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La conscience collective chez Patrick Saint-Éloi

De
170 pages
Cet ouvrage rend hommage à Patrick Saint-Éloi, chanteur français originaire de la Guadeloupe qui a grandement contribué à populariser le zouk. Initiateur du "zouk lov", son nom restera attaché au groupe Kassav' auquel il a appartenu. Les textes analysés dans ce recueil sont parmi les plus importants de son répertoire et dénoncent des maux qui minent la société : l'immigration, le racisme, la dépravation des moeurs, la perte des valeurs, le réchauffement climatique, la paresse...
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La c ONSc IENc E c OLLEc TIvE Viviane Okenga
ch Ez Pa Tr Ick Sa INT-ÉLOI
à travers 30 titres de chansons
La c ONScIENcE cOLLEcTIvE
Ce recueil de textes s’articule autour de sujets variés : l’amour, la
négritude, le patriotisme, la paix, l’efort, la vie, la mort, Dieu… ch Ez PaTr Ick Sa INT-ÉLOI
– qui sont les principaux thèmes qui traversent d’un bout à
l’autre l’œuvre de Patrick Saint-Éloi, chanteur français originaire à travers 30 titres de chansons
de la Guadeloupe (Le Moule). Né le 20 octobre 1958 à
Pointe-àPitre et mort le 18 septembre 2010, il reste celui qui a beaucoup
popularisé le zouk. Initiateur du « zouk lov », son nom restera
à jamais rattaché au groupe Kassav’, auquel il a appartenu. Les
textes analysés dans ce recueil sont parmi les plus importants de
son répertoire.
Cet ouvrage lui rend d’abord hommage, en présentant au
public le souci qu’il a eu de nous ofrir des textes bien écrits et
porteurs de messages profonds pour l’humanité, et dans lesquels
il dénonce un certain nombre de maux qui minent notre société,
à savoir l’immigration, le racisme, la dépravation des mœurs, la
perte des valeurs, le réchaufement climatique, la paresse, etc.
Les thèmes qui y sont abordés et analysés se destinent à faire
constamment prendre conscience à l’humanité des maux qui
minent notre monde.
Viviane Okenga est camerounaise, fan de
Patrick Saint-Éloi depuis sa plus tendre enfance.
Elle est titulaire d’un DEA en psychologie sociale
du travail et des organisations. Ce livre est un
hommage qu’elle rend à son idole disparue très tôt,
en laissant une immense œuvre qui est un véritable
testament qui interpelle toute l’humanité. Ce
livre a un intérêt didactique, social, et culturel.
Illustration de couverture : Patrick Saint-Eloi
vu par Titus Delor Okenga XII.
17 €
ISBN : 978-2-343-02244-4
H-CAMEROUN_OKENGA_CONSCIENCE-COLLECTIVE-PATRICK-SAINT-ELOI-30-CHANSONS.indd 1 03/12/14 17:21
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La c ONSc IENc E c OLLEc TIvE c E PaTr Ick Sa INT-ÉLOI
Viviane Okenga
à travers 30 titres de chansons






La conscience collective
chez Patrick Saint-Éloi



Viviane Okenga



La conscience collective
chez Patrick Saint-Éloi
à travers 30 titres de chansons




























Ont collaboré à la réalisation de cet ouvrage

Par ordre alphabétique
1. Bekallé Charlie. Recherche en éthique et politique
2. Bella Fouda Lucie Flavienne. Histoire : civilisation
et religion
3. Bilounga Germaine. Recherche en Métaphysique
4. Dole Jean-Jacques. Chercheur en philosophie africaine
5. Holl Pierre Fredérick. Ethique et politique : philosophie
politique
6. Lebomo Charles Chrisostome. Métaphysique.
7. Nana Nana Nicole. Psycho-sociologue et spécialiste
en sciences de l’éducation
8. Nkand Oswald. Philosophie politique
9. Nyoma Jean. Epistémologie des sciences
10. Mandeng Ambassa Nadia. Chercheur en sciences
biomédicales
11. Patipe. Chercheur en épistémologie
12. Les PATRICKETTES. Association mondiale des fans
de Patrick Saint Eloi.
