Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,31 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Marilyn Monroe

De
180 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 72
EAN13 : 9782296271814
Signaler un abus

Illustration de Couverture :
Photographe : Yves Henry de la Lindi MARILYN MONROE
MYTHE ET SEDUCTION © L'Harmattan, 1993
ISBN : 2- 7384-1571-7
ISSN : - 0993-8591
© Photographies : Chiistine BERCKMANS COLLECTION LOGIQUES SOCIALES
dirigée par Dominique Desjeux
Christine Berckmans
MARILYN MONROE
MYTHE ET SEDUCTION
préface d'Adolphe Nysenholc
Editions l'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris TABLE DES MATIERES
Préface d'Adolphe Nysenholc P. 9
p. 19 Introduction
I. De Norma Jean Baker à Marilyn Monroe p. 27
- Une imagination enfantine p. 30
- Incognito p. 34
- Body p. 38
- Glamour p. 41
- Pin-up p. 44
p. 49 II. Le sujet du mythe
- La star p. 52
- Le mythe p. 57
stars p. 58 - La fabrique de
- La déesse p. 62
- L'attirance et le culte p. 64
p. 67 III. La séduction de la séductrice
- The body p. 70
p. 72 - L'outil
p. 76 - Le récit
- Le pouvoir p. 79
p. 82 - Sous contrainte
7
IV. Le labyrinthe p. 85
- Telle qu'en elle-même p. 89
- Le songe d'une ombre p. 92
- L'absence toujours présente p. 95
- Et le père ? Absent p. 97
- Un derviche tourneur p. 98
- La représentation symbolique p.100
V. La déchirure p.105
- Le temps est l'ennemi p.109
- La chute et le nadir p.111
- The body devint a body p.114
- La femme tragique
Conclusion p.121
- Travailler sur l'évaporation du réel p.123
- L'imaginaire au cinéma p.133
Notes p.145
Notice biographique p.149
Filmographie p.163
Chansons p.172
8
Preface d'Adolphe Nysenholc Muse
Marilyn Monroe, enchanteresse du glamour, était douée
d'un fort génie poétique. Comme Chaplin, Welles, Stroheim,
elle a créé un mythe, - dont la substance allégorique est tirée
d'une fabulation de son existence même. Son style a l'évi-
dence d'une création. Toute sa vie elle eût voulu être mère.
Elle fut fille d'elle-même, génératrice de sa propre légende.
Cette poétesse en acte fut même davantage la muse de ce
temps, qui fit rêver tout le monde.
De même que les réalisateurs emploient des scénaris-
tes, Marilyn Monroe s'est de plus en plus servie des produc-
tions où elle inscrivait l'épopée de sa fable, pour se produire
elle-même. Certes, elle a tourné avec de grands cinéastes,
John Huston, John Sturges, Joseph Mankiewicz, Fritz Lang,
Howard Hawks, Otto Preminger, Billy Wilder, Laurence
Olivier, George Cukor, ... : ils sont auteurs de leur film. Mais
elle les transcende, auteur d'elle-même ! enfant de ses
propres oeuvres...
Sa photogénie était la révélation de sa poésie naturelle.
De son naturel, mis en valeur par des artifices ; par son art. L,e
grain de la photo paraît le grain même de sa peau : la pellicule,
petite peau, serait comme sa chair qu'on croit pouvoir tou-
cher à vue. La lumière émanée de sa nudité suggérée em-
baume comme le parfum même de l'amour : en surface
affleure la profondeur de la tendresse.
11 Dona Juana
Idole adulée des foules, elle est morte solitaire ; comme
une crucifiée en chambre. Etoile filante au firmament de ce
siècle, sa lumière nous parvient encore ainsi que d'un astre
depuis longtemps disparu.
Elle voulait avoir chacun, elle désirait être en tous. Si
Marilyn Monroe avait été un garçon, elle se fût appelée Juan,
voire même Jésus. Elle avait leur charisme. Comme l'un, elle
a séduit ; comme l'autre, charmé.
Ce livre retrace à merveille l'irrésistible ascension de
Marilyn Monroe, qui a fasciné, subjugué, ensorcelé les
hommes, et peut-être même les dieux dans l'Hollyvvood de
l'au-delà, nouvel Olympe, où la jalouse sans doute Vénus
elle-même.
