Musique et immigration dans la société antillaise

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L'évolution musicale dans l'arc caribéen renseigne sur la naissance de la biguine, de la mazurka créole ainsi que sur l'influence du compas-direct, musique d'origine haïtienne. Elle a de ce fait, contribué surtout à mieux expliciter les données relatives aux musiciens antillais dans leur environnement métropolitain. De même, la pratique dans l'hexagone du gwo-ka et du bel-air, représentant la base du patrimoine musical traditionnel respectivement de la Guadeloupe et de la Martinique, a nécessité une recherche sur la présentation, mais aussi sur l'implantation des chanteurs et des groupes.
Publié le : mercredi 1 septembre 2004
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EAN13 : 9782296372283
Nombre de pages : 404
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Musique et immigration dans la société antillaise

Frédéric NEGRIT

Musique et immigration dans la société antillaise
en France métropolitaine de 1960 à nos jours
Préfaces de Saùl Escalona et Samuel Bardin

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Ualia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2004

ISBN: 2-7475-7049-5 EAN : 9782747570497

REMERCIEMENTS
Je remercie ma famille qui m'a soutenu sans discontinuer dans cette épreuve, ainsi que toutes les personnes qui m'ont aidé à mener à bien cet ouvrage issu d'une thèse qui porte son nom et plus particulièrement mon Directeur, Madame Ivanka STOÏANOV A, qui a fait preuve d'une grande disponibilité et d'une réelle compréhension.

DEDICACES

DE MEMBRES DU CONSORTIUM MUSICAL ANTillAIS

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REMERCIEMENTS

SPECIAUX

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Al LlRV AT, tromboniste, compositeur, interprète et chef d'orchestre; Gérard LA VINY, compositeur, interprète et chef d'orchestre; Cyril AVENTURIN, interprète et chef d'orchestre; Philippe LOSSEN, compositeur, interprète et chef d'orchestre et Marcel LOUIS-JOSEPH, saxophoniste, pour m'avoir donné les autorisations nécessaires à l'édition de leurs œuvres et photos, et m'avoir accordé plusieurs heures de leur temps si précieux. Certains, engagés depuis fort longtemps dans la défense du patrimoine culturel antillais, ont perçu cette démarche de recherches d'éléments historiques jusqu'ici méconnus dans le domaine musical, comme justifiant la profondeur et la richesse du peuple antillais: Firmin OBERTAN, Toto GORDIEN, Michel SYLVESTRE, Olivier VAMUR, Georges HAUDEBOURG, Eddy BENOIT, Etienne JEAN-BAPTISTE, Cédric BLEMAND, artiste-peintre, Gilbert COCO,... D'autres, affiliés à la cause antillaise se sont engagés naturellement dans le processus, en apportant leur savoir et leur talent: Michel GUYOT, artiste-peintre, Françoise PALIS, Christiane HAAG, Dominique ROUAULT,...

Sur un air de biguine
Frédéric NEGRIT est né à la Guadeloupe, en 1954. C'est là qu'il découvre la musique et débute son apprentissage. Au début des années 1970, il débarque en métropole comme beaucoup de ses compatriotes qui choisissent par nécessité de quitter leur île. Il y découvre les vicissitudes de l'immigration. Venu poursuivre des études universitaires, Frédéric NEGRIT est vite rattrapé par sa passion de la musique. Il délaisse donc pour la dernière fois les bancs du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers), et évolue alors dans les nombreux orchestres antillais qui tournent dans les bals et cabarets parisiens. Pour s'assurer une vie décente, il fait comme la majorité des Domiens vivant en métropole, opte pour le fonctionnariat. En 1988, il décide d'entreprendre des études de musicologie à l'Université de Saint-Denis Paris VIII qui l'entraînent jusqu'au Doctorat. Tout naturellement, sa thèse qui est aujourd'hui éditée a pour thème la musique et l'immigration dans la société antillaise en France métropolitaine et aborde la période de 1960 à nos jours: deux univers qu'il connaît parfaitement bien pour les avoir fréquentés de l'intérieur. Alors que le zouk est aujourd'hui de mieux en mieux connu du public français au détriment de la biguine, il n'a eu son avènement que dans les années 80. La biguine, née du syncrétisme culturel qui s'est produit dans la caraïbe et dont le doute plane sur ses origines, est-elle de la Guadeloupe ou de la Martinique? A ceci, on peut ajouter l'apport du jazz tant sur la biguine que sur l'univers musical antillais dans les années 1920. Des apports historiques mais aussi musico-sociologiques, appuyés sur des résultats d'enquêtes et d'interviews menées auprès des spécialistes de la musique (producteurs, distributeurs et auteurs compositeurs), Frédéric Négrit nous les présente in fine dans cet ouvrage à travers une analyse touchant à la spécificité même du sujet traité. Frédéric Négrit, en tant que musicien, sait mieux que quiconque déceler les liens entre la musique et la communauté antillaise. Ses propos dans cet ouvrage se mêlent à l'itinéraire de sa vie, grâce à la précision de ses informations, puisées aux meilleures sources mais aussi à la réflexion dont l'auteur a su user. Ce livre comble heureusement un vide parmi les publications actuelles. Merci donc à Frédéric Négrit pour cet apport.

