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Claudio Ambrosini

De
174 pages
Vénitien dans l'âme, Claudio Ambrosini est l'un des compositeurs majeurs de sa génération. Il est l'auteur d'une oeuvre abondante et multiforme (opéras, oratorios, passions, ballets, installations...), jouée dans les plus grands festivals européens de musique contemporaine. Il a fondé l'Ex Novo Ensemble qu'il dirige. Avec la France, Ambrosini entretient une relation privilégiée : il fut le premier compositeur étranger à être reçu à la Villa Médicis ; il a aussi répondu à plusieurs commandes importantes du ministère de la Culture.
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Sylvie MamyCLAUDIO AMBROSINI
Vénitien dans l’âme, Claudio Ambrosini est l’un des compositeurs
majeurs de sa génération. Il est l’auteur d’une œuvre abondante et
multiforme (opéras, oratorios, passions, ballets, installations, œuvres CLAUDIO
radiophoniques, pièces instrumentales et vocales), jouée dans les plus
grands festivals européens de musique contemporaine. Il a fondé l’Ex
Novo Ensemble qu’il dirige. Avec la France, Ambrosini entretient une
relation privilégiée : il fut le premier compositeur étranger à être reçu AMBROSINI
à Rome, à la Villa Médicis ; il a aussi répondu à plusieurs commandes
importantes du ministère de la Culture.
eCe ne sont pas seulement ses qualités exceptionnelles qui m’ont Un compositeur vénitien du XXI siècle
incitée à engager un entretien avec Claudio Ambrosini (sur son œuvre,
le destin de sa ville natale...), ni les prix prestigieux qui jalonnent sa Entretien
carrière, mais plus encore sa foi et son enracinement dans l’esprit
d’innovation qui animait déjà la culture vénitienne de la Renaissance.
Comme ses aînés, Malipiero, Maderna et Nono, Ambrosini a su créer
sa place de « Vénitien » dans le milieu musical international. Comme
eux aussi, il regarde vers l’avenir avec le souci constant d’ouvrir aux
plus jeunes des voies nouvelles, porteuses d’un sens profond pour
l’humanité.
Musicologue et écrivain, Sylvie Mamy a passé
plus de vingt ans à Venise, ville sur laquelle elle
a écrit de nombreux ouvrages, tel son Antonio
Vivaldi (Fayard, 2011), une monographie
couronnée par le Grand Prix des Muses 2012.
Aux éditions L’Harmattan, elle a publié L’Allée
de Mélisande, un essai sur les jardins et la
musique, et Veronica Franco. Ma vie brisée de
courtisane, récit retraçant la vie de la célèbre
courtisane et poétesse vénitienne. Elle est
directeur de recherche au CNRS.
Photo de couverture : Claudio Ambrosini, en 1985, à la Villa Médicis © Omar Keiraoui.
17 €
ISBN : 978-2-343-01354-1
Sylvie Mamy
CLAUDIO AMBROSINI








CLAUDIO AMBROSINI
eUn compositeur vénitien du XXI siècle


Sylvie Mamy











CLAUDIO AMBROSINI
eUn compositeur vénitien du XXI siècle
Entretien









































































Du même auteur

Il Teatro alla Moda dei rosignoli. I cantanti napoletani al San
Giovanni Grisostomo. La Merope (1734), coll. Drammaturgia
musicale veneta (18), Milano, Ricordi, 1984.
e Les grands castrats napolitains à Venise au XVIII siècle, Liège,
Mardaga, 1994.
La musique à Venise et l’imaginaire français des Lumières
(Prix des Muses pour la meilleure étude musicologique), Paris,
BnF, 1996.
Les castrats, Que Sais-Je, Paris, PUF, 1998.
Antonio Conti, Lettere da Venezia a Madame la comtesse de
Caylus 1727-1729, Firenze, L.S. Olschki, 2003.
L’Allée de Mélisande. Les jardins et la musique, coll. Arts et
Sciences de l’art, Paris, L’Harmattan, 2004.
Lettre d’une virtuose vénitienne à un musicien français de
passage à Venise, Venezia, Rapport d’Etape, 2005.
Balades musicales à Venise, Paris, Nouveau Monde, 2006.
Traduction ialienne, Passeggiate musicali a Venezia, Treviso,
Vianello Libri, 2006.
Antonio Vivaldi (Grand Prix des Muses 2012), Paris, Fayard,
2011.
Veronica Franco. « Ma vie brisée de courtisane », coll.
Amarante, Paris, L’Harmattan, 2012.

























© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01354-1
EAN : 9782343013541








Aujourd’hui Bruno Maderna dort sereinement
aux côtés de ceux qu’il a tant aimés :
Andrea et Giovanni Gabrieli, Claudio Monteverdi
et G.F. Malipiero.

Luigi Nono,
En souvenir de deux musiciens






























Sommaire





Avant-propos .................................................................... 11

Entretien ........................................................................... 19

Index ............................................................................. 135

Liste des œuvres ............................................................. 145

Enregistrements discographiques ................................... 161

Liste des abréviations ..................................................... 163

Liste des exemples musicaux ......................................... 165













9
AVANT-PROPOS



e Que sera la Venise du XXI siècle ? Un lieu onirique,
hors du temps, où il fait bon s’immerger dans la contem-
plation des monuments et des œuvres d’art du passé ? Une
oasis où se réfugier pour échapper momentanément à la
réalité opprimante de nos cités bruyantes et tumultueuses ?
Une ville livrée aux hordes de touristes, et définitivement
vidée de sa population ?

Pour éviter ce destin funeste, et conjurer les ténèbres
laissées par les deux guerres mondiales et la période du
efascisme, tout au long du XX siècle, les Vénitiens n’ont
cessé d’encourager le développement des arts, de stimuler
la création. Il suffit de citer la Biennale d’Art Contem-
porain, puis celle d’Architecture, de Danse, de Théâtre et
de Musique contemporaine, la Ca’ Pesaro, magnifique
palais baroque transformé en un petit Beaubourg. C’est à
Venise que, dans les années 70, l’Américaine Peggy
Guggenheim choisit d’installer sa prestigieuse collection
d’art moderne. Très récemment, le Français François
Pinault a élu domicile au palais Grassi, ainsi qu’à la
« Punta della Dogana ». Qui vit à Venise sait aussi que
l’on peut encore croiser, au détour des calli et des campi,
des écrivains, des artistes, des personnalités mondialement
connues. Des étrangers certes, et en grand nombre, mais
aussi des Italiens, et même… des Vénitiens de pure
souche !

eAu XVI siècle, alors qu’elle commence à perdre l’un
après l’autre ses comptoirs dans le Levant, Venise se
transforme en une magnifique scénographie qui semble
flotter sur l’eau de la lagune telle une scène de théâtre.
11 C’est en effet à l’époque où elle se réduit à peau de
chagrin que la Dominante façonne cette apothéose glo-
rieuse, étonnante fusion entre les arts, les spéculations
théoriques, les expérimentations de toutes sortes, et im-
pose dans le monde occidental son identité. Alors, la
musique est partout : à Saint-Marc, véritable institution où
les pouvoirs religieux et civils sont réunis en la personne
du doge, dans les centaines de paroisses, les monastères,
les hospices féminins, les Scuole Grandi, dans les palais,
les ridotti, les villas à la campagne. À la période que l’on
appelle baroque, alors qu’elle perd l’une après l’autre ses
colonies dans le Levant, Venise invente un concept d’une
étonnante modernité : le tourisme culturel ! Pendant le car-
naval, deux mois durant, elle se fait la capitale européenne
incontestée du théâtre et de l’opéra.

Pour la glorieuse et antique République, le glas sonne
pourtant : le 12 mai 1797, jour où la Sérénissime s’écroule
devant Bonaparte. Elle est d’abord occupée par les Fran-
çais, puis, à partir de 1814, par les Autrichiens, jusqu’à la
date de 1866 où elle est annexée au Règne d’Italie. Le
eXIX siècle est une période sombre dont les Vénitiens
n’aiment pas se souvenir. La plupart des théâtres sont
fermés et tombent en ruines. Les quelques salles qui main-
tiennent leurs activités, tels le San Moisè (où le jeune
Rossini remporte ses premiers succès) et La Fenice,
accueillent les œuvres de compositeurs venus d’autres
villes, comme Donizetti, Bellini puis Verdi, avec sa cé-
lèbre Traviata. La ville reçoit aussi la visite de composi-
teurs étrangers qui y font un bref séjour, avec plus ou
moins d’enthousiasme, tels le jeune Mendelssohn en 1830
et Tchaïkovski, en 1878 ; ou encore les compositeurs fran-
çais, résidant à la villa Médicis, à Rome, comme Jules
Massenet en 1865. C’est au palais Giustinian Bragadin,
sur le Grand Canal, qu’en 1858 Richard Wagner compose
12
le second acte de son Tristan. À la fin du siècle, les
Vénitiens peuvent croiser Gabriel Fauré et Reynaldo
Hahn, qui sont les invités de la comtesse de Polignac ;
quelque temps plus tard Igor Stravinsky, Arnold
Schoenberg, Serge Diaghilev (qui décède au Grand Hôtel
des Bains, le 19 août 1929), les danseurs Nijinski, Serge
Lifar et Isadora Duncan.

