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LES TÉLÉSPECTATEURS AFRICAINS A L'HEURE DES SATELLITES

De
160 pages
De tous les apports extérieurs, la télévision semble le plus prisé au niveau du grand public. Comment appréhender ces millions de téléspectateurs africains qui chaque soir se retrouvent devant leurs écrans de télévision ? sont-ils jeunes ou vieux, de sexe féminin ou masculin, pauvres ou riches, citadins ou ruraux ? Préfèrent-ils les chaînes nationales ou les chaînes étrangères ?
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Les téléspectateurs africains à l'heure des satellites

~ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7617-1

Abdoul BA

Les téléspectateurs africains à l'heure des satellites

De la case d'écoute à la parabole

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Champs Visuels dirigée par Pierre-Jean Benghazi, Jean-Pierre Esquenazi et Bruno Péquignot

Michel AZZOPARDI, Le temps des vamps. 1915-1965 (Cinquante ans de sex appeal), 1997. José MOURE, Vers une esthétique du vide au cinéma, 1997. René NOIZET, Tous les chemins mènent à Hollywood, 1997. Eric LE ROY, Camille de Morlhon, homme de cinéma (1869-1952), 1997. Régis DUBOIS, Images du Noir dans le cinéma américain blanc (19801995), 1997. Ariel SCHWEITZER, Le cinéma israélien de la modernité, 1997. Denis RESERBAT-PLANTEY, La vidéo dans tous ses états. Dans le secteur de la santé et le secteur social, 1997. Pierre-Jean BENGHOZI, C. DELAGE, Une histoire économique du cinéma français (1895-1995). Regards croisés franco-américains, 1997. Gérard CAMY, Sam Peckinpah, 1997. Eric SCHMULEVITCH, Une décennie de cinéma soviétique en textes (1919-1930). Le système derrière lafable. 1997. S. P. ESQUENAZI (dir), Vertov, l'invention du réel, 1997. Marie-Françoise GRANGE, Eric VANDECASTEELE, Arts plastiques et cinéma, les territoires du passeur, 1997. Henri AGEL, Le beau ténébreux à l'écran, 1997. Michel AZZOPARDI, Massimo Girotti: un acteur aux 100 visages, 1997. J. MOTTET, L'invention de la scène américaine. Cinéma et paysage. . 1998.
Roger ODIN, L'âge d'or du documentaire, Tl, TI, 1998. M.P. GRANGE, E. V ANDECASTEELE, Arts plastiques et cinéma, les territoires du passeur, 1998. Jacques WALTER, Le Téléthon, 1998. Pierre GRAS, Médias et citoyens dans la ville, 1998. A. BA, Les téléspectateurs africains à l'heure des satellites, 1998. J.L. DENA T, P. GUINGAMP, Les tontons flingueurs et les barbouzes, 1998. JJ. BOUTAUD, Sémiotique et communication, du signe au sens, 1998. Stéphane CALBO, Réception télévisuelle et affectivité, 1998. Monique MAZA, Les installations vidéo, «oeuvres d'art», 1998. Jean-Claude SEGUIN, Alexandre Promio ou les énigmes de la lumière, 1998.

A mes enfants Diyé et Samba, à mon épouse Anne

Collection Champs Visuels dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Jean-Pierre Esquenazi et Bruno Péquignot

