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Le surréalisme socialiste

De
224 pages
Ce livre étudie les effets sur l'art et la culture de la version albanaise du marxisme-léninisme qui régna sans partage en Albanie durant la seconde moitié du XXe siècle. Pourquoi et comment a pu être mis en place et fonctionner le réalisme socialiste, cet art officiel qui devait tout contrôler ? Comment l'idéologie en place était-elle un substitut laïcisé de la religion chrétienne ? Cette analyse dénonce les conséquences de tout système totalitaire sur l'art, la politique et les hommes.
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Gëzim Qëndro
Le surréalisme socialiste L’autopsie de l’utopie
Préface de Gilles Rouet
Le surréalisme socialiste L’autopsie de l’utopie
dirigée par Michel Costantini & François Soulages Série RETINAManuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langageEric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’imageMichel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'imagePascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flouFrançois Soulages (dir.),La ville & les artsFrançois Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme Série Photographie Philippe Bazin,Face à facesPhilippe Bazin,Photographies & PhotographesCatherine Couanet,Sexualités & Photographie Benjamin Deroche,Paysages transitoires. Photographie & urbanitéMichel Jamet,Photos manquées Michel Jamet,Photos réussies Anne-Lise Large,La brûlure du visible. Photographie & écritureFranck Leblanc,L’image numérisée du visagePanayotis Papadimitropoulos,Le sujet photographique Hortense Soichet,Photographie & mobilitéFrançois Soulages (dir.),Photographie & contemporainFrançois Soulages & Julien Verhaeghe (dir.),Photographie, médias & capitalismeMarc Tamisier,Sur la photographie contemporaine Marc Tamisier,Texte, art et photographie. La théorisation de la photographie Christiane Vollaire (dir.),Ecrits sur images. Sur Philippe Bazin Suite des livres publiés dans la Collection Eidos à la fin du livreComité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid, Sofia),Chili(Rodrigo Zùñiga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan(Stéphanie Tsai, Univ. Centrale de Taiwan, Taïpé) Secrétariat de rédaction: Sandrine Le Corre Publié avec le concours de
Gëzim Qëndro Le surréalisme socialiste L’autopsie de l’utopie
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03344-0 EAN : 9782343033440
Préface Pour mieux comprendre l’Albanie et les Albanais…Gëzim Qëndro participe, avec cet ouvrage, à l’écriture indispensable de l’histoire de la période socialiste en Albanie, avec une analyse précise et pertinente d’œuvres qui relèvent du réalisme socialiste, méthode de création artistique liée au marxisme-léninisme, idéologie dominante en Albanie comme dans l’ensemble du bloc soviétique jusqu’à la chute du mur de Berlin. Il s’agit bien d’art et l’auteur, lui-même professionnel des musées, nous fournit les clés de lecture et de compréhension dont nous avons besoin. L’Albanie est encore mal ou peu connue en France, même si de nombreux ouvrages ont été publiés après la fin du régime communiste et l’ouverture du pays. Il faut rappeler que l’Albanie a connu presque un demi-siècle d’isolement, entre 1944 et 1991.Quelques éléments d’histode la fin du xveire : siècle jusqu’en 1912, le pays est occupé par les Ottomans. En 1913, environ 40 % du territoire devient indépendant et cette Albanie connaît alors une courte période démocratique avec un gouvernement qui revendique sur la scène internationale une redéfinition du territoire avec
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l’extension au Kosovo, à Monastir, et à une partie de l’Épire du Sud, peuplés de populations albanaises, sans succès et jusqu’à s’attirer l’inimitié des pays occidentaux qui refusent de modifier la géographie balkanique. Soutenu par l’Angleterre et la Serbie, Ahmed Zogu devient alors roi autoproclamé des Albanais et tente de moderniser le pays. C’est sous son régime qu’un code civil est mis en place, inspiré du Code suisse, ainsi qu’une Banque nationale, qu’une réforme agraire ambitieuse redistribue les terres aux paysans et qu’une presse se développe. Le pays devient un protectorat italien en 1939. À partir de groupes de résistants communistes, un Parti communiste d’Albanie est créé en 1941 par Enver Hoxha, en relation avec le mouvement communiste de Tito. De novembre 1944 à avril 1985, le leader dirige le pays avec le parti communiste unique. La République populaire d’Albanie est officiellement proclamée en 1946 et deviendra la République populaire socialiste d’Albanie en 1976. L’Albanie est affiliée à l’URSS jusqu’en 1960, puis s’aligne sur la République populaire de Chine. Ainsi, l’Albanie est le dernier pays à avoir conservé un régime stalinien en Europe après 1956. Le régime est très sévère, des milliers d’Albanais sont condamnés à mort ou emprisonnés dans des camps. Seuls quelques pays occidentaux, dont la France, entretiennent des relations diplomatiques pendant toute cette période. Le pays connaît ensuite, comme ses voisins, une « transition» qui s’avèretrès difficile. Les Albanais migrent par centaines de milliers vers la Grèce, mais aussi vers l’Italie ou les États-Unis, ce qui déstabilise l’évolution économique du pays. L’Albanie garde des traces de cette période d’isolement et du régime stalinien, dans les mémoires comme dans les corps, dans les rues et dans les villes. Et aussi, bien sûr, dans les musées et les bâtiments. Ainsi, le Musée national historique de Tirana, sur la place Skanderbeg, inauguré en octobre 1981, est en lui-même un monument del’esthétique soviétique et expose, au-dessus
