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Les criminalités organisées italiennes et italo-américaines à travers le cinéma

De
287 pages
Pour étudier les « mafias », différentes sources ont été utilisées comme les documents saisis par la police, les archives policières et judiciaires, les témoignages-biographies des repentis notamment. Le cinéma n’a pratiquement pas été utilisé pour étudier le phénomène mafieux alors que l’on peut dire aisément que les criminalités organisées italiennes apparaîssent dans plus de deux cents films, italiens et américains essentiellement. En France, les études sérieuses sur les phénomènes criminels restent des exceptions. Ce travail cherche à combler cette absence en utilisant les nombreux travaux écrits en italien et en anglais comme références bibliographiques de base.
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Les criminalitØs
organisØes italiennes
et italo-amØricaines à
traversle cinØmaVincent Sermet
Les criminalitØs
organisØes italiennes
et italo-amØricaines à
traversle cinØma
M MOIRE /TH¨SE/RECHERCHE' manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1843-X(pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-1842-1(pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrandsLecteurs(libraires,revues,critiques
littØrairesetdechercheurs),cemanuscritestimprimØtelunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteurde tenir compte de ce contexte.
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5bis, rue de lA’ sile Popincourt
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contact@manuscrit.comINTRODUCTION
« La mafia au cinØma » : un sujet qui peut prŒ-
teràsourirevoirefairedouterdesapertinencepour
une recherche en Histoire. Les films sur le sujet
n’auraientpasd intØrŒtautrequecinØmatographique
d’aprŁslestravauxactuels. La«mafiacinØmatogra-
phique»appartientpourtantbienauxdeuxdomaines
del HistoireetduCinØmamŒmesilepremierestap-
parumoinsØvidentjusqu prØsent. La«mafia»est
bien un phØnomŁne historique que le cinØma s est
appropriØ essentiellement dans le deuxiŁme moitiØ
duXxesiŁcle. EnFrance,lesØtudessØrieusessurles
phØnomŁnes criminels restent des exceptions. Mon
travail a l ambition, forcØment immodeste, de com-
bler cette absenceen utilisant les nombreux travaux
Øcrits en italien et en anglais comme rØfØrences de
base.
Trop souvent, on rØduit l ensemble des organisa-
tions criminelles à la dØnomination gØnØrique ‘ma-
fia . C estunehabitudequinuitàlacomprØhension
etàladiffØrenciationdesdiffØrentsphØnomŁnescri-
minels de la planŁte. Ainsi, on parle volontiers des
mafias russes, turques ou colombiennes et de beau-
coupd’autres«mafias». Ilestvraiquecertainscher-
cheurs tentent de montrer parfois à juste titre les si-
militudes organisationnelles et contextuelles de ces
7Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
diffØrentescriminalitØsorganisØes,maisonpeutgar-
der cette dØmarche comparative tout en respectant
l usageappropriØpourchacundecesphØnomŁnes.
1Ensuite, l historien Salvatore Lupo insiste sur
l aspect polysØmique du mot ‘mafia qui selon les
contextes, les circonstances, les intentions ou l in-
tØrŒt de celui qui l utilise, se rØfŁre à des faits dis-
tincts. Le juge Giovanni Falcone a Øgalement dØ-
noncØ l usage abusif du mot ‘mafia que l on tente
d assimileràladØlinquanceengØnØral. Bref,onen-
tend aujourd hui parler de mafia à tort et à travers
mŒme pour l influence de lobbies ou d associations
secrŁtes. Lasignificationexacteduterme mafia est
enfaittrŁsrestrictive: ils agitseulementdelamafia
sicilienne, appelØeØgalementCosaNostra.
LesdiffØrentsmØdiasdanslemonde,peut-Œtreun
peumoinsenItalie,parlentØgalementdes«mafias»
auplurielcarlamafiaestletermegØnØriquequidØ-
signe toute criminalitØ un minimum organisØe dans
l opiniongØnØrale. C estuntermevague,maldØfini
mŒmeparlesspØcialistesdusujet. Les«mafias»ita-
liennesregroupent,entouscas,diffØrentesorganisa-
tionsqu ilm asemblØintØressantdetraitercompara-
tivementdansmontravail. EnItalieØgalement,cette
gØnØralisation du mot mafia’ peut Œtre encore une
foisproblØmatiquepuisqu ellerØduitinjustementles
diffØrentes organisations criminelles de l’Italie mØ-
ridionale au modŁle sicilien. Dans le sud italien, il
existe quatre grandes organisations criminelles re-
2connues actuellement : la Cosa Nostra en Sicile,la
Camorra en Campanie, la ’Ndrangheta en Calabre,
et laSacraCoronaUnitadansles Pouilles.
1. Cf bibliographie : L’Histoire de lamafia des originesà nos jours,
1999.
