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La danse-thérapie

De
268 pages
Après avoir retracé l'évolution historique et culturelle de la danse occidentale, l'auteure expose l'essor de sa fonction thérapeutique. Elle évoque ainsi l'éventail des techniques et pratiques, les processus psycho-dynamiques et les références théoriques qui fédèrent cette diversité et qui permettent son introduction au sein des thérapies adaptées aux sujets en souffrance (handicapés physiques ou mentaux, enfants, adultes, 3è âge...) ou simplement en désir de développement personnel.
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LA DANSE-THÉRAPIE
Histoire, techniques, théories

www.librairieharrnattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.IT @L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-01251-5 EAN:9782296012516

Jocelyne VAYSSE

LA DANSE- THÉRAPIE
Histoire, techniques, théories
Nouvelle édition augmentée

Préface de

Jacques COSNIER

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

Italia

L'Harmattan

Burkina Faso

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ~BP243, KIN XI Université de Kinshasa RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

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Mes remerciements

Ils s'adressent chaleureusementà Albert GEORGES, artiste, qui a illustré avec talent la danse et le mouvement.

Encre de Chine Gouache sur papier

Du même auteur
Petit Traité de Médecine Psychosomatique, Paris, 1996 Edition Le Seuil,

Images du Coeur, Edition Desclée de Brouwer, Paris, 1996

La Danse-Thérapie, Histoire, Techniques, Desclée de Brouwer, Paris, 1997

Théorie,

Edition

Contribution de l'auteur à un ouvrage collectif
Soins et Communication, Approche interactionniste des relations de soins, Edition Presse Universitaire de Lyon, 1993 Danse et Pensée, Une autre scène pour la danse, Edition GERMS, Sannneron(France),1993 Oeuvre ultime, Edition Université M. Bloch, Strasbourg, 2005

Préface
Le livre de Jocelyne Vaysse est une seconde édition revue et très notablement enrichie qui apporte une somme de références utiles voire indispensables, mais aussi une réflexion théorique originale sur un sujet complexe et de grande actualité. Complexe car il pose les questions des relations corps / esprit, communication verbale / communication non verbale, danse(s) / activités physiques diverses, thérapies / techniques de développement personneL.. et même, à la limite, qu'est -ce-que la danse? Il faut donc pour une telle entreprise puiser dans des champs de connaissances qui souvent s'ignorent: la danse, la psychothérapie, la psychopathologie, la psychologie des communications, la neurophysiologie du mouvement... Jocelyne Vaysse par ses formations de Psychiatre, de Psychologue Clinicienne, par sa longue pratique de la danse, ses expériences de fonnation soit comme stagiaire, soit comme animatrice, était à même d'entreprendre cette synthèse. Son propos est construit de façon logique: elle commence par une histoire de la danse, principalement occidentale, puis enchaîne sur la danse-thérapie qui en est issue au cours du 20 ème siècle en exposant les différentes écoles et leurs filiations, enfin dans un essai original elle précise les différentes fonctions et processus exploitables et exploités pour conférer à la danse des vertus thérapeutiques, autrement dit elle livre au lecteur un panorama critique et documenté de l'histoire, des pratiques et des théories actuelles. Chacun selon sa formation et ses présupposés théoriques trouvera matière à enrichir son savoir et à stimuler ses réflexions. Pour ma part, en psychologue des communications non verbales, son livre m'est apparu très instructif.

D'abord sur la danse elle-même: ses fonnes paraissent si diverses que la question de sa définition se pose pour un profane. Danse primitive, classique, moderne, contemporaine, de salon, folklorique. .. avec ou sans musique... ? Ensuite sur ses effets ou ses «fonctions» : activité physique aboutissant à la transe, à la catharsis, activité auto ou/et hétéroérotique, ou auto-calmante, mais aussi activité sociale, socialisée et socialisante, participant à l'évolution générale des arts plastiques et musicaux, reflets des modes et des idéologies contestataires ou conformistes. .. C'est dans ce dernier climat libertaire et humaniste que s'est épanouie la danse-thérapie,

