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LES FESTIVALS EN FRANCE

De
207 pages
Voici un certain nombre d'éléments de cadrage sur le " phénomène festival ". En présentant le paradoxe entre, d'une part, l'explosion du nombre de festivals dans les années quatre-vingt et, d'autre part, les difficultés inhérentes à une activité largement déficitaire, l'ouvrage aborde l'instrumentalisation des festivals qui ont su trouver une légitimité, notamment auprès des pouvoirs publics, en assurant pour eux un certain nombre de missions. Une réflexion d'efforçant d'allier exigence artistique et réalités économiques.
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LES FESTIVALS EN FRANCE

Maquette de couverture: Rachel DUDOUIT

2001 ISBN: 2-7475-1156-1

@ L'Harmattan,

Luc BENITO

LES FESTIVALS EN FRANCE
Marchés, enjeux et alchimie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

«

Où en sommes-nous?

les festivals d'été aux yeux du public? Tourisme? Passe temps d'un soir? Nuits d'été dans des enceintes historiques? Beaux costumes et éclairages ad hoc? Shakespeare en veux-tu, en voilà? Perception des taxes municipales? Accroissement des recettes des commerçants? Tout le monde est heureux, tout le monde se réjouit, c'est parfait. Cependant, est-ce que les festivals n'ont d'autre ambition que de faire désormais partie de la panoplie

Que représentent

du bonhomme moderne: frigidaire, télévision, 2 ev ? » Jean Vilar (1964) Où vont les festivals?

Collection Gestion de la culture dirigée par Jean-Michel Tobelem

AVANT-PROPOS

Il est difficile d'entamer une réflexion sur les festivals sans rendre hommage à Jean Vilar qui fut l'un des premiers à parler aussi bien de ce moment particulier, rupture dans le continuum espace-temps, instants magiques, que seuls les festivals peuvent offrir. En faisant rimer «festival» avec originalité créatrice, sublimation des artistes, communion avec le public et investissement culturel d'un territoire, Jean Vilar, créateur du désormais mythique Festival d'A vignon, a donné ses lettres de noblesse à cet évènement.

C'est pourtant sur des propos bien inquiétants du début des années soixante que cet ouvrage commence. Ils traduisent les interrogations que l'on pouvait se poser, il y a quelques années encore, sur le risque de voir disparaître la connotation de prestige que recouvre normalement le terme festival. Beaucoup d'appels et de mises en garde implicites avaient été lancés par les professionnels à l'occasion de dossiers « Spécial Festivals»
dans des revues spécialisées (Découpe, 1988; Hexameron, 1991 ; Cahiers Espaces, 1993). C'est d'ailleurs dans cet état d'esprit qu'ont été engagés les travaux sur l'activité des festivals dont sont présentés ici les résultats.

AVANT-PROPOS

Mais ces inquiétudes dont Jean Vilar se faisait le porte-voix ne semblent plus avoir de résonance actuellement. Le dernier dossier consacré aux festivals (La Scène, novembre 1997) n'aborde pas ce sujet. Pour le public, le terme festival évoque désormais plus la mise en valeur du patrimoine ethnoculturel qu'une dimension prestigieuse. On le constate dans les séminaires et colloques consacrés aux festivals où l'auditoire ne se réfère plus spontanément au Festival de Cannes ou au Festival d'Avignon, comme auparavant, mais plutôt aux cultures locales. Sur ce point nous nous rapprochons des Anglo-saxons (Amérique du Nord, Royaume-Uni et pays du Commonwealth) qui désignent par «festivals» toutes les fêtes à caractère folklorique, tandis

que ce qu'ils appellent « artfestivals» correspondentdavantage
à ce que nous entendons, par festivals. Autre illustration qui vient renforcer ce constat, c'est l'apparition de plus en plus fréquente de la dénomination « festival culturel» pour en préciser le caractère artistique. On peut le constater dans la publication intitulée «Organiser un festival culturel» issue des petits guides de la collection
«

Figure Libre» édités par Anima'fac.

