La danse africaine contemporaine

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La danse africaine est en effervescence : modernisme, nouvelles écritures et métissages, mais aussi confusion, incompréhensions et effets pervers des soutiens. Un dossier en point d'interrogation.
Entretiens avec Zab Maboungou, Salia Sanou, Djibril Diallo, Faustin Linyekula, Mathilde Monnier, Bernardo Montet, Germaine Acogny, Opiyo Okach, Norma Claire, Nia Love.
Contributions de Zab Maboungou, Michel Chialvo et Alphonse Tierou.
Publié le : jeudi 1 novembre 2001
Lecture(s) : 256
EAN13 : 9782296268753
Nombre de pages : 128
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La danse africaine contemporaine
Dossier coordonné par Ayoko Mensah

Diaspos
Presse de la diaspora: à quel saint se vouer .63 Soeuf Elbadawi Jeune Afrique: une affaire qui tourne .64 Soeuf Elbadawi Quel retour pour L'Autre Afrique 1..65 Entretien avec Jean-Baptiste P/acca

actualité
Agenda ll0 Tous les événements culturels du mois Murmures 124 Les nouvelles des cultures africaines

Couverture:

Boundzimbou Telansamou Durand Thibaut (Congo), stagiaire aux Ateliers du monde, Montpellier Danse @ Marc Ginot

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"Le problème de la violence est qu'elle une spirale entraînant exactement ce qu'elle cherche à détruire. Au lieu de contrecarrer le mal, elle le multiplie. Avec la violence, vous pouvez tuer le menteur mais pas le mensonge, ni établir la vérité. Avec la violence, vous pouvez tuer le haineux mais pas la haine. En fait, la violence ne fait qu'augmenter la haine. C'est ainsi. Répondre à la violence par la violence multiplie la violence, assombrissant encore plus un nuit déjà sans étoiles. L'obscurité ne peut aider à sortir de l'obscurité: seule la lumière le peut. La haine ne peut vaincre la haine: seul l'amour le peut." Martin Luther King

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Danses en révolution

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Il se joue actuellement quelque chose d'essentiel dans la création chorégraphique africaine. Depuis quelques années, une remise en question et une dynamique sans précédent s'expriment aux quatre coins du continent. À Abidjan, Ouagadougou, Nairobi ou Johannesburg, des chorégraphes cherchent une écriture nouvelle, à l'image de l'Afrique d'aujourd'hui, profondément métisse, réceptacle d'innombrables influences. Un langage neuf du corps pour exprimer, au plus près, la profonde mutation de leurs identités. Qui suis-je? Aucun artiste africainne peut aujourd'hui faire l'économie de cette question sans fond. Elle s'impose à lui avec une nouveauté et une urgence brûlantes.

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Dans chacune de ses créations se joue sa propre définition.Cet enjeu socio-culturel se cristallise particulièrement dans la recherche chorégraphique actuelle. ~]~~~~ ~~ ~~~~~~1~~.~~~~~ En quelques années seulement, la création chorégraphique s'est profondément transformée sur le continent. À côté des troupes folkloriques et des grands ballets nationaux qui perdurent, une révolution artistique s'est opérée à une vitesse considérable. Ily a encore peu, la notion de "danse contemporaine" était largement ignorée en Afrique. Représentée

