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LE TEXTE AU MUSÉE : UNE APPROCHE SÉMIOTIQUE

De
128 pages
Au musée comme dans l’exposition, l’écrit nomme, date, explique, questionne, guide, raconte, émeut, provoque… Cet ouvrage étudie les aspects sémiotiques de cette médiation écrite depuis la production de textes par des conservateurs et des commissaires experts jusqu’à leur réception par le visiteur. L’analyse des discours muséographiques ainsi produits montre que loin de former une mosaïque de mots éparpillés, ils véhiculent des représentations symboliques, des points de vue subjectifs ou des stéréotypes culturels autant que des savoirs objectifs.
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(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3153-8

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Marie-Sylvie Poli

LE TEXTE AU MUSÉE: UNE APPROCHE SÉMIOTIQUE
Préfaces de Vincent Lucci Laboratoire LIDILEM - Université Stendhal - Grenoble III
et Françoise Conservateur Wasserman des publics,

en chef du patrimoine

Directeur du Département

Direction des Musées de France

Photos Yves Bobin, Musée Dauphinois

L'Harmattan France 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan

Hongrie

L'Harmattan

Italie

Hargita u. 3
1026 Budapest

Via Bava, 37
10214 Torino

Encre de Chine Jacques Poli, février 2000.

Je dédie ce livre à la mémoire de mon frère, le peintre Jacques Poli.

Le texte au musée
Préface de Vincent Lucci Laboratoire LIDILEM Université Stendhal - Grenoble 3

Comme le fait apparaître Marie-Sylvie Poli tout au long de cet ouvrage, les écrits sont bien loin de disparaître et jouent un rôle irremplaçable à l'aube du XXIe siècle qui voit pourtant émerger de nouvelles technologies de la communication et une présence toujours renouvelée et omniprésente de l'image. Dans un paradoxe qui n'est qu'apparent, non seulement les écrits vivent et prolifèrent dans les villes, au bord des routes, dans les musées, mais depuis leur naissance, il y a de cela plus de cinq mille ans, ils ne cessent d'acquérir de nouvelles fonctions. Outre celle d'informer, ils doivent attirer l'attention, séduire, capter le regard, produire des marques sociales d'identité. Pour cette raison, ils se fondent, comme dans un genre écrit nouveau, avec les images et tout ce qui ne se lit pas directement, mais se voit. C'est ainsi que le visiteur de musée, un peu comme le promeneur de nos centres-villes, est à la fois lecteur (lorsqu'il cherche à comprendre) et « voyeur» (lorsqu'il se laisse impressionner par les images et les objets), ou les deux à la fois, par le jeu de ces complémentarités du texte écrit, de l'image et des objets exposés. De ce point de vue, l'exposition de musée est davantage envisagée dans cet ouvrage comme une médiation dynamique que comme une œuvre statique. Un des grands mérites de Marie-Sylvie Poli est de nous faire pénétrer avec elle dans ce monde des musées où elle nous convie à une réflexion sur ce paradoxe de l'écriture au service d'objets relevant de la culture et d'une société. Elle le fait avec ses bagages et ses outils d'analyse empruntés à plusieurs disciplines, dont les sciences du lan-