13. Fans de Patrick Saint Eloi








© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02244-4
EAN : 9782343022444
SOMMAIRE
Avant-propos ................................................................................................ 7
Texte 1 ........................................................................................................... 9
Texte 2 ......................................................................................................... 13
Texte 3 17
Texte 4 21
Texte 5 25
Texte 6 29
Texte 7 33
Texte 8 37
Texte 9 ......................................................................................................... 41
Texte 10 ....................................................................................................... 47
Texte 11 51
Texte 12 55
Texte 13 59
Texte 14 63
Texte 15 67
Texte 16 ....................................................................................................... 71
Texte 17 75
Texte 18 79
Texte 19 85
Texte 20 ....................................................................................................... 89
Texte 21 93
Texte 22 ..................................................................................................... 103
Texte 23 107
Texte 24 111
Texte 25 115
Texte 26 119
Texte 27 123
5 Texte 28 ..................................................................................................... 125
Texte 29 127
Texte 30 131
Les plus belles citations de Patrick Saint Eloi .................................... 135
Discographie ............................................................................................ 155
Conclusion ................................................................................................ 157
Références bibliographiques .................................................................. 159
Hommage à Patrick Saint Eloi ............................................................... 161


6 Avant-propos
Patrick Saint Eloi (PSE) est un chanteur français originaire de la
Guadeloupe. Il est né le 20 octobre 1958 à Pointe-à-pitre et est mort
le 18 septembre 2010. Il est une idole dans son île où il rassemble
toutes les générations autour de ses succès. Il restera comme celui qui
a porté le Zouk à un large public que ce soit avec le groupe Kassav'
ou en solo. Initiateur du Zouk love, il restera à jamais rattaché au
groupe Kassav' auquel il a appartenu et qui a fait le tour du monde.
Attiré par la musique dès sa plus tendre enfance, à 17 ans plus
précisément, Patrick Saint Eloi quitte la Guadeloupe pour se rendre à
Paris, afin de tenter sa chance dans ce secteur. Il obtient la maîtrise
vocale grâce aux cours de chant. En 1982, il rejoint le groupe Kassav'
en tant que choriste. Pendant ce temps, PSE réalise ses propres
créations en solo. Plébiscité, il devient une star à part entière. Il est le
plus connu de tous les crooners antillais. Il chante en créole. 1999
sera son année de consécration : il se produit dans la salle mythique
de l’Olympia à guichets fermés. PSE jouera le rôle d’ambassadeur de
la culture guadeloupéenne, car il reste attaché à ses racines. En 2002,
il quitte le groupe Kassav' et retourne en Guadeloupe. En 2005, il
collabore à la réalisation de l’album du chanteur brésilien, Gilberto
Gil. En 2007, il produit un best of de ses compositions dans l’album
« Zoukolexion ». Une compilation double et forte de 30 titres permet
de découvrir ou de réécouter les classiques qui ont émaillé quinze
années de carrière solo. Ce déroulé rassemble en 2 disques toutes les
facettes du chanteur :
1. Le crooner (Flash, Esancyel…)
2. Le lover (Zié d’amour, Ki jen ké fè…)
3. Le sentimental (Ballad kréyol…)
4. l’hédoniste (Plèzi, chéché…)
5. l’humaniste…
Pour ses 25 ans de carrière, il se produit, en mai 2007, au Zénith
de Paris.
7 L’importance de cet artiste réside dans le fait que son œuvre
parvient à toucher même ceux qui n’éprouvent aucun intérêt pour le
Zouk. Il a une voix exceptionnelle. PSE a permis au créole de
pénétrer dans de nouveaux territoires. L’artiste a le souci des textes
bien écrits et une inspiration considérable. L’écoute de ses textes est
nécessaire pour mieux le comprendre. Il est talentueux, simple, gentil
et humble. Grâce à sa musique, il apaise tous les tourments. Son
œuvre est conseillée à tous les amateurs de Zouk et à ceux qui n’ont
qu’une vue partielle de ce genre musical. A travers cette œuvre
immense, voici ce que nous considérons comme une véritable
conscience collective : dans son œuvre figure un ensemble de valeurs
communes. Son contenu pèse plus ou moins sur la conscience de
chacun d’entre nous. Il se rapporte aux croyances et aux
comportements que nous partageons tous. Cette œuvre de Patrick
Saint Eloi fonctionne comme une force séparée, mais dominante par
rapport à la conscience individuelle de chacun d’entre nous. Lorsqu’il
nous rassemble, nous formons ce qu’on appelle une âme collective ;
nous devenons tous ce qu’on appelle une foule psychologique. Cette
foule forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l’unité.
