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Le Land Art... et après

De
106 pages
"Tout artiste qui travaille dans la nature n'est pas un land-artist et ne s'intéresse pas nécessairement au paysage" (G. Tiberghien). Après le Land Art des années soixante, de nombreuses pratiques plastiques - nées de recherche en relation avec la nature - voient le jour : ce sont des oeuvres géoplastiques. L'hétérogénéité de ces oeuvres et expérimentations est immense. Ce livre donne des repères pour les identifier et propose des exemples aussi variés que possible pour tenter de mesurer l'étendue de leur diversité.
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Le Land Art... et après

L'Art en bref Collection dirigée par Dominique Chateau et Agnès Lontrade
Publiée avec la participation du centre de Recherche sur l'Image et de l'Université de Paris l Panthéon Sorbonne

A chaque époque, le désir d'art produit non seulement des œuvres qui nous éblouissent ou nous intriguent, mais des discussions qui nous passionnent. L'art en bref veut participer activement à ce débat sans cesse renouvelé, à l'image de son objet. Appliquée à l'art présent ou passé, orientée vers le singulier ou vers le général, cette collection témoigne d'un besoin d'écriture qui, dilué dans le système-fleuve et engoncé dans l'article de recherche, peut trouver à s'épanouir dans l'ouverture et la liberté de l'essai. A propos de toutes les sortes d'art, elle accueille des textes de recherche aussi bien que des méditations poétiques ou esthétiques et des traductions inédites. Dernières parutions

Jean-Yves MERCURY, La chair du visible. Paul Cézanne et Maurice Merleau-Ponty, 2005. Pierre FRESNAULT-DERUELLE, Le silence des tableaux, 2004. Alexandre CASTANT, La photographie dans l'œil des passages,2004. Jean-Claude LE GOUIC, L'Art du semis, 2003 Suzanne LIADRAT-GUIGUES, Cinéma et sculpture, un aspect de la modernité des années soixante, 2002. Virginie-Alice SOYER, Le Muséum des curiosités imaginaires, 2002 (hors série). Michel CONSTANTINI, L'image du sujet, 2002. Luca GOVERNATORI, Andreï Tarkovski, l'art et la pensée, 2002. Alain CHAREYRE-MÉJAN, Expérience esthétique et sentiment de l'existence. Antoine HATZENBERGER, Esthétique de la cathédrale gothique. Françoise ARMENGAUD, Anita Tullio: Les folles épousailles de la terre et du feu.

Franck Doriac

Le Land Art. .. et après
L'émergence d'œuvres géoplastiques

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino IT ALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

- RDC

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

(Ç)L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9399-1 EAN : 9782747593991

Introduction

Quatre décennies après le Land Art, cette étude souhaite faire le point sur les pratiques plastiques de certains artistes engagés dans des recherches ayant un rapport avec la

nature, sanspour autant qu'ilssoient des landartists.
J'ai pu constater que depuis le début des années soixante, les questions mettant en relation l'art et la nature sont à l'origine de la création de beaucoup d'artistes et qu'il existait deux catégories de créations dans la nature et d'interventions sur elle. La première catégorie concerne les pratiques des artistes américains du Land Art qui ont marqué notre appréhension du paysage, de la nature et plus généralement notre rapport à la terre: ces artistes font des œuvres monumentales qui laissent des traces dans la nature. La seconde catégorie comprend les artistes (plutôt européens) qui privilégient des actions discrètes et douces dans la nature, optant pour des actes moins spectaculaires. Toutes les actions et œuvres issues de ces pratiques ouvrent des horizons nouveaux: une fascination pour la terre, une réflexion sur les matériaux naturels et sur les phénomènes de perception ou encore, la mise en évidence du paysage. Les nombreuses pratiques plastiques nées de ces recherches en relation avec la nature sont des expérimentations géoplasticiennes. Elles sont très diverses et on pourrait douter, par exemple et à première vue, qu'il y ait des liens entre les marches de Richard Long dans les déserts, les arrangements végétaux de Nils-Udo, les créations sonores d'Erik Samakh, les minuscules montagnes de pollen de Wolfgang Laib, ou

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les simples présentations d'éléments naturels d'Hennan de Vries. Beaucoup de ces artistes ne se connaissent même pas, mais tous travaillent in situ avec des matériaux naturels ou en tirant parti de phénomènes naturels. Sous diverses formes, la nature est ce qu'il y a de commun dans leurs œuvres. L'ensemble de ces œuvres constitue la géoplasticité. C'est une notion transversale présente, de façons diverses, dans le champ des arts plastiques contemporains. Elle rassemble diverses pratiques artistiques, se réfère à différentes pensées et concepts sur la nature, et entraîne diverses attitudes: - la géoplasticité est polymotphe. Elle exploite les phénomènes naturels, gel, chaleur, vent, éclairs, soleil... , et c'est bien de nature qu'il s'agit quand les artistes parlent, à propos de leurs œuvres, de gravité, d'énergie, de froid, de chaleur, de vide, d'immensité de l'espace!, de microcosme ou de macrocosme, et qu'ils mettent en place des dispositifs, avec pour objectif de mieux utiliser et de mieux faire comprendre tous ces phénomènes naturels. - la géoplasticité traite du rapport qui peut être établi entre l'artiste et la nature: les éléments constituant les œuvres sont en général tirés de la nature, même si l'artiste y associe des moyens artificiels. - la géoplasticité a une éthique qui lui donne un caractère écologique. C'est notamment sur ce point qu'une œuvre géoplastique peut se distinguer de certaines œuvres du Land Art dont les objectifs sont autres. Pour désigner cette catégorie d'œuvres faites avec la nature, Thierry Guinhut parle déjà en 1992 de «polyptique1 Robert Smithson parle aussi d'un «art aérien» lié à la vitesse transformant le paysage et sa perception lors du décollage d'un avion (cité par Gilles A. Tiberghien, Nature, Art, Paysage, Arles, Actes Sud/ENSP, 2001, p. 61).

