Médecins et malades dans la peinture européenne du XVIIème siècle

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Ce livre est une passerelle jetée entre art et médecine, particulièrement au XVIIe siècle, siècle d'or de la peinture européenne. Le génie du peintre s'est mis au service de la souffrance, entre cauchemar et beauté. La verve de l'artiste met en scène l'horreur comme pour la conjurer. Ce deuxième tome est essentiellement consacré aux tableaux et aux gravures, chaque oeuvre faisant l'objet d'un bref commentaire (Illustrations Noir et Blanc).
Publié le : vendredi 1 février 2008
Lecture(s) : 797
EAN13 : 9782296189799
Nombre de pages : 255
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MEDECINS ET MALADES DANS LA PEINTURE EUROPEENNE DU XVIr SIECLE

Histoires et Idées des Arts Collection dirigée par Giovanni Joppolo
Cette collection accueille des essais chronologiques, des monographies et des traités d'historiens, critiques et artistes d'hier et d'aujourd'hui. À la croisée de l'histoire et de l'esthétique, elle se propose de répondre à l'attente d'un public qui veut en savoir plus sur les multiples courants, tendances, mouvements, groupes, sensibilités et personnalités qui construisent le grand récit de l'histoire de l'art, là où les moyens et les choix expressifs adoptés se conjuguent avec les concepts et les options philosophiques qui depuis toujours nourrissent l'art en profondeur.

Déjà parus Stéphane LAURENT, Le rayonnement de Gustave COURBET,2007. Catherine GARCIA, Remedios Varo, peintre surréaliste, 2007. Frank POPPER, Écrire sur l'art: de l'art optique à l'art virtuel,2007. Bruno EBLE, Gerhard Richter. La surface du regard, 2006. Achille Bonito OLIY A, L'idéologie du traître, 2006. Stéphane CIANCIO, Le corps dans la peinture espagnole des années 50 et 60, 2005. Anne BIRABEN, Les cimetières militaires en France, 2005. M. VERGNIOLLE-DELALLE, Peinture et opposition sous le franquisme, 2004. Anna CHALARD-FILLAUDEAU, Rembrandt, l'artiste au fil des textes, 2004. Giovanni JOPPOLO, L'art italien au vingtième siècle, 2004. Dominique BERTHET (sous la dir.), L'art à l'épreuve du lieu, 2004. Olivier DESHA YES, Le corps déchu dans la peinture française du XIX siècle, 2004. Camille de SINGLY, Guido Molinari, peintre moderniste canadien. Les espaces de la carrière, 2004.

Jean-Marc LEVY

MEDECINS

ET MALADES EUROPEENNE

DANS LA PEINTURE

DU XVIIe SIECLE
Tome II

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.IT harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04873-7 EAN : 9782296048737

TABLE DES REPRODUCTIONS * Les chiffres avec astérisque désignent les illustrations trouvant dans le Tome I. se

1*. 2*. 3. 4*. 5. 6. 7. 8.

9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17.

18*. 19. 20.

Nicolas POUSSIN. Lapeste d'Azoth. Micco SPADARO. La peste à Naples en 1656 . Micco SPADARO. Piazza Mercatello. Gaetano Giulio ZUMBO. La peste de Naples Mattia PRETI. Deux esquisses des fresques votives pour la peste de 1656. Cornelis de W AEL. La visite aux malades Costume de médecin de la peste à Venise Antonio GIAROLA dit le chevalier COPPA. Vérone implore aux pieds de la Trinité, avec l'intercession de la Vierge, pour la délivrance de la peste de 1630. Luca FERRARI. Saint Dominique intercède auprès de la Vierge pour la cessation de la peste. Francesco SOLIMENA. Miracle de saint Jean de Dieu Ludovico CARRACCI. Saint Sébastien jeté dans la Cloaca Maxima Jusepe de RIBERA. Saint Sébastien soigné par les pieuses femmes Georges de la TOUR Saint Sébastien soigné par Irène Hendrick Ter BRUGGHEN. Saint Sébastien soigné par Irène Orazio BORGIANNI. Saint Charles Borromée parmi les pestiférés Pietro BERNARDI. Saint Charles Borromée prie parmi les pestiférés Antonio d'ENRICO dit TANZIO DA V ARALLO. Saint Charles Borromée donne la communion aux pestiférés Aubin VOUET. Moine bénissant un pestiféré Pieter van LAER. Les flagellants Werner Van Den V ALCKERT. Les régentes de la léproserie d'Amsterdam

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21*. 22. 23. 24*. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31* 32. 33. 34. 35. 36*. 37. 38. 39. 40. 41*. 42. 43. 44.

