//img.uscri.be/pth/ece0efeb4cc56e81785c5aa146b7120c53df12de
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 18,30 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le langage des tam-tams et des masques en Afrique

De
351 pages
Contribution à l'étude des littératures non écrites d'Afrique. "Il s'est agi ici de poser une philosophie de l'expression des Mossé" (cf p. 13).
Voir plus Voir moins

LE LANGAGE DES TAM. TAMS ET DES MASQUES EN AFRIQUE (BENDROLOGIE) UNE LITTÉRATURE MÉCONNUE

@ L'HARMATIAN, 1991 ISBN: 2-7384-1227-0

Maître Titinga Frédéric PACÉRÉ

LE LANGAGE DES TAM. TAMS ET DES MASQUES EN AFRIQUE (DENDROLOGIE)
UNE LITTÉRA TURE MÉCONNUE

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Du même auteur
La Famille Voltaïque en Crise, Ouagadougou 1976.

Problèmatique de l'Aide aux Pays Sous-Développés, Ouagadougou 1976. Refrain Sous le Sahel, Poèmes Ed. P.J. Oswald Paris 1976. Quand S'envolent les Grues Couronnées, Ed. P.J. Oswald Paris 1976. Ça Tire Sous le Sahel, Poèmes Ed. P.J. Oswald Paris 1976. Ainsi On a Assassiné Tous les Mossé, Essai-Témoignage, Ed. Naaman 1979, Québec Canada. Poème Pour l'Angola, Edition Silex Paris 1982 (Ouvrage couronné Premie~ Prix ex aequo de l'Afrique Noire par l'Association des Ecrivains de Langue Française A.D.E.L.F. pour l'année 1982). La Poésie des Griots, Edition Silex, Paris 1982 (Ouvrage couronné Premie~ Prix ex aequo de l'Afrique Noire par l'Association des Ecrivains de Langue Française A.D.E.L.F. pour l'année 1982). L'Avortement Et la Loi, Ouagadougou 1983. Droit et Protection des Œuvres Littéraires et Artistiques, (SACEM Paris Ouagadougou 1983). Au Nom du Droit, Plaidoyer contre des Juridictions d'exception; Ouagadougou 1983. Du Lait pour une Tombe, Silex, Paris 1984. Bendrn Gomde, (11 volumes), Ouagadougou 1988. Les Œuvres Protégées et l'Adaptation Littéraire En Droit Burkinabé: Communication de l'Auteur au Colloque Littérature et Cinéma Africain; FESP ACO 21 février 1985 Ouagadougou. L'Artisan du Burkina, (Maison Pousga Ougadougou 1987). Poème Pour Koryo, (Poème pour la réunification de la Corée (Maison pousga, Ouaga 1987) Musique Folklore de Manéga, Disque 33 Tours 1977. Folklore de Manéga, Disque 33 Tours 1977. Folklore du Larrhale Naba, en collaboration 33 Tours, 3 disques 1977. Les Trésors du Mogho, (plusieurs 33 Tours en collaboration). Chants et Musique Traditionnels, (33 Tours, Ministère de la Culture Haute-volta et Agecop Paris), préface de l'Auteur.

TESTAMENT

LITTERAIRE
A tous les tam-tams d'Afrique

Porte-parole des cœurs, qui n'ont jamais rythmé, même pour des pas vers le soleil, mais qui ont révélé et révèlent, la voix des ancêtres qui dorment sur la terre, pour la construction des fils et du monde des hommes. A tous les tam-tams d'Afrique Pour que leurs timbres tonnent à jamais sur le continent et le globe, pour traduire à eux mêmes, à l'inconnu et à l'univers, des profondeurs sublimes.

A tous ces grands de la littérature culturelle, orale et instrumentale, gestuelle, sacrée des Mossé Cités souvent ici, mais, pensée à tous, dont certains ne sont plus, (Larlé-Naba Ambga, Mariam Derme, Patoèm, Zambédé, Kabore Mathias), qui ont contacté ma modeste personne, pour m'enseigner leurs connaissances, pour que je porte celles-ci à d'autres,. à leur endroit, on le dit et ils l'ont eux-mêmes dit: "Wend maag tenga Pind burkin yinga. Kuum di ned Ka di a yuure. Ned pa nongi Ka n pag i yuur, Kulunga ! Mogd Na mok i poore, N bas i nenga Ti i get i
SOm la i beeba !

Wend 5

La Naab a Ziid yinga ! Manega tenpee1m'yinga Giegmd wudgr ko n soos baag yinga. Wend maag tenga Pind burkin yinga !" "Que Dieu apaise la terre. Pour le repos des anciens intègres. La mort consume l'homme, Elle ne peut consumer son nom! Celui qui ne vous aime pas Ne pourra enfenner votre nom Derrière un portail, Les tennites Détruiront votre dos, Mais votre face sera préservée, Afin que vous puissiez observer, Vos amis et vos ennemis; Au nom de Dieu De Zida, De la Terre sacrée de Manega, Du lion libéré mais dont on ne lancera le chien à la poursuite. Que Dieu apaise la terre Pour le repos des intègres qui devancent. A leur intention, on l'a dit sous d'autres cieux (Calavera "Les neiges d'antant"). "Les uns sont devenus un petit tas de cendre, Rien... des os où la chair a cessé de s'étendre Et qui dans les chemins ont été parsemés. Les autres ne sont plus que des troncs déformés, Que des têtes sans bras, sans mains, en pourriture. Les vers ont de ceux-ci déjà fait leur pâture Et ceux-là n'ont été que d'hier inhumés." A leur intention, et je sais qu'ils me voient et m'entendent, on l'a dit sous les mêmes cieux (Alberto Guillon, Almanach, des lettres françaises et étrangères, 28 janvier 1924): "La mort n'est pas la dernière fin, il nous reste encore à mourir chez les autres." Cette mort, qui est la seule vraie est impossible en ce qui vous

concerne, ne serait-ce que par les présentes, qui, figées par récriture, serontrépercutéesde loin en loin, commele tam-tamde 6