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jusque là par une poignée de précurseurs (Germaine Acogny, Souleymane Koly, Alphonse Tierou, Koffi Kôkô, Zab Maboungou, Irène Tassembédo, Georges Momboye...), vivant pour la plupart hors du continent, cette dénomination fait aujourd'hui l'objet d'un débat passionné entre créateurs. Qu'estce que le contemporain africain? Continuité ou rupture? Enracinement dans un héritage ou table rase du passé? Si ces questions attisent tant de passions, c'est bien que s'y joue une question cruciale: celle d'une nouvelle identité des chorégraphes africains. Hier, les artistes qui ontvu naître les indépendances nationales avaient comme souci légitime d'affirmer leur négritude. Aujourd'hui, une nouvelle génération de chorégraphes noirs refuse de se sentir prisonnière d'un carcan racial, d'une origine ou d'un continent. Enfants de l'urbanisation du continent et de la mondialisation, ils se sentent citoyens du monde, artistes autant qu'africains et revendiquent leur universalité. "Je suis Africain, je suis artiste mais je ne suis pas un artiste africain", aime rappeler le jeune Congolais Faustin Linyekula, reprenant à son compte la déclaration du sculpteur Ousmane Sow. Que l'on parle de "danse africaine contemporaine", "danse créative", "danse tradi-contemporaine" ou "danse d'auteur" : toutes ces appellations témoignent du seul et même défi de cette génération montante de créateurs: exprimer un rapport inédit à la modernité, dans toute sa complexité, dans toutes ses contradictions.

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Cire Beye (Sénégal) monde, Montpellier

et Lisette Simba Mavambu Danse @ Marc Ginot

(ROC),

stagiaires

aux Ateliers

du

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~~~]~~~~~~~~~ Rien n'est simple pour ces chorégraphes, ni matériellement, ni artistiquement. Trop proches des formes traditionnelles, on leur
reproche de ne pas innover; mais s'ils leur tournent le dos, on les accuse d'être déracinés. D'où le déchirement, la confusion de certains face à une
alternative qui leur semble sans
issue.

Burkina Faso, les épigones de "N'Soleh" ou "Salia Nï Seydou", lauréats du concours, se multiplient, pensant qu'en les imitant, ils séduiront eux aussi les professionnels qui les ont primés. Beaucoup de chorégraphes et de chercheurs africains soulignent
l'incapacité des Occidentaux à évaluer

Cette confusion s'exprime à chaque édition des Rencontres de la création chorégraphique africaine. En récompensant de jeunes compagnies

une danse en pleine mutation. Et s'inquiètent du risque de confiscation à terme de l'imaginaire des artistes. Les plus posés parlent de culture
d'assistance, les plus virulents de néo-

novatrices, cette biennale créée par l'association Afrique en créations (désormais intégrée à l'Afaa : Association française d'action artistique/ministère français des Affaires étrangères) a indéniablement stimulé l'émergence d'une nouvelle danse sur le continent. Cette manifestation d'envergure - seul événement panafricain qui allie concours chorégraphique et
rencontres professionnelles (la 4ème

colonialisme culturel. "Comment peut-on former des artistes africains, voire les juger, avec des outils forgés en dehors de toute problématique africaine, avec des
ressources nourries du concept et des expériences de personnes qui, le plus souvent, ignorent presque tout des aspects éthiques, esthétiques et sociaux de la danse, ciment de la culture africaine?" interrogeait le chorégraphe et chercheur ivoirien Alphonse Tiérou, pourtant responsable des premières Rencontres chorégraphiques en 1995, dans une interview donnée au Monde'. Le risque de formatage des productions africaines aux exigences des programmateurs du Nord est réel.

édition se tiendra à Tananarive du 12 au 18 novembre 2001 - voir interview de Salia Sanou p. 20) - s'est d'emblée avérée un précieux tremplin international pour de jeunes chorégraphes qui trouvent à peine les moyens de vivre et de créer dans leurs pays. Mais cette réussite ne va pas sans un revers de médaille. Non seulement la notion de création chorégraphique contemporaine s'avère radicalement différente à Paris, Accra ou Tananarive mais en désig nant certaines démarches meilleures que d'autres, le concours tend à réduire leur diversité. En Côte d'Ivoire, au

D'autant plus que la plupart des chorégraphes africains ne sont acceptés dans leurs pays que s'ils sont d'abord plébiscités à l'étranger. ~~~ ~~~~~~~~~~~.~
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"Les Africains regardent leur culture avec les yeux des Occidentaux et du marché de l'art", affirme encore

