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Métamorphoses contemporaines : enjeux psychiques de la création

De
126 pages
Comment les pratiques artistiques actuelles, les réalisations produites, leurs nouveaux supports, engagent-ils le sujet en création ? Qu'en est-il des enjeux psychiques de la création pour le créateur contemporain ? Quels liens le sujet d'aujourd'hui, créateur ou non, établit-il avec des supports, des techniques et des métamorphoses dont il peut être tout autant l'acteur que l'objet ? Quelles en sont les incidences psychiques ?
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Métamorphoses contemporaines: enjeux psychiques de la création

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005

Paris

http://w\vw.\ibrairiehannattan.coln diffusion. harmattan(ci~\vanadoo. fr harmattan Ifci\vanadoo. fI'

ISBN: 978-2-296-05068-6 EAN : 9782296050686

l)OUS la direction

de

Catherine DESPRA TS-PEQUIGNOT et Céline MASSON

Métamorphoses contemporaines: enjeux psychiques de la création

L 'Harmattan

L'œuvre et la psyché Collection dirigée par Alain Brun
L'œuvre et la psyché accueille la recherche d'un spécialiste (psychanalyste, philosophe, sémiologue...) qui jette sur l'art et l'œuvre un regard oblique. Il y révèle ainsi la place active de la Psyché. Philippe WILLEMART, Critique génétique: pratiques et

théories, 2007. Roseline HURION, Petites histoires de la pensée, 2006. Michel DAVID, Amélie Nothomb, le symptôme graphomane, 2006. Jean LE GUENNEC, La grande affaire du Petit Chose, 2006. Manuel DOS SANTOS JORGE, Fernando PESSOA, être pluriel. Les hétéronymes, 2005. Luc-Christophe GUILLERM, Jules Verne et la Psyché, 2005 Michel DAVID, Le ravissement de Marguerite Duras, 2005. Orlando CRUXÊN, Léonard de Vinci avec le Caravage. Hommage à la sublimation et à la création, 2005. Monique SASSIER, Ordres et désordres des sens. Entre langue et discours, 2004. Maïté MONCHAL, Homotextualité : Création et sexualité chez Jean Cocteau, 2004. Kostas NASSIKAS (sous la dir.), Le trauma entre création et destruction, 2004. Soraya TLA TLI, La folie lyrique: Essai sur le surréalisme et la psychiatrie, 2004. Candice VETROFF-MULLER, Robert Schumann: l'homme (étude psychanalytique), 2003 CRESPO Luis Fernando, Identification projective dans les psychoses, 2003. LE GUENNEC Jean, Raison et déraison dans le récit fantastique au XIXème siècle, 2003. DAVID Paul-Henri, Double langage de l'architecture, 2003. VINET Dominique, Romanesque britannique et psyché, 2003. LE GUENNEC Jean, États de l'inconscient dans le récit fantastique 1800-1900, 2003. NYSENHOLC Adolphe, Charles Chaplin, 2002. PRATT Jean-François, L'expérience musicale, 2002 ; BESANÇON Guy, L'écriture de soi, 2002.

Ad libitum

Ces dernières décennies, dans le champ de la création artistique, les formes plastiques et esthétiques se sont modifiées et le regard que nous portons aussi. Nous avons vu apparaître de nouveaux dispositifs, de nouvelles matières, des supports d'ordre divers qui sont l'objet de manipulations et de transformations. Ainsi, le corps humain, dans l'art dit contemporain, est souvent une matière et un support de métamorphoses. Un corps réel et métamorphique, promu sur la scène visuelle et expérimentale de l'art qui est aussi mis en jeu sur la scène visuelle et expérimentale de la médecine et de ses nouvelles techniques. Comment les pratiques artistiques actuelles, les réalisations produites engagel1t-elles le sujet en création? Qu'en est-il des enjeux psychiques de la création pour les créateurs contemporains? Quels liens le sujet d'aujourd'hui, créateur ou non, établit-il avec ces objets? L'artiste est un avant-coureur de la science, disait Freud. Nous avons à prêter attention à ce qui se passe du côté de l'art contemporain et de ses réalisations, qui attirent ou sont rejetées, et dont certaines peuvent être qualifiées d'obscènes: impudiques, mais aussi de «mauvais augure» (obscenus). L'art contemporain tiendrait-il de la boîte de Pandore portée dans le mythe par la figure métamorphique de la première felnme créée par les dieux pour punir les hommes de leur audace?

