Les musiciens juifs en Iran aux XIXè et XXè siècles

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L'auteur étudie la présence des musiciens juifs en Iran et leur contribution à la sauvegarde de la musique traditionnelle, qui est une réalité reconnue par la plupart des Iraniens. Leur présence a été telle qu'on a parlé de caste de musiciens juifs. Pourquoi les juifs ont-ils occupé une telle position dans la société iranienne ? Quelle a été leur histoire pour qu'ils aient occupé une place aussi importante dans la vie musicale persane ?
Publié le : jeudi 1 juin 2006
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EAN13 : 9782336276977
Nombre de pages : 176
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LES MUSICIENS JUIFS EN IRAN

www.1ibrairieharmattan.com Harmattan! @wanadoo.fr diffusion. harmattan @wanadoo.fr @- L'HARMATTAN, 2006 ISBN: 2-296-00908-5 EPùN:9782296009080

Alain CHAOULLI

LES MUSICIENS JUIFS EN IRAN
aux XIX et .Kr siècles

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
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Note de l'auteur
Ce livre est issu d'un sujet de thèse: Les musiciens juifs en Iran aux XIX! et U siècles et leur contribution à la sauvegarde du patrimoine musical iranien, Etudes iraniennes, Sorbonne Nouvelle, Paris, 2002.

Les références bibliographiques ont été reportées en fin de livre. Seuls les auteurs (persans, anglais, français) et les titres ont été placés dans le texte.

Pour permettre une meilleure compréhension de l'histoire des musiciens et leur pratique musicale, il a été ajouté: -Une chronologie des évènements importants qui ont marqué les XIXe et XXe siècles en Iran. -Quelques définitions simples sur la musique persane. -Une présentation des principaux instruments de musique traditionnelle iranienne utilisés par les musiciens.

Chronologie
Pour comprendre la présence des musiciens juifs en Iran, il a paru nécessaire de présenter la chronologie d'une partie de I'histoire concernant les juifs en Iran, sur la période du XIXe et du XXe siècle. 1891-1892: Le grand mouvement de protestation contre la concession du commerce du tabac à une société anglaise met l'accent sur la puissance de la hiérarchie religieuse. Persécution des Juifs, qui doivent respecter des règlements stricts (au nombre de 22). En particulier, port obligatoire de l'insigne "Juif', de couleur jaune ou rose, décrété par l'autorité religieuse de la ville de Hamadân. Cette obligation sera reprise par les religieux des autres villes de l'Iran, en particulier Téhéran, en 1891. 1848-1896 : Règne de Nâser od-Din Shâh. Aimant la musique, le chant, la poésie et la peinture, il permet l'essor de nombreux artistes. Zohré, Minâ, Zâqi, Reyhân, Malikhâ sont les musiciennes juives au service du Roi. Hoseyn Qoli, Darvish Khân sont les musiciens musulmans de cette période. Ce mouvement vers le renouveau de la musique sera poursuivi par son fils Mozaffar od-Din Shâh. 1898: Musâ Khân Kâshâni Kalimi, joueur de kamânche, faisait partie des groupes de musiciens de Nâser od-Din Shâh. Il améliore la conception du kamânche. 1875-1945 : Rahim Qânuni Shirâzi a réintroduit Ie qânun en Iran. C'est lui qui mélangea les "radif' iraniens avec la technique musicale arabe, en évitant l'influence de la musique arabe. 1848-1896 : Décret de Mozaffar od-Din Shâh : "Interdiction absolue de tout acte d'hostilité à l'encontre des Juifs. Les

contrevenants accalmie.

seront sévèrement punis". Il s'ensuit une

1898: Arrivée de l'Alliance Israélite Universelle en Iran. Ouverture de la première école de l'Alliance à Téhéran. 1900 : Naissance de Mortezâ Neydâvud, qui sera considéré comme le dernier des grands musiciens de la musique traditionnelle iranienne du XXe siècle. 1906: La Révolution Constitutionnelle accorde la liberté d'expression et donne une place officielle à la musique. Darvish Khân inaugure les trois ordres pour la succession des mouvements dans l' orchestration. 1928 : Présentation du nouveau code civil basé sur la charia et une conception plus moderne du statut personnel. 1934-1935 : Création de l'Université de Téhéran. 1936 : Les tribunaux religieux sont abolis. 1925-1941 : Sous le règne du nouveau souverain, Rezâ Shâh, processus de modernisation et centralisation de l'Etat. Les femmes doivent abandonner le chador, sous peine de sanctions, à partir de 1936. Autorisation accordée aux minorités, en particulier aux Juifs, de s'installer librement dans les différents quartiers de Téhéran. 1951 : Pour la première fois dans l'histoire du Moyen-Orient, un pays producteur, l'Iran, nationalise son pétrole. 1953: Le dirigeant du mouvement national, le Premier ministre Mohammad Mosaddeq, est renversé par un coup d'Etat monarchiste par la CIA. Restauration de la monarchie. 10

