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Les filles du sommeil

De
171 pages
Présenté sous la forme d'un abécédaire, cet essai offre un parcours traversé de héros et d'héroïnes littéraires (Hermaphrodite, Alice...), de personnages conceptuels (La Forme, la Matière...), d'archétypes légendaires (la Belle au bois dormant, La Princesse au petit pois...), de figures iconographiques appartenant au registre classique (Ariane, Vénus, Endymion...), moderne (Marthe l'indolente, Kiki de Montparnasse, Marie-Thérèse Walter...) et contemporain (Sophie Calle, Tracey Emin, Michael Jackson...).
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L’ArT En BrEF
LES FILLES DU SOMMEIL Belles au bois dormant et autres belles endormies
CollectionL’Art en Bref dirigée par Claire Lahuerta et Agnès Lontrade À chaque époque, l’art produit non seulement des œuvres qui nous fascinent, mais des discussions qui les prolongent et nous passionnent. La collectionL’Art en brefsouhaite participer activement à ce débat sans cesse renouvelé. Depuis sa création,L’Art en brefest orienté vers la diffusion de textes courts et incisifs (100-130 pages) et a pour ambition particulière de publier des écrits relatifs à l’art, de type critique, esthétique et plastique. Engagés dans le champ de la philosophie, de l’histoire et de la théorie des arts plastiques, les ouvrages sont essentiellement - mais non exclusivement - ancrés dans la sphère de l’art contemporain. Le termeart contemporains’entend ici dans sa dimension transdisciplinaire : arts plastiques, esthétique, littérature, poésie, architecture, danse, cinéma, théâtre, scénographie plasticienne, etc. La collection invite auteurs et chercheurs à manifester leur engagement critique par une approche pertinente d’œuvres et de thématiques esthétiques. Mêlant art et philosophie, la collection offre la possibilité de penser l’ouvrage commeobjet, en intégrant une reproduction d’œuvre en couleur libre de droit comme première de couverture, et en choisissant, en accord avec le comité de lecture, des illustrations noir et blanc, cohérentes avec le contenu de l’ouvrage. Dernières parutions : ÉCHO DE L’ART CONCEPTUEL DANS L’ESTHÉTIQUE ANALYTIQUE Cécile Angelini, 2013. e THÉORIE DE L’ART AU XXSIÈCLE : modernisme, avant-garde, néo avant-garde, postmodernisme Isabel Nogueira, 2013. L’ARTISTE OPPORTUNISTE. Entre posture et transgression Maxence Alcalde, 2011. CARNET CRITIQUE. Avignon 2009 Diane Scott, 2010. UNE ESTHÉTIQUE DE L'ELLIPSE Un art sans espace ni temps Bruno Trentini, 2008 TROIS PLAIDOYERS POUR UN ART HOLOGRAPHIQUE Nicolas A. A. Brun, 2008 QUELLE CRITIQUE ARTISTE ? Pour une fonction critique de l'art à l'âge contemporain Aline Caillet - Préface de Sylvie Blocher, 2008
Miguel Egaña LES FILLES DU SOMMEIL Belles au bois dormant et autres belles endormies Abécédaire
© L'HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-02861-3 EAN : 9782343028613
Introduction Le texte qui suit se propose d’interroger ces figures à la fois étranges et familières que sont lesdormeurs, en particulier sous leur forme féminine, lesdormeuses. Du point de vue de la pensée, le dormeur, être qui s’échappe en quelque sorte de lui-même, qui se quitte tout en ne s’abandonnant jamais vraiment, constitue un cas troublant, une irritante énigme. En effet, si l’on se place dans le cadre d’une philosophie de la subjectivité, le dormeur incarne au plus haut point ce mystère philosophique par définition inaccessible: l’intériorité. Caché derrière l’infranchissable clôture des yeux fermés, l’endormi est ailleurs, c’est-à-dire en lui-même, enfin seul. Mais s’il peut être considéré comme une sorte de figure concrète du solipsisme, le dormeur, toujours présent dans un corps dont il s’est pourtant absenté, dès lors qu’il se trouve soumis au regard de l’autre, désormais transformé enobjet visible, apparaît immédiatement comme une figure du dédoublement, exemplifiant l’opposition entre être et paraître, entre essence et apparence. Le dormeurvu, l’endormiregardé, se métamorphose ainsi en une troublante image de lui-même: il est devenu son exacte représentation. Comme cette dernière, il ne se donne que comme une pure extériorité et son mode d’être au monde :immobilité, passivité, évidence phénoménale, est précisément celui qui caractérise les objets soumis aux lois du dispositif visuel. La solitude égocentrique de l’endormi, à présent troublée par l’indiscrète sollicitude du regardeur, s’inscrit alors dans un nouveau couple:dormeur/voyeur. Cette inscription a pour effet de conférer une dimension érotique à la relation,
