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Les usages de la sociologie de l'art

De
130 pages
Constituée au cours des années soixante avec les travaux fondateurs de Pierre Bourdieu, la sociologie de l'art est ici confrontée à la sociologie générale : à quelles conditions la sociologie de l'art peut-elle être une sociologie à part entière et quels sont les apports de ce domaine à la construction de la discipline ? Par ailleurs, les usages de la sociologie de l'art et de ses résultats par les acteurs sociaux sont examinés.
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Les usages de la sociologie de l'art: constructions théoriques, cas pratiques

Collection Logiques Sociales Série Sociologie lies Arts Dirigée par Bruno Péquignot
Comme phénomène social, les arts se caractérisent par des processus de production et de diffusion qui leurs sont propres. Dans la diversité des démarches théoriques et empiriques, cette série publie des recherches et des études qui présentent les mondes des arts dans la multiplicité des agents sociaux, des institutions et des objets qui les définissent. Elle reprend à son compte le programme proposé par Jean-Claude Passeron : être à la fois pleinement sociologie et pleinement des arts. De nombreux titres déjà publiés dans la Collection Logiques Sociales auraient pu trouver leur place dans cette série parmi lesquels on peut rappeler: FABIANI Jean-Louis, Après la culture légitime. Objets, publics, autorités, 2007. PEQUIGNOT Bruno, La question des œuvres en sociologie des arts et de la culture, 2007. REDON Gaëlle, Sociologie des organisations théâtrales, 2006. BRUN Jean-Paul, Nature, art contemporain et société: le Land Art comme analyseur du social, deuxième volume, New York, déserts du Sudouest et cosn10S, l'itinéraire des Land Artists, 2006. P APIEAU Isabelle, Art et société dans I 'œuvre d'Alain-Fournier, 2006. GIREL Sylvia (sous la dir.), Sociologie des arts et de la culture, 2006. FAGOT Sylvain et UZEL Jean-Philippe (sous la dir.), Énonciation artistique et socialité, 2006. DENIOT Joëlle & PESSIN Alain, Les peuples de l'art Tome 1,2006. DENIOT Joëlle & PESSIN Alain, Les peuples de l'art Tome 2,2006. BRUN Jean-Paul, Nature, art conten1porain et société: le Land Art comme analyseur du social, premier volume, Nature sauvage, Contre Culture et Land Art, 2005. ETHIS Emmanuel, Les spectateurs du te/nps, 2005. DUTHEIL-PESSIN, Catherine, PESSIN Alain et Ancel PASCALE: Rites et rythmes de l 'œuvre (2 vol), 2005. NICOLA-LE STRA T Pascal: L'expérience de l'interI11ittence. Dans les champs de l'art, du social et de la recherche, 2005. ETHIS Emmanuel: Pour une po(i)étique du questionnaire en sociologie de la culture. Le spectateur imaginé, 2004. GREEN Anne-Marie (dir) : Lafête comn1ejouissance esthétique, 2004. LIOT Françoise: Le métier d'artiste, 2004. DUTHEIL-PESSIN Catherine: La chanson réaliste. Sociologie d'un genre, 2004. BARRÉ-MEINZER Sylvestre: Le cirque classique, un spectacle actuel, 2004.

Sous la direction de Sylvia GIREL et Serge PROUST

Les usages de la sociologie de l'art: constructions théoriques, cas pratiques

2e congrès de l'Association française de sociologie - 2006

L'HARMATTAN

@

L' Harmattan,

2007

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan1 @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03911-7 EAN: 9782296039117

SOMMAIRE

SOMMAIRE
AVANT-PROPOS

...

... 5 7 13

NATHALIE HEINICH
Pour en finir avec le social

ANTOINE HENNION
A la recherche de l'objet perdu... ?

