et les cinéastes. Desmonographies parce qu’on peut imaginer un temps où, le cinéma disparu, les films ne subsisteront que par les descriptions vivaces qui leur auront été consacrées et qui, déjà, en donnent une image. Nous publions aussi des scénarios et plus largement des textes qui ont pris place dans le processus de production descinéfables. Parce que de projet de film qu’il était, le scénario tend lors de chaque projection du film à redevenir fluide et à aller se déposer ailleurs… Chaque auteur de la collection s’aventure personnellement à interpréter ce que peut être Le parti pris du cinéma.
C o m i t é de l e c t u r e :
Guillaume Bourgois, Jean Durançon, Dominique Laigle, Suzanne Liandrat-Guigues, Arthur Mas, Claire Mercier, Bruno Meur, Martial Pisani, Pauline Soulat
Claire MERCIERLA CINÉFABLE ENTRE DRAME ET RÉCIT Anti-manuel de scénario
Dans la même collection Virginie Fermaud,L’être-vu, 2017. Lana Cheramy,Maraudes, 2015. Patricia Yves,Le cinéma, un art imaginaire ?, 2015. Anielle Weinberger,Les Liaisons dangeureuses au cinéma, 2014. Anielle Weinberger,Le danger des Liaisons, 2014. Aurélia Georges, Élodie Monlibert,L’Homme qui marche, 2013. Robert Bonamy,Le fond cinématographique, 2013. Suzanne Liandrat-Guigues, Jean-Louis Leutrat,Rio Bravo de Howard Hawks, 2013. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11393-7 EAN : 9782343113937
1 « Aristote, c’est sûr, aurait adoré le cinéma. »Comment commencer ?
« Et tu ne commenceras pas ainsi, 2 comme autrefois un poëte cyclique […] »
Pour le scénariste qui choisit d’inscrire sa fable dans une poétique classique, comme pour le philosophe, le commen-cement est capital, car qui commence commande. Commence-ment se dit en grecarkè(χç,ï»(å)) et signifie « ce qui est en avant » : d’oùA. Commencement, I. Origine ; quelle fut l’origine d’une querelle, celle de l’exécution d’un assassinat ? – Le début du « drame » prime : comment l’affaire avait-elle commencé ? Nous mettrons le concept de « drame » entre guillemets tant que nous ne l’aurons pas défini clairement. Le substantif « drame » et l’adjectif « dramatique » ont, en effet, tant dérivé que leur usage actuel constitue souvent presque un contresens par rapport à leur signification originale. Ion 3 Omesco, dansLa métamorphose de la tragédie souligne à pro-pos du terme de « tragédie » que l’usage inexact et affadissant qui rend équivalent « grand malheur » et « tragédie » n’est pas sans influencer à la longue celui des clercs. Si un « drame » 1 Gérard Genette,Métalepse, Seuil, 2004, p. 94. 2 «Nec sic incipies, ut scriptor cyclicus olim[…] », Horace,Ad Pisones, vers 136, trad. littérale de E. Taillefert, Paris, Hachette, 1900, p. 19. 3 Ion Omesco,La métamorphose de la tragédie,Paris, P.U.F., 1978, pp. 23, 24.
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équivaut actuellement pour nombre de personnes à un événe-ment malheureux, grave ou triste, et que dans le même sens « la dramaturgie » est confondue péjorativement avec l’art de monter une vétille en épingle, le drame et l’art dramatique dé-signent dans leur emploi premier l’apparition inouïe d’un art nouveau, c’est-à-dire d’un nouveau mode de présence de la poésie, mode aussi bien tragique que comique. Dans la même perspective, il semble bien queLa Poétiquesoit la d’Aristote première, et peut-être indépassable, réflexion analytique et prescriptive sur le « drame », sur l’art de la composition de celui-ci, c’est-à-dire la constitution de la première « drama-turgie ». Alors, quelle a été l’origine du « drame » ? Il s’agit de jeter là les fondations de l’histoire ou de la fable, en grec le muthos(π ¥¢»), de construire à l’action qui, « drama-tique », va se déroulerici et maintenant sous nos yeux et à portée de notre oreille, un terrain d’enracinement. Il s’agit d’adjoindre à l’action se développant un passé qui, à la fois, sera passé (avant) et pourtant extrêmement présent (en tête, avant tout), un passé saillant, blessant, non refermé. Commencement, II. Point de départ,d’oùbout, extré-mité. La corde tendue des faits commencera là, à cette extrémi-té, par cet événement qui, précisément et justement, est une brisure, une solution de la continuité écartant irrémédiable-ment tout ce qui précède de tout ce qui suit – deux morceaux (de vie) ne pourront plus jamais se rejoindre ? ;fig. principe et fondement. Quels sont les principes et les fondements des actions qui constituent la suite des faits : quelle est la cause qui non seulement engendre le « drame » mais ne cesse de l’irriguer,le sujet-objet? ; du « drame », presque sa matière par ext.total, récapitulation. Tout est dans le commence-ment, recommençons pour mieux comprendre ! Maisarkè signifie aussiB.Commandement, pouvoir, autorité. Le commencement du « drame » aura-t-il autorité
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sur toute la suite ? Certainement, au sens où maintenant l’histoire peut commencer. Le commencement d’un « drame » recouvrirait donc trois éléments différents : le passé de l’action, le début de l’action, et le fondement de l’action (ce qui en constitue le fond). Prenons, par exemple,Ajax,la tragédie de Sophocle. 1.Le commencement d’Ajaxau sens du passé de l’action coïn-cide avec une construction très complexe, à laquelle le spectateur accède seulement progressivement et rétros-pectivement. Il lui faut, en effet, quasiment le restituer lui-même, recomposer ce passé à partir d’indications données çà et là au cours des dialogues. Il s’agit d’un feuilleté temporel qui comprend a)un passé immédiat : Ajax vient d’être saisi d’une folie meurtrière ; b)un passé proche: l’attribution – fraudu-leuse ou imméritée, on ne le saura jamais avec certitude, le doute est maintenu en tant que tel – des armes d’Achille, par les chefs Grecs, les Atrides ou les Atréeides, non à Ajax mais à Ulysse, son rival, a aigri le vivant bouclier de l’armée grecque, Ajax, le guerrier le plus valeureux après Achille ; c)un passé intermédiaire : lors d’un combat, alors que la divine Athéna excitait Ajax contre l’ennemi troyen, celui-ci osa apostropher la fille de Zeus en lui criant qu’il n’avait pas besoin de son aide et qu’elle aille plutôt encourager les autres ; lors d’un autre combat, Hector fit don de sa propre épée à Ajax parce qu’il n’avait pas réussi à triompher de lui, ni Ajax d’Hector : ce présent du héros troyen, ennemi des Grecs, déclencha à l’égard d’Ajax, le colosse de Salamine, la méfiance de ses pairs ; d)un passé lointain: Ajax avait eu une attitude insensée au moment du départ pour la guerre de Troie lorsque, fou d’orgueil, le jeune homme avait prétendu, devant son père, le vieux Télamon au caractère difficile, triompher sans l’aide des dieux. 2.Le commencement de l’action recouvre aussi ce point de rupture que constitue la bouffée délirante sur laquelle le « drame » de Sophocle s’ouvre : Ajax, fou à lier, a pensé, seul,
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