L’œuvre de PSE est et restera la conscience qu’il a de sa relation avec
les autres, la somme des vertus et des vices de l’humanité formant un
tout homogène. Cette œuvre se rapporte enfin à l’existence d’une
conscience unique dont nous tous sommes l’expression. Il s’agit d’un
véritable testament !
8 Texte 1
C’est le même soleil qui nous éclaire dans l’univers, sur la terre et
qui nous guide. C’est la même pluie qui tombe, qui bénit, qui arrose
ceux qui veulent planter l’amour. Cependant, nous n’inventons rien,
tout ça existait déjà. Si tu entends le son du carnaval (quand ton heure
a sonné) la pénitence n’est plus loin (est proche). On choisit la
mauvaise saison pour accomplir notre destin. Pardonne-moi si ce
qu’on devait faire ensemble, nous le faisons différemment.
Pardonne-moi si quand on a pris le même itinéraire, nous n’avons
pas choisi le même sens.
C’est le même métal qui nous enrichit, appauvrit la terre et nous
égare. Heureusement que ta prière porte des fruits qui nourrissent
tous ceux qui recherchent l’espoir. Rien de tout cela n’est inventé,
tout ça nous a précédés. Quand ton heure a sonné, la pénitence n’est
plus loin.
Alors ne juge pas, ne condamne pas. Faut qu’on sache qu’il y a des
moments où la vie est ainsi faite, ne flippons pas dessus./.
Patrick Saint Eloi. Zoukolexion (2009). Eskizé mwen (inédit). Trad LOV
Ce texte de Patrick Saint Eloi porte sur l’universalité de la nature.
L’auteur soutient que le discours sur l’existence respecte l’ordre
préétabli par la nature. Autrement dit, la nature se manifeste de la
même manière, quel que soit notre milieu de vie. Il va donc
s’interroger sur le sens de la vie. Pour lui, dans toute manifestation
biologique, la nature répète une même leçon. S’il affirme dans la
première partie du texte que « c’est le même soleil… le même sens »,
c’est parce qu’il est question de la fatalité de notre destin. Lorsqu’il
dit, dans la deuxième partie que « c’est le même bijou… pas dessus »,
il fait allusion à la résignation. C’est ainsi que nous pouvons vivre ici
deux moments forts : la religion et la mort. Dès lors, comment se
déploie la nature ? Et quelle influence exerce-t-elle sur notre destin ?
La première tranche du texte (« c’est le même… le même sens »),
présente la fatalité de notre destin. PSE commence par décrire la
générosité de la nature qui n’oublie personne, dans la mesure où son
soleil et sa pluie nourrissent tout le monde. Quel que soit le milieu où
9 on se trouve. C’est d’ailleurs ce qui justifie cette phrase : « c’est le
même soleil qui éclaire dans l’univers, sur la terre et qui nous guide ».
Il se manifeste là la justice de la nature. Plus loin, on aboutit à la
fatalité de notre destin en ce sens que nous sommes tous caractérisés
par la finitude. Plus encore, la nature et toutes ses composantes nous
sont prédestinées. Nous n’inventons donc rien. Nous ne faisons que
profiter et bénéficier des merveilles de cette nature qui est très
généreuse à notre égard. Par ailleurs, en bénéficiant de cette nature,
nous lui obéissons en lui subordonnant notre pouvoir. C’est ce que
PSE développe dans la seconde partie de son texte. Celle-ci oscille
entre « c’est le même bijou… ne flippons pas dessus ». Il y est
question de la résignation ou de la soumission de l’homme à l’égard
de la nature. C’est dans cette perspective qu’exhortation est faite par
l’auteur d’appréhender la vie telle qu’elle se présente à nous. D’où la
dernière phrase du texte : « ne juge pas, faut qu’on sache qu’il y a des
moments où la vie est ainsi faite, ne flippons pas dessus ». En d’autres
termes, la vie est une contingence, c'est-à-dire qu’elle aurait pu ne pas
être. C’est pourquoi il nous serait bénéfique d’accepter chaque
situation à sa juste valeur. Ce texte comporte deux thèmes majeurs :
la religion et la mort avec comme idée principale que dans toute
manifestation biologique, la nature répète une même leçon. Cette
nature peut être d’un côté bonne conseillère, de l’autre mauvaise
conseillère : « c’est le même soleil qui éclaire…qui nous guide » ;
« c’est le même bijou… qui nous égare ». Ainsi, la vie de l’homme est,
dans son déroulement, jalonnée d’obstacles liés soit à la nature
humaine, soit à la nature en tant qu’ensemble des choses qui existent
réellement.
