Le hard bop, au coeur du jazz moderne

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Griffin, Hancock, Hill, Watkins, Clarke, Blakey, Coltrane et bien d'autres, ces musiciens de jazz de quatre cités des Etats-Unis ont été, avec ceux de New York, les créateurs du hard bop. Ce livre nous présente ces musiciens, leur production et souligne, plus particulièrement les avancées en matière de tonalité et de polyrythmie.
Publié le : dimanche 1 février 2009
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EAN13 : 9782296215153
Nombre de pages : 148
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LE HARD BOP, AU CŒUR DU JAZZ MODERNE

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07349-4 EAN : 9782296073494

Roland GUILLON

LE HARD BOP, AU CŒUR DU JAZZ MODERNE
De Chicago, Detroit, Pittsburgh, Philadelphie à New York

L'Harmattan

à Catherine

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage

est une version

actualisée

et augmentée

d'une

étude - Le jazz de quatre cités,hard boppersde Chicago,Detroit, Pittsburgh et Philadelphie - que nous avions publiée en 2001, après notre premier essai sur le hard bop, u hard bop, un J'tyledejaZi> paru en 1999. Celui-ci nous avait sensibilisé au fait que nombre de musiciens importants de ce style, avant de converger sur N ew York, étaient originaires de quatre grandes cités du nord-est des Etats-Unis: Chicago, Detroit, Pittsburgh et Philadelphie. Nous avions choisi de revenir sur cet aspect et de le développer, pour dégager les spécificités individuelles et collectives de ces musiciens. L'empreinte des musiciens des quatre cités sur le hard bop est attestée à travers différentes formes de collaborations musicales. Elle repose sur des fondements historiques et une dynamique sociologique de réseaux de la communauté noire de chaque ville. Dynamique sociale et musicale largement polarisée sur l'apprentissage et la célébration du blues et du gospel. Mais elle a aussi été renforcée par des liens avec les musiciens de N ew York que nous évoquerons. Le hard bop est bien l'une des formes de jazz moderne les plus créatives, car il constitue un passage vers cette musique plus audacieuse sur les plans harmonique et rythmique qu'ont voulu incarner les adeptes du free jazz. Et, c'est cette dynamique que nous avions abordée dans notre dernier essai, La New Wave, unjazz de l'entredeux, paru en 2006. Nous nous efforcerons donc, dans ce nouvel ouvrage, de marquer la contribution des musiciens de ces quatre cités à toutes ces formes du jazz moderne en symbiose avec ceux de New York.

INTRODUCTION

LE HARD BOP DE QUATRE CITÉS AU CŒUR DU JAZZ MODERNE

Le hard bop est un style de jazz de la période des annees cinquante et soixante. Par style de jazz, nous entendons un ensemble d'éléments harmoniques, mélodiques et rythmiques qui constituent une approche spécifique du genre musical qu'est le jazz. Une telle spécificité est inscrite dans une histoire. Elle marque à la fois des continuités et des ruptures avec d'autres styles. Le hard bop s'inscrit entre le be bop et le free jazz. Par rapport au premier, il accentue les références harmoniques au blues1 et au gospel, tout en tablant sur l'intensité sonore, les dissonances et les changements de rythme. Mais en même temps, contrairement au free jazz, il maintient le swing2. Le free jazz ou jazz libéré repose sur différents principes. Les uns remettent en cause plusieurs constantes ou fondamentaux du jazz - swing, régularité de tempo, trame harmonique - qui sont jugés par les adeptes de ce courant comme trop contraignants, voire dépassés. Les autres correspondent à une exacerbation de plusieurs autres éléments - déjà accentués par le hard bop - comme les dissonances, l'intensité sonore ou la polyrythmie.
1 Le blues est unc forme de folklore chanté à l'origine par les Noirs américains dont les caractéristiques ont été reprises dans la musique de jazz: une structurc dc base de douze mesures, un infléchissement des notes d'un demi-ton ~ les blue notes - aux troisième, cinquième et septième degrés de la gamme tonique en mode mineur ou majeur. 2 Balancement d'un temps vers l'autre produisant un effet d'alternance cntre tcnsion et détente.

Cette forme de jazz montera en puissance chez une partie des jazzmen pour culn:Uner vers la fin des années soixante, et retomber ensuite en audience. Le hard bop a été initié, le plus souvent, par des musiciens natifs et formés à New York. Mais ceux-ci ont été rejoints, dans cette ville, par d'autres instrumentistes pratiquant le même style, qui étaient issus de quatre cités du nord-est des Etats-Unis: Chicago, Detroit, Pittsburgh et Philadelphie. Soit autant de creusets musicaux formant chacun une entité. On rappellera, pour chacun d'entre eux, le contexte général de la ville. Plusieurs de ces cités ont été un terrain particulièrement propice à l'émergence de deux couches sociales chez les Noirs, une couche populaire et une petite bourgeoisie, dont sont issus les jazzmen. Cette petite bourgeoisie montrait son attachement à sa culture communautaire, religieuse et musicale. Elle favorisait aussi la formation scolaire de ses enfants. Celle-ci s'opérait dans le cadre d'établissements d'enseignement secondaire et supérieur que la ségrégation réservait aux Noirs. On évoquera d'abord les musiciens qui ont fondé les bases du jazz moderne dans chaque cité. Musiciens de jazz classique et animateurs de la rénovation jazziste que fut le be bop. On abordera ensuite, plus spécifiquement, les trois catégories de musiciens qui nous intéressent: les hard boppers, les transfuges et les héritiers. Les hard boppers sont les spécialistes de ce style ainsi que, bien souvent, les adeptes de styles connexes comme le funky, le soul et le jazz modal, dont les frontières ne furent pas étanches sur une période de créativité qui ne couvrit qu'une quinzaine d'années (19501965). Le funky et le soul sont deux formes de jazz dont les harmonies sont dérivées de celles d'un blues auquel les hard boppers ont été sensibilisés dès leur plus jeune âge. D'abord dans leur cadre familial, et notamment en suivant les offices religieux d'une paroisse, avant de le pratiquer dans un cadre scolaire ou celui d'un orchestre local. L'usage du terme funky a précédé celui du soul. Mais, c'est par rapport à la généralisation du second, au sein de la communauté noire, que le sens de funky s'est resserré chez les critiques, pour désigner le caractère accentué et expressionniste dans la manière de jouer les harmonies et le rythme du blues. Le jazz modal désigne un traitement