25

NICOLE RAMOGNINO
La cumulativité la culture? des connaissances

43
en sociologie des arts et de

LAURENT FLEURY
Le discours d'« échec» de la démocratisation constat sociologique ou assertion idéologique? de la culture:

75

PIERRE FRANÇOIS, VALERIE CHARTRAIN, STEPHEN WRI GHT
La sociologie contemporain aux mains des indigènes:

101
d'art

le cas des critiques

LES AUTEURS

129

AVANT-PROPOS
Du 5 au 8 septembre 2006, l'Association française de sociologie a organisé son deuxième congrès national à
Bordeaux. Le thème général était: « Dire le monde social. Les sociologues face aux discours politiques, économiques, médiatiques ». Parallèlement aux sessions de travail mises en œuvre par les différents réseaux spécialisés, dont le Réseau thématique 14 Arts et culture (RT 14), l'AFS avait organisé plusieurs sessions plénières permettant de mettre l'accent sur quelques thèmes et/ou objets de recherche. Une de ces sessions était consacrée à la sociologie des arts et de la culture. Les textes présentés dans cet ouvrage visent à rendre compte de certains des débats et des points de vues qui se sont exprimés à cette occasion. Les trois premiers textes sont issus de la session semiplénière «Où en est la sociologie des arts ?». Invités à communiquer sur cette question, Nathalie Heinich, Antoine Hennion et Nicole Ramognino ont développé chacun leur point de vue, révélant des postures distinctes, mettant au jour des approches (théoriques et méthodologiques) différentes et étayées par leurs propres recherches. A notre demande, ils ont accepté de produire une version écrite de leur communication. Dans chacun des textes, il est question: de construction de l'objet «art », de la spécificité du champ des arts et de la culture, de sociologie générale, autant de thèmes communs abordés sous des angles d'analyse différents. Nous proposons d'en exposer les grandes lignes.

Dans sa contribution, Nathalie Heinich s'attache à réinscrire la sociologie de l'art non pas dans les études sur l'art, mais à l'intérieur des différents courants de la sociologie générale; si l'objet « art» est intéressant, voir fascinant, et que nombre de sociologues s'y intéressent aujourd'hui, si le champ est reconnu au sein de la discipline, c'est toutefois une sociologie trop souvent pratiquée en amateur, encore engluée dans la tradition savante de 1'« esthétique sociologique» et des « humanités» qui prévaut selon elle. Pour dépasser des approches non sociologiques, plus précisément présociologiques, précise-t-elle, et afin de construire une sociologie de l'art qui réponde aux exigences de la discipline, qui puisse être considérée comme une branche à part entière de celle-ci, elle propose: de revenir sur la question du travail sociologique et sur les différentes oppositions (celles paradigmatiquesentre « sociologie du social» et « sociologie de l'expérience », celle entre posture normative et posture descriptive) ; de développer une approche analyticodescriptive de l'expérience artistique. Antoine Hennion aborde le problème sous un autre angle. Que la sociologie de l'art atteigne enfin le niveau de la sociologie générale, selon ses termes, ne lui semble ni nécessaire ni souhaitable, cela impliquerait que le domaine de l'art se conforme à un tout autre terrain sociologique. Il montre à l'inverse que l'intérêt de l'art, en tant qu'objet, est précisément lié au fait qu'il continue à poser de nombreux problèmes au sociologue. Ces «problèmes », à défaut de signaler une faiblesse de la sous-discipline «art », en constituent les atouts. Pour illustrer son propos, il s'intéresse plus particulièrement à la question du rapport entre 8

l'attachement d'un auteur à l'objet dont il traite dans le cadre de sa discipline et les propositions scientifiques qu'il prétend établir sur lui. Afin de discuter la posture neutre, objectivante que l'on attend du sociologue eu égard à son objet considérée, à tort selon lui, comme le seul gage de scientificité -, il convoque de Certeau pour, ensuite, à l'appui de ses recherches sur la pragmatique du goût, montrer que le sociologue de l'art, parce qu'il est poussé aux limites par les exigences propres de ce qu'il étudie, porte avec plus d'acuité que d'autres une interrogation sur son objet, ce qui se révèle théoriquement et méthodologiquement fructueux pour la discipline toute entière. Nicole Ramognino engage quant à elle un point de vue épistémologique sur l'apport de la sociologie de l'art et de la culture à la sociologiegénérale, sur la nécessité de questionner la manière dont un champ se construit par la nature de son objet et dans son rapport à la discipline. Face à un développement très important des recherches et des résultats, face à une division du travail de connaissance dans le domaine des arts et de la culture, elle pose plus précisément le problème d'une nécessaire cumulativité des connaissances - qu'elle distingue de l'accumulation actuelle peu féconde. L'une des pistes possibles, pour qu'il y ait cumulativité dans le domaine des arts et de la culture, serait, selon elle, de définir un « objet scientifique» commun. Dans cette perspective elle argumente autour de trois points: le premier, sur la construction de l'objet et sur les opérations que les chercheurs mettent en œuvre pour l'étudier; le deuxième, sur la nécessité de recourir à une synthèse totalisante (en référence à M. Mauss) à partir des résultats portant sur les phénomènes traités et 9