La religion est le premier thème du texte. Elle est liée à un
discours théologique fait sur l’harmonie préétablie de la nature. Cela
implique que, selon l’ordre préétabli des choses qui existent ou qui
ont été créées, la nature vient en premier et l’homme en dernier. Dans
ce cas, l’être humain ne crée plus rien, car lorsqu’il vient à l’existence
tout est déjà là : « mais, nous n’inventons rien, tout ça existait déjà ».
Ce discours présente l’homme comme un être qui peut, durant sa vie,
connaître des difficultés dans ses rapports avec l’autre. Par bonheur,
la prière est là. Elle permet de revigorer les cœurs affaiblis par le
découragement et le désespoir : « ta prière porte des fruits qui
nourrissent tous ceux qui recherchent l’espoir ».
10 Le deuxième moment du texte est la mort. En effet, la mort est ici
évoquée par l’auteur pour signifier que l’homme est un être mortel,
c'est-à-dire appelé à mourir, à quitter ce monde. De ce fait, la vie ne
dépend pas de nous, c’est nous qui dépendons de la vie. Chaque
chose a donc une fin. Et lorsque la mort, c’est-à-dire la fin de toute
chose, est là nous ne pouvons plus rien : « quand tu entends le son du
carnaval, la pénitence n’est plus loin ».
La lecture approfondie de ce texte relève cependant quelques
insuffisances : penser que la nature nous a tout donné pourrait
prédisposer l’homme au laxisme et à l’inertie. L’homme doit plutôt
continuer l’œuvre de la nature en la domestiquant, car la nature nous
donne les semences que nous devons faire germer par notre action.
Elle ne saurait être un tout accompli et tout à fait satisfaisant pour
l’homme. C’est pourquoi l’être humain est appelé à travailler, à
réfléchir et à élaborer inlassablement des projets. Dans la société
actuelle, l’homme peut, comme le dit Descartes, se rendre comme
maître et possesseur de la nature grâce à la science et à la technique.
Pour ce faire, nous devons surtout nous poser les questions
suivantes :
1. la nature vierge peut-elle donner à l’homme le confort
nécessaire dont il a besoin (habitat, vêtements…)?
2. peut-elle développer l’industrie et faciliter les échanges et les
transports ?
3. l’intelligence de l’homme peut-elle faire suffisamment subir à
la nature les transformations escomptées ?
Ces interrogations montrent à suffisance les limites de la nature.
Toutefois, l’on ne saurait faire table rase de la valeur intrinsèque
de ce chef-d’œuvre. L’auteur voudrait nous montrer les limites et les
imperfections liées à la nature humaine, encline qu’elle est à détruire
inconsidérément la nature par l’exploitation abusive qu’il en fait, à
telle enseigne qu’elle finit par perdre son pouvoir originel. Il est donc
question d’inviter l’homme à prendre conscience de ses limites et
surtout de sa tendance à la destruction. Ainsi, bien qu’il doive
soumettre et dominer la nature pour réaliser ses aspirations, l’homme
doit le faire raisonnablement. Ceci nous conduit à la question de
l’existence parce que lorsqu’il vient à la vie, l’homme est appelé à
mourir un jour. Aussi doit-il se rappeler l’interpellation éthique
11 suivante : éthique : que dois-je faire ? Comment me comporter face à
la nature et à la mort ? Cette interpellation éthique se rapporte à cette
interrogation d’ordre métaphysique : « pourquoi le monde plutôt que
le néant ? » Cette quête de l’absolu constitue ce qui relève, selon
Aristote, de la philosophie première.
Au final, l’analyse de ce texte qui porte sur l’universalité de la
nature, s’est étendue notre destin d’une part et sur notre résignation
d’autre part. Il revêt, pouvons-nous le relever, un intérêt ontologique.
