Les radios commerciales et la programmation musicale en France

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Omniprésente dans la vie quotidienne, la radio est un média de première importance pour assurer la diffusion et la promotion de la musique. Mais le processus de concentration et la course effrénée à l'audience qui caractérisent le marché sont à l'origine de la polémique sur la "dérive commerciale" de la programmation musicale des radios. Les attentes des auditeurs sont-elles compatibles avec la viabilité financière des radios commerciales ? Quel rôle peut jouer la réglementation publique ? Ce livre dresse un état des faits et expose les conditions d'un meilleur partenariat entre l'Etat et les radios commerciales.
Publié le : mardi 1 mars 2005
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EAN13 : 9782296388123
Nombre de pages : 114
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Les radios commerciales et la programmation musicale en France

(Ç)L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-7865-8

EAN : 9782747578653

Étienne BALMER

Les radios commerciales et la programmation musicale en France
Économie de la culture

Préface de Pierre-GuillaumeMÉON

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italla Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALIE

Collection « Inter-National »
dirigée par Françoise Dekowski, Marc Le Dorh et Denis Rolland. Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l'œuvre aujourd 'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de I'histoire et de l'anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Déjà parus: P. Beurier, Les politiques européennes de soutien au cinéma. L. Bonnaud (Sous la dir.), France-Angleterre, un siècle d'entente cordiale A. Chneguir, La politique extérieure de la Tunisie 1956-1987 C. Erbin, M. Guillamot, É. Sierakowski, L'Inde et la Chine: deux marchés très différents? A. Fléchet, Villa-Lobos à Paris, 2004. B. Kasbarian-Bricout, Les Amérindiens du Québec P. Pérez, Les Indiens Hopi d'Arizona. D. Rolland (dir.), Histoire culturelle des relations internationales. D. Rolland (dir.), Political Regime and Foreign Relations. D. Rousseau (dir.), Le Conseil Constitutionnel en questions. Série Sciences-Po Strasbourg (accueille les meilleurs mémoires de l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg): M. Decker, Structures et stratégies des compagnies aériennes à bas coûts. M. Henry, Tchétchénie : la réaction du conseil de l'Europe face à la Russie. S. Huguenet, Droit de l'asile: le projet britannique d'externa/isation. M. Leroy, Les pays scandinaves de l'Union européenne. 1.-P. Peuziat, La politique régionale de l'Union Européenne. M. Plener, Le livre numérique et l'Union européenne.
A Roesch, L 'écocitoyenneté et son pilier éducatif le cas français.

Série Première synthèse (présente les travaux de jeunes chercheurs): C. Bouquemont, La Cour Pénale Internationale et les Etats-Unis. A. Breillacq, La Tchétchénie, zone de non droit. A. Channet, La responsabilité du Président de la République. O. Dubois, La distribution automobile et la concurrence européenne. O. Fuchs, Pour une définition communautaire de la responsabilité environnementale, Comment appliquer le principe pollueur-payeur? M. Hecker, La presse française et la première guerre du Golfe. 1. Héry, Le Soudan entre pétrole et guerre civile. 1. Martineau, L'Ecole publique au Brésil. M. Larhant, Le financement des campagnes électorales. S. Pocheron, La constitution européenne: perspectives françaises et allemandes. C. Speirs, Le concept de développement durable: l'exemple des villes françaises. Série Cahiers d'Histoire de Saint Cyr-Coëtquidan A.-C. de Gayffier-Bonneville, Sécurité et coopération militaire en Europe, 1919-1955, 2004.
Pour tout contact: Françoise Dekowski, fdekowski@freesurf.fr Marc Le Dorh, marcledorh@:vahoo.fr

Denis Rolland, denisroHand@freesurf.fr

SOMMAIRE

Préface..

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Introduction

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...

.....