associée aussi sans doute au développement du

«

corporéisme »,

cet investissement, voire cette culture, du corps contemporain. Mais qui dit thérapie dit communication: il ne suffit pas de s'agiter pour qu'un processus curatif s'enclenche. Preuve en sont les cas assez spectaculaires auxquels l'auteure fait allusion de danseurs célèbres qui finirent dans la psychose. La danse n'est donc pour le/la thérapeute pas un but mais un moyen, Il s'agit pour lui/elle d'établir et de gérer efficacement la danse comme un processus de communication, ou plutôt d'interaction entre le patient et lui/elle et éventuellement s'il s'agit d'un groupe, ce qui est souvent le cas, des patients entre eux. Jocelyne Vaysse nous introduit clairement dans cet univers interactif que constitue la séance de danse thérapie. Il y a d'abord le développement de l'auto-communication. Chacun communique naturellement avec son corps mais avec plus ou moins de facilités et d'inhibitions. Chacun a aussi son style, voire ses stéréotypes moteurs. Or, la pensée est liée à l'activité corporelle: sa mise en mots se fait par une mise en corps. La danse permet ainsi avec douceur et dans un climat sécurisant de faire l'expérience de nouvelles configurations motrices, on pourrait dire: pennet l'enrichissement de l'expérience énonciative, l'experiencing des auteurs anglophones. Elle permet aussi évidemment la consolidation de l'image de soi. Mais ces processus sont en même temps hétéro-communicatifs, car ils se font en présence d'autrui. Le regard bienveillant et encourageant de l'autre est un support essentiel de la consolidation du Soi. Mais

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la présence d'autrui n'agit pas que par son regard, elle agit aussi comme modèle effecteur. Des phénomènes d'échoïsation corporelle sont constamment à l' œuvre entre le corps du danseur et de son spectateur. L'analyseur corporel de chacun permet une empathie d'action et bientôt une empathie d'affect qui viennent compléter l' experiencing précédent. A cet égard on est frappé par les techniques très intéressantes, dites du «Mouvement Authentique», mises au point par Mary Whitehouse et Janet Adler, qui sont une démonstrative mise en œuvre de ces processus. Jocelyne Vaysse rappelle d'ailleurs que ces techniques trouvent un appui neuro-physiologique dans les travaux actuels sur les « neurones miroirs» et sur les représentations motrices partagées. Enfin bouger son corps dans un tel cadre c'est aussi remuer des affects et des souvenirs, il est donc indiqué que le/la thérapeute aide à cette émergence par des mises en mots et c'est ce qui est institué particulièrement dans les fins de séances où le groupe se transforme en groupe de paroles. Il ressort aussi de ce livre, que l'on peut qualifier de didactique, que la pratique de la danse-thérapie implique une solide formation à la fois psychologique et psychophysiologique, sans compter une souhaitable pratique personnelle de la danse... . Mais c'est ce qui permet de faire de la danse une véritable thérapie au-delà d'un agréable passe-temps. Et ce livre donne au lecteur envie d'entrer dans la danse et de profiter d'une si attrayante thérapie.

Jacques COSNIER
Ancien Vice-Président de la Société Internationale d'Etude du Geste Professeur Emérite des Universités en Psychologie des Communications Ancien Membre de la Société Psychanalytique de Paris

Lyon, Juin 2006

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Introduction

La danse est un art mouvementé... La danse et le mouvement thérapeutiques.. .

ont

des

ambitions

Cette position s'est progressivement développée dans le monde occidental au début du XXème siècle. Quelles sont les conditions qui ont permis cette implication de la danse, jusqu'à voir apparaître la danse-thérapie? La danse est art. Du point de vue historique et anthropologique, on connaît l'existence de la danse depuis les temps antiques et même préhistoriques, on reconnaît sa pérennité et sa richesse infinie: gravures rupestres des époques paléolithiques et néolithiques, basreliefs des temples égyptiens, motifs ornementaux des vases grecs antiques, textes védiques suggérant une origine divine de la danse exécutée par Shiva, sculptures de danseuses indiennes, annotations des ballets de cour, dessins de ballerines à la Degas, esquisses contemporaines non figuratives du mouvement dansé... , autant de témoignages picturaux et littéraires. Il faut bien s'interroger sur les raisons qui poussent les individus à danser. Aux fonctions ludiques, sociales, festives, -mystiques, contestataires, sublimatoires, peut-on ajouter une fonction thérapeutique? Est-ce alors une découverte, un détournement de la danse, une résurgence occidentale de certaines vertus soignantes oubliées ou encore réprimées au fil des siècles? Cette interrogation a pour corollaire de tenter une définition de la danse. Il est impossible qu'elle soit univoque, témoignant ainsi 10

des «poly-valences» de cet art. Elle peut s'orienter vers la reconnaissance de telle grammaire posturo-gestuelle qualifiant un style de danse, ou vers un état de corps - plus intérieur - que cela engendre, ou bien vers une préoccupation plutôt ésotérique, ou

