Jill Feldman, soprano incandescente

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La soprano américaine Jill Feldman s'est fait connaître à l'aube des années 80, au sein des Arts Florissants de Paris, ensemble crée par William Christie. Sa carrière, étalée sur plus de trente ans, embrasse tous les répertoires, du Moyen Âge au contemporain, avec de nombreuses incursions dans le Baroque. Elle a notamment travaillé avec Frans Brüggen, René Jacobs, Jordi Savall, Mar Minkowski, Nicholas McGegan, Andrew Parrot... Ce portrait, en évoquant les grands enjeux du chant, évoque aussi le monde musical, ses souffrances et ses joies.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
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EAN13 : 9782336376219
Nombre de pages : 182
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Jill Feldman, soprano incandescente
Michel Bosc
La soprano Jill Feldman s’est fait connaître à l’aube des
années 80, au sein des Arts Florissants, l’ensemble créé
par William Christie. Sa carrière, étalée sur plus de trente
ans, embrasse tous les répertoires, du Moyen Âge au
contemporain, avec de nombreuses incursions dans le
Baroque. Elle a notamment travaillé avec Frans Brüggen,
René Jacobs, Jordi Savall, Marc Minkowski, Nicholas
McGegan, Andrew Parrot…
Plus de 50 enregistrements témoignent de cet éclectisme.
Engagement, discipline, rigueur et travail sont les maîtres
mots d’une artiste passionnée, au timbre unique.
Ce portrait, en évoquant les grands enjeux du chant, de
la déclamation, de l’interprétation et de l’enseignement,
évoque aussi le monde musical, ses souffrances et ses joies.
Enrichi de nombreux témoignages, il retrace le parcours
d’une femme libre, courageuse et incandescente.
Né en 1963, Michel Bosc est compositeur classique,
orchestrateur et écrivain. Jill Feldman, soprano
incandescente – Bien au-delà du Baroque est son cinquième
essai et son onzième livre.
Jill Feldman,
Photo de couverture : © Malcolm Crowthers. soprano incandescente
Bien au-delà du Baroque
ISBN : 978-2-343-06285-3
17,50 € Univers musical
Michel Bosc
Jill Feldman, soprano incandescente







Jill Feldman, soprano incandescente
Bien au-delà du Baroque

Univers Musical
Collection dirigée par Anne-Marie Green

La collection Univers Musical est créée pour donner la parole à tous
ceux qui produisent des études tant d’analyse que de synthèse
concernant le domaine musical.
Son ambition est de proposer un panorama de la recherche actuelle et
de promouvoir une ouverture musicologique nécessaire pour
maintenir en éveil la réflexion sur l’ensemble des faits musicaux
contemporains ou historiquement marqués.

Dernières parutions

Dominique SALINI, Les pouvoirs de la musique, Du diabolus in musica
au showbiz traditionnel : la Corse, un laboratoire exemplaire, 2014.
Philippe MALHAIRE, Émile Goué (1904-1946). Chaînon manquant
de la musique française, 2014.
Franck JEDRZEJEWSKI, Dictionnaire des musiques microtonales -
1892-2013 (Nouvelle édition revue et augmentée), 2014.
Roland GUILLON, Jazz et créativité. Au fil des sessions, 2014.
Johanna COPANS, Le paysage des chansons de Renaud, 2014.
Paul-Marie GRINEVALD, Guillaume-André Villoteau (1759-1839).
Ethnomusicographe de l’Egypte, 2014.
Liliana-Isabela APOSTU, La violonistique populaire roumaine dans les
œuvres de Béla Bartok et de Georges Enescu, 2014.
Antoine JANOT, Le cinéma est-il devenu muet ?, 2014.
Philippe GODEFROID, Wagner et le juif errant : une hontologie.
Qu’est-ce qui est allemand ? — donner la mort, 2014.
Angéline YÉGNAN-TOURÉ G., Le Gbofé d’Afounkaha. Une forme
d’expression musicale de Côte d’Ivoire, 2013.
Claudie RICAUD, Francis Thomé, compositeur créole, 2013.
Dominique ARBEY, Francis Poulenc et la musique populaire, 2012
Leiling CHANG, Dialogues, temps musical, temps social, 2012.
Françoise ROY-GERBOUD, Le piano des Lumières, Le Grand Œuvre
de Louis-Bertrand Castel, 2012.
Jaros ław KAPUSCINSKI, François ROSE, Le temps et le timbre dans
la musique de Gagaku, 2012.
Christophe BAILLAT, Vera Moore, pianiste, de Dunedin à
Jouy-enJosas, 2012.
Ladan Taghian EFTEKHARI, Bomtempo (1775-1842). Un compositeur
au sein de la mouvance romantique, 2012.