Ferdinand BOL. Le collège des médecins de la léproserie d'Amsterdam. Bartolome Esteban MURILLO. Saint Thomas de Villanueva faisant l'aumône. Gabriel METSU. La malade Jost SUSTERMAN. Portrait du Grand-Duc Ferdinand Il au neuvième jour de sa variole. Hans BOCK L'ANCIEN. Les bains de Loèche la Ville, Valais. Die belagert und entsetzte Venus .(gravure) Diego VELAZQUEZ. Les ménines. Anonyme florentin. Le nain Gabriella Martinez avec deux grues. Luca GIORDANO. Jésus chassant les marchands du temple. Pierre-Paul RUBENS. Alatheia Talbot, comtesse Arundel, et sa suite Rodrigo de VILLANDRANDO. Philippe IV avec son nain Soplillo. Diego VELAZQUEZ. Le prince Baltazar Carlos avec un nain. Joseph HEINTZ l'ANCIEN. L'archiduc Ferdinand de Styrie avec un nain de cour. Anton Van DYCK. La reine Henriette-Marie et son nain, Sir Jeffrey Hudson. Agostino CARRACCI. Arrigo peloso, Pietro matto e Amon nana Juan Van Der HAMEN Y LEON. Portrait d'un nain. Diego VELAZQUEZ. Portrait de Francisco Lezcano. Diego VELAZQUEZ. Don Sebastian de Morra Diego VELAZQUEZ. Don Diego de Acedo, dit El Primo Jacques CALLOT. Frontispice de la série de gravures des Gobbi . Jacques CALLOT. Le nain au ventre pendant et coiffé d'un chapeau très élevé Jan Miense MOLENAER. L'atelier du peintre. Jan STEEN. Le poulailler. Simone CANTARINI. Saint Pierre guérit l'estropié.

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45. 46. 47. 48. 49. 50. 51.

52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70.

Karel DUJARDIN. Paul guérit un homme impotent à Lystra.. Bartolome Esbetan MURILLO. Saint Thomas de Villanueva guérissant un paralytique. Paolo de MA TTEIS. Le miracle de saint Maur. Diego VELAZQUEZ. Laforge de Vulcain. Jusepe DE RIBERA. Le pied bot. Jan de MOMPER III. Paysage avec mendiants. Werner Van Den V ALCKERT. Le Comité des Assistants dans l'exercice de ses fonctions: la distribution du pain. Pieter de BLOOT. L'entrée de la maison des pauvres Adriaen Pietersz. Van De VENNE. Arme Weelde (Abondance de pauvres) Bernardo STROZZI. La bénédiction de Jacob. REMBRANDT. Anna accusée par Tobit du vol d'un chevreau. Livio MEHUS. L'aveugle de Gambassi. Georges de la TOUR. La rixe des musiciens. RAPHAËL. La transfiguration. Pierre-Paul RUBENS. Miracles de saint Ignace de Loyola. Giovanni Francesco NAGLI dit LE CENTINO. Saint Ubaldo libère la possédée. Giovanni Battista CARACCIOLO dit Le BA TTISTELLO. Amour dormant. Anonyme allemand. Portrait d'un nain de cour barbu Karel van MANDER III. Giacomo Favorchi Juan CARRENO DE MIRANDA. La monstrua (La monstrua vêtue, La monstrua nue) Diego VELAZQUEZ. Esope. REMBRANDT. Portrait de Gérard de Lairesse. Jacob JORDAENS. Lafamille du peintre. Jan STEEN. Lajeune malade Diego VELAZQUEZ. Don Juan Calabazas, dit Colabacillas. Diego VELAZQUEZ. Portrait du bouffon Juan Calabazas.