encore plutôt humaniste. « La danse est un rapport de tous les
instants avec la vie et l'univers, une manière d'appréhender le quotidien pour que reculent la mort, la solitude, la nuit et le froid» dit D. Dupuy; « La danse a été inventée pour couvrir le bruit des mots inutiles» dit J .-C. Gallota, autre danseur-chorégraphe. La danse est l'art du corps en mouvement. Le mouvement dansé est par essence éphémère, sans cesse construit, déconstruit, reconstruit dans et par le corps, source de propositions chorégraphiques qui se développent dans le temps et dans l'espace avec de multiples déclinaisons énergétiques et esthétiques. De l'action musculo-articulaire à l'inscription émotionnelle glissée dans le mouvement, de la perfection technique à la transe libératoire, de la motricité libre au dépassement sublimatoire, le corps dansant satisfait par d'infinies modulations celui qui danse comme celui qui regarde. Une motivation personnelle et une tension tournée vers autrui sont à l'oeuvre dont les soubassements renvoient à la singularité du danseur / du patient, à ses traits psychologiques, à l'investissement de son corps. Le mouvement dansé est donc un mode d'expression et de relation pour le sujet dansant: Révèle-t-il son organisation psychomotrice? Qui serait lisible à son insu? Le mouvement est-il en soi signifiant ou peut-il n'être que « simple» action? A quelle palette le corps dansant va-t-il recourir:. expression brute des mouvements dansés, mise en scène dramaturgique, contrôle posturo-gestuel, stimulation de l'imaginaire en préférant les improvisations ou travail à partir de pas codés et d'un modèle imposé? Si le mouvement se prête à des méthodes d'analyse, si la technologie contemporaine en permet facilement la captation et les

Il

traitements numériques, est-ce utilisable dans une finalité thérapeutique? Quel est le corps convoqué au-delà de la motricité? Corps sensoriel, tonique, érogène, émotionnel, psychique, symbolique? On pense évidemment au corps des patients, mais le corps des danse-thérapeutes n'est-t-il pas également concerné? Le corps appartient aussi au monde du soin. Cela fait entrer en résonance la dynamique corporelle de la danse avec la rigueur de la thérapie. Des situations de rencontres, de superpositions, d'innovations, d'exclusions sont à explorer entre le champ de la danse et celui de la psychologie. Ces champs s'étendent du corps charnel au vécu du corps, du schéma corporel à l'Image du Corps, du corps mécanique aux images mentales du mouvement dansé, du corps biologique au corps métaphorique qui peut se conjuguer aux concepts universaux et archétypaux de Ihumanité. Ceci conduit à approfondir la pertinence d'une telle confrontation: le corps omniprésent se trouve en position d'instrument thérapeutique par le truchement de la danse mise, alors, en position de médiateur et d'espace transitionnel. Ces questions en appellent d'autres qui vont nourrir cet ouvrage. La danse proprement dite sera examinée dans ses grandes lignes pour présenter ses apports possibles et ses relations avec la thérapie. Car si le mot «danse» trouve ses racines dans le sanskrit « Tan» laissant à nouveau entrevoir l'immense parcours de cet art si universel et si diversifié, le terme « thérapie par la danse et le mouvement» (dance movement therapy) n'apparaît aux Etats-Unis que dans les années 1930 - 40, «danse-thérapie» étant la dénomination française plus tardive. Les chapitres successifs dresseront un panorama historique et actuel de la danse-thérapie (ou DT, qui sera l'abréviation utilisée) en Occident:

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- ses origines et ses « premiers pas»,
- les influences socio-culturelles et politiques qui contribueront à son développement, - la diversité de ses techniques et des pratiques, - les convergences théoriques liées à la communauté des processus psycho-dynamiques en jeu, - les dispositifs thérapeutiques et leur cadre de fonctionnement. Les différentes alliances retenues par les danse-thérapeutes elles-feux-mêmes pour accorder à la danse cette fonction nouvelle - thérapeutique - seront commentées. L'insertion de la DT au sein de l'arsenal thérapeutique habituel, sa position par rapport à l'artthérapie et à la psychomotricité (disciplines les plus proches de la DT) seront évoquées, ainsi que son intérêt vis-à-vis de certaines actions socio-éducatives ou socio-pédagogiques complémentaires de la thérapie. Face à des sujets en souffrance - atteintes mentales psychotiques, états-limites, troubles de l'organisation névrotique, pathologies psychosomatiques et somatiques, comportements d'addiction, maltraitance, difficultés socio-relationnelles... -, la DT cherche à bousculer la structuration psycho-corporelle défaillante, à stimuler les processus de changement, de créativité, d'empathie, de transfert... pour induire une transformation durable au niveau du Moi. Mais au-delà d'une pathologie avérée ou d'une problématique particulière, tout sujet désireux d'évoluer par un travail «d'affirmation de soi» ou de «développement personnel» vers un «mieux-être» peut aussi profiter d'une technique de DT appropriée. Par ailleurs, on discutera de la place, par rapport à la DT, des artistes-danseurs intervenant dans le champ de la thérapie auprès de malades cancéreux, sidéens, en fin de vie... revendiquant d'être non-thérapeute. Ces derniers aspects novateurs enrichissants ou conquérants m'ont amenée à distinguer: - ce qui relève de la « psychothérapie» proprement dite: ce sont les prises en charge articulées sur la mobilisation interne de processus psycho-dynamiques et sur la relation psychothérapique, médiatisées par la parole (psychothérapie verbale), par le

