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Mise en scène d'un corps performatif

De
212 pages
L'enjeu de la représentation en images du corps et l'utilisation du propre corps de l'artiste comme support de création est une réaction à l'échec communicationnel contemporain. Le dispositif artistique peut-il déjouer, pour un moment au moins, la puissance d'aliénation qui veut que l'ont se conforme à une certaine idée du corps, à ce "corps social" ? Peut-il permettre une certaine construction identitaire ? Montrer le portrait, l'autoportrait et le corps de différentes façons, manipuler ces codes, permettent à l'artiste de réfléchir sur sa propre identité dans une société, tout en interrogeant la relation du "soi" au "nous".
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Eidos
RETINA
Série Collection
QingCHEN
Mise en scène d’un corps performatif
Entre identité&altérité
Préface d’Éric Bonnet
Mise en scène d’un corps performatif Entre identité & altérité
ème Ce livre est le 94 livre de la
dirigée par François Soulages & Michel Costantini Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo, Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taipei) Série RETINA3 François Soulages (dir.),La ville & les arts11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence 12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur 14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image 17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage 18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image 30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme 31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain 35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières43 Françoise Py (dir.),uDnimasiréàemalptrost-moderne44 Bertrand Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook 48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1 49 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative 51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinéma e 55 Françoise Py (dir.),Métamorphoses allemandes & avant-gardes au XX siècle 56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans 58 F. Soulages & A. Erbetta (dir.),Frontières & migrationsAllers-retours géoartistiques & géopolitiques60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêves 61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.),L’Afrique en images.62 Michel Godefroy,Chirurgie esthétique & frontières de l’identité Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre Secrétariat de rédaction Raphaël Yung Mariano Publié avec le concours de
Qing CHEN
Mise en scène d’un corps performatif Entre identité & altérité Préface d’Eric Bonnet
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-11119-3 EAN : 9782343111193
Préface Artiste vidéaste chinois, originaire de Shanghai, Qing Chen est arrivé en France en 2002 pour faire des études en Ecole des Beaux-art. Aujourd’hui, il publie ce 1 livreMise en scène d’un corps performatif. Entre identité et altérité. Venant d’une culture et d’une histoire éloignées des nôtres, il a affronté la question occidentale de l’identité, et sa recherche est de ce point de vue remarquable et incarnée. Nous sommes devant la construction d’un récit. Dès la première page du volume, Qing Chen nous donne une clef de cette entreprise dans les deux mots écrit en gris : « unique enfant ». La réflexion qui accompagne en note ces mots est alors des plus importantes sur un plan autobiographique. Le passage sémantique que Qing Chen effectue, de la formule « enfant unique » à « unique enfant » fait acte d’émancipation individuelle et de prise de distance avec le contexte sociopolitique chinois dans lequel Qing Chen est né. C’est dire que la réflexion sur le soi aura une charge qui nous échappera, à nous, occidentaux. Ce problème de l’enfant unique, qui n’a plus autant d’acuité de 1 Ce livre est issu d’une réécriture de sa thèse de doctorat de l’Université Paris 8, qu’il a soutenue le 2 mai 2015 dans la galerieEspace des arts sans frontières, à Paris. Thèse sous la direction du Professeur Eric Bonnet. Qing Chen fait partie du Laboratoire de recherche EA 4010 AIAC Arts des images et art contemporain, Université Paris 8. Il est enseignant de vidéo à l’Académie des Beaux-Arts de Canton.