La banalisation tant redoutée des festivals serait, par conséquent, définitivement entérinée. Il reste cependant à savoir s'il pouvait en être autrement. Car face à ce danger, des solutions avaient été avancées. Entre autres, sur le principe d'une « appellation d'origine contrôlée» certains proposaient la création d'un label. Cependant, qui peut prétendre déterminer ce qu'est un festival et ce que n'est pas un festival? Sur ce plan, le soutien du ministère de la Culture, principale instance de légitimation dans le domaine artistique et culturel, remplit déjà parfaitement cette fonction. Les préconisations du Conseil économique et social de Rhône-Alpes en faveur d'une politique cohérente vis-à-vis des festivals se traduisant par la mise en place d'une «fiche orientation» pour l'instruction des demandes de subvention sont intéressantes mais n'ont pas été retenues par Le Conseil régional. II

AVANT-PROPOS

La croissance exponentielle des festivals dans les années quatre-vingt est évidemment responsable de ce que l'on pourrait qualifier au premier abord de dérive. Cependant dans le cas présent l'abondance n'a pas tué la faim, mais a plutôt stimulé l'appétit. Le «phénomène festival» a en effet largement contribué à la diffusion des œuvres, à la promotion des genres artistiques, et à l'irrigation culturelle des territoires, mais au prix peut être d'une perte de sens. Mais si l'enveloppe «festival» ne véhicule plus de dimension exceptionnelle, compte tenu de l'utilisation abusive du terme, le contenu n'en reste pas moins intact. Et le public est toujours à même de reconnaître un évènement de qualité, même si le terme de festival ne lui permet plus de le distinguer des autres.
L'objectif ici n'est donc pas vraiment dans une dénonciation

du « où vont les festivals? », mais plutôt dans une présentation du « comment vont les festivals? ».

Je souhaiterais terminer cet avant-propos par quelques remerciements pour les nombreuses personnes qui ont contribué à la réalisation de l'ouvrage. En premier lieu, j'adresse de sincères remerciements aux deux tuteurs qui ont suivi mes travaux, à savoir René Baretje, directeur du regretté Centre des hautes études touristiques (CHET) d'Aix-en-Provence et Dominique Sagot-Duvauroux, maître de conférences à l'Université d'Angers, ainsi que Jaën Boyer pour son initiation à la recherche. Je tiens à saluer Catherine Saadoun qui m'a permis d'élargir et d'enrichir ma réflexion, et pour qui j'ai une pensée toute particulière.

III

AVANT-PROPOS Je remercie mes interlocuteurs dans les organismes qui ont accepté de me livrer des données, ainsi que tous ceux qui m'ont apporté une aide technique; il s'agit entre autres du centre de documentation de la direction régionale des affaires culturelles de PACA, mais aussi de Frédéric Lamantia, de Michèle Rey, de Véro et Didier. Je n'oublierai certainement pas le soutien de mes amis, de mes parents, de mes frères, et plus spécialement de Caroline. Enfin, je tiens à m'excuser par avance pour les informations qui s' avèreraient obsolètes, et pour les erreurs qui se seraient glissées de façon inopinée.

IV

INTRODUCTION

Parmi les domaines des arts et de la culture qui ont fait l'objet de travaux, surtout depuis une vingtaine d'années, celui des festivals reste un champ encore peu exploré. Beaucoup de travaux, tant d'économistes que de sociologues, se sont attachés à étudier les grands secteurs d'activité comme le spectacle vivant (Leroy, 1992), le patrimoine (Greffe, 1999; Dupuis, 1994), la peinture (Moulin, 1997) ou le cinéma (Farchy, 1992). En tant que support de diffusion d'un certain nombre de disciplines artistiques, l'activité des festivals a par conséquent souvent été étudiée à la marge. Les festivals ne se présentent d'ailleurs pas comme un secteur d'activité à part entière et n'ont jamais été appréhendés en tant que tel, comme en témoigne l'absence de recensements et de représentations institutionnelles ou professionnelles. En effet, il n'existe pas de direction ou de service spécifique au sein du ministère de la Culture tandis que les rares regroupements de festivals sont structurés par disciplines artistiques et sont peu actifs.