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LE TEXTE AU MUSÉE

gage et les sciences de la communication. Sa forte implication dans le monde de la muséologie fait du lecteur un visiteur au second degré qui, au préalable, doit s'armer de concepts que l'auteur met judicieusement à sa portée, avant de l'introduire auprès des acteurs de cette scène aux visages multiples que sont les expositions permanentes ou temporaires en France. Ce même visiteur est entraîné à déambuler dans les expositions où il est convié à une lecture cheminante, voire vagabonde, critique, commentée et illustrée, un peu comme le serait le promeneur d'un centre-ville historique, accompagné d'un guide aux larges connaissances culturelles et techniques. Mais ces écrits foisonnants présentent une diversité et une complexité qui fait de leur étude une gageure, promesse de découvertes riches d'enseignements: certains écrits prennent en compte la disposition de l'espace, les personnalités et les visées des organisateurs, les lecteurs potentiels. Ils sont souvent indissociables de supports élaborés, de leurs typographies. D'autres fonctionnent comme des étiquettes (qui guident et interprètent le sens, en « mettant en parole» des objets). Dans ce dernier cas, les écrits limitent-ils les interprétations des visiteurs, ou les ouvrent-ils? Les écrits vont-ils jusqu'à dérober l'attention du visiteur aux objets? Vaste question que pose la muséologie moderne et que Marie-Sylvie Poli aborde ici même, en laissant à dessein ouverte la discussion. Une partie des recherches relatées par Marie-Sylvie Poli porte sur la perception que le visiteur-lecteur peut avoir de l'exposition, lorsqu'il l'appréhende avec sa propre culture et les représentations qu'il a de celle-ci et de la société qui la met en scène. A ce propos, l'auteur se trouve devant le paradoxequ'on pourrait nommer du guide touristique écrit. Si le visiteur désire être à la fois libre et guidé, éclairé, comment les concepteurs d'expositions peuvent-ils prendre en compte ce paradoxe ? Dans quelle mesure la composante affective, spontanée, sa conception de l'esthétique, prennent-elles le pas sur la présentation intellectuelle et didactique? Le visiteur est-il réellement libre de ses choix? Comment sélectionne-t-il ses lectures et donc les objets d'une exposition, puisque le « texte» ne se présente pas dans un ordre préétabli? Autant de questions passionnantes que fait émerger la réflexion de Marie-Sylvie Poli qui, en bonne praticienne autant que théoricienne, propose par ailleurs quelques « remédiations ». Il s'agit,

PRÉFACE

DE V. LUCCI

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après une description minutieuse des écrits des musées, et de leur réception auprès des visiteurs, de propositions de suppressions, de modifications, ou de ré-écriture de ceux-ci afin de mieux les ajuster à leur fonction de médiateurs et de créateurs de sens des objets du musée. Ainsi, les écrits dans les expositions des musées sont-ils montrés et analysés comme une manifestation créative et foisonnante qui révèle et prend en compte de nouveaux comportements sociologiques, culturels, mais aussi des compétences verbales et sémiologiques adaptées des visiteurs, où les valeurs connotatives emmêlées, rattachées aux images, aux lettres et aux objets, viennent complexifier ce que MarieSylvie Poli considère comme relevant d'un discours de la médiation. Ce « discours» induit, comme de nombreux écrits exposés tels les affiches ou les enseignes de commerce, une communication paradoxale qui véhicule du sens auprès de groupes partageant certaines valeurs culturelles, sociales, et des compétences sémiotiques spécifiques. De ce fait, les écrits du musée ne peuvent prétendre à la vérité et à l' objectivité, comme la plupart des écrits. Ils ne sont pas à l'abri d'un certain élitisme, et risquent de participer (en la renforçant) à l'exclusion et parfois à la manipulation d'une partie de la société, celle qui va au musée, mais surtout celle qui n'y va que rarement. En effet, le processus de réception ne part pas de rien, et s'il est assimilable à un « travail de deuil» des idées reçues ou à une « transgression réussie », on comprendra aisément que, dès leurs premiers pas dans un musée, les visiteurs ne soient pas en situation d'égalité absolue. Dès lors, même si aujourd'hui les concepteurs ne revendiquent plus les expositions comme des médias pédagogiques visant à démocratiser un certain type de culture, la problématique réapparaît sous une autre forme: il s'agit de les identifier et de les améliorer pour tous, ces médias, en respectant la diversité et la capacité de libre choix du visiteur (dans la mesure de ses limites pour cette dernière) et en proposant dans la mesure du possible des lectures davantage diversifiées, à divers niveaux, selon des stratégies variées, en accord avec des compétences culturelles, linguistiques et sémiotiques diverses. Ce pourrait être, ici encore, un enseignement à retirer, pour les organisateurs et les concepteurs des expositions, de l'analyse de MarieSylvie Poli.

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LE TEXTE AU MUSÉE

En définitive, son ouvrage a le grand mérite de concentrer une problématique minutieuse et originale des écrits au musée, qui va de la conception-production jusqu'à leur réception par les visiteurs, ce qui la rend unique dans le monde de la muséologie. Il pourra de ce fait intéresser aussi bien le public large des visiteurs cultivés et curieux (désireux de s'ouvrir à la muséologie, à côté des sciences du langage, de la sémiotique et de la sociologie) que les concepteurs des expositions eux-mêmes.