votre Gangaognoore (Ouagadougou, la bouche du tam-tam), pour couvrir les forêts et les déserts, les confins de l'univers et de l'histoire. Pensant aux morts, je pense à un homme vivant: Gionfo ou "l'Homme à la Crête" de son vrai nom, "Sawadogo Nobila". J'ai entendu le nom de cet homme, à mon bas âge; grandi, je ne le reconnaissais que par la voix qui faisait frémir les collines et alimenter les eaux des rivières; quand il se taisait, c'était le commun des hommes, d'une modestie à toute épreuve, respectueux des droits de l'enfant et des orphelins; très jeune, il avait quitté son village natal de Saamba, pour une aventure et pour recherche des terres fertiles; c'est ainsi qu'il arrivait à Manega, à la rencontre de notre père, dans sa quête d'une quiétude et de bonheur; il lui fut attribué une terre, au nord du village; il eut pour voisin de concession, un plus jeune, Bonnéré (le bel homme) de son vrai nom Yatouba dont la voix d'or allait dominer une dizaine d'années plus tard, une bonne partie du terroir central des Mossé; Gionfo et on le saura, aux lendemains de son installation, c'était le bel homme, qui danse, faisant des pirouettes au sortir des masques; le bel homme qui, dans sa recherche de toilette, décidé de porter des boucles d'oreilles comme les femmes, et se tresser les cheveux en y fonnant une crête, comme les femmes; d'où son surnom Gionfo, "l'Homme à la Crête" qui effacera les attributs de sa famille et toutes autres appellations; d'où aussi son premier chant, "j'ai tourné la porte de ma case vers la porte de votre case"; puis, suivront "Fargagnon" (la fille qui cueillait des feuilles), "Paien n déémdo" (si tu n'étais pas mon beau père), "Zignar koukan" (Ie cailcédrat de Ziniaré), sans compter ses causeries nocturnes et autres aspects de sa littémture. fi fonna des hommes, dont nous même, à la connaissance de notre patrimoine culturel, et intervint dans plusieurs émissions, radio-diffusées, et télévisuelles, sur notamment les radiodiffusions et télévisions, du Burkina Faso, de la Côte-d'Ivoire et de la France (Radio France Internationale). En 1984, un film fut réalisé par des organes de la télévision nationale sur la famille au Burkina Faso, sa formation, sa vie, ses problèmes, son relâchement, et son espoir; intervinrent de hauts responsables politiques, des présidents d'Institutions, Evêques, Ministres de Culte, Magistrats, Avocats, Sociologues, Economistes; ce fut Gionfo qui représenta le monde rural. Cet homme est un havre de culture, d'une fonnation et d'un équilibre qui sutprennent. fi y a quatre années, il vint me voir pour me dire que quand la mort atteint le bouc (l'homme à la barbe, le responsable, l'ancien) il doit tendre le cou, (il doit l'accepter) son père est mort; sa 7

mère est morte; ses oncles sont morts, un à un; il est devenu dans la grande famille, l'homme le plus ancien; il souhaitait dès lors, si je n'y voyais un inconvénient majeur, quitter Manega, rejoindre son village natal, s'occuper de la famille et y mourir; ainsi, il a rejoint Saamba; néanmoins, nous nous voyons plus fréquemment depuis que quand il était même dans mon village. Mais un drame intervint; il Y deux ans, il fut frappé d'une maladie qui, en fait, avait commencé à le ronger dans sa vitalité; il n'avait pas attaché d'importance; nous avons parcouru les médecinslocaux de la phannacopée,la médecinedite moderne,la
médecine chinoise de l'Acupuncture, et sommes encore devant les

médecinsdu milieu des ancêtres; le mal ne reculepas. Abattus, on nous a indiqué ces derniers temps, la porte d'un savant guérisseur blanc. Après avoir examiné le patient, il a été formel; nous avions mal apprécié l'état de l'homme, en n'ayant essayé que de soigner les jambes qui se meurent; nous nous sommes depuis une décennie, intéressés aux conséquences,selon lui, non aux causes; le mal n'était pas dans les pieds mais dans la tête; il avait pour nom le mal de Parkinson; il n'existe pas de remède à ce jour, à moins, et ce n'est même pas certain, d'une évacuation en Europe et d'une opération du cerveau. Le coût dépasserait 75 millions de nos francs CFA; Gionfo est
impuissant, et je suis impuissant devant la faux de la nuit.

Pensant aux morts, je pense à un homme vivant; ce jour, je rentre de Saamba où j'ai été rendre visite à Gionfo; ses deux jambes sont paralysées; c'est déjà la mort, pour un homme qui aimait la vie, dansait, faisait des pirouettes en accompagnant les masques. Au moment de le quitter, il me posa une question: "mon mal monte; peut-être que mon esprit et mes lèvres seront atteints à ton prochain retour; je serais incapable de te répondre pour donner d'autres infonnations sur notre culture nationale; je veux que les jeunes connaissent et aiment la culture de leurs pères; peux-tu me poser encore quelques questions, avant que je ne me taise; je voudrais livrer ce qui n'est pas encore connu". Je m'assis, retenant des larmes qui lui feraient davantage prendre conscience de cette mort qui, déjà, le frappe; nous restâmes encore deux heures ensemble, pour ne parler que de culture; cela me pennit de modifi.er une partie de mon livre "Bendr N Gomde" (la parole du tam-tam) sur le sens des divisions sociales et une partie du présent ouvrage, dont il souhaitait voir la parution. C'est lui qui m'avait poussé à précipiter la rédaction et la publication de Bendr N Gomde (la parole du tam-tam); il avait 8

attiré mon attention sur le fait qu'un enfant pouvait mourir avant un vieux, et que je pouvais moi-même disparaître avant lui, sans avoir pu livrer ne serait-ce que la philosophie de ce travail complexe sur la littérature du langage tambouriné, fondement de la culture des mossé, travail entrepris depuis plus de dix ans. Je repris la route, sans me retourner mais, ayant l'esprit toujours dans ce village de Saamba et entends toujours Gionfo me répéter et marteler "Peut-être qu'à ton prochain passage, je ne pourrai plus parler; le mal me monte; sache et répète-le à tes enfants, à mes enfants, à nos enfants, que les Blancs n'ont jamais oublié leurs coutumes; n'ont jamais méconnu leurs coutumes; qu'à leur tour, ils apprennent à connaître la vie de leurs pères; ils en tireront un maximum, pour la réalisation de leur bonheur." Pensant aux morts, je pense à un homme vivant: Gionfo. A lui, cet ouvrage que nous avons confectionné ensemble, dans la joie et la douleur.
A tous ceux qui luttent Souvent désespérément, pour faire prévaloir, que le tam-tam n'est pas simplement un tambour de rythmes; qu'il parle, comme les vivants, et a dès lors, droit à la vie, droit au respect.