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72. 73. 74. 75. 76*. 77. 78*. 79*. 80. 81. 82*. 83.
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REMBRANDT. Bethsabée tenant la lettre du roi David. Michelangelo MERISI dit LE CARAVAGE. Le petit Bacchus malade (ou autoportrait en Bacchus). Jusepe De RIBERA. Femme à barbe allaitant. Gabriel METSU. L'enfant malade. Jacob JORDAENS. Le roi boit. Gérard DOU. Lafemme hydropique. Nicola MALINCONICO. Le bon samaritain. Adriaen van OSTADE. Médecin dans son cabinet de consultation. Willem SW ANENBURGH. Le théâtre anatomique de Leyde REMBRANDT. Leçon d'anatomie du docteur Nicolas Tulp. Aert PIETERSZ. La leçon d'anatomie du docteur Sebastien Egbertsz. De Vrij. Thomas De KEYSER. La leçon d'anatomie du docteur Sebastien Egbertsz. De Vrij. Pieter (et Michel) van MIEREVELD. La leçon d'anatomie du docteur Willem van der Meer. REMBRANDT. La leçon d'anatomie du docteur Deijman REMBRANDT. La leçon d'anatomie du docteur Deijman. Dessin Adriaen BACKER. La leçon d'anatomie du docteur Frederik Ruijsch. Johan Van NECK. La leçon d'anatomie du docteur Frederik Ruijsch. Cornelis De MAN. La leçon d'anatomie du docteur Corne lis s'Gravesande. Federico ZUCCARO (naguère attribué à Bartolomeo PASSEROTTI). Une leçon d'anatomie. Quirin BREKELENKAM. La visite du médecin Frans Van MIERIS. Le médecin auprès d'une mélancolique. Jan STEEN. La visite du médecin. Pierre-Paul RUBENS. La mort de Sénèque. Abraham BOSSE. La saignée.

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Quirin BREKELENKAM. La ventouse use. Jan STEEN. Die Liebeskranke (La malade d'amour) Jan STEEN. Lafolle d'amour David TENIERS LE JEUNE. Médecin dans son cabinet de Travail. 99. Gérard TERBORCH. Chez le médecin. 100. Hendrik Martens ROKES dit SORGH. Le mireur d'urines. 101 * Gérard DOU. L'examen des urines. lOI bis Gérard DOU. L'examen des urines. 102. Gabriel METSU. La visite du médecin. 103. Frans Van MIERIS L'ANCIEN. La syncope. 104. Samuel Van HOOGSTRATEN. La visite du médecin ou La malade anémique. 105* Godfried SCHALKEN. L'épreuve de virginité ou la consultation indiscrète. 106. Pierre LOISY III (d'après Adriaen BROUWER). Barbier soignant le bras d'unjeune homme. 107* Cornelis VISSCHER II (d'après Adriaen BROUWER). Opération du pied ou le chirurgien. 108. David TENIERS LE JEUNE. L'opération de la tête. 109. David TENIERS LE JEUNE. Opération chirurgicale. 110. David TENIERS LE JEUNE. Salle de chirurgienbarbier flamand. Ill. David TENIERS LE JEUNE. Le médecin de campagne. 112* David RIJCKAERT III. Chez le médecin de campagne. 113. David RIJCKAERT III. Le chirurgien. 114. Bernardino MEI. Le charlatan. 115. Karel DUJARDIN. Le charlatan. 116. Gérard DOU. Le charlatan. 117. Frans Van MIERIS LE JEUNE. Le charlatan 118. Jan STEEN. L'extraction de lafolie.(Rotterdam) 119. Jan STEEN. L'extraction de lafolie (Amsterdam) 120. Jan DEBRA Y. Guérison de la pierre de tête. 121. Jean-Baptiste DE W AEL. Le chirurgien du village.

95. 96. 97*. 98.

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MEDECINS ET MALADES DANS LA PEINTURE EUROPENNE DU XVIIe SIECLE.

TOME2

Le premier tome est illustré d'une vingtaine d'images sélectionnées. Le second est essentiellement consacré aux autres illustrations concernant malades et médecins dans la peinture européenne du XVIIe siècle. Il s'agit le plus souvent de tableaux, parfois aussi de gravures de grand intérêt documentaire, historique ou artistique. Chaque œuvre représentée fait l'objet d'un bref commentaire particulier. Les renseignements d'ordre médical ont été limités au minimum indispensable pour que le lecteur puisse appréhender la démarche diagnostique. Celle-ci, purement visuelle, est autant que possible demeurée prudente - sachant que certaines défonnations voulues par l'artiste sont liées davantage à la force expressive qu'il recherche qu'à son éventuel souci d'exactitude scientifique. Un exemple de la perplexité parfois engendrée de la sorte est
donné par la Judith d'Artemisia Gentileschi (Judith et sa servante

