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Les lieux du cirque

De
253 pages
Aujourd'hui arts de la piste, arts de la rue et arts de la scène, les arts du cirque se déploient dans des espaces diversifiés, des terrains périphériques en friche aux scènes nationales. Parmi les professionnels, regroupés en collectifs ou dans une démarche individuelle, certains privilégient l'itinérance (avec chapiteau et caravanes). D'autres se caractérisent par des déplacements ponctuels en différents lieux : salles de spectacles ou théâtres. L'institution des pôles cirque régionaux, l'organisation de festivals, la restauration et la patrimonialisation de cirques bâtis, l'instauration d'espaces chapiteaux participent des différents modes d'exercice et des modes de vie qui leur sont associés.
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Les lieux du cirque
Fourmaux Francine (dir.)
Les lieux du cirque
Du local à l’international, trajectoires et
inscription spatiale des circassiens















Éditions Le Manuscrit


© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com
ISBN : 978-2-304-01283-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304012835 (livre numérique)
ISBN : 978-2-304-01282-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304012828 (livre imprimé)









A Marc et Guiloui, Laurent et Michèle,
Véronique et Antoine, et à tous les autres.




SOMMAIRE
Préface ...................................................................13
Introduction - « Les lieux du cirque :
perspectives anthropologiques »
Francine FOUR-MAUX..........................................19
Pour une anthropologie du souvenir Mémoire-
vivante du Cirque-Théâtre d’Elbeuf
Magali SIZORN......................................................55
La Brèche, un nouvel espace pour le cirque
Jean Vinet..............................................................77
Formes contemporaines d’appropriation de
l’espace urbain
Liliane KUCZYNSKI..............................................87
La mise en scène d’une friche par un cirque : Le
Cirque Electrique à la Cour du Maroc
Elsa Vivant............................................................93
La place des lieux du cirque dans les politiques
culturelles de l’état menées à son endroit depuis
les années 70 : conceptions et enjeux
Julien ROSEMBERG............................................ 123
Le cirque, la performance du contre-rôle de soi
Christian LALLIER ............................................. 153
Circus Baobab
Isabelle WURM-SIDIBE...................................... 171

« Faire cirque », les « non-lieux » des
acrobates glisseurs ?
Myriam PEIGNIST ..............................................189
Quel cirque ! Enjeux de définition et de
catégorisation des usages circassiens
Sylvain FEREZ ....................................................217
Conclusion : « Chapiteaux, gens d’ici et
gens d’ailleurs »
Francine FOURMAUX.........................................237

Jean-Charles Depaule

Préface
Jean-Charles Depaule, Directeur du laboratoire
d’anthropologie urbaine

Il y avait L’île au trésor, le lasso de Pecos Bill,
Hillary et le sherpa Tenzig. C’était avant le vol
de Gagarine autour du globe terrestre. Nous
essayions de refaire les numéros d’équilibriste,
les antipodistes et les funambules nous
inspiraient. Nous ne savions pas jongler. Nous
ne parvenions pas à reproduire le claquement
de la chambrière à longue lanière ponctuant les
évolutions équestres (qui nous ennuyaient un
peu). Nous nous disputions pour ne pas jouer le
rôle du cheval.

Sous le plus grand chapiteau du monde est dans
mon souvenir l’un des deux ou trois premiers
films — je veux dire vrais films — que j’ai vus.
La même année, 1953, dans la même salle j’ai
13Préface
assisté au couronnement de la reine
d’Angleterre. Nous nous demandions comment
un spectacle pouvait se dérouler sur trois pistes.
Je n’ai pas oublié le gentil clown qui tentait
d’échapper à la justice sous un grimage
permanent ni les intermittences amoureuses des
trapézistes ni les animaux sortant lentement des
cages disjointes par le déraillement du train qui
transportait le cirque dans la nuit. La nuit des
forains, que j’ai vu bien après, date également de
1953 : le clown Frost, Alma et son ours, Harriet
Anderson en écuyère.

Le cirque, dans notre esprit, était voyageur.
La caravane des roulottes arrive, les voitures à
hauts parleurs tournent dans le bourg où nous
passons les vacances. Les mats sont dressés, la
toile du chapiteau monte : attachée aux piquets
et aux camions disposés autour, la grosse
enveloppe flasque posée à terre s’élève en se
tendant. On installe les gradins volants, des
planches qui s’emboîtent dans des montants de
bois, et, suspendus à des filins, les rampes
lumineuses, les réflecteurs et les projecteurs.