2. La Sicile a Øgalement vu appara tre, depuis les annØes 1990, une
branchedissidentedelaCosaNostra: laStidda(l Øtoileendialecte
sicilien), sØvissantessentiellement dans lesud del le(Caltanissetta
et Agrigente).
8
àVincent Sermet
AprŁs ces premiŁres prØcisions, il faut cependant
comprendrequ iln existepasdedØnominationoffi-
cielle et prØcise pour ces quatre « organisations » :
on parle à la fois de criminalitØ organisØe , de
‘crime organisØ , d organisation criminelle , voire
de grande criminalitØ . D abord, en Italie, chaque
phØnomŁnea ses caractØristiques rØgionales etreste
extrŁmement plus complexe qu un simple phØno-
mŁne criminel. Ainsi, ces criminalitØs s inscrivent
toutes dans une tradition rØgionale et sont institu-
tionnalisØes.
Les termes de ‘grande criminalitØ sont trop
vagues tandis que les mots ‘organisations crimi-
nelles renvoient actuellement d avantage à des
sectes, ou autres organisations occultes. La notion
de crime organisØ n est pas encore entrØe dans
le vocabulaire scientifique. Pour la dØfinir, les
spØcialistes ont tout de mŒme tendance à lui coller
gØnØralement sept attributs hypothØtiques : une
structure pyramidale dirigØe par un pouvoir central,
des rŁgles contraignantes, des criminels profession-
nels, une organisation mØthodiques des opØrations,
la monopolisation d un secteur (Øconomique ou
autre), un recours systØmatique à la violence, une
puissance mena ante pesant sur les dØmocraties.
Cette notion n est guŁre discernable de celle de
‘criminalitØ organisØe . Mais, le crime organisØ
est d avantage un concept juridique nouveau pu-
nissable par la loi qu une rØalitØ organisationnelle
comme l ont dØmontrØlesdiffØrentsparticipants du
3colloque d Aix en Provence en 1996 . La notion
de criminalitØ organisØe dØfinit plut t l ØlØment
structurel dont la nature criminelle reste bien Øvi-
demment la caractØristique premiŁre. Comme il
n’est pas question ici d Øtudierl ensembledu crime
organisØ mondial tant dans le simple concept que
3. Cf bibliographie : Colloque d’Aix-en-Provence 5-6-7 juin 1996,
CriminalitØorganisØeetordredanslasociØtØ,1997.
9Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
dans les nombreuses organisations criminelles exis-
tantes, les termes de criminalitØ organisØe ont ØtØ
prØfØrØs pour le titre du sujet. Le choix de l Italie
s est faite pour des raisons tant personnelles que
pertinentes dupointdevue d une Øtude basØe surle
cinØma.
Lechoixd utiliserlestermes‘criminalitØsorgani-
sØes italiennes dans l intitulØ du sujet permet d en-
glober les diffØrentes criminalitØs de l Italie du sud
sansselimiteràlamafia. Lebanditismesardeetles
organisations criminelles du Nord sont trŁs peu Øtu-
diØes,cesderniŁresn ayantpasdecaractØristiquerØ-
gionale et Øtant nØes rØcemment.
Les criminalitØs organisØes italiennes sont de-
venues rØellement un objet d Histoire depuis peu,
seulement à partir du moment oø Cosa Nostra,
notamment, a ØtØ jugØe en tant qu organisation lors
du « maxiprocŁs » de Palerme en 1986 aprŁs que
la loi de 1982 condamnait toute appartenance à une
4« association mafieuse » . Cette pØriode co ncide
Øgalement avec le phØnomŁne des repentis qui
dØcident de rompre avec Cosa Nostra. La pØriode
de l impunitØ et des secrets a semblØ se finir. Pour-
tant, on ne sait pas grand chose des mafieux et de
leurs organisations si ce n est à travers l imaginaire
collectif.
Mon travail ne se limite pas au territoire italien
puisqu avec l installation des immigrØs italiens aux
Etats Unis, une nouvelle criminalitØ organisØe est
apparue. Cette criminalitØ organisØe italo-amØri-
cainesenommeCosaNostramaisn’estpasdirecte-
ment liØe à son homonyme sicilienne. Elle possŁde
sescaractØristiquespropresetestconstituØed immi-
grØsitaliensmØridionauxdanslaplupartdesgrandes
villes amØricaines.
4. Loi Rognoni-La Torredu 13 septembre 1982, dite loi « anti-mafia»
qui dØfinit l Association detype mafieux.
10
àVincent Sermet
Pour Øtudier les « mafias », diffØrentes sources
ont ØtØ utilisØes comme les documents saisis par la
police, les archives policiŁres et judiciaires, les tØ-
moignages-biographies des repentisnotamment. Le
cinØman apratiquementpasØtØutilisØpourØtudier
le phØnomŁne mafieux alors que l on peut dire ai-
sØmentquelescriminalitØsorganisØesitaliennesap-
para ssent dans plus de deux cents films italiens et
amØricains essentiellement.