A tous Cette modeste introduction à leur grandeur, pour la préselVation de leur œuvre, et de l'Homme, pour la connaissance totale, intégrale de la littérature non écrite de l'Afrique, qui n'est pas seulement et surtout orale, mais éminemment culturelle.
Manega, le 4 janvier 1991 Titinga Pacéré

9

Saam damb kabré ! Yaab ramb kabré ! Ten - péelem kabré ! Teng-soaal kabré ! Boaag noor tot saaga ! Yik pind n sing beoogo ! Ta zaabr n winig panga ! Batnb gui! man kabré ! Ti kaadioog komyaoob ! N puusde, N puusde, N puusde ! Kaadioog koom, Zambelong koom, Wannin koom, Paaspang koom, N puusde, N puusde, N puusde ! Nos respects à nos pères! Nos respects aux Aïeux! Nos respects aux Dieux de la terre ! Nos respects à ceux qui gouvernent ce peuple! Le haut fourneau est tourné vers le ciel! Tôt le matin, invente le jour! Le soir venu, révèle la puissance! A tous, nos respects ! Ce sont les fils du Kadiogo, Qui saluent, Qui saluent, Qui saluent! L'eau du Kadiogo, L'eau du Zambelongo, L'eau de Warmini, L'eau de Paspanga, Qui saluent, Qui saluent, Qui saluent. Ce message introductif des tam-tams "parleurs" de Ouagadougou, révèle et transmet une littérature du fond des âges, littérature peut-être non écrite, mais pas uniquement aussi orale, Il

sinon que, très peu, mais simplement culturelle et nous
expliquerons plus loin ce concept à défaut de tout autre acceptable actuellement L'étude approfondie de cette expression présentement autre, ou Béndrologie, serait d'un apport certain, pour la véritable connaissance des Mossé, leur histoire, leur vie, mais aussi par extension en raison de similitudes de domaines, pour la connaissance des autres peuples de nos civilisations africaines. Pour l'étude, nous recommandons la lecture notamment de notre ouvrage "Bendr N Gomde" ("La Parole du Tam-tam") dont la première édition, pour le texte fondamental, porte sur onze volumes. Nous avons préféré le mot "Béndrologie", parce qu'ici,
le langage du Béndré (Tam-tam calebasse) est à la base de toutes

les expressions culturelles; nous avons voulu un mot, un concept (Béndré), tiré des réalités profondes de l'Afrique, pour pouvoir révéler véritablement cette Afrique, et son influence certaine sur la création de ce genre dans le monde; pour universalité, nous avons préféré prendre et conserver pour d'éventuelles constructions et appellations, les éléments "Logie", -"logique" - "Logue"; du grec "logia" ou "théorie" issue de "logos" ou "discours"; le suffixe "-Logie" servant à désigner des sciences, des études méthodiques, des façons de parler, des figures de rhétorique, des ouvrages; le suffixe "logique" servant à former des adjectifs (relatifs à une science, à une façon de parler); le suffixe "logue", seIVant à former des noms désignant des savants, des fonnes ou des parties de discours. Ainsi: la BéndroLogie, désigne la science, les études méthodiques, les méthodes de pensée, de parler, des figures de rhétorique relatives au tam-tam Béndré et donc en fait à la culture de ce tam-tam, voire, à la culture des messages tambourinés, notamment d'Afrique. la culture de ce tam-tam, voire à la culture des messages tambourinés notamment d'Afrique. - Béndrologue désigne les savants de la culture, les fonnes, les parties "dudiscours tam-tam Béndré, voire, de la culture des messages tambourinés notamment d'Afrique. La littérature des Mossé est très complexe, mais relève quant à ses fondements comme nous l'avons toujours dit, d'une science exacte, d'un langage à part, mais d'un langage sans équivoque; elle est de nos jours à la base de constructions et d'érections littéraires; les principes remontent à près d'un millénaire, constituant une vie de ce qu'on a appelé, l'Empire du Moro Naba,

-

Béndrologie

est l'adjectif relatif à la science du Béndré, à

12

même si des éléments ont vu le jour encore, il y a deux ou trois siècles. L'expression continue dans des zones reculées, éloignées des bruits de la ville, mais continuent de se faire entendre, malgré le glas qui sonne à la porte. C'est pour cela que nous avons décidé de rédiger la présente étude, dont la seule ambition est de servir de base de recherches et d'approfondissement; on le constatera, le domaine concerné dépasse les limites généralement admises; la musique ici relève de la littérature; le mouvement est une dictée de la littérature; celle-ci commande les cultures champêtres, et peut ordonner la destitution ou l'exécution des rois; elle pose une autre esthétique du langage ou les concordances de temps n'ont aucune valeur, ou contredisent une logique qui les interdisait jusque-là. Nous tenons à préciser que nous n'avons fait référence à aucune étude antérieure, autre que nos propres travaux, travaux auxquels nous renvoyons nécessairement les lecteurs des présentes, pour plus de maîtrise de cet ouvrage et de cette littérature. - "Bendr N Gomde" en onze volumes et les 2 000 notes explicatives. - "La poésie des griots". - "Saglgo" ou le poème pour le Sahel" et tous nos travaux portant sur les tam-tams, les griots (ce mot étant débarrassé de toute connotation péjorative). fi s'est agi ici de poser une philosophie de l'expression des Mossé, de leurs langages au sens le plus large; nous l'avons fait à partir du terrain, nos propres enregistrements, nos rencontres avec ces hommes, mais très rarement aussi, quelques enregistrements que nous signalons, communiqués par des amis de nos travaux; nous avons donc voulu révéler cette philosophie d'ensemble de la base, pour donner par voie de conséquence, le sens de recherches ultérieures et éviter un tâtonnement, une dispersion à même de nuire à cette unité de l'origine. La littérature des Mossé, pour révélation de portée générale, relève de quatre domaines: - Le fondement de cette littérature. - La mission de cette littérature. - Les auteurs, les caractéristiques de l'expression, la problématique même de la nature non écrite de la littérature des Mossé et de l'Afrique. - Et l'avenir de cette littérature. Nous tenons à souligner, que pour des raisons phonétiques, orthographiques et de logique, cet ouvrage utilisant deux langues, sinon trois avec le langage sacré des masques, nous ferons appel, 13

pour chaque langue, à ses seuls caractères; ainsi, quand nous utiliserons le contexte français, nous écrirons "Mossé", mais ce même mot sera écrit "Moose" quand nous serons dans le contexteMore, objetde la présenteétude.

