Moi, Georges et Mozart

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Corinne rencontre Georges un bel été. Elle tombe amoureuse et Georges aussi. Mais ce que ne sait pas Corinne, c'est que Georges souffre d'une phobie terrible, celle de l'engagement. Et si en plus Mozart est de la partie, alors là, tout se complique.


Publié le : vendredi 16 octobre 2015
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EAN13 : 9782332997951
Nombre de pages : 120
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-99793-7

 

© Edilivre, 2015

Moi, Georges et Mozart

 

 

La lumière éclaire doucement Corinne sur scène. Elle a cinquante ans. Belle femme. Du charme. Bien habillée. Du goût et de l’élégance.

Corinne (très calme) :

… J’ai rendez-vous avec un homme, mon homme, Georges. Ici, dans cet hôtel très classe, sur l’Île de la Cité dont je tairai le nom… Par la fenêtre on voit les tours de Notre-Dame. Il y a du double vitrage, peut-être même du triple et je ne sais pas du coup, si on peut entendre les cloches quand elles sonnent, sans ouvrir les fenêtres. Je n’ai rien entendu.

Un homme entre avec un attaché-case en mains. C’est Georges, soixante ans. Beau costume, cravate, belles chaussures, sans trop de ventre pour son âge. Belle allure… Corinne le regarde, puis détourne la tête. Georges sourit. Il semble content d’être là.

Georges :

Ne les ouvre pas ma chérie.

Corinne :

Je n’avais pas l’intention de le faire, Georges… (elle reprend)… Ça fait une heure que je suis là, au moins, à tourner en rond… J’ai dit au réceptionniste en arrivant ; une chambre est réservée… À quel nom m’a-t-il demandé ?

Georges :

Georges!

Corinne :

Il m’a tendu une clé… Il n’a pas lésiné, Georges, comme toujours.

Georges :

J’ai un côté grand Seigneur.

Corinne :

J’ai rencontré Georges à l’anniversaire d’Isabelle, une vieille copine, depuis la maternelle, en vacances en Bretagne, à l’Île-aux-Moines, l’été dernier… J’y ai passé presque deux semaines, écourtées par Georges.

Georges :

Il faisait beau ce jour-là. Ça se passait dehors et dedans.

Corinne :

Elle a une grande et belle maison Isabelle, typique du coin. Elle n’est pas à son mari ; Michel, plus âgé qu’elle, riche… Le buffet était génial, un mélange de fruits de mer et de cuisine indienne avec un grand jardin tout en fleurs quand c’est la saison des fleurs, et c’était la saison.

Georges :

Je l’ai abordée le premier au milieu d’un massif d’hortensias.

Corinne :

Bleus, ils sont presque tous bleus là-bas… Moi, je l’avais repéré, mais je n’osais pas…

Georges :

Elle se cachait dans le massif d’hortensias… Elle est timide, excessivement.

Corinne :

Je l’ai toujours été. Ce n’est pas une tare.

Georges :

Moi, je fonce ! Je vais droit au but quitte à me prendre une veste. C’est arrivé, plus souvent qu’à mon tour.

Corinne :

Il est venu seul, invité par Michel.

Georges :

On s’est connus dans le boulot, un client. Mais pas plus que ça. Même moins.

Corinne :

Il est venu seul et décontracté, petit chandail marin en laine sur les épaules, jeté négligemment d’un geste bref, un enroulé du bras, comme c’est l’habitude en été, comme ça autour du cou… Qu’on ait surtout en le voyant l’impression qu’il descend de son bateau même s’il n’en possède aucun.

Georges :

Quelqu’un peut m’avoir prêté le sien de bateau pour une micro-croisière sous un microclimat. Je connais la voile. Je sais naviguer.

Corinne :

J’ai noté ce détail : le chandail. J’ai une mémoire d’éléphant. Son pantalon était beige crème, du lin.