Saùl ESCALONA Ecrivain, Musicologue et Docteur en sociologie à l'Université de la Sorbonne
Nouvelle-Paris III

Nul ne peut contester la profondeur de la mutation qui affecte aujourd'hui la musique antillaise. L'émergence de nouvelles techniques comme notamment l'informatique musicale, la puissante omniprésence des médias, la rapidité des communications, les moyens et supports nouveaux, bref tous ces phénomènes ont imposé une réelle inflexion des pratiques musicales et des comportements. En plus de leur position géographique, leur passé historique, induisant une influence caribéenne, haïtienne, américaine, sud-américaine, le poids de l'héritage africain, les Antilles Françaises constituent en outre une région européenne de la Caraïbe avec toutes les implications socioculturelles qui en découlent. On imagine là l'ampleur du syncrétisme musical obtenu. Se lancer dans une vaste exploration de la musique au travers de l'immigration antillaise en France métropolitaine de 1960 à nos jours relève du défi et dénote à première vue une certaine dose d'inconscience. La connaissance intime que j'ai de l'auteur, sa passion et l'intérêt qu'il porte à la musique tout court, m'inclinent à penser au contraire qu'il est en réalité totalement conscient du risque pris, risque à la mesure de sa détermination, de son obstination à débroussailler cet espace si chargé de singularités, de spécificités. Nonobstant son aptitude et un potentiel certain à aborder et analyser le problème, l'auteur, M. Frédéric NEGRIT, étant lui-même musicien (bassiste), mérite qu'on le salue pour son courage et sa lucidité. D'autant que ce livre arrive à point pour combler une lacune: traiter d'un sujet pratiquement inexploré. Il tentera de contribuer à répondre à la question fondamentale de l'avenir de la musique antillaise et de l'orientation à lui donner. L'équation à résoudre est à une multitude d'inconnues, mais le plan adopté, rigoureusement chronologique, exposant d'abord l'évolution de cette musique dans l'Arc caribéen puis dans l'environnement métropolitain, l'évaluation des comportements et pratiques des musiciens dans le milieu parisien, participera sans nul doute à une meilleure compréhension de la texture du thème traité. Il faut enfin souligner avec force la profonde humilité de l'auteur qui, en invitant les chercheurs à approfondir le sujet qu'il qualifie lui-même d'inépuisable, avoue franchement n'avoir point tout tranché.