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comportement (psychothérapie comportementale), par le corps (psychothérapie à médiation corporelle) ; elles ne s'excluent pas entre elles, ni n'excluent les traitements médicamenteux (pharmacothérapie) , - ce qui dépend du « soin» : terme plus général qui peut englober les thérapies mais qui désigne communément les attitudes soignantes complémentaires. Elles participent à la guérison ou à l'amélioration de l'état de santé (soins curatifs) ; elles privilégient le soulagement des malades (soins de confort) jusqu'à l'accompagnement de fin de vie (soins palliatifs) ; elles maintiennent la santé en s'orientant vers la prévention avec certaines tâches ou activités à la limite du soin visant le « mieuxêtre» et le «bien-être» comme le suggère l'Organisation Mondiale de la Santé. Ainsi, l'art de la danse, le mouvement, le corps, les processus psycho-dynamiques, la relation patient - thérapeute s'intriquent et fondent la DT. Pour cela, le thérapeute / le formateur doit satisfaire certaines conditions qui seront argumentées: position personnelle clarifiée, références théoriques assimilées, mise en place d'un cadre pour le déroulement des séances, règles précisées aux participants / patients. Par ailleurs, face aux évolutions contemporaines, c'est certainement l'occasion pour les danse-thérapeutes de saisir des opportunités, dont celles d'obtenir un diplôme d'Etat qualifiant d'envergure européenne.
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Ce texte est aussi, au plan plus personnel, le résultat d'une passion pour la danse et d'un choix professionnel alliant la médecine et la psychologie facilitant la compréhension des phénomènes humains et leurs corollaires en matière de soins et de thérapie. Je précise d'emblée que les traitements médicamenteux prescrits pour endiguer un symptôme mental ou physique me sont très vite apparus aussi nécessaires qu'insuffisants car réducteurs

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lorsqu'ils perdent de vue le sujet. En fait, si cette première réaction médicale s'avère indispensable, voire vitale ainsi que je l'ai moimême constatée pendant le temps où j'ai exercé des fonctions de médecin somaticien et de réanimatrice, rien n'exclut la prise en compte du vécu du patient et ... des soignants. Ceci m'a donc incitée, au-delà des études médicales classiques, à reprendre des études en psychologie simultanément à une démarche psychanalytique personnelle, à aborder les principes éthologiques et interactionnistes de la communication non verbale et à considérer à côté des thérapies verbales les thérapies à médiation corporelle en préférant - sans hasard - celle utilisant la danse et le mouvement. La danse - pratiquée essentiellement au plan non professionnel m'a éloignée de la compétition et m'a laissée libre, tout en me conformant aux règles de telle ou telle technique, d'expérimenter les diverses sensations kinésiques, énergétiques, émotionnelles.... que procurent des types de danse parfois très variés (classique, claquettes, indienne, africaine, modemjazz que je pratique toujours) ainsi que d'explorer les bénéfices d'autres approches corporelles (massages, yoga, relaxation) au plan physique et mental. Des danse-thérapeutes confirmées françaises et anglo-saxonnes m'ont permis d'acquérir une formation à la danse-thérapie dont celle de l'Université Califomienne de Los Angeles (UCLA) (à une époque très antérieure aux actuels Diplômes d'Université ou D.U. et aux Mastères). Ainsi, de la danse à la thérapie, le corps inlassablement engagé corps global bien sûr - m'a paru être un infini terrain de réflexion profondément humaine, de mystères et de rencontres.
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Ce livre est une reprise du livre initialement paru en 1997 aux Editions Desclée de Brouwer (épuisé) dont l'écriture et le contenu ont été largement remaniés, actualisés et enrichis.