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définissant regardant et regardé, respectivement, comme sujet et objet du désir, transformant ainsi quasi automatiquement le dormeur, quel que soit son genre, en une figure féminisée, unedormeuse. Ladormeuse, qui constitue une sorte de mise en abyme de celle-ci, est donc un sujet de représentation par excellence, unefiguredont témoigne une profusion d’exemples littéraires, philosophiques et artistiques issus d’un vaste musée imaginaire et d’une bibliothèque infinie. Ces mises en image ne sont ni arbitraires ni hasardeuses, elles entrent à chaque fois dans des dispositifs sémantiques qui renvoient chacun à une pensée spécifique de l’expérience du sommeil. Cependant, parmi toutes ces configurations, il est possible de dégager des structures récurrentes, en particulier les deux agencements suivants auxquels nous nous sommes attachés : - Le premier est une structure triadique, à la fois conceptuelle et symbolique (Le Sommeil/la Mort/le Désir), que l’on peut voir s’incarner dans trois personnages: Hypnos/Thanatos/Erosfigurés dans la traditionnellement mythologie grecque. La relation d’identité entreHypnos et Thanatos, représentés comme deux frères jumeaux, traduit l’étroite et inquiétante proximité entre l’apparence du mort et celle du dormeur. Le troisième personnage,Eros, est lié à Hypnosde multiples aspects, qui renvoient à une par profonde complicité entre les deux «activités» qu’ils induisent, toutes deux privées, jouissives, non fonctionnelles, etc., chacune opérant un même déplacement par rapport à l’agir quotidien et social. Quant à la relation entreEros et Thanatos, sa réalité tragique constitue une donnée aussi évidente qu’insupportable pour l’esprit. - Le deuxième schème provient de l’univers du conte et peut se résumer en un couple: l’endormie/l’éveilleur; sous ses multiples formes narratives, il s’actualise dans le duo traditionnel, bien connu des enfants et des amateurs de
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fictions : Princesse endormie/ Prince charmant. Sur un plan plus abstrait, qui peut aller jusqu’à une dimension ontologique, ce schème renvoie à des oppositions plus générales, comme les couples passivité/activité, puissance/acte, matière/esprit, immanence/transcendance, féminin/masculin, etc. Dans le texte qui va suivre, ces deux formes fonctionnent comme des outils conceptuels qui ont pour effet de donner de l’intelligibilité à tout un corpus de représentations iconographiques, de récits, d’écrits, de provenances diverses, qui sont ici volontairement confrontées. Il s’agit de montrer, à travers l’hétérogénéité apparente de cet ensemble (art classique, art contemporain, littérature, poésie, fait divers, etc.), les profondes identités qui traversent les diverses représentations du sommeil, à quel point elles peuvent être soumises à la prégnance de ces deux structures. Il ne s’agit pas ici d’une histoire des représentations du sommeil, ni même de la recension d’un corpus exhaustif d’images dedormeuses. Est proposée plutôt une sorte de parcours, volontiers erratique, qui tente de mettre en évidence et en relation certaines figures debelles endormies, de 1 filles du sommeil, jugées particulièrement significatives ou exemplaires. La forme choisie, à la fois arbitraire et codée, de l’abécédaire, est ici une façon de déjouer la linéarité d’une perspective purement diachronique et le caractère trop systématique de l’approche thématique.
1  Letitre proposé,Les Filles du sommeil, se veut un hommage au plus grand «rêveur éveillé» de la littérature française, victime de l’ «épanchementdu songe» dans sa vie, Gérard de Nerval, qui baptisa Les Filles du feu[1854] un recueil de nouvelles consacrées à de troublantes héroïnes.Cf. Gérard de Nerval,Œuvres complètes ; tome III, Paris, éditions Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1993. 9