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Tiérou", expert de l'anti-consensus. Le Burkinabé Seydou Boro"', cofondateur de la compagnie Salia Nï Seydou, devenue véritable figure de proue de la nouvelle danse africaine, ne dit pas autre chose lorsqu'il affirme: "Beaucoup de compagnies en Afrique sont démunies et sont tentées de se laisser emmener dans n'importe quelle aventure. Nous avons la chance de ne pas être dans le besoin financier, ce qui nous sauve de pas mal de bêtises." Comment ne pas comprendre la soif de reconnaissance occidentale qui tenaille la plupart des chorégraphes africains lorsqu'on sait les énormes difficultés qu'ils affrontent dans leur pays? Pas de soutien financier, peu de reconnaissance, un manque souvent critique de lieux de formation et de diffusion... Aujourd'hui, malgré une certaine fragilité, une nouvelle danse africaine progresse à grands pas. Débarrassée de tout complexe d'infériorité, elle ne cesse de gagner en maîtrise technique et en inventivité grâce à l'exceptionnelle capacité qu'ont les danseurs à intégrer ce qu'ils apprennent de l'extérieur. Des écritures singulières voient le jour: certaines détournent les codes occidentaux, d'autres réinventent les gestuelles traditionnelles, toutes tentent de synthétiser leurs multiples influences pour mieux les transcender. Leurs créations, souvent en prise avec les réalités du continent (folie du pouvoir, xénophobie, sida, perte des repères, sexisme...) sont animées d'un fort message social, d'une nécessité presque vitale qui manque aujourd'hui à la danse contemporaine occidentale. Les

professionnels
trompent

européens

ne s'y

pas et programment de plus en plus souvent des compagnies africaines dans des théâtres et des festivals prestigieux (voir Montpellier Danse 2001 : pépinière de talents à l'Atelier du Monde, p.49). Tout comme des chorégraphes du monde entier viennent chercher en Afrique de nouveaux horizons (voir entretiens de Mathilde Monnier et Bernardo Montet, p.32) Si la danse, comme le dit Bernardo Montet est "un état de conscience", elle a aussi toujours été et reste en Afrique un acte social. Plus que jamais, face aux profonds bouleversements qu'a connu le continent et la perte des repères que cela a entraîné, la danse est une réponse aux crises identitaires que traversent les sociétés. C'est aussi une façon d'exprimer toute l'ambivalence du changement social. Tiérou a raison de dire: "Si sa danse bouge, l'Afrique bougera". La création chorégraphique est facteur de développement dans la mesure où elle pousse l'individu à s'émanciper, à se libérer des carcans, à se définir comme une nouvelle entité. Aujourd'hui, partout en Afrique, des initiatives autonomes se mettent en place: centres de formation (au Sénégal, voir p.36, en Afrique de l'Est, au Bukina Faso...); festivals; collaborations artistiques... En juin dernier, des chorégraphes sénégalais ont lancé le premier festival international de danse Kaay Fecc à Dakar, offrant une précieuse vitrine aux jeunes compagnies de plusieurs pays (voir interview de Djibril Diallo, p.24). En décembre prochain, Salia Sanou et Seydou Boro organisent à

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Cire

Beye

(Sénégal),

stagiaire

aux Ateliers du monde, @ Marc Ginot

Montpellier

Danse

Ouagadoudou "Dialogues de Corps""", une manifestation qui propose spectacles, formations,
conférences et réflexions. A Kinshasa, Faustin Linyekula monte les studios Kabako (voir entretien, p.27). De même, le Kenyan Opiyo Okach tente de fonder une structure dans son pays (voir entretien p.43). Au-delà de l'impulsion et de l'influence du Nord, une dynamique semble lancée, qui témoigne sur le continent de l'émergence de nouvelles identités culturelles, à la fois enracinées et sans frontières. C'est pourquoi la création chorégraphique est actuellement
l'un des domaines artistiques les plus passionnants en Afrique, l'un des plus

chorégraphes africains n'ont pas fini de faire parler d'eux sur la scène internationale. Comme l'affirme Faustin Linyekula : "C'est à nous de dire qui nous sommes et ce que nous voulons."

