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Le méchant à l'écran :

De
270 pages
Le méchant à l'écran apparaît avant tout comme un archétype, et pourtant ses représentations se modulent, mutent et se réinventent. En associant critique typologique et approche générique, en passant en revue les séries télévisées et les grands classiques, et en mariant analyse civilisationnelle et étude de cas, ce volume entend multiplier les éclairages sur cette figure archétypale et montrer l'ensemble des vertus cinématographiques du vice.
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Responsabes du numéro Karine HildenbrandetChristian Gutleben
L E MÉCH A NT À L’ÉCR A N : L E S PA R A DOX E S DE L’INDISPENSA BL E FIGUR E DU M A L
LE MÉCHANT À L’ÉCRAN :
LES PARADOXES DE L’INDISPENSABLE FIGURE DU MAL
CYCNOS Fondée sur les rives de la Méditerranée, la revueCycnoss’est mise sous l’égide d’un antique roi de Ligurie, comptant bien partager le sort du personnage éponyme que le dieu de la poésie plaça parmi les astres du firmament. La revue, fondée par André Viola, est publiée par le LIRCES (Laboratoire Interdisciplinaire Récits, Cultures, Sociétés) de l’Université Nice Sophia Antipolis. Elle accueille les contributions - en anglais et en français - de spécialistes extérieurs au Centre. DIRECTEUR : Christian GUTLEBEN
COMITÉ SCIENTIFIQUE
Elza ADAMOWICZ, Queen Mary University of London Michel BANDRY, Université de Montpellier Ann BANFIELD, Université de Californie, Berkeley, U.S.A. Gilbert BONIFAS, Université de Nice Lucie DESBLACHE , University of Roehampton, Londres Maurice COUTURIER, Université de Nice Silvano LEVY, University of Hull Jean-Pierre NAUGRETTE, Université de Paris III Sorbonne Nouvelle COMITÉ DE LECTURE
Jean-Paul AUBERT, Université de Nice Jean-Jacques CHARDIN, Université de Strasbourg II Geneviève CHEVALLIER, Université de Nice Christian GUTLEBEN, Université de Nice Karine HILDENBRAND, Université de Nice Marc MARTI, Université de Nice Martine MONACELLI-FARAUT, Université de Nice Susana ONEGA, Université de Saragosse Michel REMY, Université de Nice Didier REVEST, Université de Nice La correspondance avec la revue doit être adressée à : LIRCES RevueCycnos, U.F.R. Lettres, Arts et Sciences Humaines 98, Boulevard Édouard Herriot, B.P. 3209 F 06204 - NICE Cedex 3 - France Tél. 04 93 37 53 46 - Fax 04 93 37 53 50Solen.COZIC@unice.fr
CYCNOS
LE MÉCHANT À L’ÉCRAN :
LES PARADOXES DE L’INDISPENSABLE FIGURE DU MAL
Responsables du numéro Karine Hildenbrand et Christian Gutleben
Revue publiée par le LIRCES Université Nice Sophia Antipolis Volume 29 N° 2 2013
© L’HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02146-1 EAN : 9782343021461
SOMMAIRE
Avant-propos Karine (ildenbrand et Christian Gutleben : Autopsie du méchant ...................................͹PrologueDominique Sipière : À quoi servent les méchants ? .............................................................. ͵͵I Larvé ou osbcène: le pouvoir du méchantJulien Guieu : Du tueur en série au terroriste : de quelques méchants sans visage dans le cinéma américain des années ʹͲͲͲ ............................................................... Ͷͻ
Elise Pereira Nunes : « The Filthiest People Alive » : La célébration de la déviance comme terrorisme social .............................................................................................. ͸ͻAmanda Studniarek : L’anonymat du méchant ....................................................................... ͺͷ(élène Valmary : De Smith à Schmidt : (ugo Weaving, un visage du Mal................ ͳͲ͹IIEsthétique et idéologie du mal contemporainPhilippe Ortoli :Profit: être au-delà......................................................................................... ͳʹ͵Delphine Letort : Les « méchants » du ghetto : les dealers deClockersȋSpike Lee, ͳͻͻͷȌ ............................................................................................................................................ ͳ͵ͻ
Sébastien Lefait : Le méchant après le ͳͳ septembre : terroristes sous surveillance dans24etHomeland............................................................................................. ͳͷ͹III Etudes de cas