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PREMIERE PARTIE LES ACTEURS DU MARCHE

.................17
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Chapitre 1. Les acteurs en interaction 1. Les radios commerciales et leurs auditeurs 2. Les véritables clients des radios commerciales: les annonceurs 3. Une catégorie d'annonceurs particulière: les maisons de disques Chapitre 2. Les relations entre marché et programmation musicale 1. Une triple inefficacité du .marché 2. Les goûts musicaux et les « coûts d'apprentissage» des auditeurs
DEUXIEME PARTIE UNE NECESSAIRE REGLEMENTATION

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Chapitre 1. L'intervention de l'Etat sous la forme des quotas de chanson ftancophone 61 1. Une mesure affichée de promotion de la diversité musicale 61 2. Une mesure au service de «l'intérêt étroit du producteur au détriment de l'intérêt diffus du consommateur» 66 Chapitre 2. La crédibilité des alternatives pour garantir la diversité musicale? 73 1. Les solutions privées, une réponse à l'inefficacité de l'intervention
pub lique. . . . .. . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . .. .. . . . . . . ... . . . . . . . . .. . . . . . . . .. .. .. . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . ... 73

2. Les solutions semi-privées au marché, un compromis prometteur Conclusion Table détaillée

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Table des sigles

- CNRA : Conseil National des Radios Associatives - CNRL : Confédération Nationale des Radios Libres - CSA : Conseil Supérieur de l'Audiovisuel - FERAROCK : Fédération des Radios Rock - FSER : Fonds de Soutien à l'Expression Radiophonique - GIE : Groupement des Indépendants - lAST AR : International Association of Student Television
(Fédération Française des Radios Etudiantes)

and Radio

- ORTF: Office de Radiotélévision Française - RLP : Radios Locales Privées - SACEM : Syndicat des Auteurs, Compositeurs et Editeurs - SNEP : Syndicat National de l'Edition Phonographique
- SOFlRAD : Société Financière de Radiodiffusion - UNAC : Union Nationale des Auteurs et des Compositeurs - UPFI : Union des Producteurs Français Indépendants

de Musique

PREFACE

Si la diversité de la programmation des radios est en général jugée souhaitable, il n'est pas certain que les moyens de la favoriser fassent l'objet du même consensus. L'un des instruments retenus par la France est l'imposition de quotas de chanson francophone aux radios. Cette mesure radicale présente une portée symbolique indéniable, mais est-elle efficace? C'est cette question qu'Etienne Balmer pose dans son travail, en utilisant les outils de l'économie de la culture. L'expression même d'économie de la culture peut choquer, tant les deux termes s'opposent dans le discours commun, qui voit dans les créateurs des êtres uniquement préoccupés de leur art et motivés par leur seule étincelle créatrice. Pourtant, si les enjeux économiques de la culture sont souvent refoulés, les activités culturelles sont bien des activités humaines qui monopolisent des ressources rares, ne serait-ce que le temps et l'énergie des artistes, et impliquent des choix. Elles se prêtent donc à une analyse économique. Les économistes eux-mêmes ont mis du temps à oser appliquer leurs analyses aux activités artistiques. Si Adam Smith a en effet écrit des essais sur la peinture, la musique ou la danse, il a laissé ces activités en dehors de ses théories économiques. De même, si le goût de John Maynard Keynes pour les arts est bien connu, ce dernier n'en a pas fait un sujet d'étude pour autant. En fait, l'économie de la culture est une discipline récente qui remonte tout au plus au début des années soixante. L'une des raisons de la relative jeunesse de cette branche de la théorie économique est qu'elle a dû pousser à leurs limites les hypothèses traditionnelles de l'analyse économique. En effet, les postulats habituels de stabilité des préférences et de décroissance des rendements marginaux s'appliquaient mal au secteur de l'art. C'est à partir de la remise en cause de ces postulats, ou de leur adaptation, que l'économie de la culture a pu se développer et proposer des analyses qui améliorent notre compréhension du fonctionnement des activités culturelles.