Georges :

J’aime avoir Bella Figura… Ça pourrait faire un excellent livret d’opéra. LaBella Figura… J’en parlerai à Wolfgang.

Corinne :

Ça se repère un homme seul quand on est une femme seule au milieu d’un massif d’hortensias… Il faut fondre sur la proie avant qu’une… qu’une

Georges : (à elle)

Qu’une rivale, ma chérie… tu peux le dire.

Corinne :

Qu’une salope vous pique la place… Il m’observait de loin en gobant des huîtres. Deux douzaines à lui tout seul.

Georges :

Je n’aime pas ça. C’est uniquement dans un but précis.

Corinne :

Il s’est approché de moi quelques verres de vin blanc plus tard et il m’a dit que je ressemblais à une frite Végétaline, en moins grasse… Charmant, non ?

Georges : (tout sourire)

C’est mon style d’approche.

Corinne :

… C’est vrai que je suis un peu ronde sur les bords et dorée sur tranche.

Georges :

Comme une brioche qui sort du four, chaude et croustillante.

Corinne :

Je me sens bien dans mon corps… la tête, c’est autre chose. Et ça va pas en s’arrangeant.

Un temps… Elle reprend.

Corinne :

La façon qu’a eue Georges de m’accoster m’a tout de suite plu. Je l’ai trouvée franche, directe, sans ronds de jambe. Et tellement différente de rien.

Georges :

Pourquoi changer de méthode ?

Corinne :

En même temps, je ne peux pas dire qu’il soit mon type d’homme… à supposer que j’ai un type d’homme.

Georges :

Si tu crois que j’ai un type de femme, ma chérie… C’est trop réducteur.

Georges sourit toujours…

Corinne :

… En tout cas je suis là et je l’attends, pour notre dernier soir. Nous l’avons décidé ensemble.

Georges :

Je l’ai décidé.

Corinne :

Mon avis ne compte guère.

Georges :

Il ne compte plus. Ce n’est pas pareil.

Un temps.

Corinne :

… Nous allons boire du champagne, le meilleur. Il est au frais, plusieurs bouteilles… tant pis pour la dépense.

Georges :

Je prends tous les frais à ma charge. Qu’il ne soit pas question d’argent entre nous… Un soir comme aujourd’hui. D’ailleurs, jamais, il n’a été question d’argent.

Corinne :

Merci Georges, mais tu permets, j’explique.

Georges :

Oui, ma chérie.

Corinne :

… Nous ferons donc l’amour à côté, après quelques coupes de champagne et un rapide passage par la salle de bains. Je me suis préparée dès l’aube. Une simple vérification de rigueur, et je serai à lui.

Georges :

Je suis là pour ça.

Corinne :

… Lui aussi passera dans la salle de bains. L’hygiène de Georges est impeccable. Je n’ai jamais connu d’homme aussi propre.

Georges :

Nous ferons la bête à deux dos dans la soie, une première fois, une deuxième, voire…

Corinne :

Georges : n’a pas de problème d’érection, pas encore. Il en est fier et quand bien même il en aurait, il y a des pilules de nos jours.

Georges :

Parlez-en à votre médecin.

Corinne :

La vie se prolonge, la vie sexuelle aussi. Il faut faire avec.

Georges :

Nous ferons l’amour sans rien nous dire car tout est dit.

Corinne :

Ssssssaaallllaud !!!!…

Georges :

Mais non ma chérie. Tu es la proie des idées fixes et la douleur t’égare.

Un temps. Elle tape du pied.

Corinne :

Demain matin, il se réveillera, tôt, sans faire de bruit et hop ! Il filera à l’anglaise ou à la française, c’est la même chose et je n’entendrai plus jamais parler de lui.

Georges avance d’un pas.

Georges :

J’admets que tout ce qu’elle raconte est assez juste.

Corinne :

Bien sûr que c’est juste… Et pourquoi ?!… Parce que je ne fais que ce type de rencontre, vouée à l’échec. Je suis damnée.