Samuel BORDIN Musicien et Adjoint au Maire de Capesterre de Marie-Galante

INTRODUCTION
Au début des années 60, la France métropolitaine voit arriver sur son sol un flot de Français venant des confins du monde: les Antilles. Ces poussières d'îles, perdues entre l'Océan Atlantique et la Mer des Caraïbes, ne sont pas encore familières aux Français de métropole. Nombreux sont ceux qui confondent Guadeloupe et Antilles, Fort-de-France et Port-au-Prince et sont incapables de situer Pointe-à-Pitre: Guadeloupe ou Martinique? Certains ne connaissent des Antilles que Joséphine de Beauharnais, le rhum et la biguine. Au contraire, pour les Antillais, Français de ces îles lointaines, la France si proche et si lointaine est terriblement présente dans leur vie. Elle est une partie de leur histoire, de leur culture. Eux les descendants des esclaves, arrachés il y a plusieurs siècles à l'Afrique, en posant le pied sur ces îles amérindiennes, ont fait leurs ces contrées du Nouveau Monde, tout comme ils ont adapté et adopté la culture de leurs ancêtres africains et celle des colonisateurs français. Français, ils le sont devenus définitivement en 1948 lors de la départementalisation de ces îles de l'empire colonial de France. Et voilà qu'une nouvelle fois on les déracine. Les autorités gouvernementales ont en effet décidé au début des années 60, pour des motifs socioéconomiques, une émigration organisée des Antilles vers la métropole. Le BUMIDOM, chargé de l'organisation de cette émigration, les accueille et les installe à Paris et dans sa région. Un bon nombre d'entre eux opte pour un emploi dans la fonction publique. Français certes, mais leurs traditions, leurs coutumes et leur langue sont autant d'éléments qui soulèvent un profond paradoxe identitaire. Très vite, force est de constater que ce sont deux cultures, deux visions du monde différentes qui se font face. Le choc est rude, l'intégration difficile de part et d'autre. Ils seront 339.600 1 depuis le début de l'émigration à s'installer en métropole et pour beaucoup à y faire souche, et constituent symboliquement une troisième île. Mais les Français d'ici les connaissent-ils mieux pour autant, et les enfants de l'émigration, que l'on appelle les négropolitains, que connaissent-ils de leurs îles d'origine? L'immigration a surtout facilité l'interpénétration des différentes communautés caribéennes. Seulement, Martiniquais et Guadeloupéens émigrés en métropole ont eu besoin de retrouver un peu de la chaleur tropicale propre à leurs îles. C'est pourquoi, ils ont dès le début de leur installation constitué des associations au sein desquelles ils revivent un peu de leur culture et de leurs traditions. Ces sentiments ataviques reflètent les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles le processus migratoire a été élaboré. A cet instant, la musique devenait un dérivatif précieux. Qu'ils s'inscrivent dans les ballets folkloriques qui fleurissent dans les nombreuses associations antillaises de la Capitale, ou qu'ils fondent eux-mêmes leur groupe sur le modèle des formations haïtiennes très en vogue en ces années-là, la musique leur offre la
1 Chiffre du recensement de l'INSEE de mars 1990.

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possibilité de retrouver l'atmosphère festive des Antilles qui leur manque terriblement en métropole. Elle est un élément de premier ordre dans la vie des Antillais et participe grandement à leur épanouissement. Leur connaissance de la musique se situe simplement dans une trilogie: musique, chant et danse. Ils ne la connaissent pas en théorie pour la plupart, mais elle fait partie intégrante d'eux-mêmes. En effet, la grande majorité des Antillais des années 60-70, n'ont pas reçu d'éducation musicale car les infrastructures adaptées et l'encadrement approprié manquaient. Mais la jouer est naturel. Elle est présente â tous les moments de la vie. Héritée des Africains mais également des colons blancs, elle est devenue antillaise à part entière et constitue le patrimoine fondamental de ces îles, avec le créole dont elle est indissociable. De plus, le bassin caribéen a de tout temps été URvivier musical et la Guadeloupe comme la Martinique ont toujours connu dès influences musicales diverses en provenance des îles voisines hispanophones bu anglophones. Nonobstant cet état de fait, les Antillais savent être de bons créateurs. Ils l'ont d'àilleurs prouvé avec la biguine. Avant-guerre, quelques-uns d'entre eux, des pionmers, avaient traversé l'Atlantique avec dans leurs bagages cette musique, proche du jazz que les musiciens antillais apprécient et pour lequel ils s'avèrent très doués. La biguine a fait danser les métropolitains entre la fm des années 20 et les années 50. C'était la grande époque de la Revue Nègre et du Bal BLOMET. Alors que la biguine décline, même aux Antilles, une autre musique antillaise s'impose dans les années 60 : le compas-direct haïtien. Ce dernier aura longtemps l'influence la plus marquante sur la musique martiniquaise et guadeloupéenne. D'où le choix d'adjoindre à l'étude géographique, historique et musicale de la Guadeloupe et de la Martinique qui va suivre, une partie réservée à Haïti. Et ce sont d'ailleurs des groupes haïtiens qui viennent en tournée en France métropolitaine pour rehausser l'éclat de l'organisation des bals. Les Antillais y participent en nombre important. Le bal est non seulement une tradition antillaise mais aussi un moyen de se rencontrer entre domiens, comme on les appelle dans l'émigration. C'est en effet le concept musical haïtien qui fut développé par la jeunesse antillaise de la Capitale et mis en œuvre dans des orchestres au sein desquels cette musique hai'tienne tenait une place de choix. Dans les années 70, de nombreux groupes se forment donc, avec plus ou moins de réussite. Leur notoriété demeure très liée à la communauté antillaise parisienne, puis s'étend peu à peu au reste de la France où la communauté a essaimé au fil des années d'émigration et de promotion dans la fonction publique. C'est de cet extraordinaire mouvement de groupes que naîtra au début des années 80 un phénomène musical: le wuk. Cette nouvelle forme de musique va bénéficier d'une promotion sans pareille grâce â l'explosion à la même époque des radios dites libres. Les groupes précédant le zouk n'ont pas eu la chance d'une telle diffusion car la musique antillaise n'était que très rarement programmée sur les ondes radiophoniques ou télévisuelles françaises. La libéralisation des droits d'émission a permis la création dans un premier temps d'une kyrielle de radios à l'adresse des domiens.