Dans la mesure où l'édition et la diffusion de musique relèvent du secteur culturel, Etienne Balmer ne pouvait négliger les leçons de l'économie de la culture. L'un des apports de son travail est d'avoir su faire la synthèse des arguments théoriques disséminés dans la littérature spécialisée, tout en les présentant de façon accessible et intuitive. Son raisonnement s'appuie donc sur des arguments théoriquement fondés et une revue de la littérature bien menée, apportant la rigueur nécessaire à cette étude. Cependant, une démarche purement théorique serait restée peu convaincante si elle ne s'était appuyée sur une connaissance concrète du secteur des radios. C'est la seconde qualité de l'ouvrage d'Etienne Balmer, qui fonde son argumentation sur son expérience personnelle et une documentation abondante, complétée par des entretiens réalisés auprès d'acteurs du secteur. Cette connaissance pratique lui permet d'éviter «l'économie du tableau noir» fustigée par Ronald Coase1 et d'évaluer empiriquement la validité des propositions théoriques qu'il utilise. Au terme de sa recherche, Etienne Balmer propose une description rigoureuse du rôle des radios, des annonceurs et des producteurs de musique, et un bilan mesuré de l'impact des quotas. Bien qu'une intervention de l'Etat lui apparaisse nécessaire pour augmenter la diversité de la programmation des radios commerciales, il suggère que des mesures fiscales et de contractualisation seraient plus efficaces que les mesures quantitatives actuelles. Conscient du fait qu'il n'était pas question d'épuiser le débat, Etienne Balmer développe ainsi une opinion nuancée et dépassionnée sur l'efficacité de la politique de défense de la diversité sur les ondes. Quiconque s'intéresse à cette question, que ce soit en tant que professionnel ou simple auditeur, trouvera dans cet ouvrage de quoi alimenter sa réflexion. Pierre-Guillaume Méon,
Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg, Chargé de cours à l'Université Libre de Bruxelles.
1. Ronald H. Coase, « The Institutional Structure memory of Alfred Nobel, December 9, 1991. of Production », Prize Lecture to the

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INTRODUCTION

Plus que la télévision et loin devant l'Internet, la radio est le média le plus présent dans la vie quotidienne des Français; et ce depuis sa généralisation dans les foyers dans les années 1960. De nos jours, près de 99% des ménages possèdent un poste radio et les trois quarts des voitures individuelles en sont équipéesl. En parallèle, 69% des Français - toutes catégories socio-professionnelles confondues - écoutent la radio tous les jours, dont un quart essentiellement pour la musique. Ce goût pour la musique est la raison pour laquelle plus de la moitié des 15-19 ans écoutent la radio2. La radio est ainsi un média de première importance pour permettre au plus grand nombre d'accéder à la musique: sa portée socio-économique est énorme. Selon la définition de l'économiste Samuelson (1954), la radio est de plus un «bien collectif pur », étant donné qu'elle vérifie les propriétés d'indivisibilité (ou non-rivalité) et de non-exclusion3. Le principe d'indivisibilité signifie que la consommation d'une unité supplémentaire d'un bien n'altère ni sa quantité ni sa qualité: en effet dans le cas de la radio, un auditeur de plus ne modifie pas la qualité de la diffusion des programmes, autrement dit, il n'y a pas de rivalité entre les individus pour écouter la radio: la «consommation» de la radio est théoriquement infinie. Quant au principe de non-exclusion qui caractérise les biens collectifs purs, il renvoie à l'idée qu'on ne peut exclure les individus de la consommation du bien en
1. Rémy Le Champion (1998), « Système de radio et télévision en France », in Systèmes de radio et télévision en Europe du Sud, Hans Bredow Institut / Observatoire Européen de l'Audiovisuel, p. 26. 2. Olivier Donnat (1997), Les pratiques culturelles des Français, Enquête 1997, Département des études et de la prospective, Ministère de la culture et de la communication, La documentation Française, pp. 85 et 87. 3. Paul Samuelson (1954), « The Pure Theory of Public Expenditures », Review of Economic Studies, 36, pp. 396-399, in Farchy Joëlle et Sagot-Duvauroux Dominique (1994), Economie des politiques culturelles, Paris, PUF., pp. 20-22.