La caisse était un guichet ouvert dans le flanc
d’une roulotte, on devait monter quelques
marches pour y accéder. Dans les petits cirques,
les mêmes travaillaient dans la journée à
14Jean-Charles Depaule
l’installation et se produisaient le soir, garçons
de piste, artistes, ouvreurs, musiciens, acrobates,
dompteur et écuyère. Je me souviens de corps
marqués, comme mâchurés — moins que ceux
des avaleurs de sabre, cracheurs de feu et
briseurs de chaînes des rues — qui, sous la vive
lumière, s’exposaient talqués, huilés, apprêtés
dans le satin, les volants, les franges, les
paillettes. Je me rappelle les costumes, bleus et
roses, blancs et noirs, et les saluts, d’un
mouvement des bras et des jambes, la taille
cambrée, un pied esquissant une pointe dans
l’air. Sourires. Le lendemain matin, plus rien,
sinon de l’herbe foulée et des traces de sciure, le
démontage et le départ avaient eu lieu dans la
nuit.

Le cirque était voyageur. Pourtant, devenus
parisiens, nous allions à Médrano et au Cirque
d’hiver. Lorsque nous sortions du spectacle, il
faisait nuit, nous buvions du chocolat dans un
café d’un quartier inconnu de nous, qui
habitions au sud de la ville. Et un jour je vivrais
à côté du Cirque d’hiver, près du métro Filles-
du-Calvaire je croiserais sur le trottoir les frères
Bouglione, depuis la rue j’entendrais les
animaux, je sentirais leurs odeurs.

15Préface
Longtemps j’ai gardé la photo dédicacée
d’Albert Fratellini. Maintenant, je mesure mieux
les limites de ces images qui me sont chères : les
textes réunis par Francine Fourmaux — qui
matérialisent une rencontre peu commune entre
praticiens de disciplines scientifiques diverses et
professionnels — les bousculent, sans les
effacer. Ils les enrichissent en variant l’angle de
vue, la distance du regard. Ils rappellent par
exemple l’origine sédentaire et équestre des arts
« circassiens », ils en analysent les redéfinitions,
les recompositions et leurs effets sur l’espace
urbain : le cirque est entré de nouveau dans la
ville.
Résumé
Le cirque, dans notre esprit, était voyageur.
La caravane des roulottes arrive, les voitures à
hauts parleurs tournent dans le bourg où nous
passons les vacances. Les mats sont dressés, la
toile du chapiteau monte : attachée aux piquets
et aux camions disposés autour, la grosse
enveloppe flasque posée à terre s’élève en se
tendant. Le cirque était voyageur. Pourtant,
devenus parisiens, nous allions à Médrano et au
Cirque d’hiver. Et un jour je vivrais à côté, près
du métro Filles-du-Calvaire je croiserais sur le
trottoir les frères Bouglione, depuis la rue
16Jean-Charles Depaule
j’entendrais les animaux, je sentirais leurs
odeurs. Les textes réunis par Francine
Fourmaux, qui matérialisent une rencontre peu
commune entre praticiens de disciplines
scientifiques diverses et professionnels
rappellent l’origine sédentaire et équestre des
arts « circassiens », ils en analysent les
redéfinitions, les recompositions et leurs effets
sur l’espace urbain : le cirque est entré de
nouveau dans la ville.
Mots-clés
cirque / lieux / chapiteau / ville /
anthropologie






17Préface

Le cirque Médrano, fin XIXe – début du XXe siècle






Plan du cirque Médrano, coupure de presse non datée,
Bibliothèque de Montmartre
18Jean-Charles Depaule

Introduction – « Les lieux du cirque :
1perspectives anthropologiques »

Francine Fourmaux
Ethnologue contractuelle, Laboratoire
d’anthropologie urbaine, LAU-CNRS

Cette journée a pu être organisée grâce au
soutien de deux structures de recherche. L’une,
institutionnelle, est le Laboratoire
2d’anthropologie urbaine, Lau Cnrs UPR34 .
L’autre, informelle, qui avait alors pour projet
de devenir associative, est composée de jeunes
3chercheurs en sciences sociales , le Collectif de
4chercheurs en cirque CCCirque.