Ayoko Mensah

.

controversés aussi. Ce dossier propose un aperçu de sa diversité, ses difficultés, ses enjeux. Les

ln "Si la danse bouge, l'Afrique bougera", Le Monde, 9 avril 2000. .. ln "La danse, une locomotive pour l'Afrique", Courrier de l'Unesco, oct. 2000. ... ln "Salia Nï Seydou : Avant tout, garder son âme »", Rézo "International, n04, hiver 2000 "Dialogues de corps", du 1 0 au 22 décembre 2001 à Ouagadougou.

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chorégraphes africains .~ définir leur point de vue "
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Franco-congolaise,

Zab

Maboungou a grandi au Congo-Brazzaville dans le contexte post révolutionnaire de l'indépendance. Profondément imprégnée du patrimoine musical et chorégraphique traditionnel, elle en nourrit très tôt sa création artistique. Installée au Canada (cf Africultures 16 : Artistes africains au Québec), Zab Maboungou développe une méthode pédagogique personnelle basée sur le souffle qu'elle explicite dans son livre "Héya! Poétique, historique et didactique de la danse africaine". En 1986, elle fonde sa compagnie Nyata Nyata. Elle est parallèlement professeur de philosophie au collège Montmorency de Montréal.
Vous avez été l'une des premières chorégraphes africaines à vous installer au Canada en 1973. Comment avez-vous été perçue à l'époque?
Je n'ai tout simplement pas été "perçue". Etre noire et francophone au Québec signifiait, à l'époque, "être haïtienne". L'idée d'une Afrique francophone décolonisée ne correspondait pas à grand-chose. Et les programmes gouvernementaux étaient alors (et le furent pendant encore vingt ans ensuite) carrément fermés à toute forme de danse autre que la danse classique et

moderne européenne. J'ai donc travaillé pendanttoutes ces années, jusqu'à ce jour, à modifier ce point de vue.

Aujourd'hui, quelle est la situation des danses d'origine africaine en Amérique du Nord? Cela diffère-til de l'Europe? Bien sûr qu'il y a des différences: l'Europe et l'Amérique ont assumé (ou non) différemment leurs liens historiques à l'Afrique et les danses d'Afrique yont connu diverses destinées qui mériteraient d'être discutées à la lumière de ce qui se fait aujourd'hui. "danse africaine contemporaine" vous con vientelle? Elle convient pour le moment. Elle indique un autre départ, une démarcation par rapport aux troncs de danse africaine, lesquels constituaient euxmêmes une autre démarcation par rapport aux danses directement héritées du cercle traditionnel. De même, et ce
n'est pas là une moindre raison, la danse d'Afrique, parce qu'elle provient d'un continent où la culture de la danse est

L'expression

d'une

grande

sophistication,

permettre

une expression

peut se générique

comme celle de "danse africaine", même si comme nous le savons, le continent est grand et divers. On comprend en général le contemporain comme étant occidental. Comme si toutes les autres

sociétés du monde n'étaient pas capables d'entrer dans leur contemporanéité ! L'Afrique, cela fait longtemps quelle y est, mais c'est une contemporanéité qui est liée à la colonisation,

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évoluer, mais pas à n'importe quel prix. Quant au projet d'atelier chorégraphique, soulignons que le premier que j'ai dirigé ave Alphonse Tierou à Bouaké (Côte d'Ivoire) en 1997 était une initiative du MASA, et plus particulièrement de M. Manou Yablaih. Le prochain qu'il nous reste à lancer a été recommandé lors des dernières rencontres professionnelles qui se sonttenues en 2001.