Beaucoup affirment, plus ou moins ouvertement,
quela«mafia»ducinØmaestfolkloriqueetfictive,
qu elle ne mØrite pas une attention particuliŁre.
L’importante dimension mØdiatique que constituent
les films ne doit pas Œtre nØgliger pour une Øtude
historique des diffØrents phØnomŁnes mafieux.
Ces films de fiction reprØsentent l ensemble des
croyances et habitudes d esprit qui informent et
commandent la pensØe d une sociØtØ, pour com-
prendre comment les sociØtØs italienne, amØricaine
et fran aise se sont reprØsentØes les criminalitØs
organisØes. Je souhaite donc, par cette recherche,
contredire ces dires communØment admis. Il s agit
ici d’Øtudier la dimension historique d’un sujet
cinØmatographique.
Cette Øtude de films sur les criminalitØs organi-
sØesitaliennesetitalo-amØricainesn abienØvidem-
ment pasla finalitØd ŒtrecomparØeà larØalitØ pas-
sØe d une mafia’ historique mais plut t de trouver
la place qui lui est due parmi les diffØrentes Øtudes
des phØnomŁnes mafieux. Le travail a pour objectif
demettreenØvidencel oppositionquasipermanente
entrecinØmaitalienetcinØmaamØricainetl impor-
tancerespectivedecesfilmscommereprØsentations
mØridionales et italo-amØricaines.
11Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
CommentdessourcescinØmatographiques,large-
ment considØrØes comme de « second plan », per-
mettent de saisir les reprØsentations publiques des
diffØrents phØnomŁnes criminelsitaliens?
D abord, il s agit de poser un certain nombre
de dØfinitions, de rappeler le contexte historique
des diffØrents phØnomŁnes mafieux et de prØsenter
globalement les sources et les approches pos-
sibles. Ensuite, j ai choisi une Øtude chronologique
montrant l Øvolution de deux reprØsentations cinØ-
matographiques en Italie et aux Etats Unis. Enfin,
la derniŁre partie propose une approche thØmatique
transversale mettant en Øvidence les diffØrentes
reprØsentations des Italiens mØridionaux et des
Italo-amØricains, de leurs environnements, de leurs
cultures au sens large. Elle insiste sur l’impact
mØdiatiquedecette«mafia»cinØmatographique.
12
àDÉFINITIONS ET
PR SENTATIONDESSOURCESLES CRIMINALIT S ITALIENNESET
ITALO-AM RICAINES
Diverses criminalitØs organisØes en
Italie
Qu est-ce que la « mafia » ? Comment appa-
ra t-elle ? Quelles sont les origines Øtymologiques
des mots « mafia », « camorra », « cosa nostra » ?
CommentdiffØrencie-t-onCosaNostraetCamorra?
Ces questionsontØtØ souventposØesmaisles rØ-
ponses varient et divergent rØguliŁrement parmi les
spØcialistes du sujet. A propos de l’apparition des
mafia, camorra et ‘ndrangheta, personne n a de rØ-
ponse indiscutable. Il est Øgalement difficile de re-
cueillirdesrenseignementsfiablesauseinence qui
concerne ces milieux criminels. Une naissance my-
thique se transmet entre « hommes d honneur »:
vers1400,troiscavaliersespagnols,membresd’une
association secrŁte de TolŁde, dØbarquŁrent à Tra-
pani, enSicileorientaleet fondŁrentensuiterespec-
tivementlestroiscriminalitØsorganisØesprincipales
du mezzogiorno.
Il faut cependant bien discerner ces diffØrentes
criminalitØspourlesØtudieretlescomparer.
15Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
Mafia ou Cosa Nostra
LatraditionoraleprØtendquecettesociØtØsecrŁte
remonterait au XIIe siŁcle, lorsqu elle avait le nom
de secte des « vendicosi » (vengeurs). Les mafieux
siciliensseveulentØgalementleshØritiersdesBeati
Paoli, groupe de criminels du XVIIIe siŁcle. MŒme
si leslØgendes sont particuliŁrementnombreusesen
Sicile, la mafia correspond bien à une pratique pro-
fondØment enracinØe dans la psychologie collective
de l’ le et qui a peine changØ avec le passage des
ØpoquesetdesdiffØrentsoccupantsdel le. Deplus,
l organisationmafieusereposeessentiellementsurla
croyance encesmythes et ces lØgendes.
Onexplique,plusgØnØralementetofficiellement,
laformationdel organisationparlaprisedepouvoir
desterresparlesgabellottisurlesnoblesrØsidanten
ville. Ces gabellotti Øtaient chargØs de collecter les
d mes et les fermages. Ces lieutenants des grands
propriØtaires, dØnon ant les abus de pouvoir nobi-
liaires deviennent tout puissants et s organisent. Ils
finissentparcontr lerdefaitleterritoiresicilien. La
mafiana tainsiofficiellementenSicileoccidentale,
dans letrianglePalerme-Trapani-Agrigente.