14

PREMIÈRE

PARTIE

FONDEMENT DE LA LITTÉRA TURE CULTURELLE DES MOSSE

FONDEMENT

DU FONDEMENT

La littérature chez les Mossé, a un fondement qui la distingue et l'éloigne du simple langage courant, du simple "langage parlé"; c'est comme si, conformément à leur conception de l'existence et de la vie, dont nous avons fait état dans ses principes généraux dans notre ouvrage ("Ainsi On A Assassiné Tous Les Mossé" édition Naaman, Québec Canada), conception de nécessaire dualité équilibrante (la nuit, le jour, le vie, la mort. .. etc.), les Mossé avaient voulu créer un langage spécifique pour la vie intérieure, pour contrebalancer le langage courant appelé dans le milieu, "langage du marché", langage du commun des mortels, le langage des "Neodr-Damba". Nous le verrons plus loin, l'homme de lettres est, contrairement à ce qui se passe dans certaines civilisations où sa place est secondaire, situé ici, au centre de la vie publique, situé au même niveau, que le pouvoir décisionnel. Il a fallu dès lors, pour marquer cette puissance, voire, cette suprématie, lui inventer un langage indépendant de l'expression commune. Aussi, tout d'abord sa phrase, même utilisant les mots courants, ne relève pas des mêmes règles grammaticales de confection et d'utilisation; il ne s'agira pas ici d'un Langage, mais plus, d'un Langage de Langages. - En outre, et originalité plus grave et complexe, l'homme de lettres, pour marquer la suprématie de son langage, n'utilisera pas, ou pourra ne pas utiliser la parole pour se faire entendre ou comprendre, mais aura comme moyen, un instrument. Pour les plus grands rites de la vie, seul l'instrument est possible souvent pour l'expression du langage. Ici, il s'agira essentiellement du 17

tam-tam dont trois variantes, le Bendre (ou tam-tam calebasse), le Lounga (tam-tam d'aisselle), le Gangaongo ou Gangam-Bila (le court tam-tam); d'autres instruments sont concernés (grand tamtam, cors, flûtes, guitares, violons... etc.) mais, l'importance ici est moindre. Comment est dès lors la phrase de la littérature des mossé ?

FONDEMENT

DE L'EXPRESSION

Nous prendrons à titre d'illustration la phrase du tam-tam, qui est la plus complexe, mais aussi la plus logique et la seule utilisée pour les grandes cérémonies de la vie; quant aux autres possibilités, nous les introduirons à la partie concernant les auteurs et les caractéristiques d'expression. LES ZABYOUYA (SINGUUER ZABYOURE) (ZABYUURE - ZAB-YUUY A) La phrase du tam-tam est fondée sur une juxtaposition savante de concepts du milieu appelés Zabyouya (singulier Zabyoure) mot traduit en français par un vocable impropre "Nom de Guerre", sa traduction littérale, ("Zabré") (Zabre) signifiant "Guerre" et "Youré" (yuure), ("Nom"). En fait, le Zabyouré n'est pas un nom de guerre, parce qu'on le prend à un commencement (nomination d'un nouveau responsable politique, création d'une nouvelle circonscription administrative... etc.), très généralement à un moment de réjouissances populaires, donc en l'absence et à l'exclusion de toute hostilité, de toute agressivité, de toute idée de guerre; le Zabyouré est une sorte de devise; il signifie aussi un Prograrrune d'action, une ligne de conduite; il révèle aussi une simple nature d'une personne physique ou morale, une situation sociale antérieures... etc. C'est pour cela que dans nos ouvrages, après explications, nous avons toujours préféré garder ce mot "Zabyour~" à l'exclusion de toute traduction littérale. (Pour l'origine et plus de détails sur les Zabyouya, nous renvoyons le lecteur à notre ouvrage général "Bendr N Gomde" (La Parole du Tam-tam"). Les "Zabyouya" sont relatifs: - Aux circonscriptions administratives.

18

- Aux responsablespolitiqueset publics. - Aux personnes physiques.
Les Zabyouya des circonscriptions administratives portent sur l'origine des fondements de ces circonscriptions, la réalité culturelle, politique, militaire ou autre de leur existence... etc. Aussi à titre d'illustration; citons les Zabyouya suivants : - De Ouagadougou "Wagdog ra yaes beoogo, B bas ti beoog wa a toore" C'est-à-dire : "Ouagadougou n'aie pas peur de l'avenir, Laisse l'avenir venir lui-même." - de Ouahigouya (capitale du Nord des Mossé, marquant l'étape finale de leur conquête). "Wayugui pang tont saabo B bass ti pang sa a toore" C'est-à-dire : "Ouahigouya, la puissance n'a pas de fin, fi faut laisser la puissance finir par elle-même." Ce "Zabyoure" était pour révéler leur puissance; effectivement, du XIIIème siècle à 1894, aucun peuple n'a pu franchir leur frontière pour une quelconque annexion ou colonisation. Les responsables politiques devaient quant à eux avoir à la prise de fonction, 3 "Zabyouya" qui devaient respectivement depuis 1666, porter sur des actes de reconnaissance pour l'accession à la responsabilité (à l'endroit de ceux qui ont aidé en ce sens), sur le programme d'action du nouveau responsable, et enfin sur l'identité du nouvel élu. Ainsi on a les "Zabyouya" significatifs suivants : - "Poor du koang, Be a puus a teend beoogo "(Zabyoure" de Naba Tanga "Montagne" de Manega).
"Si le paralytique est au faîte du rônier, il adresse ses remerciements à ceux qui l'ont aidé à grimper." "Kut kandibg reel wend N naan n tilig mogdo" (Zabyouré de Naba Tegre "Satiété", de Manega) "Le fer de lance s'adosse à Dieu, pour le bonheur tennites" (idée d'union pour la construction nationale; tennitière est le symbole de la Société). des la