-

Florence. Palais Pitti) ; en pleine action homicide, cette Judith a le cou gonflé à la manière d'un goitre; cependant, cette intumescence du cou est purement médiane (les lobes thyroïdiens sont situés latéralement en-dessous du larynx) ; elle répond plus vraisemblablement à la crispation de Judith qui, dans son effort, s'arrête de respirer. On pourrait aussi rappeler que - bien plus tard - Ingres allait doter de jeunes et jolies femmes d'un renflement du cou suggérant un goitre, mais sans doute nécessité par des raisons de construction picturale. Il en est notamment ainsi pour les portraits de Madame Aymon dite La belle Zélie (HST - 1806- 59 x

49 cm. Rouen

-

Musée des Beaux Arts), et d'Angélique,

l'odalisque (Etude pour Roger délivrant Angélique - HST. 181984,5 x 42,5 cm. Paris - Musée du Louvre). Jean Hazard et Léon Perlemuter rappellent dans leur ouvrage L'homme hormonal* que 11

le goitre d'Angélique n'avait pas échappé à Gaëtan Picon, qui dans son livre consacré à Ingres en 1967, en justifiait la présence en ces termes: « Il faut que le cou d'Angélique équilibre la masse horizontale de la tête et la chute de la lourde chevelure ». Il est d'autres sources de difficultés éventuelles. Certains peintres, très attachés à la beauté idéale dont parlait Léonard de Vinci, ont tendance à travestir le spectacle de la nature, afin qu'il ne sorte pas des limites de la bienséance: nous le constatons, en particulier, dans certaines représentations de la peste par des artistes vénitiens. D'autres peintres, pourchassant le vrai à l'instar de certains Flamands, font plus vrai que nature, ajoutant des imperfections mineures (cicatrices, grains de beauté...) à leurs portraits. Il est bien évident pourtant - écrit Nadeije Laneyrie-Dagen - que l'effet de vérité et de vie dans une œuvre d'art, ne se réduit pas à l'ajout d'une cicatrice ou d'un défaut de peau à une tête idéale. L'illusion de la réalité résulte d'une perception plus globale des caractéristiques d'un personnage. Le fait se vérifie dans la plupart des illustrations retenues ici. Il est avéré que la valeur picturale d'une œuvre demeure indépendante de son sujet. On peut cependant éprouver quelque admiration pour la lucidité et la puissance d'observation d'artistes permettant au spectateur du XXIe siècle de reconnaître chez leurs modèles telle ou telle maladie dont, à l'époque où ces modèles furent peints, on ignorait totalement l'existence et la nature.
ho a(ff.

.

HAZARD

J. PERLEMUTER

L. 1995

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LEGENDES

DES REPRODUCTIONS

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FIGURE 3. Micco SPADARO (1609/10 -1675) Piazza Mercatello HST. Museo Nazionale di San Martino. Naples (Per gentile concessione della Fototeca. Soprintendenza speciale per il polo museale napoletano)

Vers le centre de la place on a fait converger des cadavres, rarement nus ou couverts de linceuls, le plus souvent surpris par la mort dans leurs vêtements ordinaires qu'on n'a pas eu le temps de leur enlever; ces cadavres sont apportés à dos d'homme ou véhiculés par des charrettes, des chevaux ou des animaux de trait. Certains cadavres sont traînés au sol, quelques malades mal en point sont amenés en chaise à porteurs. Des croque-morts, parfois le bas du visage couvert d'un mouchoir, portent de rares cercueils ou des morts allongés sur des planches. Au premier plan, on retrouve l'image d'une mère décédée, couchée à terre, la poitrine découverte que son nourrisson essaie encore de téter. Derrière elle, un médecin en costume et chapeau noir, s'avance à cheval au milieu des vivants et des morts qui s'entremêlent. La densité des personnages est considérable. Au fond de la place, un peu moins encombrée, on a allumé un grand feu destiné à chasser les miasmes. Dans le ciel qui surplombe la Piazza mercatello, le Christ semble intercéder auprès de Dieu le Père entouré de chérubins, afin que l'épidémie prenne fin.