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Ce fonnidable moyen de communication leur a donné l'occasion de s'ouvrir au monde métropolitain, dont beaucoup se sentaient exclus ou s'excluaient volontairement. Mais les radios communautaires ont également offert l'opportunité aux Antillais de rétablir des liens avec leur passé culturel et de redécouvrir les musiques traditionnelles de bel-air ou de gwoka à base de tambours. Ce besoin de renouer avec leurs racines a d'ailleurs été largement relayé par les associations créées en métropole afin de dispenser l'enseignement de ces musiques originelles. Mais, la musique antillaise, dansante ou traditionnelle, n'atteint pas les oreilles métropolitaines. Pourtant, les Français de métropole éprouvent une réelle attirance pour la musique exotique. Mais, ce qu'ils en connaissent est ce que certains musiciens antillais dénomment avec un peu de mépris le "doudouisme". Néanmoins, ce style de musique a été adopté par de nombreux cabarets parisiens qui présentent des spectacles colorés et des belles mulâtresses, fleurant bon les parfums des tropiques. Ces shows remportent un vif succès auprès du public métropolitain, depuis tout temps gourmand d'exotisme. D'ailleurs, certains artistes de variété française s'y essayent avec plus ou moins de bonheur. Et ça marche. C'est pourquoi, des compositeurs et musiciens antillais comme DAVID MARTIAL mais surtout la Compagnie Créole, ont décidé de se lancer dans un nouveau créneau musical, celui de la variété antillaise: rythmes cadencés et paroles françaises. En métropole ce style connaît un succès remarquable. Pour les artistes s'exprimant en créole, le parcours est plus ardu. Aujourd'hui, l'honneur d'être diffusé sur les chaînes de radio ou de télévision métropolitaine est encore réservé en grande partie à Kassav', le maître du zouk. Mais, de nombreux artistes antillais tentent de percer l'univers musical métropolitain, sans pour autant abandonner leur authenticité. Les femmes antillaises prennent une grande part dans ce combat d'autant plus difficile à mener qu'il se déroule dans un monde où jusqu'à présent prédominaient les hommes. Bien sûr, MOUNE DE RIVEL et quelques autres ont défriché le terrain et aujourd'hui, pour TANYASAINT-VALet ses consœurs, l'aventure semble plus accessible. Tout comme la femme antillaise prend désonnais pleinement sa place dans la société, elle est reconnue par le milieu musical comme artiste à part entière. De nos jours, la réussite musicale paraît plus accessible. Elle peut survenir à tout instant et à moindre frais grâce à la technique moderne qui a révolutionné la musique, à savoir l'infonnatique. Quiconque, sans être véritablement musicien, peut concevoir, produire et même distribuer un disque, via Internet. De plus, cette technologie est particulièrement adaptée au zouk. Cependant, ce style musical, même s'il est toujours présent, semble comme la biguine il y a quelques décennies, en perte de vitesse. L'effet de mode est certes dépassé, mais le zouk demeurera longtemps encore une machine à danser. Son réel problème, et celui de toutes les musiques composées par l'intennédiaire de l'infonnatique, est de ne pas être facilement adaptable au "live". Or, pour qu'une musique vive, il faut que ses acteurs reçoivent sur scène l'approbation directe du public. Les musiques traditionnelles, quant à elles,