INTRODUCTION

Ainsi, la plupart des études consacrées aux festivals est d'essence monographique et traite très souvent de la question des impacts économiques (Pflieger, 1986 ; Frey, 1986 ; Berger, 1996) complétée pour certaines, d'une analyse sociologique (Cavet et Lefebvre, 1988; Caulet, 1988). Quant aux rares études portant sur des échantillons de festivals, elles sont soit limitées d'un point de vue géographique, comme pour l'étude sur « les festivals de la région Rhône-Alpes» (ARSEC, 1990) soit au niveau des disciplines artistiques comme pour l'étude sur «la physionomie des festivals de musique et de danse 1991 » (Direction de la musique et de la danse, 1993). L'analyse de toutes ces études permet néanmoins d'obtenir un certain éclairage sur l'activité des festivals. Sur ce point le rapport du Conseil économique et social (Dechartre, 1998) intitulé « l'impact et l'apport des événements culturels dans le
développement local et régional» apparaît comme le document de synthèse le plus complet sur le sujet. Cependant le rapport, qui attache une grande importance à la définition du festival, n'aborde pas la question de son évolution. D'autre part, limité par son objet aux retombées socio-économiques produites par les festivals, il traite peu des problématiques liées à leur fonctionnement. Nous présenterons dans la première partie un état des lieux de l'activité des festivals, en donnant tout d'abord des éclaircissements sur cette notion dont le flou actuel témoigne de la diversité et de l'hétérogénéité de ce type d'événement. En adoptant une démarche diachronique, nous pourrons expliquer dans une seconde partie la croissance dans les années quatre-vingt d'une activité qui subit paradoxalement un certain nombre de contraintes, spécialement en ce qui concerne son financement. Au début du XXc siècle, a émergé le concept de « festival », en tant que support de diffusion particulièrement

pertinent pour les milieux artistiques. C'est cependant dans d'autres secteurs, notamment le tourisme, la communication et l'animation locale que son efficacité a conduit, un peu plus tard, les pouvoirs publics à encourager son développement. 2

INTRODUCTION En ce sens, les priorités et les restrictions budgétaires des années quatre-vingt-dix ont entraîné une ère de rationalisation pour une activité dont la conjonction des domaines de l'événementiel et de la culture induit une certaine précarité. Cependant ces phénomènes ainsi que les orientations proposées en troisième partie pour pallier cette situation s'appliquent et se pondèrent naturellement de façon différente selon les cas.

3

Première partie

LE PHÉNOMÈNE «FESTIVAL »

Les festivals, dont les médias tant nationaux que locaux se font régulièrement l'écho, ont connu une forte croissance dans les années quatre-vingt. Cette progression est à replacer dans l'engouement des collectivités locales pour l'événementiel, surtout dans le domaine culturel. Mais l'utilisation du terme « festival» pour désigner de simples événements culturels rend désormais difficile toute comptabilisation. Outre l'absence de données statistiques, les recensements de festivals effectués dans les guides culturels n'apparaissent pas des plus représentatifs faute d'acception commune de la définition1. Ce point traduit parfaitement le flou qui entoure désormais la définition d'un festival et l'amalgame entre ce dernier et une simple manifestation culturelle.

1 Ainsi, le ministèrede la

Cultureprésentedans « Festivalset expositions» et

« Saison culturelle» près de 700 festivals pour l'année, tandis que l'Office régional de la culture de PACA en propose près de 500 uniquement pour sa région et pour l'été.

LE PHÉNOMÈNE

« FESTIVAL

»

Cette difficulté vient du fait que la notion de festival intègre deux types de critères. Des critères objectifs facilement identifiables et qui peuvent se résumer en général par la règle des trois unités du théâtre classique: - l'unité de temps sur une courte durée et à périodicité renouvelée, - l'unité de lieu limitée à un ou plusieurs sites, souvent prestigieux, d'une ville, - l'unité d'action ou de thème représentée par une discipline artistique.