Philippe ORTOLI, Clint Eastwood, lafigure du guerrier, 1994. Philippe ORTOLI, Sergio Leone, une Amérique de légendes, 1994. Georges FOVEAU, Merlin l'Enchanteur, scénariste et scénographe d'Excalibur, 1995. Alain WEBER, Ces films que nous ne verrons jamais, 1995. Jean-Pierre ESQUENAZI (e.d), La télévision et les télespectateurs, 1995. Jean-Pierre ESQUENAZI (dir.), Télévisions, la vérité à construire, 1995. J-P. ESQUENAZI, Le pouvoir d'un média: TF1 et son discours, 1995. Joël AUGROS, L'argent d'Hollywood, 1996 Eric SCHMULEVITCH, Réalisme socialiste et cinéma, le cinéma stalinien, 1996 Georges FOVEAU, Chasseurs en images, visions d'un monde, 1996. Patricia HUBERT-LACOMBE, Le cinéma français dans la guerre froide, 1946-1956, 1996. Alain-Alcidre SUDRE, Dialogues théoriques avec Maya Deren, 1996. Andrea SEMPRINI, Analyser la communication, 1996. Khémaïs KHAYATI, Cinémas arabes, topographie d'une image éclatée, 1996. Isabelle PAPIEAU, La construction des images dans le discours sur la banlieue parisienne, 1996. A. BA, Télévisions, paraboles et démocraties en Afrique Noire, 1996. Martine LE COZ, Dictionnaire Gérard Philipe, 1996. Pierre BARBOZA, Du photographique au numérique. La parenthèse indicielle dans l'histoire des images, 1996. Yves THORAVAL, Regards sur le cinéma égyptien (1895-1975),1997. Dominique COLOMB, L'essor de la communication en Chine, publicité et télévision au service de l'économie socialiste de marché, 1997. Jean-Pierre ESQUENAZI, La communication de l'information, 1997. Laurent JULLIER, L'écran post-moderne, 1997. Gérard LEBLANC, Scénarios du réel (Tomes 1 et 2), 1997. Jean-Paul DESGOUTTE, L'utopie cinématographique. Essai sur l'image, le regard et le point de vue, 1997.

Préface
Tarn-Tarn, télévision et culture en Afrique noire
Par Aminata BA

Dans la chaîne mondiale de communication, l'Afiique noire occupe une position qui mérite une attention particulière car c'est là sans doute où se manifestent et se répercutent plus intensément les symptômes et les effets les plus pernicieux du déséquilibre communicationnel et des disparités qu'il génère. Il existe en effet sur ce continent un net décalage entre les formes modernes de communication et les modes de communication de type traditionnel. La mise en question de la corrélation causale des rapports de force subsistant entre les médias modernes et traditionnels ont soulevé à juste titre de nombreuses préoccupations.

Les modes de communication

traditionnels

Avant l'introduction des médias modernes, les populations avaient recours à des méthodes de "technicité traditionnelle" pour véhiculer l'information. Parmi ces méthodes, l'oralité était vécue comme un mode de communication dominant. Les populations afiicaines ont tenté d'optimiser l'interaction par les 5

prolongements des aptitudes humaines en se servant de supports de communication. C'est ainsi que le tam-tam a été utilisé pour véhiculer des informations de toutes sortes (prévenir d'une épidémie, mettre en garde contre d'éventuelles attaques de l'ennemi ou tout simplement annoncer l'arrivée d'un étranger important). La transmission des messages répondait à un code rigoureux qui nécessitait un apprentissage, même si avec la ftappe, chaque émetteur y mettait sa touche personnelle, marquant telle une signature, son jeu, ce qui permettait aux initiés de mettre un nom sur le messager. Il s'installe à l'occasion un dialogue entre émetteur et récepteur, ce dernier pouvant poser d'éventuelles questions dans le but de préciser la nature de l'événement. Afin d'étendre la portée du message, les batteurs de tmn-tam se relayaient environ tous les cinq kilomètres et l'usage de l'instrument annoncait généralement une nouvelle bonne ou mauvaise. Le ton et la rythmique renseignaient les populations éloignées sur l'importance de l'événement. Hormis le tam-tam, il existe une autre forme de communication traditionnelle à savoir la rumeur. Véritable radio populaire, la rumeur s'incruste dans la vie quotidienne des sociétés. Depuis toujours, la rumeur constitue un vecteur considérable de l'information, circulant assez rapidement dans les schèmes de la sphère communautaire. Qu'il s'agisse de dévoiler des faits politiques ou un aspect de la vie privée d'un individu, la rumeur a toujours été utilisée comme support de l'infonnation. Souvent qualifiée de "radio-trottoir" ou encore de "radio Kankan," la rumeur a beaucoup d'impacts sur la communauté, pouvant être à l'origine d'un comportement collectif face à un membre du groupe. A lui seul cet état de chose suffit à conforter les spéculations souvent sans fondement de la rumeur. Il arrive que la rumeur précède l'événement lui-même, dans la mesure où sont révélés les faits avant les actes. La maladie de l'ancien Président de l'ancienne République du Zaïre, Mobutu Sese Seko et son voyage. pour raison de santé en Suisse étaient connus de tous, plusieurs semaines avant son départ pour la confédération helvétique. Pourtant, Mobutu avait pris la précaution de s'entourer d'une équipe médicale étrangère et avait dépêché à Lausanne ses plus fidèles collaborateurs. Mais cela n'a pas empêché l'information de filtrer. 6