Julie Michot: « Le méchant, c’est vous » : quand Billy Wilder tend un miroir à ses spectateurs .................................................................................................................................. ͳͺͳ
Geneviève Dragon: Hidden in plain sight: les variations de points de vue dans la construction du personnage de Gus Fring dansBreaking Bad. ................................ ͳͻͻ
Jacques Lefebvre: Lee Marvin, sur le fil du rasoir ............................................................ ʹͳ͵Christian Viviani: Bette Davis, ou le bonheur de jouer à la « méchante ».............. ʹ͵ͷAbstracts............................................................................................................................. ................ ʹͷͳNotes sur les auteurs................................................................................................................... ʹͷ͹
Avant-propos : Autopsie du méchant
Karine Hildenbrand et Christian Gutleben
Université de Nice Sophia Antipolis
La méchanceté est avant tout une volonté de destruction. Que l’acte soit spontané ou prémédité, il s’agit de porter atteinte à autrui (physiquement, moralement, psychologiquement, socialement...). Dans la vie quotidienne, la méchanceté fait partie des composantes de l’être humain mais elle ne peut en aucun cas le définir. Dans la fiction au contraire, le méchant est un archétype: sa méchanceté est une constante. Il est l’antagoniste, l’élément perturbateur et l'obstacle. Son rôle est fondamental puisqu’il définit le héros, structure le récit et contribue à la dynamique diégétique. Enfin, il facilite une certaine lisibilité du monde. Nombres de récits fondateurs se structurent sur cette adversité où le Bien et le Mal s’affrontent, où l’harmonie finit par triompher des ténèbres et du chaos. Comme les récits bibliques et les mythes, les contes de fées, pratiquement tout au long de l’existence humaine, ont constitué une littérature destinée à édifier tout le monde, les enfants comme les adultes. (Bettelheim 85) Ce manichéisme caractérise une grande partie du cinéma muet, puisqu’il faut pouvoir rapidement identifier les personnages. Le stéréotype du méchant prend forme avec des personnages aux visages patibulaires, vêtus de couleurs sombres et entravant la progression du 1 héros par tous les moyens . La technique et le langage cinématographique ne cessant de progresser, le personnage devient de plus en plus sophistiqué. L’apparition du son au cinéma donne naissance aux films de gangsters 1 Bauman (joué par Fred Kholer) dansThe Iron Horsede John Ford, 1924 est un grand propriétaire terrien qui entrave la progression rapide du chemin de fer en utilisant toutes sortes de manipulations: la corruption par l’argent, le meurtre (perpétré par un homme de main) et l’incitation à la guerre (lorsqu'un de ses émissaires convainc les Cheyennes de s'attaquer au chantier).
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Karine Hildenbrand et Christian Gutleben
qui rencontrent un succès considérable. Le spectateur suit avec jubilation les trajectoires fictives de gangsters célèbres à la ville (entre autres Al Capone dansLittle Caesar de Mervyn LeRoy, 1931). Figure toute-puissante, transgressive et flamboyante, le méchant se fait si séduisant qu’il est un des facteurs déterminant dans la mise en place du code 2 Hays . Puis les genres se mêlent et la narration mise sur la surprise du spectateur. Le film noir développe une esthétique expressionniste, qui favorise les thèmes du secret et de la paranoïa. Inspirés par le cinéma 3 allemand des années 20, les réalisateurs hollywoodiens jouent des contrastes du noir et blanc en créant des atmosphères sombres et interlopes, où les ombres portées envahissent l’écran. Les thématiques abordées sont celles de la trahison, de l’instrumentalisation et de l’espionnage. Souvent, le méchant est identifié au terme d’une enquête révélant à quel point les apparences peuvent être trompeuses (The Maltese Falcon, John Huston, 1941,Double Indemnity, Billy Wilder, 1944). La méchanceté n’est plus réservée aux personnages masculins. Les femmes manipulatrices, vénales et fascinantes font leur apparition. Enfin dans les années cinquante la télévision se généralise et les possibilités visuelles et narratives