Venise ! Un lieu pour se reposer des tournées haras-
santes, un cadre somptueux, malgré la misère laissée par
l’occupation autrichienne, où mener une vie particulière,
libre, exubérante. Ces artistes, écrivains, aristocrates, bour-
geois fortunés occupent les palais désertés par l’aristocratie
vénitienne. Revêtus des costumes chatoyants et luxueux
que crée pour eux l’Espagnol Mariano Fortuny, ils paradent
devant une population locale pauvre, avilie, qui a déjà tout
oublié des fastes de la Venise de ses aïeux.

Retrouver sa dignité, se réconcilier avec son histoire était
devenu, pour les Vénitiens, une urgence. Le compositeur
Gian Francesco Malipiero fut, dans le domaine musical, le
premier à donner un sursaut à l’engourdissement dans
lequel étaient plongés ses compatriotes. Né en 1882 et mort
en 1973, Malipiero jouit d’une longue existence qui lui per-
mit une production abondante : une trentaine d’œuvres
scéniques, des pièces vocales et orchestrales, symphonies et
concertos. Parallèlement, il mène un véritable travail d’ar-
chéologue et retourne aux sources de la musique vénitienne,
aux œuvres de Gabrieli, Monteverdi et Vivaldi. Des compo-
siteurs presque totalement oubliés qu’il faut entièrement
redécouvrir. Il transcrit des pièces anciennes, rédige des
livres historiques et théoriques, lance l’édition complète de
l’œuvre de Monteverdi et participe au revival de Vivaldi,
un compositeur dont on ne sait presque plus rien et dont on
vient de découvrir un important lot de manuscrits auto-
13 graphes. Malipiero est aussi un pédagogue actif ; directeur
du Conservatoire Benedetto Marcello, il stimule la jeunesse
et forme une brillante génération de musiciens. Parmi ceux-
ci, Bruno Maderna se révèle un enfant prodige. Jeune
encore, Maderna quitte sa ville natale et s’envole pour une
carrière internationale de chef d’orchestre et de composi-
teur. Maderna est fasciné par les nouveaux langages, par les
univers sonores que permettent les appareils électroniques
qu’il associe aux langages traditionnels. Il n’en oublie pas
pour autant Venise et la leçon de Malipiero : il réalise des
arrangements d’œuvres de Gabrieli, Vivaldi, ainsi que de
l’Orfeo de Monteverdi. Le second de ces élèves est Luigi
Nono. L’œuvre de Nono est profondément marquée par les
etragédies du XX siècle, les holocaustes, les guerres, les
destructions. Nono voyage dans le monde entier pour
donner ses œuvres, des conférences, des master-classes,
rencontrer d’autres compositeurs, des plasticiens, des écri-
vains et des poètes. Autant de pays visités, autant d’occa-
sions pour s’inspirer des lieux, des paysages, de leur
histoire politique et sociale. Les slogans révolutionnaires,
les textes des poètes engagés constituent pour lui des maté-
riaux de création. Dans la musique de Nono, la voix hu-
maine, solitaire, isolée, à peine audible, se fait l’expression
de l’humanité souffrante. Il veut, dit-il, « éveiller la cons-
cience » des individus aliénés par le fascisme et le colonia-
lisme. Mais l’histoire va de l’avant. Vers 1970, le discours
de Nono perd de son engagement social idéologique. Le
compositeur se fait Wanderer romantique dont la musique
erre dans un lointain évanescent. Les sons aigus restent
suspendus sur l’horizon, comme une interrogation angois-
sante. À ces sonorités fabriquées artificiellement en studio,
le compositeur amalgame des voix et des bruits concrets
enregistrés par exemple sur le marché du Rialto, ainsi que
les bruits de l’eau dans les canaux, les sons et les vibrations
des cloches. Passionné par la couleur et le mouvement,
14
Nono puise son inspiration dans l’architecture et la peinture
baroques vénitiennes, chez Tintoret en particulier, dont les
couleurs explosent dans l’espace en une multiplicité de
points. C’est par admiration pour Maderna et Nono que le
plus jeune Giuseppe Sinopoli, alors médecin et psychiatre,
décide d’abandonner son métier et de se jeter à corps perdu
dans la musique. Il crée l’Ensemble Maderna qu’il dirige et
commence à composer. Hélas, en 2001, Sinopoli est fou-
droyé par un infarctus. Il meurt à l’âge de 45 ans ! De ces
fortes personnalités, nous nous souvenons encore tous. Leur
présence nous manque cruellement, aujourd’hui plus encore
qu’hier.