1. Je remercie Magali Sizorn et Léonore Le Caisne pour leurs
relectures attentives de ce texte.
2. Lien site internet : http://www.ivry.cnrs.fr/lau/
3. Lien site internet : http://cccirque.canalblog.com/
4. Un grand merci pour leur aide chaleureuse à Claudie Petit dans
la préparation de cette journée, ainsi qu’à Magali Sizorn, Marine
19Introduction
Au Lau, l’étude des usages sociaux de
l’espace et des territoires constitue un axe
principal de travail. Si l’anthropologie se définit
généralement comme une réflexion sur l’unité
de l’homme et la diversité des cultures,
l’anthropologie urbaine s’attache plus
particulièrement à l’analyse des modes de
circulation, d’appropriation et de répartition de
l’espace, ainsi qu’aux processus de formation et
de transformation de réseaux sociaux. Elle
éclaire les enjeux de ces relations qui font de
l’espace une construction sociale. Les travaux
des membres du Lau portent par exemple sur
5les communautés tsiganes, les pèlerinages,
l’habitat, les cafés, les noms des rues… dans le
cœur de la cité, mais aussi dans sa périphérie et
dans les zones plus éloignées dites rurbanisées.
Trois membres du Lau ont dirigé les sessions de
cette journée et ont apporté leur contribution à
cet ouvrage : Jean-Charles Depaule, son
directeur, qui a travaillé sur l’architecture et

Cordier et Myriam Peignist pour leur implication dans le travail
préalable à cette publication.
5. Patrick Williams, alors directeur, avait assuré l’encadrement
scientifique de la recherche sur le cirque « classique » de Sylvestre
Barré-Meinzer [2004]. Il avait également accepté ce rôle pour le
projet « Rencontres croisées des professionnels du cirque » que
Sylvestre et moi-même avions proposé en réponse à l’appel d’offre
du Département des Etudes et de la Prospective, DEP, Ministère
de la Culture, de 2001 « Arts du cirque et société ».
20Francine Fourmaux
l’habitat urbain ainsi que sur les espaces de
sociabilité que constituent les cafés et le métro,
à Paris et au Caire, Liliane Kuczynski qui a
dirigé en 2006 le séminaire général du
laboratoire intitulé « Du religieux dans l’espace
urbain », Christian Lallier qui a réalisé plusieurs
films sur l’Afrique et sur une famille
circassienne dans le sud de la France.
La place du cirque dans la ville ou à ses
abords s’insère donc parmi les questions
communes aux chercheurs du Lau, mais elle
entre plus généralement dans les réflexions
menées depuis quelques décennies par les
sciences sociales au sujet de l’art et de ses
territoires. Du côté des professionnels, elle
s’inscrit également parmi les préoccupations
actuellement partagées au sujet de l’accueil des
compagnies, tant pour la création (les
6résidences ) que pour la diffusion (une charte a
7été élaborée en 2001, une journée
d’information organisée sur les tournées à

6. Au musée du quai Branly en juin 2007 « Qu’est-ce que vous
fabriquez là ? »
7. Charte d’accueil des cirques dans les communes « Droit de cité
pour le cirque », Ministère de la culture et de la communication,
Association des maires de France, Fédération nationale des
communes pour la culture, Syndicat des nouvelles formes des arts
du cirque, Syndicat des cirques franco-européens et Syndicat
national du cirque.
21Introduction
8l’étranger ). La revue Arts de la piste, éditée par
l’association Hors les murs subventionnée par
le Ministère de la culture, a consacré plusieurs
dossiers à ce sujet : en 2002, le n° 24
« Campements », en 2003 le n° 28 « Le cirque
dans le monde », en 2004 le n° 32 «
dans l’espace social » et en 2005 le n° 34 « Les
lieux du cirque ».
Au sein du CCCirque, pluridisciplinaire, cette
question s’inscrit en prolongement des
échanges engagés lors d’une première journée
organisée par Marie Jolion et Emilie Salaméro le
2 décembre 2006 à l’université, Paris-Sud 11,
Orsay : « Le monde du cirque et ses métiers :
quelles évolutions ? ». Plusieurs aspects avaient
alors été abordés : la transmission des savoirs,
les différenciations sexuelles observables dans
les trajectoires professionnelles et dans les
apprentissages, la place du cirque dans les
politiques culturelles publiques (en France) et
privées (au Québec). Une troisième journée a
également été organisée à l’Université de
Rouen, par Magali Sizorn : « Le cirque, ses
techniques, ses objets », le 15 décembre 2006.
Deux contributions traitaient notamment de

8. Organisée par Hors Les Murs, HLM, le Centre National du
Théâtre, CNT, le Centre National de la Danse, CND, et le Centre
d’Information et de Ressources pour les Musiques actuelles,
IRMA, en janvier 2007
22Francine Fourmaux
l’« impermanence » ou alternance entre stabilité
et déséquilibre (Philippe Goudard) et du
nomadisme des artistes de cirque (Jo Vitali).