se multiplient encore. Le petit écran reprend certaines conventions cinématographiques et mise également sur 4 des formes sérielles qu’il emprunte à la radio et à la littérature . Le format récurrent des feuilletons permet d’exploiter le méchant sous divers angles et d’approfondir sa psychologie. La sérieDallas par exemple (1978-1991) se construit autour de J.R. Ewing (Larry Hagman), 5 personnage pervers et manipulateur au sourire carnassier . En bref, le méchant à l’écran apparaît avant tout comme un archétype, et pourtant ses représentations se modulent, mutent et se réinventent à l'instar des media audiovisuels. C’est là, entre pluriel et 2 Appliqué à partir du 1er juillet 1934, le Code Hays (ou Motion Picture Production Code) stipule quels thèmes ou sujets devraient être évités par les scénaristes. La représentation de la sexualité ou de la criminalité sont particulièrement en ligne de mire. 3 Dont beaucoup sont des Européens exilés à Hollywood pour fuir le nazisme 4 La série policièreDragnet, créée en 1949 à la radio est adaptée pour la télévision en 1952. Elle rencontre un énorme succès, notamment dû à son parti-pris réaliste. Chaque semaine, le téléspectateur suit les enquêtes de Joe Friday, qui lutte contre la criminalité sous toutes ses formes (meurtres, vols à main armée, fraude, personnes disparues...). Au monolithisme tenace du héros s'oppose une pluralité de méchants. 5 Dallas atteint l’apogée de son succès lorsque J.R. s’effondre touché par une balle de revolver au terme de la saison 3. Cecliffhangersans précédent fait les gros titres de la presse et sert d’accroche à CBS. Les spectateurs s’inquiètent: mais qui a tiré sur J.R.? Sa mort possible ne met-elle pas en danger la marque de fabrique de la série?
Autopsie du méchant
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singulier, que se joue le paradoxe fondamental du personnage: est-il possible de parlerdu méchant à l’écran devant l’immense variété des représentations proposées? Et si la réponse est négative et qu’il s'agit plutôtdesméchants à l’écran, n'est-ce pas nier le caractère intangible du personnage? Ce hiatus peut être comblé si l’on envisage le méchant comme un mythe, au sens où l’entend Roland Barthes. C'est à dire comme un « système sémiologique majoré » qui serait une conjonction de la sémiologie (forme) et de l’idéologie (histoire): « c’est ce jeu incessant de cache-cache entre le sens et la forme qui définit le mythe » (Barthes 191). Concept mythique, le méchant se ferait mouvant au gré des circonstances historiques et de leur choix de représentation à l’écran : Il n’y a aucune fixité dans les concepts mythiques : ils peuvent se faire, s’altérer, se défaire, disparaitre complètement. Et c’est précisément parce qu'ils sont historiques, que l’histoire peut très facilement les supprimer. (Barthes 193) Plus précisément, la fonction du méchant (telle que définie par Vladimir Propp ou Bruno Bettelheim) serait une invariante tandis que les représentations du personnage seraient le reflet fictionnel d’une époque spécifique. Pour exprimer cet écart entre statisme et mouvement, nous parlerons des ‘figures’ du méchant à l’écran. Notre ambition sera d'en esquisser l’autopsie en considérant d’abord leur représentation, puis leur rapport dialectique à l’univers diégétique (individu, société, histoire) qui est intimement lié à leur impact sur le spectateur.Les premières représentations cinématographiques du méchant s'inspirent très largement de la physiognomonie de Lavater. Il leur est impossible d’être beaux puisque leur méchanceté doit nécessairement se traduire physiquement. À l’instar d’Eric Von Stroheim, plusieurs acteurs exploitent leur physique atypique pour se faire une spécialité des rôles de méchants. Dans les années 20 et 30, le parfait méchant s’incarne sous deux formes. D’une part, des silhouettes imposantes et massives avec des visages aux traits marqués à l’ossature saillante dont la photogénie particulière sied aux rôles : la photographie en noir et blanc s’accroche sur les arrêtes et les creux de figures qui ne semblent jamais pouvoir être entièrement éclairées. Boris Karloff fascine les spectateurs dans Frankensteinses multiples suites. Bela Lugosi, longue et haute et