Michel Bosc



Jill Feldman, soprano incandescente
Bien au-delà du Baroque















Du même auteur

Poésies
Cathédrales, Loris Talmart, 1991
Points cardinaux (à paraître)

Romans
Poste restante, Lulu, 2010
Marie-Louise - L’Or et la Ressource, L’Harmattan, 2014
L’Amour ou son ombre, L’Harmattan, 2014

Théâtre
Viendras-tu ? Lulu, 2012

Essais
Musique baroque française, splendeurs et résurrection,
Lulu, 2009
Symbolisme et dramaturgie de Maeterlinck dans Pelléas et Mélisande,
L’Harmattan, 2011
Au Bout du rêve, La Belle au Bois Dormant de Walt Disney,
L’Harmattan, 2012
L’Art musical de Walt Disney – L’animation de 1928 à 1966,
L’Harmattan, 2013

Étude
Mannequins GéGé, Chic de Paris, Wax Fruit Press, 2013









































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06285-3
EAN : 9782343062853







Né en 1963, Michel Bosc est compositeur. Son œuvre, qui
compte plus de 200 pièces, aborde la musique de chambre, la
musique symphonique, la musique sacrée, la mélodie ou
l’opéra. Elle a notamment été jouée à Paris, Lyon, Tours,
Strasbourg, Lille, aux États-Unis, au Japon, en Espagne, aux
Pays-Bas, en République tchèque et en Israël. Plusieurs pièces
ont été publiées chez Wolfhead Music (USA), Aedam Musicae
et Musik Fabrik (France).

Site internet : www.michelbosc.com












« Quand Michel Bosc a proposé d’écrire un livre sur moi, j’ai été à la
fois extrêmement surprise et honorée. Durant les mois de travail sur ce
projet, j’ai découvert des choses sur moi-même, ainsi que les opinions de
ceux qui ont travaillé avec moi. Je suis très touchée et émue par ces
témoignages, et je tiens à remercier tous ceux qui ont donné de leur
temps avec une telle générosité. On a peu d’occasions de revisiter certains
moments de sa vie. Je remercie Michel de m’avoir ainsi donné une
opportunité de réfléchir à ma vie musicale. »
Jill Feldman







Avant-propos


De nombreux chanteurs de la génération des « baroqueux » se
sont illustrés à plus d’un titre. Certains ont fondé des
ensembles ; d’autres se sont livrés à des travaux de recherche,
de transcription. Parmi ceux qui se sont exclusivement voués au
chant, beaucoup ont mené des carrières exemplaires, par des
expériences et des collaborations multiples. Peu d’entre eux,
cependant, ont su aborder avec la même aisance un répertoire
allant du Moyen Âge au contemporain sans qu’il s’agisse
d’opportunisme ou, pire, de « crossover », cette trouvaille des
producteurs pour gagner de nouveaux publics.

