L'Inde, côté villes

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L'Inde est sujette à un profond remue-ménage qui s'appelle "urbanisation". C'est ce processus, d'une incroyable variété de formes sociales et culturelles, qui travaille toute la société indienne et la "déruralise" hardiment. Depuis une quinzaine d'années, de séjour en séjour dans plusieurs villes indiennes (Pune, Mumbai/Bombay, New Delhi, Chandigarh, Bangalore, Panaji), l'auteur observe à la fois cette urbanisation physique - la croissance géographique des villes, leurs transformations architecturales et urbanistiques - et cette urbanisation des comportements et des valeurs.
Publié le : samedi 1 janvier 2005
Lecture(s) : 270
EAN13 : 9782336257242
Nombre de pages : 115
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L'Inde, côté villes

COLLECTION CARNETS DE VILLE
dirigée par Pierre Gras
Les trois quarts de la population du globe vivent en milieu urbain et tout indique que cette proportion va s'accroître au cours du XXIe siècle. Les villes constituent, depuis leur origine, un vivier culturel majeur pour la plupart des civilisations. Mais qu'en sera-t-il demain? Renouant avec la tradition des voyages philosophiques, dans désir de la renouveler et de l'actualiser, la collection Carnets ville se propose de faire émerger les enjeux liés au devenir monde urbain, tout en révélant la dimension culturelle poétique des lieux vivants que sont les villes. le de du et

Cette nouvelle collection

de

«

récits de voyages urbains»

s'efforce d'associer la rigueur des informations et des analyses proposées depuis des positions très diverses (historiens, géographes, sociologues, philosophes, ethnologues, journalistes, architectes...) et une écriture propre à stimuler chez le lecteur l'imaginaire et le plaisir de la découverte. DÉJÀ PARUS Serge Mouraret, Berlin, carnets d~amour et de haine. Pierre Gras, Mémoires de villes. Suzana Moreira, Séio Paulo, violence et passions. Jacques de Courson, Brésil des villes. Pierre Gras, Ports et déports ; de l~imaginaire des villes portuaires. Jean-Paul BIais, À la Bastille...; voyage autour d~une place. Muriel Pernin et Hervé Pernin, Transsibériennes; de Vladivostok à Moscou. Nelly Bouveret, Mékong dérives.

cg L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7797-X EAN : 9782747577977

COLLECTION CARNETS DE VILLE

Thierry

Paquot

L'Inde,

côté villes

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

FRANCE

QUELQUES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

- Homo urbanus; essai sur l~urbanisation du monde et des mœurs, Le Félin, 1990. - Villes - Vive
et civilisation urbaine, XVIlle-XXe siècles, anthologie par Marcel Roncayolo et Thierry Paquot, Larousse, 1992. la ville! Arléa-Corlet, 1994.

- Le monde des villes; panorama urbain de la planète, sous la direction de Thierry Paquot, Complexe, 1996.

- La ville et l~urbain; l~état des savoirs, sous la direction de Thierry Paquot, Michel Lussault et Sophie Body-Gendrot, La Découverte, 2000. - Le
quotidien urbain; essai sur les temps des villes, sous la direction de Thierry Paquot, La Découverte, 2001. - De la ville et du citadin, avec Marcel Roncayolo, Jacques Lévy, Olivier Mangin et Philippe Cardinali, éditions Parenthèses, Marseille, 2003.

-

L~urbain et ses imaginaires, sous la direction de Patrick Baudry et Thierry Paquot, Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, Pessac, 2003.

- Le

toit, seuil du cosmos, Alternatives,

2003.

- Géométrie, mesure du monde, sous la direction de Thierry Paquot et Chris Younès, La Découverte, 2004.

- Demeure

terrestre; enquête vagabonde sur l~«habiter », Les Éditions de l'Imprimeur, à paraître en 2005.

À Guy Poitevin (1934-2004), l'ami indien, et à Hema Rairkar.