19

"Kata lagem koabg kon sirg tanga" ("Zabyoure de Naba Tanga" ministre de Ouagadougou) "Les hyènes mssemblées par centaines ne peuvent désagréger la montagne" (idée de la puissance face aux ennemis). Il est permis qu'une personne physique se choisisse un "Zabyouré'''; ainsi, "Yabre" connu sous l'appellation "ko n zomb boega" (ne grimpera pas sur un cabri) tire ce nom du "zabyouré" . - "Na-bi-kiibg ko n zomb boega" - Le prince orphelin ne grimpe pas sur un cabri (mais sur un homme). A la nomination d'un chef, l'élu est soulevé et porté par un homme sur les épaules; il s'agit-là d'un "Zabyouré" d'un homme suffisant, signifiant qu'il sera toujours au-dessus des autres et sur les autres; en fait l'homme en question, Yabre est le plus modeste de son village. LES SOANDA (SOANDA) (SINGUUER SONDRE) La phrase du Tam-tam utilise aussi le Sondré (pluriel Soanda) appelé par le même mot "Zabyouré" (et "Zabyouya") dans certains milieux. "Le Sondré" (Sondre) est une sorte de devise, ou de qualificatif, mais portant sur les divisions sociales, (les Mossé occupant du sol, les Younyossé ou anciens et propriétaires du sol, les forgerons, les guerriers, les captifs, les devins, les autres ethnies du milieu, les peulhs et yarsé notamment, les religions dont l'Islam... etc.). Citons à titre d'illustration: - "Bool zabr ti laado - Bool kuum ti ku1bu" - "Considère la guerre comme une randonnée. de plaisir. - Considère la mort, comme un retour. fi s'agit ici de "Soanda" des Tansobin-damba ou ministre de la Guerre. "Koa koa yaog n zande". Le "Koa" (onomatopée signifiant le tintement de l'enclume) est haut perché (Sondré des forgerons).

- "Gies laag n yeel yelle" - "ObseIVel'assiette et dit le danger"
20

("Sondré" du "poeeré", devin qui interprète les faits de la vie en lisant dans un plat contenant un liquide spécial et sacré). - "Pog tuulug moe t'm ka yir" - "La femme diligente prépare, et je suis absent" (Sondré des chasseurs qui sont obligés de rentrer tard après que les autres aient mangé). - "Tus n lub n toog suuri" - "Renverse et cogne sur le cœur" ("Sondré" des captifs du pouvoir qui sont chargés de l'exécution des peines capitales). - "Zilg boang n gieend a loga" - "Charge l'âne et obselVe les flancs" ("Sondré des yarsé, ethnie commerçante utilisant l'âne comme moyen de transport). - "Ta zaabr, n wining panga" - "Le soir venu révèle la puissance" ("Sondré de l'ethnie peulh; le soir les peulhs qui sont éleveurs de bœufs ramènent les animaux dans les enclos). Ces "Soanda", ces devises, ces qualificatifs sont nombreux pour chaque corps de la société et révèlent leurs origines, leurs fonctions, leur historique; nous verrons cet aspect plus loin. Quand le tam-tam veut interpeller un homme, il peut, au lieu de le nommer, citer simplement le "Sondré" de sa division sociale, de sa caste... etc. C'est un langage indirect; la littérature fondée sur le "Sondré" est globalisante, concerne des corps entiers à moins que dans un groupe de référence donnée, un seul individu relève du secteur développé pour ne pas créer des équivoques. LES EXPRESSIONS LITTERAIRES CONSACRÉES En dehors des devises, des Zabyouya, des Soanda, certaines expressions, phrases, ayant une portée générale, prononcées par de hautes personnalités (le roi, le pauvre ou le fou ici sur un même pied d'égalité pour la révélation de tels concepts, tels éléments littéraires), ont reçu approbations, consécrations dans le milieu, et sont passées dans la littérature orale; de telles phrases sont prises telles, sans possibilité de modification, de reconstitution; citons une phrase de Yandfo : - "Pog beoog rooge klSn lik n lobé ; Ka! vil n gaanga" - "Devant la porte de la femme mal aimée, on ne s'approche pas et projeter; 21

n faut toujours entrelacer." Cette phrase signifie, que même si on n'aime pas une femme, mais qu'on tient à des rapports..iDtimes, il faut au moins et toujours, le contact physique; on ne peut pas s'approcher de la case et projeter vers elle le sexe en étant éloigné soi-même; entre

les hommes, un minimum de contact physique, de chaleur
humaine doit être_ préseIVé.

On notera que celui dont les phrases furent surtout retenues, fut le dignitaire kouda (Kuuda) le "Tueur" du XIVème siècle; au besoin, on se reportera à notre ouvrage Bendr N Gomde pour ces citations; il fut un des plus grands administrateurs dont le nom est le plus cité dans la littérature culturelle; il voulut une unité absolue de son empire; à la fin de sa vie, il tira cette conclusion: "Rog yalong ko n kong gornde ; B bas ti keer yogd taab pagba ; B bas ti keer yagd zirembeedo". "La vaste progéniture n'est jamais sans poser de problèmes. n faut laisser certains courtiser les femmes des autres, n faut laisser certains mentir sur les autres". Par cette fonnule extrême de constat d'échec, il a voulu dire que tous les hommes dans une nation ne peuvent pas raisonner et vivre exactement de la même manière; même par la force, la dictature, la tyrannie; il ne faut donc pas prévoir la peine de mort pour tout écart d'un individu; il y a des comportements contraires aux attentes, mais qui doivent être considérés par le pouvoir comme possibles, sinon, le gouvernement est impossible et la société craquera. Ces phrases célèbres ne sont pas nombreuses mais connues sur l'ensemble du territoire (sud de Tenkodogo au nord de Ouahigouya) soit environ 500 kilomètres sur 300 kilomètres. Un homme peut être désigné, interpelé par une telle phrase célèbre mais il faut qu'il soit un descendant de la personne, auteur de la phrase; le cas échéant,. cette phrase gardera son sens que lui a réservé son auteur. LA PHRASE DU TAM-TAM
La phrase du tam-tam est un jeu de puzzle. Quand le tarn-tarn doit développer un thème, chaque particule de.>s.onidée doit être

représentée par un "Zabyouré", un "Sondré", ou une expression consacrée; c'est une juxtaposition savamment faite de ces conceptset phrases figéesqui constituela phrase.
22