Øtymologies incertaines
On peut fournir diverses origines au mot « ma-
fia ». C est avant tout un terme vØhiculØ par
l Etat puis par les mØdias pour nommer ce que
les « hommes d honneur » appellent Cosa Nostra.
Cependant, ceux-ci l utilisent pour qualifier leurs
concurrents, leurs adversaires politiques, les divers
reprØsentants de l autoritØ publique. A partir des
annØes 1860, on entend parler de mafiosi pour la
premiŁre fois avec la piŁce de thØatre comique I
mafiusi di la Vicaria de Rizzotto. C est la premiŁre
mise en scŁne connue de la mafia. A cette Øpoque
16
àVincent Sermet
le terme est voisin de celui de camorra car on parle
volontiers de camorristes à la fois en Campanie et
en Sicile.
Mafia signifiebeautØ,gracieusetØetperfection:
lesmafieuxjouentsurl ambiguitØdecettevisiondes
chosesvisàvisdelapopulation. Uneexpressionita-
lienne farelamafia estsynonymede‘sepavanner ,
‘fairelebeau . L’ØtymologieprØciseestencoreplus
567incertaine: onaØvoquØuneoriginearabe ,l acros-
8tichedelaphrase‘MorteAllaFranciaItaliaAnela
peuvraisembable,oumŒmeunmottoscansignifiant
misŁre. ‘Mafia estØgalementune ledel ocØanIn-
dien, au large de la Tanzanie.
Curieusement,l expression«CosaNostra»serait
en fait d originaire des Etats-Unis avant d’Œtre im-
portØe en Sicile. Ce serait une revendication d’im-
migrØs italo-amØricains se dØclarant avoir quelque
chose en commun : « notre chose » par opposition
à cequi està eux, aux« vraisamØricains ».
structure et organisation
Onad aborddØfinilamafia,enSicile,exclusive-
mentcommeunemaniŁred Œtre,desentir,etd agir.
LadimensionmythiqueestbienprØsentedŁsl Ømer-
gence du phØnomŁne. Le mafieux, comme l a dØ-
9montrØHennerHess ,n apasconscienced Œtrema-
fieux,ilvitdanslamafiacommedanssaproprepeau.
AprŁs donc que plusieurs spØcialistes de la mafia
5. Incantation destinØe à se protŁger contre les forces malØfiques
diverses,
6. «mu afah »signifieexeption, immunitØ, protection.
7. ‘maafir’estlenomdelalignØearabequidominaPalerme.
8. Mort la France, crie l Italie : une phrase quiseraitcurieuse pour
desSiciliensguŁrenationalistes, à une Øpoque lointaine oø l Italie
n’existe pas politiquement.
9. Mafia, 1973 (traduit de l allemand) .
17
’ àLes criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
aient soutenu que la mafia se limitait à un compor-
tement et une attitude jusqu aux annØes 1980, tout
lemondes accordeactuellementpourdirequeCosa
Nostraestbienunestructureformelleenayantcertes
une attitude et un comportement dØfinis de longue
date.
Cosa Nostra est une organisation hierarchisØe à
tous les niveaux sur le modŁle militaire. La cellule
10debasedeCosaNostraestlaFamille . Cette
estdiffØrentedeslienstraditionnelsunissantdesper-
sonnes du mŒme sang, ou du moins elle reprØsente
unerØalitØpluslargeetparfoiscontradictoireavecla
familletraditionnelle. Lestermessicilienssontplus
explicites mais curieux : la ‘cosca signifie feuilles
d artichaudensymbolisantlaFamillemafieusetan-
dis que cacocciula signifie l artichaud entieret re-
prØsentelechefmafieux. Ils agitd unemØtonymie
quiaffirmelatoutepuissanceduchef: cechefcom-
mandeaux«hommesd honneur»affiliØsparleser-
ment à Cosa Nostra, aux proches des initiØs, et en-
finauxalliØstactiques. ChaqueFamillepossŁdeson
chef, un sous chef, un conseiller, un chef d’Øquipe
11et enfin les soldats . Au niveau supØrieur, la struc-
turepyramidalesepoursuitavecleschefsdeFamille
comandØsparunchefdedistrict,eux-mŒmesdØpen-
dantsdelacommissionprovinciale,etcettecommis-
sion Øtant rØgie par la fameuse coupole ou co
sion interprovinciale. Mais la coupole ne monte ja-
mais d opØrations directes, c est un organe de cen-
tralisation des dØcisions, de conciliation en cas de
conflits. ElledictelesopØrationsàexØcuter.
10. «Famille»avecun‘F pourladiffØrencierdelafamilletraditionnelle.
11. Respectivement « capo », « sotto-capo », « consigliere », « capo
decina », « picciotti ».