1962-1963 : Sous la pression des Etats-Unis, le Shâh lance un programme de modernisation, la "Révolution Blanche", qui comporte une réforme agraire et sociale: l'objectif de la première est d'accroître la centralisation du pouvoir; la seconde octroie le droit de vote aux femmes et crée un enseignement de masse. La hiérarchie religieuse marque son opposition. 1967 : Le Parlement adopte la loi de protection de la famille, révisée en 1975. Elle impose l'accord de l'épouse comme condition à la polygamie, permet à la femme de demander le divorce, donne au tribunal le droit de décider à qui revient la garde des enfants et fixe un âge minimum du mariage (18 ans pour les garçons et 15 ans pour les filles). 1e avril 1979 : Proclamation de la République Islamique d'Iran
par Khomeyni.

1990: Mort de Mortezâ Neydâvud en Californie. Il a été enterré le 2 Août 1990 dans le cimetière juif "Home of Peace Cemetery" de Los Angeles en présence du grand Rabbin Gerald Raiskin.

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Quelques mots sur la musique instruments de musique
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La musique traditionnelle persane est une musique modale, c'est-à-dire qui possède différentes échelles harmoniques. Cette musique se caractérise par des radif, qui sont composés des dastgâh et des gushé. Dastgâh : c'est un système composé de figures modales. La musique persane est basée essentiellement sur sept systèmes principaux qui sont les dastgâh ou modes principaux. Chaque dastgâh comprend quatre parties: I-pishdarâmad (ouvertures) 2-Douze systèmes modaux essentiels, les douze âvâz ou maqâm 3-tasnif (chansons) 4-reng (danses-rythmes) âvâz : se compose d'un nombre variable de séquences mélodiques plus ou moins brèves, qui sont les gushé et qui se succèdent dans un certain ordre appelé radif. Gushé : ils forment les modèles mélodiques. Maqâm : il représente le type modal de la mélodie.

Quelques noms d'instruments

de musique

D'une manière globale, les instruments de musique traditionnelle iranienne sont composés en instruments à percussion (comme le zarb ou tombak et le daj), instruments à corde (comme le târ, le setâr, le cud, le qânun (pincé), le

kamânche (frotté) ou le santur (frappé) et les instruments à vent (comme le ney). Zarb ou tombak : Instrument à percussion, il est conçu avec une caisse faite en terre ou en bois et plus tard en métal, recouverte d'une peau de chèvre ou d'agneau. Actuellement, il est fait d'une seule pièce de bois (mûrier ou noyer). Le tombak permet une très grande variété de timbres obtenus aussi bien sur la membrane que sur la caisse (sur le bord, le long des rainures). De nombreux roulements et ornements traduisent les innombrables possibilités de l'instrument, qui peut même produire des effets mélodiques grâce aux diverses hauteurs de son obtenues par des pressions sur différents points de la peau en cours de jeu. Avec le târ, c'est l'un des instruments les plus répandus en Iran. Il est utilisé soi en solo, soit en orchestre. DaI: C'est un anneau en bois, circulaire, recouvert de peau et de dimensions variables. Cet instrument à percussion est utilisé soi en solo, soit en orchestre. Târ : La définition de târ est fil de corde. En bois de mûrier, sa forme rappelle celle de la guitare, mais son manche est plus long, la caisse de résonance plus petite et de forme ronde. C'est un instrument à plectre (mezrâb), composé d'un manche auquel vient se fixer une caisse de résonance en forme de huit, dont la calotte supérieure, plus petite, est recouverte d'une vessie de bœuf. Le târ iranien possède cinq à six cordes. Il en existerait en Russie à douze et parfois à quatorze cordes avec une caisse de résonance plus petite. Le târ est utilisé soit en solo, soit pour accompagner le chant. Il est accompagné souvent du zarb avec lequel il s'associe particulièrement bien. Setâr: C'est un instrument à 3 cordes (comme son nom l'indique). Et c'est au début du XXe siècle qu'une quatrième corde y fut ajoutée, lui donnant sa forme actuelle. Les miniaturistes ont souvent représenté le setâr, qui est considéré 14