Ce qui signifie qu’il invite l’homme à reconnaître la place qui est
sienne dans le monde, de manière à bien orienter son pouvoir dans le
sens de la préservation de la nature. L’interrogation de Patrick Saint
Eloi sur le sens de la vie : création étagée du monde, laisse voir que la
religion et la mort font partie de l’existence. Ainsi, cela amène non
seulement à s’interroger sur le fondement du monde, mais aussi sur
l’ordre qui y est établi, de manière à adopter les attitudes éthiques
appropriées face à la pression de la mort.



12 Texte 2
Nous étions sortis ensemble sans savoir jusqu’où nous irons. Un
bateau sans capitaine nous a entraînés à la dérive. Deux cœurs
naufragés ont toujours besoin de la compagnie et je ne pensais pas
pouvoir t’aimer parce que, dans mon rêve, c’est toi que je voyais et je
ne parvenais pas à te toucher, et je n’arrivais pas à te le dire.
C’est le seigneur qui m’a entraîné sur ta plage, car deux cœurs
blessés ont toujours besoin d’oublier, un petit moment avec toi c’est
ça qui est important, je voudrais te donner plus, mais mon cœur est
déjà en miettes, car dans mon rêve c’est toi que je voyais et je ne
pouvais pas te toucher, et je ne pouvais pas te le dire. J’ai envie de
conjuguer l’amour à l’infini pour que mon rêve devienne une réalité.
Comme si on vivait dans mon rêve. Cependant, faudrait pas compter
sur moi pour m’éloigner de toi, parce que mon rêve m’entraîne
toujours vers toi. Alors, si c’est l’amour créole qui t’amène vers moi,
c’est peut-être parce que c’est toi qui pourras me soulager, comme si
dans mon rêve nous vivions vraiment. Ne compte donc pas sur moi
pour m’éloigner de toi.
Dans le jeu où je me suis engagé et dans le feu où je me suis brûlé
alors même que je savais que l’amour n’était pas si facile que ça. Si tu
l’as compris alors, tu es déjà guéri. Cependant, les images dans ta tête
sont gravées et ne pourrons à jamais s’effacer.
Patrick Saint Eloi & J.P Marthely. Rev an mwen. (Bizness, 1985)
Le texte qui est l’objet de notre analyse porte sur l’amour. Il s’agit
de l’union des cœurs blessés, de deux personnes meurtries par une
déception amoureuse et que le destin a réunies par hasard. Cela
commence par un rêve dans lequel celui qui rêve est en proie au désir
de se réaliser. Patrick Saint Eloi, l’auteur de ce texte, soutient que le
rêve n’est pas loin de la réalité. Il va donc s’interroger sur la relation
de deux amoureux naufragés qui vivent dans le rêve un amour
illusoire qui n’a de sens et de valeur que dans ce rêve-là. Deux
moments forts nous intéressent particulièrement dans ce texte : le
premier (« nous étions… je ne pouvais pas te le dire ») parle de
l’origine, mieux de la naissance de la rencontre. Il présente le rêve
13 comme une évasion. Dans le second (« comme si… jamais
s’effacer »), il est question du sentiment d’attachement que l’un
éprouve à l’égard de l’être aimé, caractérisé par une faiblesse du genre
humain. Ceci nous conduit aux interrogations suivantes : quelles sont
les raisons qui nous poussent à aimer quelqu’un ? Est-ce pour nous
consoler d’un échec ou pour réellement manifester le cri de son
cœur ? Le rêve est-il la voie par excellence de nos désirs refoulés ?
Le premier moment de ce texte est compris dans l’intervalle :
« nous étions… je ne pouvais pas te le dire ». Il porte sur l’origine de
la rencontre. Dans le cas échéant, les deux sujets, n’ont pas pris, avant
de s’unir, le temps de fonder solidement et durablement leur relation
sur du roc. Ils se sont jetés à l’eau sans en mesurer la profondeur.
Sans repères et sans bases solides, leur amour a rapidement pris feu.
C’est un véritable mirage, puisque le bateau va vers la dérive. L’auteur
l’illustre cela en ces termes : « un bateau sans moteur, nous a entraînés
à la dérive ». Aussi, très souvent, on n’arrive pas à épancher ses
sentiments, car c’est un exercice difficile. C’est d’ailleurs le cas ici
lorsque l’un des deux tourtereaux, s’adressant à l’autre lui dit
ceci : « …et je n’arrivais pas à te le dire » ; et plus loin, « …et je ne
pouvais pas te toucher ». Nous constatons qu’un amour vécu dans les
rêves n’est qu’illusoire, parce qu’il échappe aux réalités humaines.