De l'écrit aux publics
Préfacede
Françoise Wasserman Conservateur en chef du patrimoine Directeur du Département des publics à la Direction des Musées de France

« Je n'ignore pas que je heurte ici bien des habitudes et que ce n'est pas de sitôt que, pour bien des gens, un tableau vaudra un texte. Mais je n'ignore pas davantage qu'en fait le rôle de l'image visuelle est aussi important dans la vie des individus et des sociétés que celui de l'image auditive... La plupart de ceux qui font fonction d'écrire ne lisent pas les signes qui ne sont pas verbaux, tandis que ceux qui créent la figuration des idées sont incapables de défendre leur cause sur le plan de la discussion verbale. Cependant, en fait, il n'y a pas de divorce réel entre les différents modes d'expression d'une époque, il n'y a de mésentente qu'entre les spécialistes. .. « Je dirai même que, dans ma pensée, ce sont les auditifs et les verbaux qui ont le plus à gagner dans cette affaire. Car ils laissent de côté d'immenses secteurs de recherche qui leur permettraient, soit, s'ils sont historiens ou philologues, de saisir davantage de phénomènes à coordonner, soit, s'ils sont politiques ou techniciens, de peser davantage sur la pensée et sur l'action de leur entourage. » P. Francastel, La réalité figurative.

« En vingt ans les usages du texte au musée et dans l'exposition ont radicalement changé» constate Marie-Sylvie Poli. Cette affirmation, loin d'être un lieu commun ou une assertion ex nihilo, s'appuie sur un important travail de recherche, de décryptage et d'analyse, tant des

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LE TEXTE AU MUSÉE

textes eux-mêmes et de ceux qui les conçoivent, que de ceux qui les « perçoivent », les « lisent », ou bien les « regardent ». Peu d'ouvrages, si ce n'est des articles dans des revues spécialisées, sont consacrés à cette thématique qui relève tout à la fois de la muséologie, de la linguistique et de l'analyse sémiologique. Si comme le rappelle très justement Marie-Sylvie Poli « le musée d'aujourd'hui n'est plus un espace de collections ouvert à quelques privilégiés, il est devenu un espace de culture acceptant de mettre son savoir scientifique et son savoir faire expographique au service du grand public », qu'en est-il alors de la place de l'écrit dans l'exposition, temporaire et permanente, dans les discours muséographiques ? Le langage du concepteur s'articule tout à la fois autour des « objets» mis en exposition et des textes qui les accompagnent: la signalétique didactique est alors l'un des outils privilégiés de médiation pour les publics. Cartels, fiches de salles, panneaux explicatifs, titres de salles, dépliants, petits guides, autant d'informations qui devraient concourir à « faciliter la visite », et donner du sens à ce parcours parfois complexe qu'offrent les musées à leurs publics. Les « étiquettes» ou les « cartels », ainsi sont nommés ces petits « morceaux de textes» qui au-delà même du regard posé sur l'objet, donnent l'information que recherchent les visiteurs. Mais combien au cours de leurs visites de musées signalent leur mécontentement, leur insatisfaction (ou bien encore leur satisfaction) à la lecture de ces éléments textuels informatifs et fondamentaux dont la structuration leur échappe quand ce n'est pas le sens! « J'aimerais en savoir plus» disent les uns, «je ne comprends pas tout» disent les autres. Et d'aucuns de s'interroger ou se lamenter sur le trop-plein d'information ou son contraire. Le texte a souvent pour mission de rassurer le visiteur, HIe conforte dans ses interrogations, parfois il l'aide à regarder: «j'ai besoin qu'on m'accompagne... surtout quand il n'y a pas de conférencier », disent certains... «c'est comme une béquille ». Marie-Sylvie Poli pose les bases de la place du texte et de sa nécessaire «évaluation préalable ou sommative » dans toute démarche muséologique. L'écrit est alors conçu comme support de médiation, parfois comme «l'objet» même du musée, sans redondance, il permet une autre lecture de l' œuvre d'art, il donne du sens, voire un autre