Jill Feldman s’est toujours distinguée par une sincérité totale et
par un engagement continuel. Tout d’abord dans la rigueur,
travaillant auprès des spécialistes les plus pointus avant
d’interpréter un répertoire nouveau. Certes, il s’agit aussi d’une
nécessité : la majeure partie des œuvres qu’elle a abordées
posent des problèmes de reconstitution, de style et
d’interprétation, qui ne peuvent se résoudre qu’après un
apprentissage, une maturation, l’acquisition d’une culture. En
outre, cet approfondissement doit être dépassé pour jouer
pleinement son rôle lors des exécutions : il exige un temps de
« digestion » pour être dépassé et devenir un réflexe du geste
musical, et non plus un effort ou une intention de nature
consciente. Ensuite, dans la technique, par une honnêteté
souveraine, toute entière au service de l’œuvre et de l’émotion
sans jamais céder aux sirènes de l’esbroufe ou d’une
quelconque tricherie. Sa discographie, qui dépasse les cinquante
titres dont plusieurs enregistrements de référence, témoigne de
cet accomplissement.
11
On peut qualifier Jill d’artiste engagée. Dans sa carrière, cette
intégrité a eu son prix. Certains chefs ne demandent pas aux
chanteurs de prendre trop d’indépendance en réfléchissant par
eux-mêmes. De là, des départs, des séparations, des « au
revoir », des pages à tourner et à réécrire, au long d’une
existence nomade. Avec une étonnante capacité d’adaptation,
Jill a toujours su rebondir et s’emparer de musiques nouvelles,
de répertoires autres, au gré de ses déplacements géographiques
et de ses rencontres. C’est d’ailleurs la rencontre, le fil rouge de
sa vie ; « l’autre » l’a toujours nourrie, à commencer par son
professeur de chant, Lillian Loran, jamais oubliée. Parmi les
constantes de sa carrière, le lien pédagogique, nourricier et
mutuellement enrichissant, lui a permis de transmettre sa
fabuleuse technique, son approche de l’engagement artistique et
une façon, authentique et sécurisante, d’aborder la vie. Artiste
sans compromis, Jill est aussi une femme qui a, de l’existence,
des valeurs et d’un monde meilleur, une certaine conception.
Autant de caractéristiques qui lui font mériter ce qualificatif
d’incandescente.

Dans ce portrait, nous partirons à la découverte de Jill Feldman,
à travers elle et à travers la parole de ceux qui l’ont côtoyée.
Nous tâcherons, au gré de son parcours, de comprendre ses
valeurs esthétiques, ses idées sur l’art et la musique, ses
méthodes, ses approches ; sa discographie nous permettra de
comprendre les enjeux de chacun de ses répertoires.

12
Première partie


Portrait

Chapitre 1

Les années fondatrices


En 1952, les États-Unis sont complètement sortis de
l’aprèsguerre. Hormis à Pearl Harbor, aucune grande destruction n’a
frappé le pays, dont l’agriculture et l’industrie restent en ordre
de marche. La grande dépression n’est plus qu’un souvenir
lointain : les deux tiers du stock d’or mondial sont entre les
mains de l’Amérique, qui occupe la première place dans tous
les domaines de l'économie. Les États-Unis assurent 25 % des
échanges et l’équivalent de la moitié de la production
planétaire. Le rêve de l’American way of life aiguillonne la
consommation et se répand à travers le monde occidental ; le
rayonnement du pays se trouve décuplé par l’éclat d’un grand
nombre d’intellectuels, d’artistes et de savants, de l’envergure
de Dali, d’Einstein ou de Miró, accueillis pendant la guerre.

Pour la Californie, l’aube des années 50 correspond à une
période de mutations : à l’agriculture et aux activités militaires
intenses déployées pendant la guerre, succède le règne de
l’investissement immobilier. Le paysage change et changera
encore longtemps : la première autoroute de l’Ouest américain
va surgir de terre, Disneyland n’est pas encore construit ; la
population croît lentement mais sûrement, avec un fort brassage
des populations noires, fuyant le Sud et attirées par les
métropoles.

