Les voyageurs de l'eau

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Lionel Goujon et Gwenael Prié sont deux jeunes ingénieurs partis pendant un an autour du monde à la découverte des enjeux de l'eau. Cet ouvrage présente 51 problématiques locales liées à la gestion de l'eau. De l'assainissement de l'eau par les rayons ultraviolets au Cambodge au cas du barrage des trois gorges en Chine en passant par la lutte contre l'eutrophisation du lac Titicaca au Pérou, loin des discours théoriques, les situations décrites sont concrètes et variées, richement illustrées et documentées. Une postface fait le lien avec les problématiques rencontrées en France. Cet ouvrage a reçu le prix Jean Rostand 2010 et le prix Lignes de science 2014.

Publié le : mercredi 10 mars 2010
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EAN13 : 9782100550746
Nombre de pages : 192
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20 % DES FORÊTS DE MANGROVES DU MONDE ONT DISPARU 25 AU COURS DES DERNIÈRES ANNÉES.
RÉGION CARAÏBECOLOMBIE
UN MARÉCAGE ASPHYXIÉ Une route a été construite le long de la côte à la fin des années 1950. Érigée entre la mer et les eaux lagunaires de la Ciénaga, elle eut pour conséquence d’entraver leurs échanges. Au cours de la décennie suivante, d’autres routes furent établies le long du fleuve Magdalena — le plus important du pays — qui borde le côté ouest du grand marécage. Chacune d’elles interrompit un peu plus le flux d’eau douce qui alimentait la Ciénaga. Des digues, enfin, ont complété l’ouvrage destructeur. Elles visaient à protéger les champs et pâturages des crues du fleuve et à améliorer l’irrigation, mais elles ont eu surtout pour conséquence de réduire l’apport en oxygène, vital pour l’écosystème aquatique, et d’accroître la salinité des eaux de la lagune. Les palétuviers, qui peuplent la Ciénaga, ont certes comme spécificité de prospérer dans l’eau salée. Mais trop c’est trop ! Plus de la moitié de la forêt de mangrove a ainsi été déci-e mée au cours de la seconde moitié du XX siècle. Avec de lourdes conséquences écologiques car de nombreux oiseaux migrateurs viennent s’y reproduire en hiver, tandis que les racines des arbres abritent quantité de poissons et de reptiles. Les hommes aussi souffrent de ces perturbations. Depuis que le bras du fleuve qui les alimentait a été détourné, les habitants des villages lacustres mettent parfois deux jours pour aller chercher de l’eau douce dans un petit cours d’eau, à l’autre bout de la lagune, et la rapporter dans la cale d’un bateau-citerne. Ils subissent aussi une paupérisation due au recul de leur pêche. Dans ces communautés, le taux de chô-mage atteint 50 %. Difficile dans ces conditions de sensibiliser les populations à la pré-servation des ressources… même si, à long terme, elle est dans leur intérêt. Car dans l’immédiat elle leur imposerait de diminuer encore les prélèvements de poissons et d’arrêter de couper les palétuviers pour le bois de chauffage.
UN PEU D’OXYGÈNE Une lueur d’espoir apparaît pourtant en 1993 avec la promulgation d’une loi qui donne naissance au ministère de l’environnement et renforce les Corporations autonomes régio-nales (CAR) (voir p. 86). Le gouvernement colombien met alors en place, avec le soutien de l’Allemagne, un plan de réhabilitation de la Ciénaga Grande sur cinq ans. Un volet social s’attache à élargir les activités économiques de la population grâce à l’aquaculture, la
R La mangrove décimée par le sel.
Pêcheurs dans les eaux peu profondes de la Ciénaga. S
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LES VOYAGEURS DE L’EAU
La liste de Ramsar La Convention sur les zones humides est un traité intergouvernemental signé le 2 février 1971 à Ramsar, en Iran. Elle est dédiée à la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides, qu’elle définit comme« des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux natu-relles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine de
Chaque année depuis 1997, la Journée mondiale des zones humides est organisée le 2 février en commémoration de la signature de la convention de Ramsar. Q
faible profondeur. »d’autres termes, En ce sont des milieux où l’eau est l’élément primordial. Chaque pays signataire s’engage à mainte-nir en bonne santé écologique et à exploi-ter de manière durable les lieux qu’il inscrit sur la liste de Ramsar. Il doit surveiller leurs évolutions environnementales et en infor-mer le Secrétariat de la Convention. Fin 2009, la Convention de Ramsar comp-tait 159 pays et près de 2 000 sites.
transformation des produits de la pêche ou encore la pêche en mer. Mais ce plan permet surtout la construction de six canaux qui favori-sent le transfert d’eau douce depuis le fleuve Magdalena. Rapidement, des effets positifs sont observés : dès la fin des années 1990, la mangrove a reconquis un cinquième de la surface perdue. À la même époque, l’importance écologique de laCiénaga Grande de Santa Marta est reconnue par deux instances internationales. La première distinction intervient en 1998, lorsque la Colombie signe la Convention de Ramsar et que la Ciénaga Grande est inscrite sur la liste des zones humides d’importance internationale. Deux ans plus tard, l’Unesco inclut la Ciénaga dans son Réseau mondial des réserves de biosphère (voir p. 109).
UN PROJET TROUBLE Cet espace naturel unique n’est pourtant pas hors de danger. Malgré ces premiers efforts et les engagements internationaux, les pouvoirs publics colombiens semblent encore avoir tendance à privilégier le développement économique à tout prix. En 2003, un projet de construction portuaire à Palermo, juste à côté de la Ciénaga, commence à faire parler de lui car il pourrait perturber ce milieu fragile. En 2004, le Secrétaire Général de la Convention de Ramsar exprime officiellement ses inquiétudes :« Ce projet démarré sans permis ni autorisation affecte sérieusement la Ciénaga. Il menace l’équilibre hydrologique de la zone. »
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