A titre d'illustration; si le tam-tam veut développer le thème de la colonisation et de l'indépendance, il peut dire: Voog wok yaa goanga; (al) kosenkond lall saaga, T'a a moosem deeg ziiga; (a2) Pa kood toog yatnb singa; (a3) Bi-beeg yeer kon nom ne kaam, Kat zaan koenga; (a4) Tuul kaad 8001walgo; (aS) Sa-niir lagem koabg Ko boog piiga; (a6) Sebg leba saaga, Butb laad moagna. (a7) La traduction est la suivante: Le haut kapokier est incliné; (al) Le huppard est adossé au ciel, Le rouge envahit la contrée; (81) fi ne cultive pas le champ, Mais occupe la jarre ; (a3) La joue du garnement ne se ramollit par par la pommade; Il faut un sec gourdin; (a4) Celui qui amasse pressé Se baigne de chaleur; (aS) Cent tornades réunies Ne peuvent fondre le rocher; (a6) Le vent est retourné au ciel, Les cultivateurs rient à gorge déployée (a7). Le kapokier en question (al) est celui à fleurs rouges; très haut dans le ciel de la savane, il est toujours la proie des vents et est dès lors toujours incliné; à Manega, ils sont tous incliné sans Nord-Sud; l'idée ici est que l'Etat en question, l'organisation en question, parce que portant sur un pays très ancien, dénote des failles, des faiblesses.. C'est une présentation de la contrée; il s'agit ici du "Zabyouré" du village de Voaaga. Le huppard (a2) est un oiseau rapace à ailes rouges; la couleur rouge est signe de malheur; le huppard adossé au ciel signifie qu'un malheur, qu'un danger plane sur la région, menace gravement la région; il s'agit du "Zabyouré" de Tambogo. Le saprophyte (a3) qui ne cultive pas le champ collectif, mais attend que les fruits (le mil) deviennent de la boisson (le dolo) pour venir envahir la jarre et chercher à consommer tout seul, est le poe-Naba, Conseiller spirituel et peu aimé, dont le "Zabyouré" conséquent; l'idée ici est que la colonisation est venue pour 23

récupérer les bienfaits de la civilisation sans avoir pris part à l'élaboration. L'idée d'hostilité, de choc (a4), est marquée par la phrase célèbre de "Yandfo" (1444-1511) ; il s'agit d'une riposte violente contre le colonisateur; c'est la lutte de libération. La leçon à tirer par les envahisseurs, leur faiblesse (le colonisateur) est leur manque d'analyse profonde des faits, leur précipitation dans la vie; il s'agit ici du "Zabyouré" de Yimiougou, circonscription administrative (aS). La réalité des populations locales est leur maturité, leur unité, révélée par ce Zabyouré du Chef de Terre, Rabi (a6). Les colons ont fui et rejoint leur pays comme le vent destructeur des récoltes est remonté au ciel (a7); c'est donc la libération, l'indépendance et le bonheur du peuple que révèle ce Zabyouré de la circonscription administrative de Babou. Ainsi, s'exprime le tam-tam, le langage est un jeu de puzzle, un travail complexe, non à la portée du commun des mortels. La phrase du tam-tam n'est pas une phrase ordinaire, c'est-àdire, sujet - verbe ~ complément; la littérature du tam-tam n'estp~ un langage mais, un langage de langages. Si le milieu est entre spécialistes, le tam-tam peut ne donner que le début des Zabyouya, le reste étant sous-entendu. La phrase peut dès lors se ramener à une succession de sujets sans verbes, ou de compléments sans sujets, ou de verbes sans sujets ou compléments. En outre, la confection des Zabyouya étant libre et pouvant ou devant porter sur le présent, ou le futur ou le passé, dont l'utilisation n'est pas limitée, mais ne doit pas laisser supposer des modifications de structures, cette confection révèle cette logique que la phrase peut commencer au futur et se tenniner par un temps passé; le langage du tam-tam est un défi aux règles de la grammaire connue, notamment occidentale. La concordance des temps n'est pas nécessaire; c'est pour cela qu'introduisant mon poème Saglgo, j'écrivais: "Le Poète ne confectionne pas des phrases; il utilise des phrases que lui envoient des Dieux; des phrases toutes faites que lui présentent ses ancêtres; d'où la révélation d'une esthétique supérieure 'où l'homme de notre temps doit faire violence sur ses propres écoles, et percevoir un possible inconnu; l'homme de demain devient ainsi une construction de ce jour, en présence des aïeux." Au point de vue du rythme, le développement des thèmes emporte, parce que le langage n'est pas parlé mais tambouriné, une technique pour pennettre le suivi; à la fin de chaque grande idée, un même refrain est repris pour marquer un nouveau départ ;

24

c'est comme quand, dans l'ouvrage, l'auteur revient à la ligne; en outre, on constate que, même si tous les Zabyouya n'ont pas le même nombre de syllabes, de pieds, ils doivent cependant chacun être prononcés, répétés, dans une fraction de temps identique. La
littérature du tam-tam est ainsi un poème rytluné et à rytlunes.

Les refrains sont des décors, qui peuvent être fixes, mobiles ou changeants, en raison de l'importance de leur place et de la place de chacun d'eux dans la fresque qui se déroule. LA VÉRITÉ DU TAM-TAM Le message tambouriné est toujours pour un cercle restreint; le cercle de gens de belles lettres, le cercle des hommes de culture, le cercle des "gens bien élevés", le cercle des responsables à l'échelon étatique, pour des prises de décisions concernant l'intérêt de la société; il ne s'exprime donc pas dans un cercle "d'enfants" . Nous rappelons que pour les Mossé, "enfant" n'est pas lié à l'âge; il signifie "esprit non développé"; un vieux peut être "enfant" et un enfant peut être majeur. En outre, le message n'étant pas parlé mais tambouriné, seul le cercle fenné, fonné, est à même de décoder ce message; on peut donc tout dire que d'autres non initiés ne pourraient comprendre. Relativement à la philosophie des Mossé, tout ce que la nature a créé peut, sinon doit être exposé, et, sans fard, peut être rappelé

en toutes circonstances, sans que ne se pose un problème de moralité.
Aussi, pour toutes ces raisons, il est dit que si la nature a créé le ciel et la terre, les eaux, les arbres, l'homme, la femme, les animaux, sans qu'un quelconque problème de moralité se pose à cela, aucune autre considération de ce secteur ne peut être envisagée, si le tam-tam, utilisant l'arbre ou le lion, la panthère ou la girafe pour se faire entendre, passait pour utiliser le sexe de l'homme ou le sexe de la femme pour se faire comprendre; POUNUque l'image visée, le sens profond visé, ne soient pas la recherche béate, simpliste ou absurde de l'obsénité, mais la recherche adéquate et objective d'une représentation, d'un acte, d'un phénomène. Ainsi les habitants du village de Guiodi étaient considérés à l'origine comme envahissants, n'hésitaient pas à accaparer des situations à leur profit; leur Zabyouré pris fut dès lors : - "Yo-bil ko gunug paare, Gunug paar t'a yamb zanga C'est-à-dire : 25