Cette pratique du "bouche à oreille" peut atteindre des proportions considérables, car la rumeur si elle est souvent locale peut également s'exporter par le biais du voyageur. Elle a ainsi contribué à informer les Tutsis du Rwanda et du Burundi sur le moral de l'armée zaïroise (les soldats n'avaient pas été payés depuis six mois et les moyens logistiques de Kinshasa pour acheminer du matériel et des troupes à la frontière entre le Burundi, le Rwanda et le Zaïre étaient précaires). Ces informations qui n'avaient été diffusées par aucun média ont permis aux forces venues du Burundi et du Rwanda de prendre le contrôle de la zone des camps de réfugiés Hutus dans la région de Bukavu et de Goma.

Les formes modernes de communication
Mais de nos jours, la majeure partie des médias traditionnels tend à disparaître cédant la place progressivement aux médias modernes que sont la radio et la télévision. En effet, au moment des indépendances de la plupart des Etats africains, il était de rigueur de penser que l'introduction des nouvelles technologies de l'information constituait une solution aux problèmes de sousdéveloppement. Pour les dirigeants de la plupart des pays d'Afrique, la meilleure manière de combattre le sousdéveloppement était d'utiliser de nouveaux supports de communication capables de drainer des informations vers les populations concernées par les projets de développement. Au Niger, en Côte d'Ivoire et au Sénégal, des programmes télévisuels éducatifs avaient été diffusés dès les années 60. En Côte d'Ivoire, le pouvoir a fait de l'information un instrument au service de la fOtmation et de l'éducation. Cette initiative avait certes le mérite d'exister, mais le problème était que les populations qui devaient recevoir ces programmes ne pouvaient pas les recevoir. Elles n'avaient pas accès à la télévision qui restait réservée aux populations aisées des zones urbaines. Rapidement des voix se sont élevées en Afrique pour dénoncer cet usage de la télévision. A telle enseigne que l'on a commencé à se poser des questions sur l'utilité de la télévision, certains allant jusqu'à qualifier la télévision de produit de luxe "pour singer les 7

Blancs." Au Sénégal, le Président Léopold Sedar Senghor était contre l'implantation de la télévision en 1962. De son côté, le Président du Cameroun a longtemps traîné les pieds pour introduire la télévision dans son pays. Pourtant, l'implantation des médias modernes se poursuit avec le développement des parcs de récepteurs et les zones rurales découvrent progressivement les nouveaux moyens de communication. Face aux nouvelles exigences des sociétés technicisées et transculturelles, les formes de communication traditionnelles ont de plus en plus de difficultés à se maintenir. Même l'avenir des griots est incertain. A telle enseigne que les griots afiicains sont de plus en plus obligés de se reconvertir en intervenant régulièrement à la télévision et à la radio. Au Sénégal, depuis le début des années 80, des émissions spécialement consacrées aux griots sont diffusées, par la radio et la télévision nationale. La raison de ces difficultés est surtout le phénomène de mondialisation qui veut qu'aucune société, si elle aspire au développement, ne peut s'ostraciser volontairement. Cela provoque bien évidemment un changement progressif des mentalités. Car l'apprentissage des méthodes traditionnelles d'interaction ne connaît guère beaucoup d'engouement chez les jeunes qui lui préfère l'usage des technologies contemporaines (téléphone, informatique, radio et télévision). De plus, les détenteurs de telles pratiques de communication disparaissent et ne se renouvellent pas. Ils s'éteignent peu à peu emportant avec eux cette complexité propre aux techniques de codages et de décodages des supports médiatiques qui longtemps ont fonctionné en Afrique traditionnelle. Peu à peu, la télévision a commencé à remplacer le tam-tam. Comme le tam-tam jadis, la télévision est devenue un élément de rassemblement qui suscite la mise en place spontanée d'un espace sociologique. L'arbre à palabre se voit aussi supplanté par la télévision. Il est fréquent de voir dans les pays d'Afrique un regroupement d'individus autour d'un récepteur, commentant les informations. Les Africains font un usage collectif des médias audiovisuels. Ces médias sont considérés comme des médias de groupe. Par conséquent, loin de n'être qu'un simple vecteur de diffusion des nouvelles, la télévision se greffe sur les cultures de type oral.

