Conversations avec Keith Richards

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Quatorze conversations, le lieu, la date.




Et c’est de ça qu’on parle : d’être artiste, de la vie et du destin, de l’excès et des limites. De la folie et du vertige.




Probablement qu’on a tous des réponses. Mais forcément que les réponses de Keith Richards sont ailleurs, plus loin.




Il connaît mieux que nous les abîmes, de la scène et du monde.




Dans notre adolescence, lui et ses Rolling Stones ils étaient les grands frères en avant de nous. Dans ce qu'ils disent de leur art, du risque, de la nuit, de la folie, ou tout simplement de la vie, il s’invente une leçon qui nous concerne. Et s’il ne nous la dit pas en face, à nous d'aller la chercher.

J’ai juste dix ans de moins que lui, peut-être que maintenant ça compte moins qu’autrefois, mais c’est bien avec moi aussi, devant le mur presque terminé de à quoi on a oeuvré, que j’avais rendez-vous.




Quatorze dialogues, un seul chemin – il fallait que mon interlocuteur soit récompensé à mesure de ce que mes questions l'amenaient à formuler.




Folie, destin, solitude, musique, obscur, espoir : l'importance d'entendre ces hauts témoins de la friction avec le monde.




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François Bon, né en 1953, est l'auteur de "Rolling Stones, une biographie", 2002.

Publié le : dimanche 13 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782814510319
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Conversations avec Keith Richards

 

François Bon

 

 

 

Tiers Livre Éditeur

ISBN : 978-2-8145-103-19 

édition révisée & augmentée

dernière mise à jour le 13 septembre 2015

Quatorze conversations, le lieu, la date.

Et c’est de ça qu’on parle : d’être artiste, de la vie et du destin, de l’excès et des limites. De la folie et du vertige.

Probablement qu’on a tous des réponses. Mais forcément que les réponses de Keith Richards sont ailleurs, plus loin.

Il connaît mieux que nous les abîmes, de la scène et du monde.

J’ai juste dix ans de moins que lui, peut-être que maintenant ça compte moins qu’autrefois, mais c’est bien avec moi aussi, devant le mur presque terminé de à quoi on a oeuvré, que j’avais rendez-vous.

Quatorze dialogues, un seul chemin – il fallait que mon interlocuteur soit récompensé à mesure de ce que mes questions l'amenaient à formuler.

Folie, destin, solitude, musique, obscur, espoir : l'importance d'entendre ces hauts témoins de la friction avec le monde.

FB

1, ÉNIGME DE L’ÊTRE DU DEDANS


The main thing about living on this planet is to know who the hell you are and to be real about it. That’s the reason Im still alive... I’ve lived my life my own way, and I’m here because I’ve taken the trouble to find out who I am.


Première fois à Redlands, lors d’une marche au travers des dunes, par beau temps, vers la mer plus au sud.

Keith Richards me disait souvent : « Sois toujours derrière celui qui joue de ta guitare, jamais à sa place. »

Keith Richards me disait souvent : « Ce n’est pas tout le monde qui peut dire : – J’ai parlé à Keith Richards. »

Keith Richards me disait souvent : « Quand tu sens le gouffre sous tes pieds, serre le poing, suspends toi à lui et tu verras, ça marche. »

Keith Richards me disait parfois : « Brouillard au dehors ? Souffle ton brouillard du dedans. L’un dissoudra l’autre. »

Keith Richards me disait souvent : « Avant de parler, assure-toi toujours que tu vas dire légèrement cette chose. »

Keith Richards me disait parfois : « Quel que soit le cirque autour, pense toujours qu’après tu n’auras plus que toi, comme spectateur. »

Keith Richards me disait souvent : « L’assurance est devant toi, elle se pêche avec le bras et vite tu la renvoies. »

Keith Richards me disait souvent : « Construis devant toi-même ton propre fantôme et fais-lui face. C’est lui, que les autres nomment Keith Richards. »

Keith Richards me disait souvent : « Tu aurais fait ce livre avec Johnny Hallyday, au moins tu n’aurais pas eu à traduire. »

Keith Richards me disait souvent : « Le seul livre à lire, c’est la nuit qui te le tend, les mots aussi sont une nuit. »

Keith Richards me disait parfois : « Des deux mains à tâtons le dedans de chaque mot, puis répète ce qu’elles t’enseignent, et non pas eux. »