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paysage2 »: cette dénominationreste encore trop liée à un
primat de la peinture, du cadre et de la problématique du paysage. Le concept est donc flou. La seule chose dont on peut être sûr, c'est qu'il ne s'agit pas quede Land Art. . Le but Ide cet ouvrage \ est donc de définir cette I I notIon en reperant 1 caracteres generaux des œuvres es géoplastiques, mais aussi, en mettant en évidence l'extrême variété des productions qu'elle peut susciter. Il faudra d'abord tenter de définir la géoplasticité ou ce qui identifie une œuvre de ce type. J'ai choisi de ne pas retenir seulement deux ou trois œuvres topiques, mais au contraire, de montrer la diversité des pratiques plastiques3 que peut recouvrir cette notion. Il faudra ensuite étudier les œuvres des artistes qui me paraissent exemplaires. Ces artistes sont classés selon qu'ils travaillent dans la nature, qu'ils se servent de matériaux naturels, ou qu'ils emploient des moyens issus du monde des nouvelles technologies.

Thierry Guinhut, «Polyptique-paysage », Ligéia, n° 11-12, décembre 1992, pp. 125-136. 3 Elles peuvent être aussi des expérimentations prévues et destinées au public.

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1- L'œuvre géoplastique
La géoplasticité rassemble toutes les pratiques artistiques contemporaines fondées sur une relation avec la nature, qui n'est plus considérée comme modèle, mais comme l'objet même de l'activité artistique. L'artiste n'est pas seul décideur, car la nature détermine souvent une partie des œuvres par la prise en compte du lieu, des cycles du temps, de la sécheresse ou du gel... . Mais que faut-il entendre par «nature ». Définir la notion de nature est une entreprise périlleuse d'abord parce que ce tenne recouvre de nombreuses significations assez peu compatibles entre elles, ensuite parce que chaque siècle ajoute de nouvelles définitions ou manières d'appréhender les choses, en même temps qu'il ouvre des débats de plus en plus embrouillés. La nature est en effet une notion carrefour. A l'instar du philosophe François Dagognet4, on peut par contre au moins dresser la carte de quelques uns de ses antonymes: - l'artifice définit l'un de ces contraires, encore qu'il soit dans la nature de l'homme d'y recourir. - la notion de nature contredirait celle de convention ou de règle. - L'antagonisme entre la machine et la nature «La nature est ce que nous observons dans la perception par les sens» dit Whitehead en 1919. Il veut signifier que la nature est indépendante de la pensée, ou encore - comme l'écrit Kenneth dark en 1949 dans L Jartdu ptZ)5age - que «nous sommes entourés de choses que nous
4 François Dagognet, 2000, p. 11-12. Considérations sur l'idée de nature, Paris, V rin,

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n avons pas creees et qm ont une vIe et une structure différente des nôtres: les arbres, les prairies, les rivières, les collines, les nuages (...) Elles ont constitué à la longue une entité à laquelle nous avons donné le nom de nature.» C'est la conception la plus vulgarisée actuellement et la plus facilement concevable. Sans vouloir entrer dans un débat philosophique qui n'est pas dans mes compétences, il ressort que ces trois antonymes sont justement les voies d'accès et d'ancrages des artistes (la t:edm£) ur la nature (Phusis).Autrement dit, les s artistes usent de ces trois modes pour intetpeller le public, sur le regard porté sur la nature ou sur la conception qu'ils ont de la nature. La complétude et l'intensité du rapport des artistes de ce type avec le monde font que l'œuvre géoplastique peut revêtir deux aspects : - un aspect minimal, lorsque l'artiste intervient très peu et laisse le rôle principal à la nature. - un aspect maximal, quand l'artiste va révéler des aspects de la nature en utilisant des moyens parfois très complexes (nouvelles technologies, infographie, vidéo, etc.). Son aspect minimal L'artiste géoplasticien travaille dans la nature, ou utilise dans son travail des éléments naturels. Il travaille dans la nature souvent parce que cela lui pennet de se libérer des schémas définis par la culture. Quand il arrive dans un lieu, il ne sait pas d'avance ce qu'il va y faire et ce que seront ses créations. Les lieux lui sont souvent inconnus. Il a besoin d'êtresur k fil du rasai:! pour créer et atteindre un résultat qu'il ne connaît pas d'avance.
5 François Méchain, L'exercice 2002, p. 18. des choses, catalogue, Paris, Somogy,

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