Georges :

Il faut se valoriser dans l’échec ma chérie. Ça en diminue la portée.

Corinne :

Georges, s’il te plaît, ne m’interromps pas sans arrêt. C’est assez difficile comme ça.

Georges :

Comme tu voudras.

Elle reprend. Corinne :

… Avant Georges, il y en a eu d’autres… enfin, quelques-uns… Nous sommes des millions de gens indécis qui se courent après et quand ils se trouvent, ils ne savent pas se retenir… C’est une forme d’existence paraît-il, moderne… Mon cul sur la commode, oui !… Plus on la pratique, plus elle s’attache en vous et plus on a peur d’aller vers l’autre. Il le faut bien pourtant, sinon on meurt.

Georges fait un pas de plus, le doigt pointé en l’air.

Georges :

Je pense la même chose. Et je la mets en pratique. Je vais vers l’autre… Je vais vers la femme, exclusivement. Elle m’intéresse, elle me captive, elle me questionne, elle me trouble… Quel animal étrange.

Corinne :

Georges, s’il te plaît, tais-toi ! Je suis à bout… C’est notre dernière nuit et je suis à bout. J’ai le bourdon, comme celui de Notre-Dame… Alors, s’il te plaît, tais-toi !… J’explique !

Georges :

Oui, ma chérie, laisse parler ton cœur.

Georges recule… Corinne reprend son souffle et elle poursuit.

Corinne :

Il n’y a pas de célibataires heureux, au sens plein du terme.

Georges : (bas)

… J’ai d’autres statistiques.

Corinne :

Arrivé à un certain âge, le célibat s’apparente au veuvage, l’expérience d’une vie pleine d’amour en moins… On ne me traite pas encore de vieille fille, tant mieux… Sauf ma mère, quatre-vingt-trois ans, Solange, qui ne comprend pas que sa petite fille… Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? L’amour d’une mère, c’est comme un puits sans fond.

Georges :

Solange. Un cas ! Mais pas unique.

Corinne :

… Elle est veuve. Une vraie. Elle a connu les joies du couple. Elle sait de quoi elle est privée. Mon père était tout pour elle… Moi je suis quelque chose, sa petite fille. Elle ne sait pas trop ce que cela implique comme responsabilité. Elle pensait que le contrat entre nous devait trouver un terme, un jour.

Georges :

Qu’un homme, un gendre, idéal, prenne le relais et la débarrasse en trois coups de cuiller à pot…

Corinne :

… de moi, de moi et de moi.

Georges :

Pas moi !…

Corinne :

Pardon Solange, pardon maman, je t’aime… Elle comprend. Elle comprend tout, mais ça la rend triste et cassante… Pourquoi m’a-t-elle mise au monde ?

Georges :

On peut se poser la question.

Georges reprend sa valise et s’en va… Il revient un instant plus tard et repose sa valise à ses pieds. Corinne l’a regardé faire sans s’interrompre.

Corinne :

… Mais il est temps, assez parlé, Georges est là, en retard.

Georges :

Tu te trompes ma chérie ! J’étais là, j’écoutais, mais tu ne m’as pas remarqué. Tu es nerveuse, anxieuse, prête aux larmes, je le sens bien. Mais je suis là. J’ai tenu parole.

Corinne :

Va ouvrir une bouteille de champagne, enfin tenter. Georges la regarde faire. Puis il parle au public sans le regarder bien évidemment même si pour l’un et l’autre il s’agit bien de capter un auditoire, comme lorsd’une conférence et d’exposer ainsi le problème qui les réunit.

Georges :

… Il y a chez certains individus une peur phobique de l’engagement. Et particulièrement chez les hommes.

Corinne :

Il est de ceux-là.

Georges :

Dès qu’une femme me plaît, je mets tout en œuvre pour la séduire et si j’accroche son intérêt, alors je sais que je ferai tout pour que notre relation prenne au fil des jours un caractère superficiel.

Corinne :

Et comment !

Corinne :

Essaie...

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