Keith Richards me disait parfois : « Si le temps est ton ami, accepter qu’il soit longtemps en voyage, et sa langue aussi, étrangère. »

Keith Richards me disait parfois : « On marche longtemps tout droit, on regarde autour de soi et voilà, tout le chemin reste à faire. »

Keith Richards répétait pour lui : « La différence entre toi et les autres, c’est qu’ils ne se réveillent pas chaque soir avec toi. »

Keith Richards marmonnait, encore plus indistinctement : « Chaque accord sur ta guitare creuser plus profond la terre où sont les morts. »

Keith Richards disait souvent : « Ce n’est pas à la marque de sa guitare qu’on mesure le guitariste. »

Keith Richards disait : « L’exercice de la force ne vaut qu’où tout est perdu : tu n’es que ce que tu dessines ainsi à même la nuit. »

Keith Richards me disait souvent : « Où tu n’as plus recours, assieds toi sur le temps. L’immobilité est aussi une action. »

Keith Richards me disait parfois : « On n’invente pas une idée, on se pose devant comme un chien et on grogne. Alors on sait qu’elle est là. »

Keith Richards me disait parfois : « Je n’aime pas les peut-être. Dans les coups et l’erreur la vérité se hisse à sa fragilité même. »

Keith Richards me disait souvent : « À ceux qui t’ignorent, la réciproque. À ceux qui te réclament : c’est qu’ils ne savent pas tes peurs. »

Keith Richards me disait souvent : « Défie-toi de trop croire à tes modèles. Pense à comment eux ils ont peur. »

Keith Richards disait : « Alors on se sait arrivé au bord de soi-même : les bêtes de la jungle du dedans ont fui, il n’y a plus de chasse. »

Keith Richards me disait parfois : « L’avenir est un leurre, nous nous y mêlerons silencieux aux morts que nous y savons déjà. »

Keith Richards me disait parfois : « J’ai si longtemps marché sans savoir. Et voici que cette carte est devenue ma nuit même. »

Keith Richards disait aussi : « J’ai erré dans moi-même comme on trébuche dans une ruine. On ne rêve bien que de ce qu’on n’a pu atteindre. »

Keith Richards me disait souvent : « Les mots qui t’empoignent, tu ne saurais les dire. Voilà ce que tu aimes dans le rugissement des nuits. »

Keith Richards disait souvent : « Aime jusqu’à ta détresse. Le retournement se fait là. Mais gare à l’instant où tu découvres qui te suit. »

Keith Richards me disait souvent : « Rester tapi dans l’ombre. S’observer qui agit. On craindrait trop de cesser, à prouver qu’il se trompe. »

Keith Richards disait : « L’illusion est un monde qu’on peut parfois arpenter avec eux. Sache seulement qu’en revenir est parfois difficile. »

Keith Richards me disait souvent : « S’ils savaient combien peu reste de ce qu’ils tenaient tant à m’avoir dit. »

Keith Richards disait aussi : « Les mots reçus en moi tombent et se perdent. Ils n’ont pas mémoire. Ce que je dis procède du geste. »

Keith Richards me disait parfois : « Je n’aurai habité qu’un rêve à moi-même inexplicable. Regarde tes mains : elles seules vraies. »

« L’énigme de l’être du dedans », me disait Keith Richards.

2, DE PARLER AVEC KEITH RICHARDS


There’s the sun, there’s the moon, there’s the air we breathe, and there’s the Rolling Stones.


Paris, bar du Georges V, salon réservé.

« Finir ses phrases n’est pas un indice de leur pertinence », m’avait dit Keith Richards, voyant mes doigts sur mon clavier en attente.

« Comprendre ce qu’une phrase te dit à toi-même, est aussi difficile que ce que tu imposes à l’autre de comprendre », m’avait dit Keith Richards, considérant mon expectative.

« Ne te gêne pas pour traduire comme tu le sens, m’avait dit Keith Richards : on taille au couteau dans du bois.  »

« Moi aussi je ne suis qu’une traduction imparfaite de moi-même, m’avait dit Keith Richards.  »

« Qui te ressemble, tu n’as pas besoin de traduire, quelle que soit la langue, m’avait dit Keith Richards : ainsi je comprends très bien Johnny Hallyday.  »

« Ce qui est plus difficile, c’est de s’en souvenir ensuite », m’avait dit Keith Richards.