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J'espère par ce nouvel ouvrage aborder les diverses questions que soulèvent en général les étudiants et les professionnels du sport (STAPS), de la danse, de la psychologie et de la santé (psychomotricien, psychologue, psychiatre, art-thérapeute, ergothérapeute, infirmier, éducateur, danse-thérapeute clinicien et/ou pédagogue)... et à tous sujets souhaitant découvrir la DT. Le lecteur trouvera donc un texte plus documenté qui s'appuie sur mes lectures (surtout anglo-saxonnes par la force des choses, par manque de traductions et par la limitation de textes français), sur ma participation à de nombreux congrès, journées d'études, stages et groupes de formations, échanges professionnels, sur mes nombreux ateliers de DT en institution. Dans un souci didactique, les notions théoriques et les positions conceptuelles restent exposées avec éclectisme mais rigueur, explicitées par des vignettes cliniques et/ou pédagogiques qui illustrent concrètement les problématiques soulevées et le vécu des participants - patients, soignants, sujets en formation, formateurs -. Globalement, la danse-thérapie porte sur les potentialités humaines et leurs développements, sur les aptitudes révélées et/ou à (re)construire par les sujets en situation thérapeutique. Faire advenir ce qui peut / doit s'exprimer, livrer ce qui en résulte - via le corps dansant - aux apports croisés de l'art et de la réflexion psychologique et théorique, satisfaire les exigences qu'impose la thérapie, travailler sur soi et aller à la rencontre des autres, voilà l'essence de toute forme de danse-thérapie. Je vous invite maintenant à faire les « premiers pas».

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-1 Premiers pas

La pertinence et les audaces de quelques danseuses vont lancer les premiers pas de la DT, à partir d'une triple réflexion confrontant: - le domaine de la danse qui est en passe d'accorder à celle-ci une fonction inédite, - le domaine de la thérapie qui constate la pauvreté des offres de soin, en particulier dans l'univers psychiatrique, - le domaine de la psychologie qui connaît le développement de ses nouvelles théories.

Un regard inédit sur la danse et sur le corps en souffrance Marian Chace témoigne dans ses écrits (Chaiklin 1975, Sandel 1993) de la mutation progressive de son regard alors qu'elle donnait un cours de danse en tant que professeur dans l'école qu'elle a fondée: «En observant le mode non verbal communicationnel des sujets qui prenaient leurs premiers cours de danse, je commençais à comprendre et à percevoir les besoins pour lesquels ils demandaient de l'aide. Au lieu de m'en sentir dépitée, j'essayais au contraire d'empathiser avec eux en tant qu'individus... . Mon enseignement était à l'évidence entrain de se modifier. Inconsciemment, l'intérêt et l'attention que j'accordais à tous mes élèves se transfonnaient en l'apport d'un soutien offert à des individus aussi bien qu'à des danseurs». Cette scène se passe en 1930, à Washington (city), Etats-Unis. 18

Il est donc question d'observations autant que de leçons, de communication non verbale autant que de danse, de sujets autant que d'élèves-danseurs, de sentiment d'empathie autant que d'exigences sur la technique; toute orientation inattendue, dont Marian Chace prend conscience au long des années 30. Les années 40 lui serviront à élaborer ce qui deviendra progressivement la DT. Marian Chace est pour cela toujours reconnue comme « The Grande Dame - The Mother of Us ALINotre Mère à Toutes/Tous, Danse-Thérapeutes». Marian Chace est donc d'abord une danseuse rompue à la danse classique puis moderne. Elle est élève à l'école d'art Denishawn dont on verra la particularité idéologique encadrant l'apprentissage de la danse (cf chapitre 2). En tant que professeur, elle évolue vers un enseignement d'un style nouveau et elle s'intéresse simultanément au monde du handicap. En 1940, elle démarre bénévolement pour des enfants perturbés, caractériels, des classes qui semblent plus apparentées à des interventions éducatives qu'à des cours de danse. Mais conjointement elle propose au personnel de cette institution des groupes de danse traditionnelle. Rien n'est encore déclaré comme ayant une action soignante par la danse ni directement avec les enfants, ni indirectement avec le personnel. Elle poursuit son activité sur ce double registre éducatif et chorégraphique pendant plusieurs années qui sont peut-être le temps nécessaire à une maturation pour faire avancer la danse en direction de la thérapie. En effet, elle met en place un groupe de « dance action» avec les employés de la Croix Rouge avec qui elle travaille. Elle dirige également un groupe de « dance for communication» avec les malades de Ihôpital Sainte Elisabeth. Ces diverses activités se déroulent à Washington où elle s'établit définitivement à partir de 1942. Ainsi, de la danse « simple», elle est passée à la notion d'action et de communication par la danse ou encore à la perception d'un corps dansant et communicant, remarques propices à l'avènement de la DT.