C’est là, avec Sinopoli, que j’avais, en 2006, arrêté mes
Balades musicales dans Venise - sept itinéraires tracés en
marchant sur les traces des musiciens et des écrivains qui
vécurent ou séjournèrent à Venise -, laissant la part belle
aux ombres du passé.

Par simple désir et nécessité de faire vivre Venise à
l’heure présente, j’ai voulu cette fois m’occuper des vivants
qui, comme Claudio Ambrosini, donnent tant d’eux-mêmes
pour perpétuer les traditions vénitiennes, faire passer le
flambeau aux plus jeunes. Place cette fois à un compositeur
qui témoigne de sa démarche, qui parle de ses œuvres et
eexplique comment il vit son identité de Vénitien au XXI
siècle, son rapport avec un passé si riche en chefs-d’œuvre
et en artistes d’excellence.

Au cours des nombreuses années que j’ai passées à
Venise, menant mes recherches historiques et musicolo-
giques dans les bibliothèques et les archives de la ville, j’ai
souvent croisé Claudio Ambrosini, que ce soit lors d’un
spectacle à la Fenice, un concert à la Fondation Cini, une
conférence à l’Ateneo Veneto, ou tout simplement aux
15 détours d’une calle ou d’un campo. Malgré son succès
grandissant, les prix enviables qui jalonnent sa carrière
musicale, tel le « Lion d’Or de la Biennale de Venise » qui
lui fut décerné en 2008 pour Plurimo, Claudio Ambrosini
ne s’est jamais départi de sa simplicité, de sa gentillesse et
de la générosité avec laquelle il trouve toujours quelque
chose à vous offrir : une invitation à l’un de ses concerts
avec l’Ex Novo Ensemble, un CD tout juste enregistré, une
partition fraîchement sortie des éditions Ricordi. Rien de ce
qui touche à Venise, aux problèmes très particuliers que
connaît cette ville-poisson et aux personnes qui y vivent, ne
lui est indifférent. Ce ne sont pas seulement ses qualités
exceptionnelles qui m’ont conduite à engager un entretien
avec ce créateur, mais aussi son enracinement dans l’his-
toire de sa ville, s’inscrivant en cela dans le sillage de ses
aînés, Malipiero, Maderna et Nono. À l’heure de la mon-
dialisation, riche de son talent et fort de sa ferveur,
Ambrosini a pris naturellement sa place dans le milieu
musical international sans complexes ni appréhensions. Il
fut aussi un artiste tôt reconnu par la France : le premier
étranger à être accueilli, en 1985, à la Villa Médicis, à
Rome, il reçut en outre plusieurs commandes du Ministère
de la Culture française, comme l’oratorio Susanna, et
l’œuvre scénique Il Canto della pelle. Sex unilimited.

Claudio Ambrosini habite dans le quartier très populaire
de Cannaregio, une zone suggestive de la ville, isolée de la
foule, recherchée par les artistes, les peintres pour sa lu-
mière ténue typique du côté nord de la lagune. C’est le lieu
où il a passé la plus grande partie de son enfance. Il a
installé son studio de travail dans un logement situé à
quelques pas de son habitation, une maisonnette populaire
comme il y en a tant à Venise, aux pièces et aux fenêtres
étroites. Les tables et les rayonnages sont chargés de dispo-
sitifs électroniques, d’instruments de musique, certains
16