Table des matières

1. Ouverture Céline Masson 13 2. Introduction 21 Catherine Desprats-Péquignot 3. Les métamorphoses du corps dans la clinique et l'art contemporain 25 Simone Korff Sausse 4. Antonin Artaud, un précurseur de l'art contemporain? Robert et Jean- Yves Samacher 39 5. À cor et à cri: la mise à mort de l'opéra: un acte contemporain 57 Jean-Michel Vivès 6. De l'anonymat à la subjectivation: temps et corps chez Michal Rovner 71 Régine Waintrater 7. Sarno - Basquiat ou la tentation d'une renaIssance 81 Anne Tassel 8. Les nouvelles vierges de Pat Andréa Suzanne Ferrières-Pestureau 93 9. Ron Mueck : « Le seuil du regard» - entre I'hyperréalisme et l'artifice Laurie Laufer 101 10. La question du nu en série: à propos de Spencer Tunick Andréa Linhares 115 Il. Quelques réflexions sur les enjeux psychiques de la création 125 Anne Brun et Bernard Chouvier

1. Ouverture
Céline Masson 1
Pandora, une figure métamorphique Avant d'ouvrir les corps, ouvrons la boîte de Pandore: Quand Prométhée eut dérobé le feu du ciel pour en faire présent aux hommes, les dieux de l'Olympe, afin de punir la race trop puissante des mortels, créèrent une jeune femme (fabrication d'Héphaïstos). On lui donna la beauté, la grâce, la ruse, l'audace, la force et après l'avoir nommée Pandore (qui a tous les dons) on l'envoya sur la Terre pour séduire les mortels et les conduire à leur perte. Épiméthée, le frère de Prométhée, la choisit pour épouse. Pandore un jour, par curiosité, souleva le couvercle d'une jarre qu'elle devait garder fermée et en laissa échapper tous les maux qui se répandirent sur la Terre. Seul ce que les Grecs appellent elpis, l'espoir ou la crainte, demeura au fond de la jarre. Pandora n'est-elle pas une figure métamorphi que par excellence? Une figure transgressive excessive qui conjugue beauté et laideur, forme et informe, humanité et animalité? Ce mythe de la création de la femme évoque la différence sexuelle et interroge les catégories de l'apparence, de l'apparaître et de la réalité. Différence entre fiction et réalité car cette figure conjugue la beauté apparente et un caractère de chienne. Pandora est l'œuvre de « l'art », de la technè2. « Et par conséquent, sa place, sa fonction pose le problème de savoir ce que sont ces images, ces imitations. Quel est le rapport entre une déesse, sa statue, et Pandora? (...) Comment se fait-il qu'il puisse y avoir une apparence qui saute aux yeux, et qu'en même temps cette apparence soit contraire à la réalité de la chose que vous voyez? »3
1 Psychanalyste, Maître de conférences, Université Paris-Diderot (Paris-7), co-responsable du Séminaire Pandora. 2 J.-P. Vernant, Pandora, la première femme, Bayard/BNF, Paris, 2006. 3 Ibid, pp. 85-86.

Ouvrir les corps

« Spinoza ouvrait aux sciences et à la philosophie une voie nouvelle: nous ne savons même pas ce que peut un corps, disait-il (...) »4 Ce livre collectif est la ponctuation d'une année de travail du Séminaire Pandora5 sur les processus de création et sur ce que peut la psychanalyse à l'écoute des œuvres ou plutôt ce qu'elle en tire pour sa clinique et sa théorie. La figure du corps métamorphique par excellence est celle du transsexuel, véritable création contemporaine, construction médicale et socioculturelle qui interroge remarquablement ce que peut un corps. Les artistes ont également œuvré, me semble-t-il, ces dernières décennies, afin de tenter d'ouvrir les corps et voir dedans. D'où la sortie de monstres, de machines ou dispositifs qui sont autant de langages pour penser ce corps. Le corps s'écrit et il est question de lire cette écriture nouvelle afin de comprendre ce qui nous arrive. Qu'est-ce que le corps? interroge Deleuze avec Nietzsche... Un rapport entre forces dominantes et forces dominées. Le corps est le fruit du hasard, dit-il encore, et apparaît comme la chose la plus surprenante. J'ai envie de poursuivre ce texte deleuzien avec ce paragraphe sur l'art: «La conception nietzschéenne de l'art est une conception tragique. Elle repose sur deux principes, qu'il faut concevoir comme des principes très anciens, mais aussi comme des principes de l'avenir. D'abord, l'art est le contraire d'une opération "désintéressée" : il ne guérit pas, ne calme pas, ne sublime pas, ne désintéresse pas, il ne "suspend" pas le désir, l'instinct ni la volonté. L'art, au contraire, est "stimulant de la volonté de puissance", "excitant du vouloir". »6

4

G. Deleuze, «Actif et réactif », Nietzsche et la philosophie, Paris, Quadrige/PUF, 2005 (1962), chap. II, p. 44. 5 Séminaire de recherches Pandora, Université Paris-Diderot dirigé par
Catherine Desprats-Pequignot
6

et Céline Masson.

G. Deleuze, op.cil., p. 116.

14