18 ne peuvent pas se permettre l'outil informatique. Ce serait une hérésie que de vouloir seulement l'envisager. Ces musiques qui sont nées pendant la période esclavagiste n'ont pas bénéficié d'une grande publication écrite comme cela a été le cas ces dernières années. Le constat est le même pour la biguine et la mazurka. Ceci explique les difficultés avec lesquelles ce travail a été mené où parfois l'oralité, seule arme de circonstance, a permis l'exploitation de nombreuses zones d'opacité.

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1. RaDDels aéoaraDhiaues et historiaues
La découverte et l'exploitation du Nouveau Monde par CHRISTOPHE COLOMB la fin du ISèmesiècle ont ouvert à l'Europe téméraire les à portes d'un univers particulier aux paysages de paradis. L'archipel caribéen dont les reflets magiques invitent l'esprit à un interminable vagabondage appartient à cet univers là. La mer des Antilles par sa situation centrale sert de base de départ à la conquête espagnole de l'Amérique et profite aux trafics du métal précieux très recherché, l'or, ainsi qu'à ceux des épices vers Séville ou Cadix. Cependant le positionnement de ces îles les rend vulnérables et la mer des Caraïbes, sollicitée pour les échanges commerciaux et trafics en tout genre, devient une zone de conflits aux 17ème ISèmesiècles entre les Français, les Hollandais, les Espagnols et les et Anglais.
La Guadeloupe et la Martinique, pour les petites Antilles, et Haïti pour les grandes Antilles, nommées "îles à sucre", deviennent des aimants puissants à qui les productions de sucre, d'indigo, de tabac et de café confèrent, avec l'aide de la propagande, un statut auréolé de terre promise. Ces terres de profits par leurs cultures sont d'une rentabilité telle que la partie française de Saint-Domingue (Haïti) devient la première colonie du monde et que la réexportation de ses produits permet d'équilibrer le déficit de la France. Mais, la révolution qui voit le jour là-bas, exacerbe les antagonismes antillais. En Haïti, la guerre civile éclate et les esclaves se soulèvent. TOUSSAINT LOUVERTURE, ymbole de la rédemption d'une race opprimée, marque la s fin d'une ère dans l'esprit des Européens. Ces derniers substituent la betterave au sucre et c'est la fin des fleurons du siècle de Louis XV, qui ne représentent plus qu'une nation dépourvue de richesse économique. Ces anciennes perles de l'économie internationale restent des lieux de bien vivre et ne conservent de leur éclat passé que l'originalité d'un folklore. Dès lors, les nouveaux lieux d'attraction économique s'appellent: Asie ou Afrique. Le refus de modernisation et de développement des moyens de production a en effet débouché sur une rapide décadence de la balance commerciale antillaise. Ne faut-il pas rappeler que les Antilles de langue française comprennent un état du Tiers-Monde, Haïti, dont le revenu par habitant est le plus faible des Amériques. La Guadeloupe et la Martinique bénéficient quant à elles d'un privilège: la péréquation opérée par la solidarité nationale leur permet d'échapper aux tourments de la misère. Après la seconde guerre mondiale, l'indépendance d'Haïti s'est brutalement substituée aux pactes géopolitiques, sorte de vieux liens tutélaires, qui réunissaient ces îles. Les rôles ont été inversés, les enfants de la traite, majoritaires, avares de responsabilités se retrouvent face à leur destin. Par ailleurs, les gouvernements successifs s'engagent dans un combat culturel, où ils n'ont pas d'adversaire et auquel ne s'intéresse qu'une faible partie de la population, au détriment de réponses concrètes aux problèmes réels et urgents de l'économie. Fuyant ainsi leurs responsabilités, ils préfèrent s'engager dans une voie nouvelle masquant de ce fait leur volonté délibérée de n'apporter aucune opposition à l'asphyxie, au désordre et à la ruine.