Des critères subjectifs plus difficiles à appréhender d'un point de vue statistique car ils font référence à un état d'esprit: - la célébration publique qui présente un festival comme un quasi-pèlerinage réunissant tous les passionnés d'une discipline artistique, amateurs ou professionnels, dans une communion d'esprits, - la célébration d'un art qui induit une programmation de choix pour le directeur artistique et une prestation de qualité pour des artistes très souvent «sublimés» par l'événement.
Cette définition des festivals intègre donc à la fois une dimension technique qui fait du festival un moment unique, mais aussi une dimension plus qualitative qui lui confère son caractère exceptionnel, et qui permet véritablement de le distinguer d'une simple série de manifestations programmées sur quelques soirs.

Un festival pourrait par conséquent se définir comme une forme de fête unique, célébration publique d'un genre artistique dans un espace temps réduit. Suivant la rigidité de la définition, on peut grossièrement situer le nombre de festivals en France dans une tranche allant de 600 à 2 000 manifestations chaque année.

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CHAPITRE I
LES CARACTÉRISTIQUES TYPOLOGIQUES DES FESTIVALS

La présentation de typologies est un préalable indispensable pour cerner un domaine particulièrement flou comme les festivals; conséquence d'une véritable fièvre qui a gagné tout aussi bien les initiateurs privés ou publics, que le public luimême, depuis un peu plus d'une quinzaine d'années. D'ailleurs, beaucoup de journalistes ont utilisé des expressions telles que « festivalomanie» ou « folie festivalière».

Une offre de festivals de plein air
En l'absence de statistiques officielles et rigoureuses, il convient, pour obtenir des typologies, de les réaliser soi-même par l'étude de guides et autres annuaires. Cependant la détermination de la population de référence ne va pas sans poser quelques problèmes compte tenu des différences qui existent sur la délimitation du champ des festivals. Comment savoir si les manifestations présentées dans les guides remplissent les critères qualitatifs propres à ces événements?

LE PHÉNOMÈNE

« FESTIVAL»

La source du ministère de la Culture à travers ses guides culturels «Festivals et expositions» et «Saison culturelle» apparaît comme des plus pertinentes et ce pour plusieurs raisons. D'une part, il s'agit d'un recensement national, d'autre part ces guides offrent la garantie de trouver des événements relevant véritablement des domaines artistiques et culturels, à quelques exceptions près. En effet ont été exclus de cet échantillon: les événements dont la thématique n'a rien d'artistique ou de culturel (Festival du jeu de Parthenay), les événements dénommés festivals mais qui s'apparentent plutôt à des foires ou des salons (Festival international de la Céramique à Hastingues), les événements qui s'étendent sur plus d'un mois et demi et dont les représentations sont espacées (Jeux d'Orgues en Yvelines). Enfin, contrairement aux sons-et-Iumière, les reconstitutions historiques rentrent dans la catégorie des festivals folkloriques. Les typologies présentées ci-après sont issues des données provenant des guides «Festivals et expositions 2000» et «Saison culturelle 2000 / 2001 ». Elles seront quelquefois mises en parallèle avec les résultats d'une étude similaire

réalisée à partir de « Festivals et expositions 1996 » et « Saison
culturelle 1996 / 1997 » (Benito, 1997).

Répartition géographique Les tableaux 1 et 2, proposent la répartition des festivals par régions et départements pour les périodes de juin 96 à mai 97 et juin 2000 à mai 2001. Ils se lisent de la façon suivante: la colonne nb correspond au nombre de festivals par départements et par régions, tandis que la colonne % représente la proportion du nombre de festivals d'une région par rapport à l'ensemble du territoire et la part relative des festivals d'un département par rapport à la région. Par exemple, parmi les neuf festivals de la région Alsace, représentant 1,5 % du total des festivals français, 22% se déroulent dans le département du Bas-Rhin.

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