« Le mot philosophie fait plutôt rire un guitariste de rock’n roll — jusqu’au jour où il comprend appartenir lui-même à ce mot », m’avait dit Keith Richards.

« Que tu sois libre d’interpréter mon silence ou la coupe de mes phrases est aussi ma philosophie », m’avait dit Keith Richards.

« L’abîme dans une langue devient lave dans la langue de l’autre, voilà qui correspond aussi au travail du guitariste sur la scène », m’avait dit Keith Richards.

« Tu pourrais écrire, là tout de suite, une phrase qui remplace le fait que je ne t’en dicte pas une nouvelle », m’avait dit Keith Richards (et je l’ai fait).

« Ce que je te paye, c’est le temps pour m’écouter, le temps pour me traduire ou le temps pour m’inventer », me dit Keith Richards (ces voyages en eux-mêmes me suffisent, j’ai répondu).

« Misère de qui n’est pas tombé dans sa guitare, à chacun son luxe pour compensation », m’avait dit Keith Richards, me voyant avancer sur mon clavier.

« Au haut de leur philosophie, le guitariste et l’écrivain ont un axiome commun : laisse avancer tes doigts sans toi », m’avait dit Keith Richards, me voyant avancer au clavier tandis qu’il rallumait une nouvelle cigarette.

« Je n’aime pas ceux qui me comprennent, m’avait dit Keith Richards, ils croient que cela leur donne prise : avec toi je n’ai pas ce problème. »

« J’aurais fait moi-même un livre sur les Rolling Stones, m’avait dit Keith Richards, si je n’avais pas été un Rolling Stones. »

« L’aventure des Rolling Stones, m’avait dit Keith Richards, est le reflet de la détresse du monde : pourquoi nous en auraient-ils autant mis sur le dos sinon ? »

« Vous aimiez le théâtre, ou vous en rêviez, m’avait dit Keith Richards, on vous en a fourni, non ? »

« Sens-toi libre de transcrire, m’avait dit Keith Richards, de toute façon je ne lis les livres qu’en anglais et ça suffit — essaye seulement d’être rythmiquement juste, si c’est signé Keith Richards. »

« On dit que je parle mal, dit Keith Richards : mais on peut mettre tant de pensée dans un seul mot, rien que dans motherfucker combien avales-tu de tous tes livres ? »

« Donner des règles à ce genre de conversation, dit Keith Richards, c’est comme mettre un chef d’orchestre avec baguette devant les Rolling Stones. »

« Je n’ai pas dit, remarqua Keith Richards, que les Rolling Stones n’aient jamais eu ce problème de chef. »

« Dans ma maison du Connecticut j’ai des livres, mais le dictionnaire dont je rêve, et qui expliquerait le rêve même, la nuit aussi, je ne l’ai pas trouvé », disait Keith Richards.

« J’ai connu les abîmes et n’en ai pas eu la timidité des personnes ordinaires, m’avait dit Keith Richards : on y rencontre des êtres flottants, des êtres admirables, plus beaux que ce que vous-même en rêvez. »

« Arpenter l’abîme supprime l’idée qu’en sortir aurait un intérêt quelconque, m’avait dit Keith Richards, et ainsi du rock’n roll. »

« Amitié pour ceux qui viennent te prendre par la main pour échapper encore une fois à l’abîme, m’avait dit Keith Richards, qu’importe qu’elles soient nées du jour, et ­qu’ensuite elles se taisent. »

« Je n’ai jamais eu confiance en la parole, m’avait dit Keith Richards, et ceux qui écrivent n’ont pas de corps. Quand on écrit de la musique, on l’écrit de son corps dans la nuit. »

« Ne crains pas l’incohérence, m’avait dit Keith Richards, mais tords-lui le cou quand un instant elle devient stable, et appelle cela rock’n roll.  »

« Je suis l’incohérence vivante, m’avait dit Keith Richards : le mot qui compte étant le deuxième. »

« La preuve de l’infériorité de ta littérature, m’avait dit Keith Richards, c’est qu’elle ne saurait inventer un Keith Richards. Le rock’n roll, si. »

« Le grand événement de ta vie aura été ces conversations avec Keith Richards, ça mérite bien que je te laisse écrire les phrases. Remarque que je pourrais...

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