Pygmalion
L'image est «une matrice d'imaginaire», rappelle
l'auteur de cet essai. Et l'icône de Marilyn, qui s'engendre
elle-même, nous fait naître nous-mêmes à son désir... Elle
nous fait à son image, - selon son bon plaisir.
«Amas doré d'ombre et d'abandon», selon la formule
du poète de Charmes, elle s'est littéralement modelée, elle est
son propre Pygmalion. «Elle a travaillé en surimpression
d'elle-même», dit excellemment Christine Berckmans. Elle
s'est fait une silhouette, elle se faisait coudre ses robes, qui la
moulent, sur elle-même, à même son corps, à fleur de peau...
Le tissu, collant, transparent, plissé, - comme les robes
mouillées des Korè antiques, - donne corps au moindre
frémissement de son derme, souligne d'autant tout mouve-
ment de son port. La parure qui l'enrobe comme un maillot
met ainsi en relief sa plasticité. Le corps en semble une statue,
ce qui la divinise. Elle en a le statut d'une déesse.
12 Mais son beau galbe inspire l'Eros surtout par la
dynamique de son jeu, par sa démarche intérieure, si ludique,
sa désinvolture si naturelle. Son maître mot : être en forme !
au moral comme au physique... «I want to be wonderful !»
Ainsi, sa vitalité rafraîchissante est faite de sa vivacité
d'esprit. Elle est follement drôle comme irrésistiblement
attractive. Car Marilyn Monroe a de l'humour. Elle est
spirituelle. Elle a la légèreté de l'intelligence, le tact. Son
corps se transcende par la grâce joyeuse de l'érotisme.
Aphrodite était aussi déesse du rire. Et Marilyn a le sens de
la répartie, comme lors de ses célèbres conférences de presse.
Elle se transfigure aussi bien par la voix, qu'elle stylise
autant que son allure d'une manière très personnelle ; no-
tamment quand elle chante, très près du micro... toute en
confidence... un murmure dans l'intimité... non sans pointes...
Elle admirait la sculpture de Rodin où des amants
s'enlacent au creux de la main de Dieu ; combien de couples
ne se sont pas embrassés dans la caresse de Marilyn... Vénus
profane, elle fut généreusement «déesse du channe». Mais
son corps n'est qu'une image : elle est un corps mystique.
«L'image que moi-même j'ai faite de moi»
Femme-enfant
Marilyn est une enfant d'Hollywood. Sa mère y était
monteuse. Mais Marilyn ne sait pas avoir d'enfant et n'a pas
vraiment eu d'enfance. Elle surcompense dans le désir. Faute
de maternité, elle se donne à fond dans la féminité. De fait,
elle incarnait la femme-enfant. Pour Catherine Deneuve, elle
fascinait car «elle était à la fois la féminité et l'enfance». Ce
serait le retour du refoulé. «C'est une enfant malgré ses faux
cils», écrit le poète N. Rosten, son ami. «Moitié d'enfant», dit
d'elle Gary Grant. Et Jane Russell observe que «physique-
ment, elle ne semblait pas avoir d'os... elle décrivait des
13 courbes dans tous les sens... sa chair ondulait, et l'innocence
de l'enfant restait constamment présente». Tendron, la golden
girl dégage la sensualité d'une baby. «Evety baby needs a da
da dady», chante-t-elle (1949). Et, si elle se donne comme
pleinement érotique, elle confesse que c'est l'état «où je sens
en héros ma capacité de voyager dans les éléments originels
de mon corps». La poupée Marilyn qui ferme les yeux quand
on la couche, c'était déjà tout elle, baby doll. Tel caractérise
le timbre de sa voix comme «juvénile».
Et, plus elle est enfantine, plus la femme risque d'être
perçue un brin perverse. Mais c'est de cette infantilité qu'elle
tire aussi son comique. Et, le rire désamorce la bombe de la
blonde explosive. Il n'y a pas lieu qu'on se scandalise d'un
jeu innocent.