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de la porte principale, une énorme mosaïque inspirée du réalisme socialiste qui représente l’«élan du peuple albanais vers son indépendance et son identité ». Il ne s’agit pas seulement, dans ce livre, de relier les peintures ou sculptures au contexte, mais bien de proposer une analyse globale (mais pas globalisante). Le surréalisme socialiste s’inscrit dans le quotidien des contemporains, celui d’un régime totalitaire particulier qui développe une esthétique polymorphe. L’originalité de la démarche permet de mettre en évidence un contenu surréaliste, justement, que l’auteur qualifie de «religieux »et qui illustre le caractère messianique utopique du marxisme. Pour autant, l’auteur ne verse ni dans une nostalgie aisément explicable (voire justifiable), ni dans une assimilation de certaines formes d’expressions artistiques à un régime politique… Il ne participe pas non plus à un débat nourri en Europe depuis l’installation de nombreux « musées du communisme », voire de «l’art socialiste». De Sofia à Budapest en passant par Cracovie, de nouveaux musées sont désormais autant de vitrines des «anciens régimes »,inscrivant dans les parcours touristiques une étape historique attractive pour les visiteurs de l’Ouest, mais aussi un lieu de mémoire peut-être nécessaire pour ceux de l’Est.L’exemple du musée de l’Art socialiste de Sofia, ouvert en septembre 2012, est particulier, car il s’agit non seulement d’exposer œuvres et ornements divers de l’ancien régime, souvent monumentaux, faisant ainsi revivre un culte de la personnalité désormais désuet, mais aussi, en résumant une époque à un musée, de présenter pêle-mêle des objets décoratifs et des tableaux dont la valeur artistique est souvent discutable (et discutée par les spécialistes) et des œuvres d’artistes persécutés par le régime –le tout sans commentaire particulier. Un musée qui, pour beaucoup d’intellectuels du pays, permet d’éviter un débat public sur le passé totalitaire et dont l’objectif en termes de fréquentation touristique n’est pas vraiment atteint. Ainsi, l’établissement entretiendrait surtout la nostalgie de nombreux retraités.
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Gëzim Qëndro ne s’inscrit pas du tout dans une telle démarche, il nous raconte l’histoire du régime totalitaire albanais en nous offrant un parcours commenté d’œuvres de l’époque et de la réception de ces œuvres. Il ouvre ainsi un débat nécessaire, avec une approche pertinente, originale et personnelle: il démontre que le communisme présente les caractéristiques d’une «religion séculière », au moins sociologiquement. Son analyse est aussi introspective, implicite, permanente, ce qui confère à l’ouvrage justification et pertinence supplémentaires et explique la force persuasive qui se dégage des démonstrations, au fil des chapitres et des développements sur les œuvres ou monuments choisis, car l’expérience de l’auteur, son parcours personnel, ses analyses démultiplient les efforts de dépersonnalisation et de neutralité émotionnelle auxquels il s’oblige.Ce livre se lit comme un roman, peut-être presque un roman historique, et pas du tout comme un catalogue ordonné d’érudition. La démarche thématique choisie, non chronologique, permet d’articuler les nombreuses analyses d’œuvres, de décortiquer attributs et mythes comme autant de caractéristiques qui amènent le lecteur à comprendre la logique comparatiste des similitudes entre communisme et religion, démarche considérée comme plus pertinente qu’une analyse des différences. Découvrons ainsi les Héros, la Bonne Nouvelle, le Parti,le Paradis…Le recours aux « métarécits » contribue fortement à la force de la démonstration au terme de laquelle l’auteur soutient que le marxisme-léninisme est bien une religion laïque, une religion séculière. En définitive, Gëzim Qëndro nous invite à dépasser l’antagonisme classique entre marxisme et religion et le lecteur pourra facilement suivre cette piste grâce à la pertinence des analyses sur les manifestations concrètes du régime qui n’ont qu’une emprise sur le réel qu’elles ne sont pas. Il s’agit aussi, et voilà l’actualité de ce livre, de considérer non pas l’Albanie en tant que telle, mais bien des Albanais, désormais aux portes de l’Union européenne avec
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leurs héritages, entre fascination et rejet d’un ancien régime, dans le cadre de recherches identitaires qui semblent toujours difficiles, imprégnés qu’ils ont été de ces représentations du réalisme ou surréalisme socialiste. Nous connaissons mal l’Albanie… et peut-être encore moins les Albanais ! Merci à Gëzim Qëndro pour ce partage. Gilles Rouet Professeur des universités Chaire Jean Monnetad personam
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