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En 1946, alors âgée de 50 ans, elle devient « danse-thérapeute»
dans une Clinique Psychiatrique (Chestnut Lodge) à Washington où elle exercera pendant plus de 20 ans. Pour mieux mesurer la portée de cette aventure exemplaire qui positionne le corps en médiateur thérapeutique, il faut souligner que ce même corps est par ailleurs, à cette époque, particulièrement neutralisé et même endommagé (involontairement) par des soins visant à contrôler les symptômes invalidants présentés par les patients. Car la psychiatrie n'est alors qu'à l'aube des connaissances scientifiques concernant le système nerveux central et les dérèglements biologiques de I'humeur et du mental. Les traitements par les médicaments psychotropes que sont les neuroleptiques, les anxiolytiques et les anti-dépresseurs, actuellement utilisés de manière courante et massive pour réduire les symptômes (délire, dépression, excitation, accès d'angoisse, comportements désadaptés, violents... ) sont encore inexistants. On doit, par exemple, à l'écrivain américain Scott Fitzgerald, dont la femme Zelda a du être hospitalisée de nombreuses fois pour un état psychotique et dysthymique, ce témoignage. Il illustre l'atmosphère qui régnait dans les hôpitaux psychiatriques lorsqu'il fallait dominer les phases critiques, faute d'induire un réel apaisement grâce aux neuroleptiques. On mesurera encore mieux l'audace et le dévouement qu'il fallait à des danseuses pour croire en le potentiel positif de ces patients, pour imposer la danse à visée thérapeutique à côté des soins «traditionnels» et de l'attention que les soignants portaient à leurs patients. «Les hôpitaux psychiatriques publics sont surpeuplés, certains patients doivent dormir dans la cave et les couloirs». « Les patients les plus atteints habitaient des cellules obscures aux murs matelassés, où on leur passait la camisole de force pour la nuit. Nombre de ces institutions étaient des endroits oppressants, peuplés de schizophrènes chroniques qu'on entreposait plutôt qu'on ne les soignait». La cure de sommeil était induite par divers mélanges pouvant contenir du bromure de chloral, de la morphine, de l'alcool, des barbituriques, de la digitaline, de l'éphédrine, dilués 20

dans de l'eau, administrés par voie rectale. Les patients donnaient

deux semaines, plongés dans une narcose prolongée. « On ne les
réveillait que pour les faire manger et purger leurs vessies et intestins. .. par des lavements». Cette méthode était l'avatar des
«

cures de repos du XIXème siècle qui visaient à régénérer les

systèmes nerveux épuisés, ... elle réussissait à diminuer l'angoisse et amenait un soulagement temporaire. On recourait aussi au coma insulinique hypoglycémique (dite cure de Sakel, largement prescrite dans les années 1930 - 1950) et aux injections de

métrazol provoquant de fortes convulsions. « Après la piqûre, les
patients avaient l'impression que leur tête explosait et recevaient une piqûre intraveineuse de penthotal (anesthésique) pour contrer les auras sensorielles qui les terrifiaient, suscitant au bout de plusieurs semaines des troubles de la mémoire mais une amélioration symptomatique plus ou moins durable» (Taylor 2002) . Par ailleurs, en complément ou en substitution de ces

traitements, on recourait à l'hydrothérapie ou à la

«

douche à la

Charcot» comme technique sédative éprouvée dans les hôpitaux

français depuis 1890. Cela consistait en « un jet d'eau froide sur la
colonne vertébrale de façon à frapper la structure neuro-vasculaire et à stimuler les centres nerveux contrôlant les fonctions corporelles». En 1930, les hôpitaux anglo-saxons l'utilisaient ordinairement, proposant une grande variété de thérapies par

l'eau:

«

immersions continues en baignoire, aspersions par tuyaux

d'arrosage, cabines de vapeur, douches et bains froids ou chauds, cette thermothérapie induisant une montée de la température censée améliorer les symptômes schizophréniques» (Taylor 2002). Ce n'est que dans les années 50 que les premiers balbutiements en matière de prescriptions de psychotropes voient le jour. Précisons qu'ils n'agissent de toute façon que sur les symptômes et non sur la structure psychique du sujet (psychose, névrose, étatlimite). Simultanément, les approches psychothérapiques se développent et se fonnalisent sous la fonne d'ergothérapie, de psychodrame, d ' art-thérapie.

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Une comédie musicale inattendue thérapeutique

et une nouvelle alliance

C'est dans ce contexte ordinaire de soins en psychiatrie que prennent place les initiatives de Marian Chace. Voici le couplet d'une chanson qui est écrit et entonné par des malades mentaux:
«

J'entends des voix et il n'y a personne (hallucinations

auditives) J'ai des visions (hallucinations visuelles) Je me demande pourquoi je suis inhibé, intimidé La schizophrénie est nouvelle pour moi J'ai une double personnalité Les docteurs disent qu'une seule me suffit... ». Ces paroles étonnantes émanent d'un groupe de patients qui avaient participé antérieurement à une session apparentée à la DT avec Marian Chace, menée à l'hôpital psychiatrique Sainte Elisabeth. Ils ont eux-mêmes l'idée de faire une parodie de leur service et de leurs propres symptômes. Marian Chace se dit surprise et accède finalement à leur demande. Elle ne fait alors que les guider jusqu'à la réalisation de leur projet après avoir obtenu l'accord et l'aide enthousiaste des soignants du service et la participation de l'administration. C'est ainsi que se monte progressivement une sorte de comédie musicale à caractère satirique (Sandel et al 1993).