"La plus petite verge ne doit pas être utilisée pour garder une vulve; Si on s'y aventure, la petite verge occu~ toute la surface." De même, à une question qui m'avait été posée sur la possibilité éventuelle d'existence encore des valeurs africaines après le passage colonial, j'avais répondu par ce Zabyouré du village de Korsirnogo : "Pag lakr kon lub a kindé. .." C'est-à-dire: "Si la femme trébuche et tombe, son vagin ne tombe jamais à terre", Pour simplement dire que nos profondes valeurs de civilisations n'ont pas pu être détruites, au passage de cette nuit coloniale. Il faudra seulement les rechercher, les découvrir, les utiliser. Relativement aux phrases célèbres, on m'avait posé une question sur les jugements paternalistes face aux jeunes nations africaines; j'avais répondu par cette phrase des tam-tams du XVème siècle du Oubritenga, portant sur le sexe du nouveau né (fillette) : "Bi-peeleg paare, Tot yedbo, Na Id je yalengo. Bi-peeleg paare, Sabsda, Na wa n data." Dont la traduction est : "Le sexe du nouveau-né; Ne se rétrécira pas ; Mourra agrandi. Le sexe du nouveau-né; Celui qui médit, En voudra plus tard." De même, si en physique-chimie on dit que "la nature a horreur du vide", le tam-tam quant à lui répondra: "Oie we viugo Ko n pa a zaala ; Pa lugl yoore, Na lugl paare." C'est-à-dire:
"La forêt d'entre les jambes,

-

-

26

N'est jamais vide, Si on n'y plante une verge, On y plantera une vulve." TIs'agit là d'une phrase célèbre d'un ministre du Moro-Naba de Ouagadougou datant d'environ trois siècles. Notons qu'un secteur voulu par les Mossé est fondamentalement obscène; c'est celui relatif aux Soanda du Wêemba; le "Wêemba, dans l'organisation du pouvoir est l'autorité, le Ministre chargé du Droit de Grâce; avec le temps on a pensé que pour mieux jouer ce rôle et obtenir plus l'indulgence des Cours et des responsables, la femme était mieux placée que l'homme pour occuper ces Ministères. Ainsi, le "Chef' de la circonscription coutumière de Goé dans le Oubritinga est une femme. Les "Soanda" du Wêemba sont très généralement obscènes, pour taquiner ce responsable toujours en train de se prosterner auprès des autres, chanter leur grâce pour avoir leur grâce. Aussi parlant du "Wêemba on entendra:
"Yi ruudr wa nè puur" "Je sors pour uriner, je rentre avec un ventre" "Kong yoor n bèend meoogo" "J'échappe à la verge, je tombe malade"

Mais il ne faut pas se méprendre; le "Wêemba est l'un des Ministres, l'une des personnalités les plus respectés et les plus craints. Nul n'est à l'abri d'une condamnation surtout à mort; il n'est pas de responsable suprême qui n'ait craint ce Ministre car le Conseil de contrôle peut condamner un Moro-Naba à mort (il y a eut plusieurs exécutions et suicides qui confinnent cela) et seul ce Ministre pouvait faire commuer cette condamnation, ce qui fait réfléchir. Nous développerons cet aspect plus loin. C'est pour cela qu'un de ses Zabyouré est: "Weemb kabe Ti widg lebg waaga ; T'a a wa ta, T'a a beendb lebg koabga." C'est-à-dire: "Le Wêemba est absent Les critiques utilisent les cloches; fi revient, Ceux qui se prosternent se comptent par centaines. " 27

DEUXIÈME

PARTIE

MISSIONS DE LA LITTÉRATURE CULTURELLE DES MOSSE

Nous avons précédemment souligné, que la littérature culturelle des Mossé fut et est une nécessité; un langage spécial doit être le pendant pour la vie grave de la société, de celle du contexte réservé à la vie quotidienne et la communication courante; 'plusieurs missions furent dès lors confiées à l'homme de lettres et à la littérature qu'il produit.

PLACE ET MISSIONS DE L'HOMME LETTRES DANS LA SOCIÉTÉ

DE

L'homme de lettres est toujours symbolisé, représenté par le Bend-Naba, Chef de file des tambours, Chef des tam-tams dits "parleurs", tam-tams des messages, tam-tams messagers, dans la société des Mossé ,. pour connaître un secteur de la vie, il faut se référer à ses Zabyouya, à ses devises,. le Bend-Naba est appelé par trois Zabyouya révélateurs.
YIK PINDA, N SING BEOOGO (llLÈVE-TOI TOT LE MATIN ET COMMENCE

LE JOUR")

Le Bend-Naba, homme de lettres, est celui qui, le premier le matin, se lève et réveille le pouvoir politique; le faisant ('en battant son tam-tam) il doit résumer les réalités de la vie antérieure et poser les principes qui doivent guider la vie du jour qui commence; à la fin des récoltes, une fête spéciale pour la nouvelle année est prévue (et nous en reparlerons): à 31

l'occasion,' il doit analyser la situation antérieure et indiquer la conduite à tenir. Nous avions, il y a quelque temps, assisté à une telle commémoration à la Cour du N aba de Tenkodogo; un vent grave de contestation courait dans le climat social; certains hommes quelque peu déracinés, ou dans leur volonté de transplanter d'autres idéologies sur le territoire, préconisaient la suppression radicale de la Chefferie; allant même plus loin, confondant la culture des Mossé (et africaine) à la féodalité, ils s'opposaient à toute discussion; il fallait faire table rase de nos cultures, parce que relevant, selon eux, de l'obscurantisme, de la féodalité rétrograde. Le Bend-Naba, lors de ce rituel, tirant la conclusion générale de l'année et proposant le cheminement ultérieur, moralisait dans son message tambouriné; Ned ka yeel, ti yuum noog lebga toogo, n zângs a saamb yellé ; Ned ka yeel ti yuum noog lebga toogo, N zângs a yaab yellé." "Ned saamb saa n z3ms sundo, Bi a z3ms sundo." "L'homme ne dira pas qu'une année bonne est devenue difficile, pour renier son père. L'homme ne dira pas qu'une année bonne est devenue difficile, pour renier son grand-père. Si le père a appris à tisser et était tisserand,
il faut apprendre à ne pas détester les tisserands. " Le chef du tam-tam rappelait dans la conjoncture complexe du moment, qu'il fallait aux hommes du pouvoir, ne pas renier les valeurs de l'Afrique, même si la situation économique était rendue difficile, imposant des changements et mesures nouvelles; l'année qui s'est achevée a été une année économiquement difficile, mais celle qui commence doit néanmoins s'atteler aussi à préserver les valeurs de culture du milieu.