nécessairement découpés de manière empirique; le troisième, sur les obstacles à une cumulativité des connaissances pour les arts et la culture. En arrière-plan, l'analyse de Nicole Ramognino conduit à s'interroger sur les arts et la culture dans une perspective épistémologique qui questionne la sociologie tout entière et non seulement l'un de ces champs. Les deux derniers textes, issus d'interventions faites aux cours des sessions de travail du RT 14, sont plus directement liés au thème général de ce congrès et examinent les usages politiques et sociaux qui peuvent êtrefaits de la sociologie (ou de ce qui est considéré comme relevant de la sociologiepar les acteurs sociaux concernés). Le texte de Laurent Fleury analyse la manière dont les recherches sociologiques concernant les obstacles matériels et (surtout) symboliques à la fréquentation des établissements culturels peuvent conduire certains acteurs sociaux (sociologues, mais peut-être encore davantage professionnels de l'art et de la culture) à l'affirmation (politique) de l'inanité du projet de démocratisation culturelle. Cela le conduit à proposer une réévaluation historique de l'action du TNP et de Jean Vilar. Cette intervention a été suivie de vives discussions mettant en évidence que, au delà de tout débat sur la légitimité politique du projet de démocratisation, les sociologues continuaient de manifester de profondes divergences quant à l'analyse théorique et empirique de la démocratisation culturelle. Le dernier texte (Pierre François, Valérie Chartrain, Stephen Wright) est consacré aux usages de la sociologie par les critiques d'art contemporain. Ses auteurs soulignent comment les références sociologiques, d'une part, permettent 10

à certains d'entre eux de tenter de penser leur propre position sociale et, d'autre part, leurfournissent des « armes» dans les

luttes internes, marquées par leur intellectualisation croissante, qui contribuent à faire exister le champ de l'art contemporain. Mais, in fine, ces critiques opèrent une double opération de disqualification - neutralisation qui manifeste la suprématie, renouvelée, du discours cultivé.

Sylvia Cirel et Serge Proust

Il

NATHALIE HEINICH

POUR EN FINIR AVEC LE SOCIAL

De l'objet à la discipline Compte tenu de l'état actuel de notre discipline, il me semble nécessaire de rapprocher la sociologie de l'art de sa discipline (la sociologie) plutôt que de son objet (l'art). Celui-ci, en effet, a la redoutable propriété d'être intéressant, voire fascinant et, en tout cas, doté d'une forte légitimité, ce qui tend à faire baisser l'exigence de rigueur des discours tenus à son propos: nous avons trop tendance à nous appuyer sur cet atout pour nous contenter de commentaires qui, appliqués à des objets moins prestigieux, passeraient beaucoup moins facilement la rampe de l'acceptabilité. S'ajoute à cela l'encombrement ou la perte de prestige de ses disciplines traditionnelles (histoire de l'art, études littéraires...), qui pousse les entrants à moderniser leur

approche par un rabattement sur la « sociologie»

- mais

une sociologie trop souvent pratiquée en amateur, encore engluée dans la tradition savante de 1'« esthétique sociologique» et des « humanités »1.
1 Pour une critique argumentée de ces dérives, voir Heinich N., La Sociologie de l'art, Paris, La Découverte, ainsi que «Objets,