Le spectacle, intitulé « Hôtel Sainte Elisabeth», dépeint la vie
du «Washington S finest resort», c'est à dire du «meilleur complexe hôtelier de loisir de Washington!», transposant de manière émouvante et moqueuse la vie hospitalière de l'époque. Différentes scènes se succèdent, présentées par «Miss Schizophrénie» et « Miss Rêve» : - L'on y chante sur de joyeux airs populaires en vogue et l'on y danse pendant cinq actes. - Une patiente exécute un tango avec pour partenaire un jeune homme particulièrement inhibé, la danse les obligeant à dépasser

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leurs mutuelles difficultés relationnelles. Les chorégraphies de groupe s'inventent et s'organisent. «Miss Rêve» propose un scénario burlesque se déroulant sur la plage de Waikiki (Honolulu, lIes Hawaï) et quelques patients suggèrent un accompagnement exotique au tam-tam. - Le dortoir, si pénible à cause du manque d'intimité, est devenu un boudoir luxueux où se nouent des intrigues. La cafétéria bruyante s'est métamorphosée en night-club et les tenues hospitalières servent de déguisements drôles. - La réalisation scénique mobilise les autres soignants : il faut peindre des décors, coudre des costumes... , la table de ping pong et les recoins de la salle de soins font rapidement office de plans de travail. Pour introduire une rupture entre les scènes relevant de la réalité quotidienne et les séquences fantaisistes de la comédie, la « troupe» a voulu un cadre théâtral. La démarcation est fournie par l'art-thérapeute assistée de patients en fabriquant « un nuage qui, quand il est allumé, semble flotter dans l'air», complété par des dessins-décors rappelant visuellement le contexte satirique. - Si bien que, conclut Marian Chace, « le bâtiment entier devint une thérapie 'occupationnelle' . Voire, tout Ihôpital se trouva impliqué». Le spectacle est prêt en quelques mois. La base de ce travail, bien que ludique, est la reconnaissance par les malades eux-mêmes de leur handicap et de leur souffrance. Leur prise de conscience même partielle et leur capacité expressive ont été rendues possibles par des groupes de travail préalables pour monter la comédie musicale. Celle-ci met donc en scène, en danse et en chanson, leurs symptômes dont les hallucinations, leur détresse et leur colère d'être dépendants de Ihôpital mais aussi leurs espoirs, leurs aptitudes à se rencontrer dès lors qu'ils sont enclins à communiquer. Les patients du groupe, opérant une sorte de mise à distance vis à vis d'eux-mêmes, «devinrent très critiques, comme des professionnels», précise Marian Chace qui insiste sur la dimension non pas tant occupationnelle (c'était le terme consacré) que soignante de cette activité tout à fait inédite. Cette sorte de drama-thérapie (drama-therapy) n'est d'ailleurs pas la seule réalisation créative de ce genre puisqu'il y a eu « Cri

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de l 'humanité / Cry of Humanity», pièce traitant des troubles mentaux et des problèmes sociaux. Il faut aussi évoquer les animations chantées et dansées pour les messes de Noël; la mise en scène de la biographie de Sainte Elisabeth, entièrement créée par les patients sur des musiques du Moyen-Age trouvées avec l'aide de la musico-thérapeute (Sandel et al 1993). Ce travail, où la danse est très présente, est rapporté car il pointe un état d'esprit particulièrement novateur et humanisant au sein d'un arsenal thérapeutique lourd. Marian Chace s'adresse à la partie disponible et mobilisable des patients, sans pour autant nier une pathologie mentale soumise à une autre approche. Il y a, de plus, l'instauration d'une prise en charge interactive conjuguant les efforts des divers soignants et la participation des patients. C'est s'éloigner complètement des décisions thérapeutiques symptômatiques, basées sur une vision déficitaire du patient, au profit d'une valorisation de ses potentialités.

La danse-thérapie, technique d'avant-garde? inaugurale» avec Marian Chace

La «leçon

Dans la décennie 1930 - 40, Marian Chace, dotée d'une ouverture d'esprit peu commune, voire révolutionnaire pour l'époque, contourne la barrière de la maladie mentale. Elle met en place progressivement sa technique de DT, de manière intuitive, en étant très à l'écoute des patients, pour percevoir, en-deçà du verbal, leurs blocages personnels et leurs ressources, à partir des qualités communicationnelles que possède le corps. Cette perception affinée du corps d'autrui passe d'abord, pour elle, par la connaissance de son propre corps, par le biais de son type particulier de formation en danse à l'école Denishawn. Regards dépaysants, stimulants, décalés, qui pourraient être encore d'actualité...