L'IND E, CÔTÉ VILLES

PROLOGUE
C'est entendu, l'Inde fascine. À plus d'un titre! Paysages contrastés et souvent impressionnants, populations généralement aimables, couleurs chaudes des vêtements, des fleurs et des épices, gastronomie (végétarienne ou non) d'une rare délicatesse, tissages aux motifs surprenants, temples et sculptures photogéniques, musiques où dominent le tabla et la cithare, films « bollywoodiens » entre opérettes et théâtre de boulevard, que sais-je encore? Nombreux sont les écrivains occidentaux qui, à la suite de Moravia et de Pasolini, ont trempé leurs plumes cancanières dans l'eau du Gange ou du Kaveri. Nombreux également sont les savants qui, passant par là, rédigent leurs impressions (le mathématicien André Weil ou l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, parmi bien d'autres...). À chaque fois, l'Inde en impose - la richesse des mythes, le poids de la démographie, la diversité des expressions artistiques -, ce qui décourage plus d'un de vouloir en rendre compte. Il est vrai que chaque nouveau voyage apporte ses rectificatifs, ses compléments d'informations, ses nouveaux questionnements, ses rencontres et ses amitiés. Que faire? Se taire, afin d'éviter les lieux communs et les paraphrases des guides touristiques? Se

complaire dans l'anecdotique et sombrer irrésistiblement dans la soirée diapos, qui ne satisfait que l'orateur? Ou partager les engouements et les colères nés d'expériences indiennes et tenter d'expliciter ce « monde» qui participe au nôtre et réciproquement? N'étant ni un indianiste spécialiste de telle période ou de tel thème ni un « sanscritiste» lisant dans le texte les poèmes épiques du Mahàbhàrata, je ne revendique que quelques séjours dans plusieurs villes, effectués avec une curiosité tous azimuts et nourris de rencontres d'une rare intensité. Je reprends ici mes carnets de bord, supprimant quelques passages trop intimes qui auraient pu gêner certains de mes interlocutrices et interlocuteurs, adoptant la chronologie et laissant au lecteur le soin, par exemple, de traduire en euros ce qui est, à l'époque, en francs... Mais avant de placer vos pas dans les miens pour ces quelques escapades urbaines en Inde, il convient peutêtre d'indiquer quelques repères généraux sur ce pays qu'on annonce comme le plus peuplé de la planète au milieu du XXIe siècle. Petite leçon de géographie: l'Inde est une sorte de vaste losange déformé, coincé entre la Chine (Tibet), l'Himalaya et le Népal au Nord, le Pakistan à l'Ouest, le Bangladesh et la Birmanie (dorénavant Myanmar) à l'Est, avec deux longs côtés bordés par la mer d'Oman, la baie du Bengale et l'Océan Indien. Un milliard d'habitants se partagent inégalement plus de trois millions de kilomètres carrés, parlent quinze langues officielles et mille quatre cent soixante dialectes et langues locales. On fête cinquante nouveaux bébés 10

L'INDE,

CÔTÉ VILLES

chaque minute et l'on dénombre, curieusement, neuf cent vingt-neuf filles pour mille garçons. L'Inde s'enorgueillit d'une longue histoire urbaine, comme l'atteste la découverte de plusieurs sites archéologiques de la civilisation de l'Indus, datant d'au moins 2000 ans avant JésusChrist, tels Harappâ, Mohenjo-Daro, Kalibangan... En 1951, la population urbaine représentait près de 18 % de

la population totale et dépassait les 23 % en 1981. C'était
un pays encore massivement rural. En Occident, évoquer alors l'image de l'Inde, c'était y associer celle de la disette chronique, du paysan squelettique et de l'usurier gras et exploiteur. Plus tard, l'Inde sera le pays de la Révolution verte, du contrôle des naissances, de la mécanisation de l'agriculture et de son corollaire, l'exode rural. En 2001, on estimait les citadins à trois cents millions, dont un tiers réside dans l'une des vingt-trois agglomérations de plus d'un million d'habitants. Mais comme pour toute société

connaissant à la fois un exode rural et une « auto-croissance»
de sa population urbaine, l'on peut affirmer que c'est toute la population qui s'urbanise, dans ses comportements, ses valeurs, ses références, ses modes de vie et ses territoires. La diffusion de la voiture s'accompagne inexorablement de l'édification d'un réseau routier avec ses habituels ouvrages d'art (ponts, tunnels, aires de stationnement, carrefours...) et ses équipements (stations-service, hôtels et restaurants, panneaux de signalisation et publicités) ce qui, indéniablement, homogénéise les paysages ou du moins les transforme. Par ailleurs, les villages ont tendance à s'étirer le long des axes routiers, ce qui donne parfois l'impression d'une urbanisation linéaire. 11

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