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FIGURE 5
Mattia PRETI (1613 - 1699) Deux esquisses des fresques votives pour la peste de 1656 (RST. 127 x 75 cm. Naples. Musée de Capodimonte) (Per gentile concessione della Fototeca. Soprintendenza speciale per il polo museale napoletano)

Ces esquisses correspondent, nous l'avons dit, à la fresque exécutée par Mattia Preti pour la Porte du Saint-Esprit, afin de rappeler la peste napolitaine de 1656. Preti s'efforce de traduire picturalement l'ambiance de désespoir et de décomposition s'attachant au fléau. Les tonalités livides et brunes dominent la partie inférieure des deux compositions, avec les cadavres et les croque-morts, alors que dans la partie supérieure, la Vierge à l'enfant est entourée d'un halo lumineux, symbole d'espérance en la protection divine. A mi-hauteur, l'archange Michel dans l'une des esquisses brandit son glaive, alors que dans l'autre, symbole de la proche cessation de l'épidémie, il ébauche le geste de rengainer le glaive dans son fourreau curieusement brisé. Là encore se fait jour la référence de Preti à la Peste d'Azoth de Poussin, avec notamment le détail de la femme aux seins découverts renversée au premier plan; sur l'esquisse de droite, ce motif s'enrichit de l'image de l'enfant effondré sur le corps de sa mère; sur celle de gauche, le peintre fait aussi allusion à la vue de la ville, avec le phare du môle.

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FIGURE 6. Cornelis de W AEL (Anvers 1592-Rome 1667) La visite aux malades (HST. 99 x 152 cm. Gênes - Galleria di Palazzo Bianco) (Archivio fotografico del Comune di Genova) Peintre et marchand d'art, Cornelis de Wael fut actif à Gênes à partir de 1619. Il Y séjourna et tint boutique avec son frère Lucas jusqu'en 1627, puis seul jusqu'en 1657 où il déménagea à Rome, pour y mourir dix ans plus tard. Sur sa toile, l'artiste a représenté de manière assez fidèle une solennelle « Visite aux malades» effectuée par quelques notables gênois à l'hôpital de Pammatone; cette visite rituelle, appelée « Grand Pardon» était accomplie à l'occasion du lundi saint: pratiquer une telle œuvre de miséricorde en ce jour précis, permettait aux fidèles d'obtenir une indulgence plénière en vertu d'un accord concIu avec l'Eglise dès 1496. Dans le vestibule de l'imposante architecture hospitalière sont disposés à droite, les lits numérotés composant la salle commune des malades, alors que sur la gauche, on note le groupe nombreux des visiteurs, richement vêtus; au centre, un greffier est en train d'enregistrer les donations des bienfaiteurs de l'hôpital. Apposés contre le mur droit du vestibule, on remarque deux tableaux identifiables comme un « Ecce homo» vaguement caravagesque, et une « Sainte Famille» qui ne semble pas trop éloignée des modèles du peintre génois Luca Cambiaso ; en plus, dans deux grandes niches, apparaissent les statues de deux bienfaiteurs; le fait d'être figurés en pied les signale aux yeux des spectateurs comme des donateurs de la somme précise équivalant à 100 000 fTancs. L'humanité variée qui peuple le tableau, composée de nobles, de malades soignés par leur famille, de pauvres et de mendiants, est décrite avec réalisme par De Wael, avec une abondance de détails toute flamande, permettant à l'observateur de reconnaître chaque figure particulière et évitant au peintre de tomber dans la facile esquisse de genre. L'œuvre est difficile à situer chronologiquement dans le corpus important de De Wael qui manque jusqu'à ce jour d'une revue critique d'ensemble. On peut cependant envisager de l'attribuer à la période génoise de l'artiste, puisque celui-ci, d'après les sources, aurait exécuté à Gênes plus d'une

série consacréeaux « Œuvresde miséricorde» ].

1 ROSSI s. 1998 p. 323.

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FIGURE 7
Costume de médecin de la peste Cliché pris à Venise et dû à l'obligeance de Jean-Louis Kaufmann

A Paris, en 1619, lors d'une peste, Charles Delorme, médecin de Louis XIII, inventa un costume destiné à le protéger des miasmes. Ce costume comportait d'abord un manteau en cuir de Cordoue, descendant jusqu'aux bottines couvrant les pieds; les mains et poignets étaient à l'abri des gants, la tête couverte d'un chapeau à larges bords; le visage était caché par un masque ayant des yeux de cristal et surtout un long nez en bec, contenant des substances parfumées et oint intérieurement de matières balsamiques, de manière à constituer un filtre destiné à empêcher l'inhalation des effluves dégagés par les malades; enfin le médecin de la peste portait à la main une badine dont la couleur variait selon les villes et répondant aux directives sanitaires qui l'imposaient à toute personne entrant en contact avec des pestiférés. La photo, prise par Jean-Louis Kaufmann à Venise, évoque le souvenir de ce costume.