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Voici, de manière concrète, comment Marian Chace s'y prend pour rassembler les patients et mener une séance de DT pendant une demi-heure à une heure. Il ne s'agit pas d'une séancetype dans la mesure où sa pratique s'étend sur de nombreuses années et qu'elle s'efforçait de l'adapter aux conditions hospitalières ainsi qu'à l'état des patients. Le témoignage de la jeune Janet Adler (on la retrouvera avec le Mouvement Authentique, cf chapitre 3), qui assistait Marian

Chace à l'hôpital Sainte Elisabeth, nous apprend:

«

Elle travaillait

dans une salle au sous-sol à côté de la chaufferie, une indication du manque de respect des administrateurs à l'égard de la dansethérapie à cette époque. Elle visitait aussi de nombreux quartiers et cours intérieures chaque jour, travaillant avec des patients trop malades pour quitter le sol». Et encore: « Quand nous devions quitter notre salle, je déplaçais un phonographe de quartiers en quartiers, très lourd, mais je m'en moquais tellement j'étais émue d'être là. ... Les infirmières déverrouillaient les quartiers en enfilade jusqu'à parvenir à celui des patient(e)s les plus atteint(e)s. Beaucoup n'étaient pas vêtu(e)s, la plupart ne parlait pas. Ils/Elles étaient appuyé(e)s contre un mur dans des positions bizarres, totalement absorbé(e)s dans leur monde intérieur. Alors, Marian me demandait 'une valse' ou 'une polka' et je courais au phonographe choisir le disque pendant que, magiquement, elle faisait lever ces personnes et les rassemblait en un cercle. Lentement, les patient(e)s se mettaient à taper des pieds, à claquer des mains, à bouger. Nous installions un rythme ou un son ou une émotion à l'unisson, alors ils/elles pouvaient s'exprimer, pleurer, crier. Je me souviens de la fois où une femme leva passionnément son poing en répétant: pourquoi? Sa plainte faisait écho dans les voix et les corps de ceux/celles qui l'entouraient. Au bout de trente minutes, les infirmières revenaient, refermaient les quartiers alors que nous quittions les lieux, les patient(e)s retournant dans un lent mouvement vers leur monde familier où ils vivaient depuis des décennies» (Pallaro 1999). Avec des patients plus adaptés, les grandes lignes guidant le déroulement des séances sont les suivantes (Sandel et al 1993) :

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- Marian Chace facilite le démarrage par un échauffement pour rendre le corps et ses différentes parties sensibles et pour les ouvrir à d'autres possibilités a priori à dévoiler. - Elle utilise la musique qui, en procurant rythme et mélodie, favorise l'induction du mouvement qui va s'amplifier, se déployer dans l'espace, s'enrichir et se danser. - Les évolutions du groupe en cercle - dont elle sait le caractère sacré - sont préférées car cela forme une chaîne de communication sans début ni fin et donc sans hiatus, les patients pouvant rester à l'extérieur de la ronde, y entrer ou en sortir quand ils le souhaitent sans désorganiser l'ensemble, introduisant librement des modulations (s'agrandir, se resserer, se déformer.. .) sans que jamais il n'y ait perte de contact. Beaucoup de figures autres que le cercle sont possibles. - Elle encourage particulièrement les improvisations, recourant, si besoin et de manière assez informelle, à des interventions verbales et motrices. Elle favorise par des évocations imagées - fleurs, arbres, animaux - des jaillissements dansés inattendus, des réactions émotionnelles et idéiques, exprimant un jour, à l'insu conscient du patient, des souffrances intérieures et des représentations mentales affectées, distordues ou isolées. - Elle reprend certaines actions des patients non pas sur le mode de l'imitation mais sur celui de réponses en mouvement en les incitant à poursuivre. - Elle peut aussi demander aux patients à devenir momentanément leader du groupe à tour de rôle (en les aidant), ce qui rend cet exercice narcissiquement valorisant. - La séance se termine par des mouvements communs, faciles, susceptibles de donner à chacun et au groupe un sentiment de cohésion et de solidarité. - La verbalisation est facultative, informelle et chaleureuse. Le but de Marian Chace est de chercher à déclencher et/ou à renforcer des effets d'unification et d harmonisation intracorporels même ténus, des sensations de mieux-être et de réconfort durables jusqu'à la séance suivante. Les comportements aberrants générés par la pathologie mentale comme la prégnance 26