18
àVincent Sermet
l Øvolution rØcente
Lamafiaad abordØtØper ue commemØtaphore
del arriØrationsicilienneparleshommespolitiques
Øtrangers à l le, et par l opinion publique en gØnØ-
ral. Le passage de la mafia des propriØtaires à une
mafia des entrepreneurs nØe dans les annØes 1960
est souvent mis en avant comme une Øtape fonda-
mentale. Mais les gabellotti du dØbut du Xxe siŁcle
sont dØj des entrepreneurs, peu innovants certes,
mais liØs à l Angleterre, comme Calogero Vizzini
1213par exemple . La mafia n a jamais hØsitØ à accu-
muler des capitaux en dØpit de sa fausse idØologie
protectrice et traditionnaliste. Les mafieux conti-
nuent de dØclarer leur hostilitØ à la drogue alors
qu ilscontr lentdesmarchØs,denierleurnaturedØ-
linquantealorsquec estlabasederecrutementspour
les Familles.
L’Øvolution structurelle est accompagnØe d’une
transformation de l armement : on passe de la lu-
14para à la kalashnikov et aux puissants explosifs au
dØbutdesannØes1980. CosaNostran aaucunedif-
ficultØ à Øvoluer pour mieux s adapter.
Actuellement, aprŁs les arrestations et les
condamnations des chefs mafieuxdepuislesannØes
1990, Cosa Nostra veut donner l illusion du calme
pour mieux restructurer son armØe : il y aurait
plus de 3000 « soldats » soit dix fois plus que les
estimationsdujugeFalconefaitesunedØcennieplus
15tôt. En 1996, selon les chiffres de Sommier ,ily
aurait en fait 150 Familles, soit entre 5000et 15000
affiliØs.
12. Pino Arlacchi, La mafia imprendentrice, p 43.
13. Calogero Vizzini Øtait surnommØ Don Calo, considØrØ comme le
grand chef mafieux de laprŁs-guerre.
14. FusiltraditionnelàcanonsciØutilisØpar leschasseurs.
15. Cfbibliographie : Lesmafias, 1999.
19
’Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
Camorra
une origine espagnole et urbaine
Elle serait originaire d Espagne oø elle portait le
nom de guarduna et se serait Øtablie à Naples au
XVIIIe siŁcle sous la domination espagnole de la
ville. LerapportØtymologiqueaveclestermesespa-
gnols‘gamurra ou‘chamarra’sembleØvidentsmais
ilestØgalementpossiblequecestermessoientissus
dudialectenapolitainetimportØsparlestroupeses-
pagnoles en Espagne.
La camorra est avant tout une organisation ur-
baine par opposition à la mafia sicilienne des ori-
gines. Elle n est pas centralisØe ni rØellement hie-
rarchisØe. La seule tentative de fØdØration au dØbut
desannØes1980,adonnØlieuàunaffrontementsan-
glantentreNuovaCamorraOrganizzatadeRaffaele
Cutolo et Nuova Famiglia de Michele Zaza. La ca-
morraconserveunestructureØclatØemŒmesilechef
camorristeCarmineAlfieri,notamment,rŒveencore
depuis 1992 d une organisation centralisØe. Elle a
suivileschØmainversedelamafiaens Øtendanten-
suitesurlescampagnesdelaCampanie. Deplus,si
lesmafieuxreprØsententsouventdegrandesfamilles
locales,laplupartdescamorristeslesplusconnusne
sont, au dØbut de leur « carriŁre », que de petits vo-
leursderue. Et,silerecrutementdesmafieuxpasse
àtraverslesliensdela«famille»auxdeuxsensdu
mot, les terrains privilØgiØs de recrutement des ca-
morristes sont la rue et la prison. La ‘camorra dØ-
signe aussi les systŁmes de contr le illØgitime des
marchØsreprØsentantunefa ond agiretnonunefa-
çon de penser commelamafia.
Les femmes peuvent assumer des responsabilitØs
au sein des clans : la s ur Cutolo a dirigØ l organi-
sationpendantdixansjusqu’à1993lorsqu elleaØtØ
20
àVincent Sermet
arrŒtØe. La Camorra compte environ 130 Familles
reprØsentant 7200 camorristes en 1995.
l Øvolution des origines à aujourd hui
Les spØcialistes de la question pensent tradition-
nellementl histoiredelaCamorraentroispØriodes:
d’abord la mise en place d une Camorra tradition-
nelle depuis les origines jusqu aux annØs 1920, en-
suitelapØriodedufascismequicorrespondàladis-
parition ou du moins à l invisibilitØ du phØnomŁne
au regard des sources, enfin l aprŁs-guerre qui voit
la renaissance de la contrebande aboutissant au tra-
fic de drogue international.
Lacamorraesttoutd’abordl’instrumentdupou-
voir permettant de contr ler le peuple qui s Øtait
jusqu alors manifestØ par des explosions soudaines.