PSE va alors soutenir que le rêve est une évasion. Il implique
l’incapacité à prendre en main ses problèmes. C’est un moyen de fuir
ses responsabilités ou de ne pas les assumer. Ce qui renforce l’idée
d’incompréhension et de rupture en amour, car le rêve est une
déconnexion avec la réalité ambiante.
Dans la deuxième partie de ce texte (« comme si… jamais
s’effacer »), Saint Eloi nous présente le rêve comme une faiblesse du
genre humain. Dans ce cas, il devient un manque de solidité pour
l’homme. Au lieu que l’être humain agisse, il laisse agir le rêve,
comme si ce dernier pouvait le remplacer et résoudre ses difficultés
amoureuses. « Parce que mon rêve m’entraîne toujours vers toi », nos
pensées, nos idées sont tournées vers l’être aimé, elles s’expriment
alors dans le rêve. On voit, à travers le rêve de Patrick Saint Eloi, que
l’amour est un sentiment qui nous impose une certaine conduite.
Celle-ci nous aliène parfois. Le rêve n’est qu’une idée qu’on
poursuivit avec l’espoir de la réaliser tôt ou tard. Cependant, seul
l’auteur du rêve conserve les images qui ont défilé dans sa tête lors de
son sommeil. D’où la dernière phrase de l’auteur : « les images dans ta
14 tête sont gravées et ne pourrons à jamais s’effacer ». Le rêve n’est pas
la réalité, ce n’est qu’une impasse.
Cependant, le point de vue de PSE suscite des objections.
En effet, Saint Eloi a mis de côté le fait que le rêve puisse être une
source de motivation et d’action. Car, traditionnellement, le rêve a
une fonction prémonitoire et prophétique ; c’est un signe qui vient de
l’au-delà, un avertissement qu’il faut bien décrypter ou déchiffrer.
Donc le rêve peut être révélateur de la réalité. L’amour qu’on
retrouve dans ce rêve apparaît comme un tyran en ce sens qu’il
dépersonnalise les deux amoureux. En effet, X et Y mis en scène ici
sont tyrannisés par l’amour qui surgit brusquement et Y surtout
devient comme objet de satisfaction et de convoitise de X.
Ce texte est certes critiquable. Toutefois, la critique qu’on peut lui
adresser ne saurait altérer sa valeur. Que vaut-il donc au-delà de la
critique qu’il est possible de lui adresser ? Le texte met en perspective
l’importance de l’amour. Chacun a le droit d’aimer malgré le revers de
l’amour. D’ailleurs, ce dernier s’impose nécessairement à nous.
L’amour est comme un stimulus qui nous galvanise et qui nous
rajeunit, parce qu’il nous donne le goût de vivre malgré les difficultés
de l’existence. Bref, il nous aide à surmonter nos échecs. C’est cela
même qui amène l’auteur à dire que : « deux cœurs naufragés ont
toujours besoin de compagnie ». Par ailleurs, le rêve peut être
transposé à la réalité. Car, lorsqu’on rêve on vit une situation fixe et
présente. A ce moment-là, le rêve se passe dans un environnement
précis et se conjugue infiniment au présent d’où les propos de
l’auteur : « j’ai envie de conjuguer l’amour à l’infini pour que mon
rêve devienne une réalité », c’est-à-dire qu’on puisse le vivre
réellement. Bien plus, le texte fait appel à une thèse psychologique qui
soutient que le psychisme humain est constitué de la conscience, de
l’inconscient et du subconscient. PSE nous a permis de voir avec
Sigmund Freud que le rêve n’est que la manifestation des désirs
inconscients (parce que refoulés).
Parvenu au terme de notre analyse dont le thème se rapporte à
l’amour, nous nous posons la question de savoir ce que nous
pouvons retenir d’un amour qui simplement onirique. Disons que
l’extension de l’amour qui prend corps dans le rêve de Patrick Saint
Eloi nous délivre une leçon sur la vie, en ce sens que l’amour est un
sentiment qui devrait être mené à bon port. S’il est refoulé, c’est un
15 sentiment qui va resurgir sous forme d’un rêve et va s’imposer au
sujet qui sera obligé de le vivre à l’état d’inconscience. Car, l’amour
vécu dans le rêve est semblable à l’amour réel.
16