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L'épopée du rastafarisme

De
152 pages
Que savez vous des rastas ? Les rastas existent depuis près d'un siècle : les premiers, issus de l'esclavage, étaient illettrés et sans métiers. Comment cette poignée d'hommes perdus, écrasés depuis des siècles a-t-elle réussi à créer en Jamaïque un mode de vie, le "Livity" pratiqué actuellement par des millions d'individus de par le monde ? Spiritualité, écologie, connaissance approfondie de la Bible, non violence, amour et fraternité, ils sont aussi végétariens et dénoncent régulièrement les injustices.
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Anne-Marie Sophie COLOMÉ

Du même auteure Haïti chérie ou le rêve confisqué, L’Harmattan, 1994. Cité Soleil à Port-au-Prince, L’Harmattan, 1997

À mon gendre haïtien Excel Sa femme Florence Et leur fille Herzulie

J’adresse mes remerciements chaleureux au personnel de la Médiathèque de Montélimar : grâce à sa compétence et à sa courtoisie, grâce aussi à la richesse des livres et documents engrangés, j’ai pu me procurer ce dont j’avais besoin pour écrire cette histoire.

PROLOGUE

Il y a quelques années, lors d’un voyage en Afrique de l’Ouest, j’ai rencontré Bawa le rasta. Il avait l’air très jeune, arborait avec élégance de courtes dreadlocks, mais ce qui me frappa surtout, ce fût sa voix : une très belle voix, ample, aux intonations chaudes, sur un rythme de reggae. Il se tenait sous le manguier, dans notre cour africaine avec l’un de mes camarades, un “expatrié”, comme on nous appelle. Celui-ci essayait d’attraper le rythme avec sa guitare. Ce n’était pas si facile, et il dut faire plusieurs reprises avant d’y parvenir. Bawa recommençait inlassablement cette chanson dont il était l’auteur-compositeur, jusqu’à ce que la symbiose soit parfaite. Par la suite, j’eus l’occasion de rencontrer très souvent Bawa. Il avait décidé de m’apprendre à danser le reggae et venait pour cela chaque jour me chercher tard dans la soirée. Nous dansions sur les airs à la mode : “Discrimination” de Tiken Jah Fakoly, le “Reggae vagabond” de Madou Djembe ou “Jérusalem” d’Alpha Blondy. Si je progressais pour bien danser le reggae, ma connaissance du rastafarisme était au point mort. Bawa, mon guide, continuait à composer, à écrire, selon les termes évoqués par les rastas et ce qu’il en savait. Il parlait de l’Afrique, des injustices. Sa conviction était visiblement chaleureuse et il appelait les autres hommes ses “frères”. J’avais rapidement eu le désir d’en connaître davantage et rencontrais d’autres rastas dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. Je découvrais leur spiritualité, profondément ancrée dans la Bible, dont ils avaient une connaissance étonnante. Leur gentillesse était à mon égard inépuisable. J’essayais de comprendre leur philosophie qui m’apparaissait complexe. Je me plongeais dans les livres et les documents qui pouvaient alimenter ma soif de savoir. Me penchais aussi sur ceux qui avaient participé à l’émancipation des noirs, tant aux Etats-Unis qu’en Jamaïque. 9

Accumulais pêle-mêle, sans aucun ordre chronologique Marcus Garvey, les communautés rastas, l’Abyssinie, les négus et Haïlé Sélassié, Leonard Howell, Malcom X et Martin Luther King, les pharaons noirs, l’histoire du Prêtre Jehan, le Libéria et me retrouvais, enfin, à la source : la rencontre mythique du roi de Juda, Salomon, avec Makéda, la reine de Saba. C’était étourdissant, car cela remontait à trois mille ans ! Munie de tout ce j’avais accumulé, je me décidais enfin à commencer ce récit par l’aube des temps.

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Sodome, Gomorrhe, Babylone, nous avons un compte à régler qui date de 10.000 ans. Si nous ouvrons les yeux, nous saurons reconnaître ces vieilles cités disparues dans la fièvre des tyrans ithyphalliques et les cris des femmes éventrées. Moi, poète des hautes sphères, je mets en garde et je n’exagère point en vous disant que la douleur est sur le pied de guerre depuis longtemps. L’écrivain haïtien Frankétienne dans “Ultravocal”, 1972.

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Chapitre 1

La Nubie et le pays de Koush

La reine de Saba

C’est dans les entrailles du désert de Nubie que l’on peut lire aujourd’hui, inscrite dans la pierre, l’histoire des pharaons noirs. Durant des millénaires avant notre ère, au pays de Koush, les nubiens ont guerroyé ou fait du commerce avec les pharaons de la Basse-Egypte. Ce pays possédait les produits dont l’Egypte avait besoin : l’or, l’ivoire, les pierres et les bois précieux. En Basse-Egypte, on craignait les Nubiens. En 1427 avant notre ère, le pharaon Aménophis II eût à combattre vers le nord une coalition d’états syriens, rebellés contre l’autorité égyptienne. Le pharaon écrasa la révolte et, selon la coutume, suspendit par les pieds les 7 chefs rebelles. Six d’entre eux furent exhibés sur les murs de Thèbes. Le septième fût porté à Napata, en Nubie, qui était alors la capitale du pays de Koush, et pendu aux murs de la ville en guise d’avertissement aux aspirants rebelles des contrées africaines. Terres de mythes et de légendes... Il y a environ trois mille ans une jeune reine nommée Makéda règne sur le royaume de Saba. Elle est l’enfant unique d’Akébo le Grand et de Bilquis. Ce royaume s’étend à l’est de la mer Rouge, au sud de l’actuel Yemen et à l’ouest, de l’autre coté de la mer Rouge, dans l’actuelle Ethiopie. L’or, l’ivoire, les pierres et les bois précieux et surtout l’encens et la myrrhe y sont en abondance. Makéda, la jeune reine de Saba, est noire, comme son peuple et aussi très belle et très riche. Malgré son jeune âge, on vante déjà son intelligence, son sens inné du pouvoir. N’estelle pas la fille d’Akébo le Grand ?

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