Au dØbut du XIXe siŁcle, Naples est la troisiŁme
villeenEuropedupointdevuedØmographique. Les
trois quarts de sa population sont misØrables : la
plŁbevitrepliØesurellemŒmesansespoirdeprogrŁs
social. Selon le DØputØ communiste Sales, la ca-
morrareprØsentaitla«seuleformedemobilitØdans
16unestructuresocialeentiŁrementclose. »AlaLi-
bØration, la Camorra dØveloppe le marchØ noir des
biens et des aliments amenØs par les troupes amØ-
ricaines. Elle assoit Øgalement sa prospØritØ gr ce
au trafic de cigarettes blondes et les opØrations illi-
citessurlesmarchØsdefruitsetlØgumes. Lacontre-
bande de tabac devient rapidement la principale ac-
tivitØ Øconomique de la ville. Cependant, la mafia
sicilienne rØinvestit ses capitaux à Naples et entre
alors en conflit avec la Camorra ainsi qu avec les
clanscorsesetmarseillaisdanslesannØes1960pour
lecontr ledutraficdedroguesillicites. Lamafiaet
16. CfbibliographieIanniSales,Lacamorra,lecamorre,1988.
21Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
la Camorra s imposent au dØbut des annØes 1970 et
se partagent le marchØ.
L’organisation napolitaine se positionne ainsi sur
le marchØ du haschish, de la coca ne et d’hØro ne
depuis les annØes 1970. Mais, le vØritable conflit
a lieu au sein de la Camorra à la fin de ces annØes
1970. Les clans se divisent entre Nuova Famiglia
et Nuova Camorra Organizzata à la fin des annØes
1970: laN.F.ou«camorra-entreprise»estliØeàla
mafia, au milieu financier de Campanie, la N.C.O.
ou « camorra-masse » conserverait une base popu-
laire. Ainsi, la N.C.O. se spØcialise dans la coca ne
d avantage consommØe dans les milieux bourgeois
tandis que la N.F. s oriente vers l hØro ne consom-
mØeessentiellementdanslescouchespopulaires.
En 1980, la Campanie subit un terrible trem-
blement de terre et la Camorra va profiter de la
majoritØ des fonds publics. Dans une Øconomie
comme celle du mezzogiorno, dØj gØrØe selon
une logique d intervention publique, le cataclysme
apporte brusquement une quantitØ considØrable de
nouvelles ressources financiŁres publiques. Les al-
locations passent de 1500 milliards de Lire en 1981
17à13500milliards en1988 . DepuisrØcemment,les
organisations chinoises, japonaises et colombiennes
auraientlecontr ledeladrogueacheminØeenItalie.
Ndrangheta etSacra Corona Unita
la N’ drangheta
Le terme « ndrangheta » provient du grec « an-
dranghetos » signifiant homme valeureux et rusØ.
Il appara t dans des sources policiŁres à la fin du
17. SVIMEZ, Rapporto 1990 sulleconomia del mezzogiorno, Bologna,
Il Mulino, 1990, p 186.
22

àVincent Sermet
XVIIIesiŁcle. DŁsleXIXesiŁcle,la ndranghetaest
prØsentesurl ensembleduterritoirecalabrais,parti-
culiŁrementdanslesmontagnesdel Aspromonte. A
ladiffØrencedelamafiaetdelacamorra,la‘ndran-
gheta n est pas rØductible à une dØfinition sociolo-
giquesimple: lamajoritØdesprofessionsetdessta-
tuts sont reprØsentØs comme le montrent des procŁs
de la fin du XIXe siŁcle. Selon la majoritØ des ca-
labrais, la ndrangheta serait issu d une association
despercepteursd imp ts,qui,àpartirde1860,s’or-
ganisentpours opposerauxnouveauxreprØsentants
dupouvoirsuccØdantauxBourbons. Elleserenforce
dans les annØes 1970 et 1980 en s implantant dans
lesvillesdu nord dela pØninsuleitalienne.
LaFamille ndranghetisteou‘ndrinaestdemŒme
nature que la cosca sicilienne. Ces Familles sont
de taille variable (jusqu’à deux cents initiØs pour le
clan Piromalli par exemple). Les liens du sang sont
beaucoup plus Øvidents que pour l organisation si-
cilienne. Et, à la diffØrence de Cosa Nostra, les
femmesjouentunr lenonnØgligeableenmaniŁrede
logistique et de gestions des finances, comme dans
l’organisation camorriste.
En Calabre, au dØbut du XIXe siŁcle, Ømerge
18la‘picciotteria . Lan dranghetan estdevenueque
rØcemmentl objetd analysehistorique. ElleestliØe
à CosaNostra mais reste moins centralisØe. Elle est
cØlŁbre pour ses enlŁvements et ses otages ran on-
nØs. Ellecontr le entre15et20% desØlusmunici-
paux en Calabre.