32

L'homme de lettres est donc le "PREMIER" de la société; c'est lui qui, réveillé. avant les autres, "invente" le jour, crée, donne un sens à l'année pour les autres; on sait d'ailleurs que le Bend-Naba a rang de Ministre; ce n'est donc pas le griot de l'imagerie exotique, rattaché à de simples folklores. Afin qu'il garde sa puissance par son indépendance, il était un fonctionnaire d'Etat (l'un des rares); il n'avait presque pas de charnp de cultures; une partie des récoltes de la population était thésaurisée pour lutter contre les calamités (famines, sécheresses, dévastations de sauteriaux. .., etc. et ne devait être utilisée à autre fin qu'après les récoltes de l'année suivante; c'est une partie de cette quantité qui était prélevée pour le Bend-Naba; tout cela afin qu'il puisse respecter ses engagements culturels et rester en tout temps au service de l'intérêt collectif. L'homme de lettres chez les Mossé est au centre de la société; il n'est pas un accessoire; dans certains domaines, c'est lui d'ailleurs qui dicte les décisions à prendre, surtout, comme nous l'avons dit, que son instrument (le Bendré) est sacré, sa confection passant par des sacrifices rituels. BAS SALBR, N KOLOM TUKO (llLACHE LA BRIDE, AGRIPPE-TOI A LA GOURDE" Le Bend-Naba va souvent à cheval, mais doit toujours, accompagnant le pouvoir, continuer de battre le tarn-tam, donner des conseils aux autorités du pouvoir décisionnel; mais sur le cheval surtout en déplacement, l'équilibre se rompt facilement puisque l'homme doit utiliser ses deux mains pour l'instrument, et ne pourra dès lors plus tenir la bride du cheval pour contrôler celui-ci; ce Zabyouré précise que s'il y a un danger, si le cheval déséquilibre le cavalier (Bend-Naba) celui-ci ne doit pas rattraper la bride, pour sauver sa vie, mais doit s'agripper à la gourde, c'est-à-dire au tam-tam, c'est-à-dire aussi, à la culture; sa vie est secondaire devant l'intérêt du peuple, qui, seul, doit orienter ses actions.
L'homme de lettres n'a de sens qu'au service de la culture du peuple et au prix de sa vie. llRIM KO DUUDÉ, T M KIEND TENG A" (ULE ROI NE MONTE PAS, ET JE MARCHE A TERRE")

Si le Roi est sur le cheval pour déplacement, le Bend-Naba (l'homme de culture), monte aussi sur un cheval. 33

Ce Zabyouré signifie que pour l'intérêt de la société, le BendNaba est sur un même pied d'égalité que le Roi; l'homme de lettres est sur le même niveau que le pouvoir politique; il ne faut pas qu'il se sente inférieur; sa mission est d'être régal du pouvoir, c'est-à-dire qu'il doit être un contre pouvoir au besoin. n n'y a pas une subordination relativement à son domaine d'expression; il ne doit pas "faire le griot", chantant des louanges et uniquement des louanges; si le pouvoir s'écarte des principes d'intérêt social, il sait qu'il est sur un même pied d'égalité et doit dès lors se démarquer. L'homme de lettres, n'est donc pas un personnage de seconde zone; il est le cœur de la société, que la pratique que nous allons apprécier ci-après confinne; dans ce contexte, la littérature pennet une meilleure connaissance de l'histoire du peuple, de l'organisation de la société, des conflits sociaux et mythes; elle pennet aussi, une préservation et une construction de la cité.

CONNAISSANCE DE L'HISTOIRE DU PEUPLE ET PÉRENNITÉ DE LA SOCIÉTÉ TRADITIONNELLE (LES GÉNÉALOGIES).

Comme nous l'avons déjà souligné, à l'occasion de chaque nouveau départ dans la vie de la société, (fin des récoltes, et nouvelle année, anniversaire de rites importants), le tarn-tarn fait le bilan de l'année écoulée et, mieux, le bilan de toute l'histoire de la société, tire des conséquences, et propose la voie la plus salutaire à suivre. A l'occasion de cela, le cheminement de la société ayant évidemment été axé sur la succession des différents responsables politiques, c'est en les prenant au fur et à mesure du premier à régner au dernier qui est celui qui exerce sous la cérémonie le pouvoir, qu'on peut apprécier les différentes réalités historiques et sociales; concernant la simple succession, et prenant le cas de Manega, nous avions dans notre ouvrage Bendr N Gomde, transcrit la généalogie suivante révélée par les tam-tams: Kata lagem koabga Gigemd naa n kaag a weoogo. Wend maag tenga, T'a a Sunduf gaande. Sadb raag 34

Rooda beoogo, Nnaando Rayita ; Naab a Ziid wend yinga ; Burkin ki, La Burkin keta ; Yutba Weoogo Sen yaool n, Waase, Pa 1dn bas, Nina, Kogbila, Ti m biig, Be Peemtenga, Ti m biig, Be Sanoo, Manega Naaba, Dunda yaa taab, Wend na taas weere ; N Winig sen pa weere ; Ten-nar Kon zul tuub ; La pUg Sa n yamb bulli, Tuudb Naa n saama b wirdo. Manega-Naba! B mi m tiiri. N na n segl yaooba, Wend maag tenga, Pind burkin yinga ! Goabga ! Goabg belem yoore ; T'a a yèesem, Zeng nenga ; Barn n dog B bark biiga Bugem, Bugem tar sore, Kon sok badga. Bugem Bug-zileng, Tot wodbo, Wotb 35