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particulier de l'harmonie et de la mélodie3. Ce sont notamment des hard boppers comme le saxophoniste Yusef Lateef, le trompettiste Miles Davis, le saxophoniste John Coltrane et le pianiste McCoy Tyner qui ont développé cette approche. Et ils seront suivis par un nombre croissant d'instrumentistes qui pratiqueront dans des proportions variables cette coloration modale, constitutive d'un hard bop modal. Certains musiciens quitteront même le hard bop pour franchir les frontières de l'atonalité4. Pour chaque ville, nous évoquerons les principaux musiciens, en les regroupant par instrument. Nous les présenterons sans aucune hiérarchisation, afin de mieux marquer la diversité de cette libération musicale qu'a assumée le hard bop. Notamment, pour des instrumentistes comme les contrebassistes et les batteurs qui avaient trop souvent été cantonnés dans un rôle d'accompagnateurs par les styles de jazz antérieurs.

Les contrebassistes hard bop ont deux chefs de file, Charles Mingus (1922-1979), originaire de Californie, et Percy Heath (19232005), qui vient de Philadelphie. Il faut rappeler aussi que le fondateur du jeu moderne de contrebasse fut Jimmy Blanton (1918-1942), et qu'un musicien a représenté le maillon entre celui-ci et les deux autres, Ray Brown (1926-2002), musicien de Pittsburgh, qui fit quelques incursions dans Ie hard bop. Les batteurs sont présents avec deux grandes figures de Pittsburgh, Kenny Clarke (1914-1985) et Art Blakey (1919-1990). Le premier est l'inventeur du jeu moderne de batterie. Et le second, avec le New-yorkais Max Roach (1925-2007), l'un des leaders de la batterie hard bop. Un autre novateur vient de Detroit, Elvin Jones (19272004), dont le jeu repoussera les limites de la batterie moderne.
3 Approche de l'harmonie et de la mélodie suivant d'autres gammes (lue celles dont la tonique (note fondamentale) est en majeur ou en mineur. Ce qui correspond à d'autres échelles de tons et demi-tons. 4 Système musical selon lequel les douze tons de la gamme sont tenus comme ayant une valeur égale. Lorsqu'on parle nombre de musiciens ancrés dans improvisations ont bouleversé ou normalement constituée de douze quarts de ton, par exemple. d'atonalité, c'est aussi pour souligner le fait que une musique modale et donc tonale dans leurs réduit les intervalles de l'échelle chromatique demi-tons - pour des micro-intervalles jusqu'aux
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Les pianistes hard bop sont nombreux dans ces villes. Ce sont, pour la plupart, des disciples du New-yorkais Bud Powell (19241966), et, dans une moindre mesure, ceux d'un autre New-yorkais, Thelonious Monk (1917-1982). Ils sont aussi redevables aux musiciens de jazz classique comme Edward Duke Ellington (18991974) et William Count Basie (1904-1984). On y retrouve, notamment, quatre créateurs comme les Chicagoans Herbie Hancock et Andrew Hill (1937-2007), Ahmad Jamal, originaire de Pittsburgh, et McCoy Tyner, de Philadelphie. Les saxophonistes ténors, disciples de Coleman Hawkins (1901-1969) et de Lester Young (1909-1959), ainsi que les altistes, disciples de Charlie Parker (1920-1955), sont fortement présents dans chacune de ces villes. On insistera particulièrement sur l'école de Philadelphie d'où a émergé la stature du ténor John Coltrane (19261967). Les trompettistes, disciples de John Birks Gillespie (19171993) et de Miles Davis (1926-1991), tous deux co fondateurs du be bop et du hard bop, sont aussi très représentatifs de ces cités, avec deux leaders: Donald Byrd de Detroit et Lee Morgan (1938-1972), de Philadelphie. On ajoutera à ces musiciens d'autres instrumentistes: les trombonistes, les organistes, les guitaristes et les vibraphonistes. Pour tous ces musiciens, que l'on introduira selon l'importance que représente leur instrument dans la réputation musicale de chaque ville, on reviendra sur les principaux traits de leur biographie. Les uns concernent les conditions de leur formation musicale, leurs débuts professionnels, et ce moment stimulant qu'a été leur venue à New York. Ils sont significatifs des réseaux de relations tissés entre musiciens. Les autres sont leurs prestations discographiques pour des labels dont les plus fameux sont situés à N ew York, Blue note, RJ'veside, tlantic et Impulse. Chicago, seule, fait A exception avec plusieurs labels locaux comme Chess, Vee Iqy, Delmark Records,ou Saturn.
On évoquera aussi deux autres catégories de musiciens: les transfuges et les héritiers. Les transfuges sont les musiciens formés sur les bases du hard bop qui ont rejoint d'autres styles comme le free

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