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L'introduction de la télévision a donné lieu à un certain nombre d'espoirs, mais aussi de sollicitude. Les gouvernements africains ont investi la télévision d'une mission institutionnelle qui a dépassé largement sa fonction de communication. Mais le contrôle étatique s'étiole. L'expansion de l'idéologie libérale a entraîné des bouleversements dans les pays africains. En 1989, la disparition du bloc de l'Est a entraîné une restructuration de la société internationale avec l'extension de la démocratie. Dans le domaine audiovisuel, ce phénomène s'est manifesté par la montée en puissance de médias transftontières. L'introduction des formes de communication modernes dans la société africaine a provoqué des bouleversements importants avec notamment les interférences entres les techniques modernes de communication et les techniques traditionnelles. L'impact de la transnationalisation médiatique a été considérable sur l'intégrité des identités nationales et les transformations sociales qu'elle a engendré. Car, pour toucher l'ensemble des populations, les Etats ont songé, sans réellement prendre conscience des effets, à utiliser des techniques contemporaines de diffusion comme la radio et la télévision. C'est ainsi que des techniques de diffusion ont été importées entraînant par la même le transfert de technologies. Pour certains pays, ce transfert demeure un agent d'asservissement et de destruction des cultures car selon eux, les membres du groupe receveur subissent une assimilation non seulement des normes structurelles, mais aussi des valeurs liées à la civilisation avec laquelle ils ont été mis en contact. Les pays en voie de développement se retrouvent en fait conftontés à un dilemme dans la mesure où, ils revendiquaient leur identité culturelle, voulant préserver leur spécificité, mais désirant également devenir ce que "les autres" sont devenus par le biais de la technologie. A ce titre, l'exemple japonais est souvent cité en exemple. Cependant l'introduction brutale des médias modernes ne se combine pas toujours avec les réalités et les spécificités culturelles des sociétés africaines. Introduits dans un but précis, les médias modernes ont été détournés de leur mission. A telle enseigne qu'ils ont remplacé quasiment les médias traditionnels dans les sociétés africaines. Les médias traditionnels qui avaient une grande importance dans ces sociétés se retrouvent