On la conna t peu en France mais elle est repon-
sable de la plus forte densitØ criminelle du mezzo-
giorno avec plus de 700 morts depuis 1990. Ce
chiffre trŁs ØlevØ peut Œtre expliquØ par l absence
d’organe central rØgulateur. La n drangheta accepte
lesarbitragesdeCosaNostraetmŒmedes’afilier
18. littØrallementle ‘groupede jeunes gens’.
23Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
quelquefois à l’organisation sicilienne. Les ndrine
sont environ cent cinquante en Calabre, regroupant
environ 5600 affiliØs à travers le monde entier en
191996.
L’initiation des recrues est diffØrente formelle-
ment de celle de Cosa Nostra mais le but est le
mŒme: solidifierinstitutionnaliserl organisation. Il
s agitd uncØrØmonialmystØrieuxd inspirationsec-
taire ayant un rapport avec les sectes grecques an-
tiques. L’initiØdoitfairesespreuvesparunmeurtre
habile, courageux et sans scupules.
L’organisation est symbolisØe par l arbre de la
science :
-le tronc, le cerveau qui dØtient le pouvoir de vie
et de mort sur ses associØs
-lesbranchesma tresses quesont lecomptableet
l administrateur
-lesbranchesquesontles’ndranghetistes
-lesrameauxquesontlesnouvellesrecrues
-les fleurs que sont les futuresrecrues
-les feuilles (faciles à faire tomber) qui sont les
tra tres
la Sacra Corona Unita
C estunecriminalitØrØcentequina taudØbutdes
annØes1980danslarØgiondesPouilles. Ellesemble
avoirØtØcrØØeenmilieupØnitentiaireàBarien1981.
En tous cas, elle est inspirØe par les autres crimina-
litØs du mezzogiorno. Elle est spØcialisØe dans le
trafic d armes et de stupØfiants. Elle est trŁs liØe
avec les « mafias » albanaises et d Ex-Yougosla-
vie. Ellema tisel immigrationclandestined origine
chinoise, turque, paskitanaise et albanaise transitant
dans la rØgion. En fait, c est la plus importante des
cinq organisations de la rØgion des Pouilles. Elle
19. SelonleschiffresduministŁredel intØrieur italien.
24
àVincent Sermet
compterait environ cinquante Familles avec deux
mille initiØs.
La S.C.U. est une structure pyramidale à la dØ-
nomination mystico-religieuse. L influence catho-
lique de cette Sacra Corona , rosaire typique uti-
lisØ par l Eglise catholique pour tenir les fonctions
deJØsusChrist,estessentielle. LapyramidemŒleles
dØnominations spØcifiquement mafieuses aux dØno-
minations religieuses : les termes camorristi, sgar-
risti,santisti,evangelisti,trequartino et crimine le
montrent nettement.
Selon les chiffres de la Police criminelle alle-
mande,les«mafias»italiennesencaissent920mil-
lionsd Eurosparjours,cequifont155milliardspar
an soit 15 % du Produit IntØrieur Brut italien. Un
commercesurcinq et une entrepriseindustrielle sur
sept sont aux mains de ces « mafias ».
Comment ne pas expliquer la concentration gØo-
graphique du phØnomŁne de criminalitØ organisØe
dans le sud italien par une explication anthropolo-
giqued uncomportementmØridionalgØnØralisØede
mØfiancevisàvisdel Etat,l habitudedesefairejus-
tice soi-mŒme, le sens de l honneur, leclientØlisme,
le familalisme, etc… ?
Ces criminalitØs ont donc exploitØ au maximum
ces valeurs en les exacerbant, en les organisant à
desfinscriminellesdegrandeampleur. EllesseprØ-
sentent comme les garantes mythiques de cet ordre
social mØridionnal, violence hØritØe notamment de
la GrŁce antique oø il est question d Œtre justicier à
n’importequelprix,d Œtreimpitoyable,desevenger
de tout affront.
Gino Corigliano, rØdacteur en chef de La Sicilia,
explique que « le Sicilien n a jamais eu et n a tou-
jours pas le sens civique, le sens du devoir pour la
communautØ dans laquelle il vit ». Il cite une rØ-
plique de Thucydide qui fait dire à Alcibiade qui
25Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
voulaitlanceruneexpØditioncontreSyracuse: «au-
cun citoyen n arme sa personne pour le bien com-
mun. L Etatet lacitØlui sont Øtrangers».
Ces criminalitØs dØnoncent la « nouvelle mafia »
qui selon les vieux mafieux ne respecte plus les
lois et les valeurs d une soi-disante « ancienne
mafia ». La mafia rurale prØsentØe comme lØgitime
aurait cØdØ devant un fØroce gangstØrisme urbain
à l amØricaine. Mais ces arguments sont en fait
des ritournelles resacØes rØguliŁrement depuis le
XIXe siŁcle.