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CHAPITRE

1 : Rappels

géographiques

et historiques

Sur l'ensemble du territoire caribéen, nous assistons alors à l'émergence d'une nouvelle force, "le discours idéologique". Dorénavant, il sert de vecteur de communication aux adeptes des jeux passionnels et surréalistes, avec en toile de fond la misère qui pousse des milliers de gens à s'expatrier. C'est une véritable lutte contre l'aliénation culturelle qui est menée par les Caribéens, mettant en exergue l'abandon de la langue française au profit de la généralisation de la pratique du créole. A cela, on peut associer, plus particulièrement à Haïti, la célébration du vaudou, rite qui tend à promettre un bonheur matériel et immédiat, que les sorciers transforment en crainte superstitieuse au prix de lourdes et régulières rétributions. Tout ceci débouche sur une remise en question de l'identité caribéenne qui se définit comme étant le résultat de l'assimilation à l'Europe. Cette conception de l'identité est rejetée en faveur de la recherche d'une personnalité autonome à travers les voies enchevêtrées conduisant à la négritude, à la créolité et à l'antillanité. Cette trilogie, sorte de vitrine grandeur nature des problèmes fondamentaux, sera désormais le terrain de prédilection de la pensée antillaise.

1.1. A~1?~fl$.g~Qgr@b.iÇjY?$. Les îles francophones et créoles de la Caraïbe: la République d'Haïti, la Guadeloupe et la Martinique sont bercées par les étendues marines de l'Atlantique occidental et de la mer des Caraïbes, communément appelée mer des Antilles, dont la température moyenne en surface avoisine 25 à 26 degrés. Au climat chaud et humide s'ajoutent les eaux claires aux couleurs changeantes qui contribuent à la beauté des côtes. Ces îles sont dispersées et séparées par de longues distances sauf la Guadeloupe et la Martinique qui se positionnent de part et d'autre du 15ème parallèle, à la latitude de Dakar. La République d'Haïti dans sa partie nord frôle le 20ème parallèle très proche du Tropique du Cancer. En définitive, la situation géographique de ces îles leur confère une tropicalité très marquée à travers les paysages et les conditions d'existence du monde antillais. Par ailleurs, la particularité naturelle de chaque île demeure au-delà des points de convergences physiques qui ne sont en réalité que très généraux. La République d'Haïti encore appelée île d'Haïti, comprend plusieurs îles: l'île de la Tortue (170 km2), située au large de la côte septentrionale de la presqu'île du nordouest; l'île de la Gonave, (660 km2), qui occupe l'entrée de la baie de Port-au-Prince ; et un chapelet de petites îles longeant les côtes, soit 27.750 km2 d'une superficie totale 2. C'est un territoire dont la disposition du relief est sans nul doute le fait naturelle plus important de la vie du pays. En effet, on distingue du nord au sud une variation d'éléments de relief: fossés d'effondrement, vallées et chaînes plissées se succèdent expliquant les difficultés que connaît le pays en matière de communication routière. Tout d'abord, la plaine du Cap Haïtien, 935 km2,
2 HISTOIRE DES ANTILLES ET DE LA GUYANE. "Univers de /Q France exemplaire n0001564, éditeur Edouard PRIVA T, 1982, page 14. !il. des ~ francoDhones
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CHAPITRE