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FIGURE 8
GIAROLA (dit« Le chevalier COPPA ») (Vérone v. 1595 - v. 1665) Vérone implore aux pieds de la Trinité, avec l'intercession de la Vierge, pour la délivrance de la peste de 1630 (RST. 336 x 272 cm. Vérone. Eglise San Fermo Maggiore) (Su gentile concessione del Ministero per i Beni e Ie Attività Culturali. Soprintendenza P.S.A.E. per Verona, Vicenza e Rovigo) Antonio

La pala commémore l'épidémie très meurtrière que Vérone subit en 1630. La datation du tableau n'est pas encore assurée, certains avançant 1631 dès la cessation du fléau, les critiques les plus récents affirmant 1636. Antonio Giarola, qui avait d'abord séjourné à Rome auprès de Saraceni, puis à Bologne où il admira l'Albane et Guido Reni, adopte une composition à double niveau, le supérieur céleste, l'inférieur terrestre. On ressent l'influence d'Annibale Carracci et de Guido Reni, confirmée par le coloris clair, le dessin précis, l'aspect classicisant des protagonistes principaux, le naturalisme des images de pestiférés. Vérone est représentée par une jeune femme en pleurs, agenouillée auprès de nombreux cadavres; le regard levé vers le ciel, elle supplie la Trinité figurée dans un nuage; la Vierge intercède en sa faveur, s'efforçant de retenir le bras du Christ portant des flèches. Cette image du Christ, torse nu, fait irrésistiblement penser à l'aspect de Zeus brandissant la foudre dans l'iconographie païenne et déjà utilisée entre autres, par Annibale Carracci dans son «Christ entouré de saints» (Florence. Palais Pitti. Galerie Palatine). Nous renvoyons au chapitre des « représentations symboliques de la peste» pour ce qui concerne la valeur métaphorique des flèches. La partie inférieure du tableau donne une image de la cité de Vérone et de la multitude des victimes lors de l'épidémie. Au premier plan sont entremêlés quatre corps; le plus proche est porteur d'un bubon axillaire gauche, d'un bubon inguinal droit et sur la peau, de quelques taches noirâtres. Dans l'angle inférieur droit, le lion auréolé de saint Marc rappelle l'autorité de Venise sur la cité véronaise2.

2 ROSSI s. 1998 p. 340 et 341

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FIGURE 9
Luca FERRARI (Reggio Emilia 1605 - Padoue 1654) Saint Dominique intercède auprès de la Vierge pour la cessation de la peste (RST. 305 x 405 cm. 1635. Padoue. Caisse d'Epargne de Padoue et Rovigo)

Le quart supérieur gauche du tableau correspond à une partie céleste où apparaissent saint Dominique et la Vierge. Le saint désigne à l'attention de la Vierge les malheureux habitants de Padoue frappés par la peste. L'œuvre fut exécutée en 1635 pour le compte de Lionello et Jacopo Papafava qui souhaitaient ainsi accomplir le vœu fait à la Vierge et à saint Dominique à l'occasion de l'épidémie de 1630-1631. Un homme s'agrippe à une dalle funéraire, en présence d'un personnage au front bandé, portant enveloppée dans une couverture, peut-être la dépouille d'un enfant. Un autre enfant, au tout premier plan, totalement dévêtu, a sur la peau des lésions charbonneuses. Le confrère d'une compagnie de miséricorde se reconnaît à la croix figurée sur son dos. Dans le fond, au pied d'architectures inspirées de l'antiquité, un carrosse s'apprête à conduire un noble au loin. Dans l'ensemble, la narration du peintre émilien est quelque peu épurée des aspects les plus dramatiques de la maladie désormais surmontée. Le sentiment dominant que l'artiste paraît éveiller est davantage la tristesse que l'horreur ou la terreur3.

3 MASON RINALDI S. et ZITELLl A

]

979 p. 269

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