Les contributions réunies ici mobilisent
différentes disciplines : anthropologie,
sociologie, sciences et techniques des activités
physiques et sportives, histoire contemporaine,
art, urbanisme. Elles émanent non seulement
d’universitaires (doctorants et docteurs), mais
aussi de professionnels, artistes, enseignants et
administrateurs.
La problématique des lieux, lieux de travail,
de vie, d’apprentissage, de mémoire et de
rassemblement, laisse entrevoir de nombreux
axes d’étude qu’une seule journée de rencontre
ne permet pas d’aborder de manière exhaustive.
Elle reste encore largement inexplorée par les
sciences sociales en France puisque seuls les
espaces de diffusion que constituent la
télévision [Katerina, 2000], et le théâtre
[Amiard-Chevrel, 1983] ont fait jusqu’à présent
9l’objet de publications .
Pour cette journée, quatre thématiques ont
été dégagées à partir des réponses à l’appel à
contribution : lieux institutionnels, politiques

9. Un séminaire « Le cirque et le cinéma. Mythologies et
convergences », dirigé par Valérie Pozner et Patrick Desile, a eu
lieu à l’Institut National d’Histoire de l’Art, INHA, en 2005/2006.
23Introduction
culturelles, parcours, et espaces informels et
épistémologiques. D’autres rencontres
permettront de poursuivre la réflexion ainsi
engagée et de contribuer à une meilleure
connaissance du monde du cirque et des usages
sociaux de l’espace.


Les lieux institutionnels
URBANISATION DU CIRQUE ?
Actuellement en France, les arts du cirque
sont à la fois arts de la piste, arts de la scène et
arts de la rue. Le chapiteau itinérant n’est plus le
lieu exclusif des spectacles. La place du
« nouveau cirque » en émergence depuis une
10trentaine d’années, s’étend des friches
industrielles, terrains vagues et champs de la
périphérie aux scènes conventionnées du centre
ville. Urbanisé, sédentarisé ou intégré à des
lieux de culture savante et de mémoire
citadines, il semble marqué d’un double
processus de légitimation et de
patrimonialisation.

10. Pour résumer succinctement : dans les milieux du cirque on
distingue le cirque dit « moderne », « classique » ou « traditionnel »,
du cirque dit « contemporain », « de création » ou « nouveau ».
24Francine Fourmaux
C’est du moins l’hypothèse que l’on peut
11formuler dans un premier temps . Mais l’étude
attentive de l’histoire du cirque conduit à
envisager d’autres interprétations, que
corrobore l’examen de trois lieux
institutionnels. Ce phénomène de légitimation
et de quête de reconnaissance est en fait
visiblement à l’œuvre dès les débuts du cirque :
« Philip Astley [considéré comme le père
fondateur du cirque dit « moderne »] vient à
Bruxelles en février 1787, dans le manège domanial du
parc, quatre ans après son implantation parisienne ; en
utilisant un manège il s’approprie un lieu emblématique

11. J’ai élaboré cette hypothèse à propos de la rencontre entre
cirque et danse comme légitimation de l’un et démocratisation de
l’autre en 2002, suite à l’enquête que j’ai réalisée à Nexon. Je l’ai
erprésentée dans le cadre d’un séminaire d’équipe du Lau, le 1
octobre 2002 puis elle a de nouveau été soumise à réflexion le 2
novembre 2004 au colloque international « Savoir danser, savoirs
dansés, perspectives anthropologiques » organisé par Georgianna
Wierre-Gore (Laboratoire d’Anthropologie des Pratiques
Corporelles, Lapracor) et Marie-Pierre Gibert à la Maison des
sciences humaines de Clermont-Ferrand (cf Fourmaux, « La
rencontre du cirque et de la danse : un échange de savoirs ? »
http://halshs-00142175), ainsi que le 6 février au séminaire « Arts,
cultures et consommations » dirigé par Bruno Péquignot,
Dominique Desjeux et Jacqueline Eidelman au Centre de
Recherches sur les Liens Sociaux, Cerlis à Paris, et encore le 8
février 2007 lors d’une séance de l’Atelier anthropologie de la
danse, dirigé par G. Wierre-Gore et Michael Houseman. : « La
danse est-elle soluble dans le cirque » à Ivry sur Seine. Je remercie
les organisateurs et les participants de ces rencontres pour leur
contribution à l’avancement de ma réflexion.

25