comme étant l'emblème des amoureux, un instrument intime et confidentiel. On fait remonter ses origines à l'époque des Sassanides (Ille-VIle siècle). Le setâr est utilisé soit en solo, soit pour accompagner le chant. Il est accompagné souvent du zarb. 'ud : Plus répandu de nos jours dans les pays arabes, le 'ud est un instrument de musique connu déjà sous les Sassanides. Il a souvent été utilisé chez les poètes persans dans le passé. Le 'ud est un instrument de musique à 5 cordes, il a un timbre grave et fort agréable. Il est utilisé dans un orchestre comme instrument principal. Le 'ud est considéré par les musiciens comme étant un instrument fort complet, par sa technique d'utilisation et aussi par ses dimensions. Il est joué avec un plectre en bois ou avec la plume gélatinée d'aigle. On dit souvent que c'est à partir de cet instrument que la guitare est née, son ancienneté dépassant le luth européen. Sa dimension varie en fonction du nombre de cordes qui lui sont ajoutées. D'Afrique du Nord aux pays arabes, il peut avoir onze cordes et pour le cud de Tunisie, il peut contenir entre onze et seize cordes. En Iran, cet instrument est plus grand dans ses dimensions que dans les autres pays. Qânun : C'est une caisse en forme de trapèze, finement décorée de rosaces ajourées, sur laquelle sont tendues des cordes fixes de nombre variable (64, 72, etc.). L'instrument est posé à plat et le musicien gratte les cordes avec l'index de chaque main, muni d'un doigtier fait d'une tige de plume ou d'une lamelle d'écaille maintenue par une baguette de métal. La tige dépasse le doigt par en dessous et permet de gratter les cordes d'avant en arrière. Kamânche : D'après certains musiciens, cet instrument à archet iranien remonterait à 1500 ans avant J.C. Il aurait été créé au début avec une corde puis aurait évolué par la suite. Comme le setâr, c'est l'un des plus anciens instruments de 15

musique traditionnelle de l'Iran. Il se compose d'un manche et d'une caisse de résonance, faite de bois de mûrier, tendue de peau. Une tige métallique est fixée sous la caisse de résonance servant de support. L'artiste l'appuie sur le sol ou sur ses genoux. Le kamânche possède 3 à 4 cordes métalliques et sa forme varie suivant les provinces. Son archet est un bâton droit auquel sont fixés, par deux anneaux, des crins détachés. Dans la province de Seistân, le kamânche ressemble étrangement au violon européen, mais il est beaucoup plus petit et plus large vers sa partie inférieure. Santur : Instrument fort ancien, c'est une caisse trapézoïdale à multiples cordes, environ soixante-douze. Elles sont frappées avec des baguettes en bois flexibles. Chaque baguette est recouverte à son bout par une pièce de feutre ou de drap et c'est ce bout ainsi recouvert qui frappe les cordes. Le son métallique produit est très doux et harmonieux et les mélodies rythmiques trouvent, avec le santur, l'une de leurs meilleures expressions.

Ney: C'est une flûte en général en roseau. Il en existe en cuivre. On dit que les derviches ont leur ney particulier, les mendiants ont le leur et les musiciens de profession en ont un autre pour leurs concerts. Et il en existe une grande variété d'autres comme le ney berger ou ney-e haft band (à sept nœuds).

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INTRODUCTION

La musique persane et les musiciens
A partir de leur héritage culturel, les Juifs d'Iran ont su garder et accroître ce qui était la noblesse de la musique traditionnelle persane.

(N ote de l'auteur)

Préface L'étude sur les musiciens juifs en Iran a permis de dégager un champ nouveau dans la connaissance des Juifs dans ce pays. Il s'est dégagé en même temps une meilleure compréhension de la présence paradoxale des Juifs dans l'histoire musicale de l'Iran, de leur participation active à la musique traditionnelle iranienne et de la rencontre entre les musiciens juifs et les musiciens musulmans. Nous disons paradoxale, car l'influence des Juifs d'Iran dans la conservation, la préservation et l'épanouissement de cette musique est clairement reconnue par l'ensemble des Iraniens, mais elle n'a jamais fait l'objet d'une enquête approfondie. Juifs et Musulmans ont eu une passion commune pour la musique persane. La même affinité les a unis grâce à un contact permanent et durable, et peut-être aussi grâce à leurs traditions respectives qui ont été favorables à cette manifestation. Il faut rappeler que depuis le règne des Sassanides en Perse entre le Ille et le VIle siècle, donc bien des siècles avant les invasions arabes, la vie du peuple iranien se caractérisait déjà par sa riche tradition musicale. Liée intimement à la littérature et aux formes poétiques, cette musique tradition-

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