En tous cas, ces rØgions ont une histoire en par-
tiecommuneetontdØveloppØdesphØnomŁnessimi-
laires sans toutefois Œtre identiques. Enfin, les cri-
minalitØs organisØes du Mezzogiorno sont des rØa-
litØs dynamiques, en perpØtuelle mutation, capables
des adapterauxcirconstancespolitiques,socialeset
Øconomiques les plus diverses.
Le contexte mafieux en France
LaFrance,dØpourvueàcejourde«mafias»indi-
gŁnes ne propose pas de dØfinition de la grande cri-
minalitØ organisØe. En France, ni le Code PØnal, ni
leCodedeProcØdurePØnalenedØfinissentle crime
organisØ . Onparledegroupescriminelsmaispasde
mafia comme en Italie depuis 1982. Ces groupes
se manifestent pardestraficsde vØhicules volØs, du
proxØnØtisme, des trafics d uvres, d objets d art,
et de stupØfiants. En fait, la France garde essen-
tiellementlareprØsentationlittØraireetcinØmatogra-
phique amØricaine comme rØfØrence majeure de la
«mafia».
AucoursdesannØes1960,lavilledeMarseilleest
le lien unissant Sicile et Etats Unis pour le trafic de
26
àVincent Sermet
drogue. La‘FrenchConnection estcomposØed’ex-
cellents chimistes capables de transformer la mor-
phine-base en hØro ne de qualitØ. Ces chimistes, en
1970, quittent Marseille pour la Sicile. En 1974, la
‘french connection est dØmantelØe.
En France, on ne trouve pas d indications d une
prØsencedeCosaNostrasicen estàGrenobleavec
l’affaire Pagano. 8000 Siciliens sur une commu-
nautØ italienne de 25000 personnes vivent à Gre-
noble. Le Sicilien Pagano a ØtØ expulsØ car il serait
le chef d’une cellule mafieuse à Grenoble selon les
rØvØlationsdu repenti AntoninoCalderone.
La France fait tout de mŒme partie des stratØgies
internationales des criminalitØs italiennes. En fait,
ces criminalitØs organisØes italiennes blanchissent
leurs capitaux voire investissent leur argent blan-
chi dans des affaires lØgales comme les casinos. La
France sert de base de repli aux mafieux et de voie
de communication pour les diffØrents trafics. La
‘ndranghetabØnØficienotammentsurlaCôted Azur
de l implantation calabraise issue de l immigration
qui lui assure un soutien logistique.
Les criminalitØs organisØes
italo-amØricaines
Naissance de la mafia amØricaine
La question de la naissance et de la formation
d’une«mafia»amØricaineestambigße. Entre1820
et 1930, plus de quatre millions d’italiens ont quittØ
27Les criminalitØs organisØes italiennes et italo-amØricaines travers le cinØma
l Italie. Entre 1900 et 1910, deux millions pro-
viennent du mezzogiorno : ils sont analphabŁtes
et sans qualification. Ils s installent en groupe rØ-
gional voire par village d origine et constituent les
Little Italy des villes de la c te atlantique. La
plupart des immigrØs ne ma trisent pas l anglais et
sontdØpendantsdes«chefs»duquartierencontact
avec l extØrieur. Au dØbut du XXe siŁcle, la Main
Noire se trouva au centre des dØbats. C est une
forme embryonnaire de la future organisation ma-
fieuse ‘Cosa Nostra . Elle ressemble plus à la ca-
morraavecsastructureØclatØe. LemodŁlefØodalsi-
cilienestadaptØàlaville. LerØalisateurScorseseex-
plique,parexemple,quesongrand-pŁresiciliens est
installØ dans une rue à New-York oø il connaissait
deux personnes de son village natal. Ces immigrØs
siciliensvoientlespoliciersirlandaiscommedesvi-
kings et prØfŁrent un « Don » pour leurs diffØrends.
Si les Siciliens s installent à Elisabeth Street , les
Napolitains vont à ‘Mulberry Street .
Leconceptde«crimeorganisØ»estamØricain,il
datedelaProhibitionetsertd abordàdØfinirl acti-
vitØ des trafiquants d alcool, les bootlegers. Cepen-
dant, la mafia sicilienne dØbarque aux Etats Unis, à
laNouvelleOrlØansdŁs1866. Leshistoireslesplus
folles ont circulØ sur les gangs organisØs, pour les-
quels,àlafinduXIXesiŁcle,oncommen aitàpar-
ler de mafia. AprŁs l’assassinat du chef de la po-
liceHennesseyen1890,l unedesdeuxchambresde
mise en accusation dØclarait : « Le champ de nos
investigations a fait ressortir l’existence de l orga-
nisation secrŁte appelØe mafia. Les renseignements
viennent de plusieurs sources ayant toute compØ-
tence pour attester sa rØalitØ, et le fait est corroborØ
parlalonguelistedecrimeseffroyablesdontilaØtØ
presque impossible de dØcouvrir les auteurs et sur
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à