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relégués à servir de compléments aux médias modernes. Cela provoque une superposition de supports.de communication. Au plan culturel, la disparité qui existe au sein des classes sociales en matière de développement communicationnel génère des rapports sociaux complètement faussés. Les plus démunis se référant aux plus nantis comme à un modèle de sécurité et d'espoir, les plus nantis quant à eux gardant les yeux rivés sur les cultures étrangères. En raison d'un pouvoir d'achat relativement bas, le développement technologique renferme un caractère quelque peu élitiste, si l'on sait par exemple que certains pays sont encore faiblement électrifiés. Il se produit de ce fait une évolution parallèle entre des citoyens d'un même pays qui ne parlent plus le même langage. Une minorité de citadins ayant u.nefenêtre ouverte. sur .le monde extérieur, côtoyant des habitants des zones rurales qui conservent peut-être malgré eux, un mode de communication traditionnel. Les conséquences sont. observables dans le milieu urbain où une nouvelle culture est en train de prendre forme, elle se diffuse, gagne les moeurs, les mentalités et les comportements. Les systèmes de valeurs changent, la morale aussi. Les relations sociales se modifient et l'aliénation fait des ravages dans les rangs des élites. Les conséquences de ces mutations sans cesse renouvelées conduisent vers l'apparition de sociétés dualistes dans lesquelles cohabitent ceux qui se disent évolués et de l'autre les non év.olués. C'est dans ce climat bi-axial que. les valeurs. traditionnelles tentent tant bien que mal de se maintenir. Dans les zones rurales, mais aussi dans les zones urbaines, l'expression orale héritée de l'oralité garde encore une certaine force. Ainsi la majorité des infonnations d'intérêts immédiats circule oralement. Ce phénomène permet l'existence d'une certaine complémentarité entre les médias modernes et les formes traditionnelles de communication. D'autre part, le déséqui1ibre en matière de développement de la communication n'est pas propre aux relations Nord-Sud. Il se manifeste encore intensément sur l'axe Sud-Sud au sein même des pays en développement. Il prend alors des formes qui sont inhérentes à l'évolution sociale, économique et politique de ces pays. Il est loin le temps où les débats houleux du nouvel ordre mondial de l'information et de la communication animaient les 10

tribunes des organisations internationales. En fait, il est difficile de réclamer la fin des inégalités avec l'étranger et maintenir ces inégalités à l'intérieur de ses propres frontières. On ne peut à la fois réclamer un nouvel ordre et en refuser les principes. On ne saurait non plus rétablir l'équilibre de la communication avec les pays industrialisés en ignorant les disparités qui persistent à l'intérieur même de nos pays. Le problème de la standardisation culturelle que pourraient générer les médias de masse se pose en Afrique noire. En effet, depuis de nombreuses années, un débat contradictoire oppose les tenants de la thèse de l'unidimensionalité progressive des sociétés, aux théoriciens de la culture "mosaïque" qui mettent plutôt l'accent non sur le mouvement d'uniformisation ou d'homogénéisation, mais sur les possibilités de diversification induites par l'expansion des médias. Il est significatif de noter le rôle central attribué aux médias par l'une et l'autre thèse. Alors que les premiers dénoncent" la sur-répression" des médias, véritables rouleaux compresseurs qui dominent l'homme et fabriquent "l'homme unidimentionnel," les seconds acclament la spécialisation croissante des organes d'information qui introduit la diversité et non l'uniformité et place l'homme devant un autre type de difficulté, celle de "l'hyper-choix." On constate qu'en Afrique, le fossé entre le monde rural et urbain est tel, qu'on ne peut que relativiser, dans la mesure où même dans les centres urbains, les messages transmis par les médias donnent lieu à des processus de décodage variable selon le milieu social, l'appartenance ethnique ou culturelle. Les médias constituent des vecteurs essentiels qui contribuent à véhiculer des modèles fondés sur les valeurs du matérialisme encourageant la réussite individuelle au détriment des normes de biens collectifs sur lesquelles reposent les sociétés traditionnelles. Il serait à ce niveau intéressant de s'interroger sur les effets engendrés par l'interaction entre modernité et tradionnalité, n'y aurait-il pas entre les deux la naissance d'une nouvelle culture transitionnelle? Dans ce livre, le mérite de Abdou! BA est d'essayer de nous aider à connaître et à mieux comprendre, grâce à la somme de documents et de témoignages rassemblés, les moyens de réception et les pratiques télévisuelles du public dans plusieurs pays africains. L'auteur n'a pas hésité à pénétrer dans des réalités 11

riches mais confuses - celles des téléspectateurs amcains - qu'il tente de décrire et de comprendre par l'observation, l'analyse documentaire et des recherches empiriques qui reposent sur une solide approche théorique.