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nos jours en Chine, avec le caractère répressif qu’il avait il y a vingt ans, fait actuellement l’objet de reportages sur des familles chinoises habitant à proximité de la frontière avec Hong Kong, qui font passer tous les jours leur second enfant par la frontière pour qu’il puisse suivre des études. Mais ce glissement sémantique opéré à partir de la formule « enfant unique », et bien d’autres passages de ce livre, signalent que Qing Chen a intégré de subtiles nuances de la langue française. Le livre est construit en deux temps :Identité, Altérité. La réflexion de l’auteur circule de soi à l’autre, comme une lutte contre la difficulté de communiquer avec les autres, que Qing Chen a vécue, comme étranger, à son arrivée en France. De cette difficulté, il a élaboré une forme de communication qui fait du corps une interface, un véhicule signifiant, une interaction métabolique entre fusion et différenciation avec la société. Dans la première partie,Identité, il s’agit de tenter de définir les différents termes :je, moi, soi, autre, altérité, authenticité, autobiographie, autobiophotographie. Dès l’introduction, l’auteur esquisse ces définitions importantes et complexes en confrontant plus précisément les approches sociologiques, psychologiques, psychanalytiques, philosophiques. Ce qui peut surprendre le lecteur, c’est que cette enquête sur l’identité commence par une recherche de l’identité chez les autres. Autres artistes dans leur recherche d’identité : l’œuvre de Teching Hsieh, impressionnante dans sa rigueur et sa cruauté ; Opalka également, qui permet à Qing Chen de mettre en avant le rôle de la documentation et l’impossible reproduction de ces performances. Il faut préciser ce besoin d’interroger l’identité des autres, c’est-à-dire l’altérité, pour s’approcher de la question de sa propre identité. Cette dernière s’affirme plutôt par la négative et se dessine progressivement tout au long des pages, par facettes différenciées. L’étude des pratiques de l’autofiction et l’analyse de l’œuvre de Nikki S. Lee permettent à l’auteur de relever la complexité de l’identité dans les performances de cette artiste sud-coréenne. La fiction, la fausse identité, sont assorties d’une réelle
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confrontation avec ses partenaires, qui fait de son œuvre une sociologie et un art de la relation, une forme d’ethnographie. Le clivage entre fiction et document est ici dépassé, et l’identité, ce serait ce qui lui permet de ne pas se dissocier. Qing Chen écrit que l’autofiction de Lee « est à la fois découverte de soi, conscience de soi, mais également création de soi. Cette autobiographie fictive qui est son véritable sujet, reste insaisissable. Pour le spectateur, son identité disparaît. On peut dire qu’elle s’est fondue parmi les personnes photographiées ». Lee exprime la plasticité de son identité artistique. Le narcissisme est-il le moteur de la pratique vidéographique ? Qing Chen étudie le narcissisme selon Freud et Lacan. La question qu’il se pose est alors la suivante : ce narcissisme est-il un obstacle à ma rencontre de l’altérité ? Or en Chine, les individus n’ont ni identité ni altérité ; selon Confucius, ils sont dans l’harmonie. Cette influence confucéenne et l’identité définie commemêmetéselon Paul Ricœur lui permettent de dire que le lieu de l’identité est sa source. Il faut non pas se demander : « qui suis-je, mais où suis-je ? ». Pratique labyrinthique de la quête de soi. L’altérité apparaît, dans un premier temps, sous la forme du corps, en-deçà de la langue parlée. Devant la difficulté de communiquer en français, le corps et le visage sont un recours, un secours, et les performances répondent à cette difficulté. De ses propres œuvres vidéographiques, Qing Chen ne parle pas dans ce livre. Il est impossible de comprendre sa recherche sans la relier à son travail artistique. Qing Chen crée une mise en scène polyphonique de son moi. Une mise en scène qui est aussi une mise à l’épreuve, de nature ludique plus que, véritablement, mise en danger de soi. De ce point de vue, Qing Chen est assez proche de Pierrick Sorin dans ce jeu du corps qui s’auto-contemple et s’auto-observe dans des situations préprogrammées destinées à se surprendre. La langue impose l’altérité. La conception de sa pièceFrère Jacquesaux trois R de l’artiste est une réponse chinois Chen Zhen : « résidence, résonance, résistance ». Il
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demande à des personnes venant de pays différents de chanter, dans leur langue, la chansonFrère Jacques, suspendus la tête en bas et il présente simultanément neuf séquences de ces visages différents en plein effort. Il explique : « J’ai l’impression d’avoir récupéré mon identité artistique chinoise, suite à mes questionnements depuis que je suis en France. Est-il vraiment possible d’être un artiste occidentalo-chinois ? » Qing Chen peut-il répondre à cette question aujourd’hui. Ses oeuvres sont des métaphores de l’apprentissage difficile d’une langue. La conclusion du livre fait retour aux premières pages sur les questions de l’autobiographie. La naissance à l’art de Qing Chen, en 1996, coïncide avec la première biennale à Shangaï :Open space. Il transforme cette formule en :open faceDeux mots, comme un présage, qui. « contiennent, dit-il, un désir d’ouverture, un échange nécessaire à la construction d’une identité en devenir. » Qing Chen nous propose une réflexion forte sur le devenir futur de l’identité des artistes sino-occidentaux ou occidentalo-chinois, à la charnière de deux grandes pensées du soi-même et de l’autre. Eric Bonnet
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Un grand merci à ma mère, Ai Lan CHEN et mon père Dong Hai CHEN pour le soutien apporté à leur 2 unique enfantpour faire ses études en arts plastiques en France.
2 Si j’écris ici « unique enfant » en gras, c’est pour souligner que l’enfant unique imposé, tient une place prépondérante dans la famille chinoise ; mais que paradoxalement, il y perd sa propre identité, devenant comme une transparence invisible, noyé parmi les autres. Prendre acte de ce particularisme chinois, social, politique et culturel, fut une véritable révélation sur moi-même, une clé pour comprendre ma façon de penser, de créer, de faire cette recherche, à travers les œuvres citées. La permutation des deux termes de l’expression « enfant unique » est aussi, peut-être, un acte d’émancipation individuelle. Par le basculement d’un de ses idiomes langagiers, elle permet une distanciation vis-à-vis du contexte sociopolitique dans lequel je suis né.
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