1 : Rappels géographiques et historiques

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prolongement de la vallée du Cibao en République Dominicaine. On trouve au sud de cette plaine le Massif du Nord qui culmine à 1.196 mètres et prolonge la cordillère centrale de la République Dominicaine qui forme l'épine dorsale de l'île. Le nord-ouest est occupé par la fosse de Gros-Morne, par les plaines des Moustiques et de l'Arbre (370 km2). Le sud-est quant à lui, est occupé par le plateau calcaire de Bombardopolis (1.061m). Le centre est dominé par une chaîne calcaire appelée les Montagnes Noires de 1.700 mètres d'altitude qui sert de paravent à la plus vaste plaine du pays, (1.700 km2), que parcourt la rivière de L'Artibonite. Le sud présente un impressionnant panorama de chaînes puissantes au sol calcaire: la Selle et la Hotte qui atteignent respectivement 2.680 et 2.347 mètres d'altitude offrant ainsi à la mer des Caraïbes une image réelle de son relief accidenté. Il n'en est pas de même pour la Guadeloupe et ses dépendances qui, sur une étendue de 1.705 km2, présentent la particularité de réunir les caractères des milieux naturels des Antilles mais aussi des régions tropicales 3. C'est cette double appartenance qui lui a valu l'appellation de "microcosme du monde tropical" par le géographe GUYLASSERRE.L'archipel guadeloupéen est formé dans sa partie principale de deux îles aux reliefs dissemblables, séparées par la Rivière Salée, sorte de bras de mer servant de route communiquant au nord avec la baie du Grand Cul de Sac, et au sud avec celle du Petit Cul de Sac, dénommée baie de Pointe-àPitre. On distingue à l'est la Grande-Terre, calcaire, peu accidentée, à l'exception de la région du sud-ouest: les Grands Fonds. A l'ouest de la GrandeTerre, une région accidentée présentant une masse de terre volcanique, c'est la Guadeloupe proprement dite, dénommée plus usuellement Basse-Terre, du nom de la préfecture de région, et qui s'étend sur une surface de 848 km2. Elle est dominée au sud par la Soufrière, de 1.467 mètres de haut. Les dépendances quant à elles sont situées à l'est et au sud à au moins 30 km des côtes de l'archipel. Elles bénéficient ainsi de meilleures conditions d'échange avec le centre économique, administratif et commercial, Pointe-à-Pitre qui est également la sous-préfecture de la région Guadeloupe. La plus grande de ces dépendances, Marie Galante, 157 km2 est équidistante de la Grande-Terre et de la Basse- Terre, soit 28 km environ et présente quelques similitudes de forme avec la Grande- Terre. Au nord-est, on trouve La Désirade, 20 km2, visible depuis les côtes de la Pointe des Châteaux. Petite Terre est un îlet inhabité de l,50 km2 composé de deux îlots. Au sud-sud-est de Basse-Terre, Les Saintes, (14,2 km2), un petit archipel comprenant deux îles: Terre de Haut et Terre de Bas. Il est à noter le rattachement plus tardif à la Guadeloupe de ses deux voisines du nord: l'île de Saint-Barthélémy, 21,25 km2, et les deux tiers nord de l'île de Saint-Martin, 52,8 km2, par la loi de 1947. L'autre tiers est sous tutelle de la Fédération des Antilles Néerlandaises, associée aux Pays-Bas. A contrario, la Martinique est une île unique et volcanique qui fait elle aussi partie du chapelet d'îles formant l'arc des Petites Antilles. Située entre la Dominique au nord, et Sainte-Lucie au sud, elle se positionne à environ 120 km de l'île sœur, la Guadeloupe. La Martinique s'étend sur 1.080 km2 et a une forme
3 Encyclopédie Illustrée NATHAN, édition Nathan, 1991, page 119.