Charlie au féminin
Marilyn serait l'équivalent féminin d'un Charlot, lui
man-child. L'être dont elle est d'ailleurs souvent le plus
proche est Charles Chaplin. Comme lui elle a connu très tôt
la défection de son père, et une mère qui sera internée. On fait
danser Marilyn à sept ans, Charlie à cinq. S'il est devenu «le
plus grand homme du cinéma» (Mitry), elle a été la star des
stars, la plus grande star féminine, consacrée par l'Oscar de
l'actrice la plus populaire du monde, «the golden globe
award as the world film favourite 1961». Elle est volontariste
au même titre que lui, construit son image, self-made-myth.
Elle a autant marqué l'iconographie de ce temps de sa griffe.
Anxieusement «à la recherche de la perfection», comme l'a
dit George Cukor, elle n'était pas moins perfectionniste.
Chaplin inaugura pour ainsi dire le star system ; Marilyn
Monroe incarnera la star sans star system, lequel meurt quasi
avec elle. Si Elie Faure a vu en Charlot un poète ; Arthur
Miller dit de Marilyn, «elle était un poète au coin de la rue».
14 Et Marilyn sera tout aussi tragi-comique.
Janus ou la face cachée
Marilyn Monroe, être fort complexe, encore comme
Charles Chaplin, se débat dans un noeud de contradictions.
Baby mais aussi vamp. Ingénue incendiaire. Elle invente ce
mélange détonant de la good-bad-girl. Midinette et femme
fatale. Romantique mais ironique. Sex symbol mais femme
stérile. Première femme moderne, elle était demeurée l'éternel
féminin. Toujours adorée ; jamais aimée. Grande
communicatrice, hypermédiatique ; et enfermée de plus en
plus dans ses angoisses et de moins en moins capable de sortir
de soi-même. Femme publique : privée d'elle-même. Fa-
briquée, spontanée ; star, anti-star.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans
cette femme qui donne le change, «éclatante de santé»,
«pétulante d'esprit», et qui est pourtant si vulnérable, suici-
daire, déprimée chronique ; elle s'en est toujours sortie
comme une Sisyphe qui se hisse au sommet ; qui retombe et
se remonte...»L'amour qu'on lui donne se perd dans un puits
sans fond», a confessé Arthur Miller.
La mort de Narcisse
Ce Pygmalion était un Narcisse. Elle tombe fatalement
amoureuse de son image, de la statue qu'elle a faite, qui est
elle-même. Le sculpteur, voulant que le coeur de pierre
palpite pour lui jadis, aspirait à insuffler à sa glaise la vie. Il
n'y a donc qu'elle, la star, qui puisse se faire vivre, mais pas
dans les autres pour qui elle reste une statue... ; pour tout un
chacun elle est finalement de marbre.
Et même, celle qui a été en contact avec des millions
d'êtres, elle n'était après tout plus en contact avec elle-même.
15 Masquée par son image, elle ressentait alors le grand
vide, en elle, c'est-à-dire la mort, sa mort en l'autre, qui
préfigure la mort à soi. Car elle sait bien que qui croit la
ressentir n'éprouve que son propre désir à soi, - inconscient
de ce qu'elle était.
C'est ce néant qu'elle cherche héroïquement à conjurer
par la séduction, - par la ritualisation de son corps, par la
magie de son mythe.
Séduire, n'est-ce pas vouloir être dans l'autre ? le
pénétrer de soi, s'incarner en l'autre ; mais c'est impossible
! C'est la séduction du Christ ! qui dit être en chacun... D'où
l'échec, et la nécessité de devoir recommencer... Car on n'est
pas divin. Si elle s'est suicidée, cela voudrait dire que la
duperie est terminée. Son corps mort, il n'était jamais vivant
dans les autres. Elle n'y était qu'une apparence d'elle-même.
Ce qui vit en eux ce n'est qu'eux-mêmes. Son amour avec la
foule était communication dans la mort, - dans la présence de
son absence. Peu croient de ceux qui l'ont connue qu'on l'ait
«suicidée», ce qui d'ailleurs ne change rien à sa tragédie
intérieure. «L'amour qu'on lui donne se perd dans un puits
sans fond».
Sa mort finit son poème, sa geste.
Il y avait un miracle Marilyn. Il demeurera un mystère
Monroe...
Norma Jean Baker se fit Marilyn Monroe. Une femme
faite d'ombres et de lumières. Son image est encore la
projection de nos désirs sur l'écran de la nuit.
16 A la mémoire de ma fille Sarah