Quel regard portez-vous création chorégraphique

sur la aujour-

d'hui en Afrique? La création chorégraphique en Afrique, si elle a les moyens de se dire et de se faire par la volonté et le talent même des artistes qui y travaillent actuellement, ressent déjà, néanmoins, les pressions multiples qui émanent des contextes Zab où elle rapatrier Maboungou @Xavier Lluis
culturels, lesquels politiques elle émerge. et éoonomiques Les barrières dans entre

doit lutter son propre

constamment à domaine culturel,

anglophones

et francophones

com-

qu'on a esséy de supprimer ni plus ni moins. Tous les ballets, les folklores, tout pas ce que les gens connaissent de la

pliquent les problèmes. Vous dites qu'il est essentiel aujourd'hui que les chorégraphes africains définissent leur propre point de vue qui n'est pas celui des Occidentaux ou des anciens colonisateurs. Les premiers vous semblent-t-ils trop soumis au regard des seconds? En regard de ce qui a été dit précédemment, il est évident que les chorégraphes africains vont devoir prendre en oompte leur situation tout
en restant à l'éooute : ils/elles vont devoir

danse africaine,
la tradition. à faire m'applique de la tradition une potentialité

c'est du revival, ce n'est Dans mon travail, je ressortir pour les éléments avis, onttoute qui, à mon

le contemporain.

Vous avez dirigé à plusieurs reprises les rencontres chorégraphiques professionnelles du Masa (Marché des Arts du spectacle) à Abidjan. Qu'en avez-vous retiré? En quoi consiste votre projet d'atelier chorégraphique? Les rencontres chorégraphiques professionnelles du MASA attirent à chaque fois un public diversifié tout autant qu'intéressé: du danseur au chorégraphe, au producteur de spectacle, au comédien, jusqu'au simple curieux. Ce qu'il faut en retirer, c'est l'immense désir de voir les choses

se déprendre
marqué d'orienter

d'un rapport

à l'autre
historique,

par une dépendance nombre

culturelle et économique

qui continue

de leurs entreprises.

Et que l'on s'entende bien: ce n'est pas simplement la politique de l'alimentaire qui est en cause ici,
même si elle facilite - pour ne pas dire qu'elle précipite -le recrutement. L'art de la chorégraphie, s'il doit exister en

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Afrique, le fera en partie de ses concepts. Votre recherche

par la force

la danse perçu comme environnement naturel de l'activité des personnes souffre

chorégraphique semble être axée notamment autour de la question de l'identité et du rapport entre corps et rythmes. Ma propre recherche chorégraphique est profondément, sur un plan quasi mystique, axée sur le rythme. Je considère que le danseur est un fabricant de temps. Par son corps, il met en oeuvre une architecture du temps, qu'il articule dans l'espace, et qu'il redéfinit sans arrêt de manière créative et volontaire. L'univers rythmique est à ce point diversifié (ce que les traditions africaines de la musique et de la danse nous
enseignent) qu'il peut donner lieu à divers

d'autant plus de ce manque de distanciation. Cet art de la danse qui s'est exporté tant bien que mal en Occident est donc facilement tombé dans le piège de l'exotisme dont les esprits les plus "raffinés" d'Occidentsouvent avec une rare hypocrisie - ne sont pas exempts. Le "corps noir" ou "black body" reste encore une valeur sûre. D'autant plus lorsqu'il s'insère comme tel dans un cadre dont la théâtralité relève de paramètres occidentaux. Il devient alors inoffensif, livré au regard de l'autre. Les
chorégraphes africains recueillis ont encore fort

à faire.
propos par Ayoko Mensah

états et à une puissance de transformation des rapports entre les êtres et les choses qui ne peuvent se contenter du regard d'un spectateur dirigé sur une scène. Qu'il y ait tambours ou pas, il y a des rythmes particu liers qu'il faut savoir recon naître, articuler, reproduire et faire progresser. Tout mouvement est une articulation rythmique.

Vous rappelez que pour juger une création il faut tenir compte de la diversité des approches et des cultures... Les jugements des critiques et des professionnels de la danse occidentaux sur les créations africaines contemporaines vous paraissent-ils inadéquats? Nous souffrons actuellement d'un manque d'expertise dans le domaine de la création africaine contemporaine en général et cela pour diverses raisons: il y a déjà la situation de l'art en général qui souffre, en Afrique, de l'absence d'une critique informée et dédiée à son objet. Le domaine de
Zab Maboungou @Xavier Lluis

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