Aminata BA Docteur en Sciences de l'information et de la communication Université de Rennes II, France

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Introduction
En cette fin de siècle, la dynamique dominante est la mondialisation de la télévision avec les chaînes diffusées par satellite. Elle se fonde sur l'idéologie de la pensée unique, laquelle a décrété qu'un seul modèle est désol111aispossible, et que seuls les critères du néolibéralisme et du marché (compétitivité, productivité, libre-échange, rentabilité,...) pel111ettentà une société de survivre dans une planète devenue une véritable jungle concurrentielle. Sur ce noyau dur de l'idéologie contemporaine -viennent se greffer de nouvelles mythologies, élaborées par les grands médias de masse, qui tentent de faire accepter aux citoyens le nouvel état du monde. Depuis quelques années, l'un des phénomènes les plus importants qui caractérise l'évolution des médias dans la plupart des pays africains est l'évolution très nette de la place attribuée à la télévision. En 1961, il n'y avait que deux pays à bénéficier de ce média, il y en avait 13 en 1965,20 en 1980 et 37 en 1990 dans plus d'une cinquantaine de pays.l En 1996, 41 pays du continent possédent au moins une chaîne nationale. de télévision, Certains comme la Côte d'Ivoire et le Gabon en ont même deux. A côté de ces chaînes, des chaînes privées de télévision apparaissent dans certains pays comme le Burkina Faso et le Gabon. Des opérateurs étrangers privés se sont également installés sur le continent, entraînant de nouveaux échanges entre les chaînes locales et les chaînes étrangères.

1 J. BARRA T, Géographie des Médias, diversité des Tiers-monde," Edition Litec, Paris 1992, p.379 13

Dans la répartition actuelle des téléviseurs dans le monde, les pays développés disposent de 80 % des récepteurs de télévision et l'ensemble des pays en développement en totalise 20 % dont 2 seulement pour l'Afrique en 1992.2 Si le parc des téléviseurs est encore largement concentré dans les pays industrialisés, les pays du tiers-monde s'équipent rapidement (déjà 12 % des téléviseurs du monde en 1991 et près de 20 % en 1994).3 Sur le plan quantitatif. l'Afrique reste le continent où le secteur de la télévision est le plus pauvre. Incontestablement, c'est le continent le moins équipé du globe. En 1996, il y a 38 millions de téléviseurs en Afrique. A l'origine, la mise en place et le développement de la télévision avaient été animés par des règles qui favorisaient ses fonctions socio-culturelles, alors que l'on observe aujourd'hui un processus général de transformation qui confère un poids plus grand et, dans certains cas comme en Côte d'Ivoire ou au Gabon, prédominant, à ses fonctions économico-commerciales. La philosophie du service public, qui a dominé pendant trois décennies les structures radio-télévisuelles africaines, était fondée sur un certain nombre de présupposés qui ont progressivement perdu de leur valeur. Au cours de ces dernières années, ces présuPPQsés se sont progressivement affaiblis, ou sont en train de disparaître. Les tendances actuelles qui apparaissent sont, d'une part, les efforts déployés par les populations pour s'équiper en équipements audiovisuels, et, d'autre part, la multiplication des chaînes de télévision diffusées sur le continent. Les cartes de l'audiovisuel africain ont été totalement rebattues ces dernières années: les radiodiffuseurs hertziens classiques - les" chaînes nationales," comme la CRTV (Cameroun), la RTl (Côte d'Ivoire) et la RTG (Gabon) - sont en train de céder le pas aux groupes audiovisuels comme Canal Horizons. Le développement du marché des téléviseurs a été synonyme de mutations et de changements dans les sociétés. Ces mutations et ces changements se traduisent par de nouveaux besoins. Ces
2 F: BALLE, "Médias et société. Presse audiovisuel/ Télécommunications," 6ème édition, Editions Montchrestien, Paris, 1992, p.536 3 Le monde diplomatique, Août 1991, p.12 (pour 1991) et Le monde diplomatique, Septembre 1994, p.8 (pour 1994) 14