question; la radio hertzienne en l'occurrence vérifie ce critère puisqu'une sélection des auditeurs à l'accès à la bande FM est techniquement impossible. Dès lors, il ne peut y avoir une relation de marché directe entre les auditeurs-consommateurs et les stations de radio: comment tarifer le service d'une radio à ses auditeurs? Cette particularité du marché a servi de prétexte à l'Etat pour maintenir la radio dans le giron des services publics jusqu'en 1982, quand bien même la demande de libéralisation de la FM n'avait cessé de s'intensifier dès les années 1970. Les conditions de la Seconde Guerre mondiale avaient donné une place particulière à la radiodiffusion. Une ordonnance du 23 mars 1945 avait établi le monopole absolu de l'Etat sur la radiodiffusion (RDF), devenue la radiotélévision (RTF) en 1949. L'enjeu résidait alors dans la maîtrise de l'information, la musique - essentiellement du classique - n'étant perçue à l'origine que comme un moyen de combler un intervalle à l'antenne entre deux programmes parlés. Simples « services de l'Etat» sans statut particulier, il fallut attendre l'ordonnance du 4 février 1959 pour que la RTF devienne un établissement public de l'Etat à caractère industriel et commercial, lui-même mué en Office de radiotélévision française (ORTF) par la loi du 27 juin 1964. Dans la pratique, le nouvel office ne disposait toujours d'aucune autonomie réelle: le Président Pompidou n'avait-il pas qualifié l'ORTF de « voix de la France» dans une conférence de presse de 19721? L'Etat tolérait cependant la diffusion sur le territoire national de radios commerciales dites « périphériques », car émettant de l'étranger: ainsi Europe 1, RTL, RMC faisaient des profits considérables en France, notamment en gagnant l'adhésion des jeunes auditeurs avec des programmes musicaux proposant du rock et de la variété, tels que «Salut les Copains» sur Europe 1. Il faut rappeler que l'Etat exerçait toutefois une certaine influence sur les radios périphériques, car il avait le pouvoir de les empêcher d'émettre et possédait des actifs financiers dans ces stations via les

1. Jean-Jacques Becker (1998), Nouvelle histoire de la France contemporaine, alternances 1974-1995, Editions du Seuil, pp. 44-45.

Crises et

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sociétés de fonds SOFIRAD (presque intégralement détenue par l'Etat) et Havas (aujourd'hui privatisée)1. Le 10 mai 1981, François Mitterrand remporte les élections présidentielles. Le monde de la radio est en effervescence, car une réforme en profondeur du paysage radiophonique français est pressentie. En mettant fin au monopole d'Etat sur la bande FM par la loi du 9 novembre 1981 (décret d'application le 9 janvier 1982), le gouvernement ne fait que légitimer un statu quo qui perdurait depuis 1977 avec la prolifération illégale de radios «pirates » (ou radios libres) sur les ondes nationales: désormais radios publiques et privées vont coexister légalement sur la bande FM. Les radios libres deviennent des radios locales privées (RLP) avec un rayon de diffusion plafond fixé à 30 kilomètres. Initialement, le gouvernement interdit la publicité dans le fmancement des RLP, cherchant à protéger l'audience des radios publiques et les marchés publicitaires de la presse régionale. «Nous ne voulons pas de radio fric ! » avait déclaré le Premier Ministre Pierre Mauroy sur France Inter le 21 septembre 1981. Le gouvernement socialiste entendait garantir ainsi la diversité d'accès au média radio pour tous les groupes sociaux en même temps que la diversité de choix pour l'auditeur. Cependant ces bonnes intentions furent vite dépassées par la réalité: la plupart des radios furent rapidement contraintes pour leur survie financière d'avoir recours à des recettes publicitaires clandestines plus ou moins manifestes (parrainage, concours, promotion de films et spectacles...), si bien que les pouvoirs publics furent obligés de les tolérer, avant de les autoriser ex post facto par la loi du 1er août 1984. Désormais, les radios locales privées étaient en mesure d'adopter un statut d'entreprise commerciale et de financer leurs dépenses grâce à la publicité, voire à faire des profits. La publicité émergeant sur les ondes, les agences de publicité s'organisèrent et créèrent des régies. Dès lors, le paysage radiophonique français s'orienta rapidement vers un système dominé par les intérêts commerciaux; la constitution de réseaux privés à l'échelle nationale fut autorisée par la loi du 30
1. Marcel Machill (1996), « The French Radio Landscape: the Impact of Radio Policy in an Area Defined by the Antagonistic Forces of Commercialization and Cultural Protection », European Journal of Communication, Il, pp. 393-415.

Il

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