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Est-ce l’élargissement ouvert par le Pacifique ? Les
Californiens, du moins en apparence, ont déjà un esprit plus
ouvert que dans plusieurs autres états, et la tolérance est une
qualité locale. Pourtant, en profondeur, c’est une société encore
très conservatrice, qui se soucie plus de bien paraître que de
bien-être ; le poids des traditions et des convenances est réel ; la
condition de la femme, notamment, est encore imprégnée de
valeurs contraignantes. C’est à Los Angeles que, le 21 avril
1952, naît Jill Ann Feldman, de Robert Lewis Feldman et
Bernice Anita Feldman, née Robinson. Du côté paternel, les
arrière grands-parents étaient un juif hongrois et une catholique
irlandaise ; lui, né Berdichev, dans l’actuelle Ukraine, en plein
ghetto juif, avait gagné les États-Unis en 1890. Il s’y était
retrouvé obligé de faire la guerre aux Indiens. Traversant
l’Illinois, où beaucoup d’Irlandais avaient fui la famine de leur
île natale, il avait rencontré sa future femme. Ils se marièrent
contre l’avis des parents irlandais et parvinrent en Californie en
diligence ; leur fille naquit à Los Angeles. Leur fils, né à
Denver (Colorado), mentit toute sa vie en prétendant être né au
« vieux pays », c’est-à-dire la Russie. Il voulait démontrer à sa
descendance qu’« America is the land of opportunity, where I
1taught myself to read and write. » Du côté maternel, une
grand-mère, née à Florence, a elle aussi toujours menti pour se
prétendre née aux États-Unis, « je pense qu’elle avait honte
d’être immigrée. Le père de ma mère est né en Pologne. Tous
les deux étaient juifs », précise Jill.

Les Feldman sont une famille d’origine hébraïque non
pratiquante. La religion « organisée » ne séduira pas Jill, qui lui
préférera le jardin intérieur d’une spiritualité toute personnelle,
faite de quêtes, de réflexions et de découvertes, tout au long de

1
« L’Amérique est le pays où tout est possible, où j’ai appris à lire et à
écrire par moi-même. »

16
sa vie, au service d’un épanouissement intime profond et
durable. Elle grandit dans un milieu à la fois laborieux
2(« Money does not grow on trees ») et confortable. Le travail
est une valeur forte ; le père de Jill a repris l’affaire de son
propre père, une raffinerie de pétrole. La vie est plutôt douce :
chaque année, des vacances permettent de profiter d’Hawaï, de
l’Hotel del Coronado, à San Diego. Elle garde quelques
souvenirs merveilleux. « Peut-être les moments les plus heureux
de mon enfance ont-ils eu lieu sur la plage de Malibu, dans la
maison de mes grands-parents. Je me promenais le long de
l’océan Pacifique, je lui racontais tous mes soucis… et je
chantais, aussi. » Dans la famille, on est peu démonstratif. Jill
en souffre, surtout vis-à-vis d’une mère toujours trop distante.
« Lorsque je repense à elle, je suis frappée de constater,
rétrospectivement, combien elle a tenu compte du regard
d’autrui dans son existence. Il fallait vivre comme on voulait
être vu, non pas comme on en avait envie. Pour ma part, je n’ai
jamais voulu de cette contrainte-là. » Pour l’heure, la société
n’avait pas encore trouvé l’occasion de rejeter tous ces carcans.
L’Amérique n’a pas encore subi les mutations qui en
bouleverseront les valeurs (il faudra attendre 1963, par exemple,
pour que Martin Luther King prononce son fameux discours I
have a dream).

Dans le foyer, le traumatisme de la dernière guerre est réel. Le
père de Jill a servi comme Marine à Okinawa et à Guam. La
culture allemande est bannie et l’on préfère écouter les pianistes
Vladimir Horowitz et Arthur Rubinstein, ainsi que des
enregistrements du Metropolitan Opera. La musique est donc
bien présente dans le foyer mais, pour l’heure, la petite Jill
s’intéresse surtout aux musicals, dont les nombreux
chefsd’œuvre de Rodgers et Hammerstein. « Mes parents m’ont

2
« L’argent ne pousse pas sur les arbres. »

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