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CHAPITRE

1 : Rappels

géographiques

et historiques

échancrée due à l'existence de la baie de Fort-de-France qui émerge dans la mer des Antilles comme une véritable limite entre la partie méridionale de l'île moins accidentée et le nord et ses massifs volcaniques: Pitons du Carbet (1.194 m) et la Montagne Pelée (1.463 m) 4, Ce complexe volcanique formé à l'ère tertiaire et quaternaire, présente une particularité puisque son sous-sol est dépourvu ou presque de sédiments calcaires, alors que la Guadeloupe et ses dépendances les plus proches ont été recouvertes par des mers peu profondes dans lesquelles une forte sédimentation calcaire était possible. Les événements éruptifs qui ont eu lieu à la fin du secondaire et au début du tertiaire sont sans nul doute les causes de l'existence dans le sous-sol guadeloupéen de ce que l'on appelle le "substratum éruptif'. Par ailleurs, le volcanisme en Martinique date de la fin du secondaire et a atteint le sud, le nord et le nord-est. Il ne reste plus dans ces régions que des édifices obsolètes définissant un environnement multiforme où collines, ravins, petites plaines se succèdent et occupent les deux tiers de l'île. Le nord-ouest présente un élément de renommée historique, la Montagne Pelée qui, lors de son éruption le 8 mai 1902, a causé la mort de 30.000 personnes et détruisit la ville de Saint-Pierre. Par conséquent, ce relief accidenté ne peut favoriser le développement d'une agriculture intensive. La situation est la même en Haïti, mais pour des raisons politiques et économiques. Evidemment, le potentiel agricole qu'offre ce pays n'est pas négligeable. Toutefois, les travaux d'aménagement pour l'exploitation des terres basses, le traitement des inondations, les irrigations etc., exigent de réelles connaissances techniques et des capitaux qui ont toujours cruellement manqué aux Haïtiens. Un effort a pourtant été accompli en ce sens à l'Artibonite qui bénéficie d'un aménagement avec comme objectif premier: l'irrigation et l'hydroélectricité. Ce pays fait la part belle à la biomasse naturelle et aux végétaux anthropiques ou dérivés qui sont utilisés pour différents usages, tels que la fabrication artisanale du rhum ou c1airin, les huiles essentielles, etc. Le sous-sol haïtien présente une particularité en ce qui concerne les ressources minières qui sont peu abondantes et disposées de façon disproportionnée sur l'île et ses dépendances. Les gisements de bauxite situés dans la presqu'île du sud en quantité suffisante pour une exploitation économiquement rentable ne bénéficient pas d'un système de traitement moderne et efficace. Tout ceci repose désormais sur la puissance, le courage et la détermination des hommes à travailler en complémentarité avec le système existant. L'environnement d'Haïti n'est plus ce qu'il était par le passé. Aujourd'hui c'est un pays dévasté, dépourvu de sa végétation d'origine (forêts variées) pour les besoins des hommes. La réalité biogéographique de la Guadeloupe est toute autre. A l'est, la nature du substratum calcaire a permis d'avoir un sol fertile, de bonne qualité physico-chimique dont la couleur varie de brune à noire. Il est à noter le caractère volcanique de l'ouest aux sols rouges, argileux, difficiles à cultiver. Les bonnes terres agricoles s'étendent sur environ 55% de la superficie de l'archipel.

4 HISTOIRE

DES ANTILLES

ET DE LA GUYANE,

opus

cit.,

page

14.

CHAPITRE 1 : Rappels géographiques et historiques

25

Celles-ci sont cultivées depuis le 17èmesiècle mais conservent néanmoins toute leur fertilité.

1. 2.4~p~_çJ~_h.~~tQtiqy'?,~

Les premiers habitants
D'après les analyses faites par les chroniqueurs et les archéologues de la fin du ISème siècle et de la première moitié du 16èmesiècle, il y aurait eu dès l'an 150 ou 200 de notre ère une occupation progressive des Grandes et des Petites Antilles par un peuple d'origine amérindienne. Les hypothèses s'appuient sur trois sources différentes, qui néanmoins se recoupent: les minorités ethniques qui ont survécu, l'archéologie et les textes anciens. Ces Amérindiens répartis en groupes ethniques (les Hateys, Ciboneys, Taïnos, etc.) en provenance d'Amérique Centrale et du Sud, appartiennent à la grande famille linguistique des Arawaks. Ces derniers implantés dans l'île de Porto-Rico et aux abords des côtes du Venezuela, lieux de multiples affrontements entre groupes ethniques ennemis venus du sud (les Caraïbes), furent probablement le "substratum" des grandes cultures amérindiennes. Ces attaques ont entraîné le retrait des Arawaks de la zone perturbée et leur réimplantation dans la forêt amazonienne jusqu'à l'embouchure du fleuve Orénoque, dans la Péninsule de Paria, point de départ de la colonisation arawak aux Antilles. Ainsi, d'îles en îles, des groupes résiduels s'installèrent, développant leur culture, fruit d'une expérience séculaire de luttes quotidiennes pour la survie biologique et contre un environnement hostile. Ce peuple particulièrement organisé n'a laissé de trace identitaire que dans la céramique retrouvée lors de fouilles archéologiques et qui confirment d'incontestables analogies typologiques avec les différentes ethnies du même groupe. Par ailleurs, les textes des chroniqueurs, en particulier ceux du Père BRETON ainsi que les recherches linguistiques, ont permis de déceler une autre peuplade de même origine, mais sans aucune ressemblance sur le plan du langage: les Caraïbes 5. Cette étude a révélé une grande similitude linguistique entre les Indiens Arawaks et les Indiens Galibis de la côte sud-américaine. Ils furent ennemis par excellence des Arawaks et procédèrent à leur exécution en masse, sorte de réaction à un phénomène préalable "d'arawakisation" . Comme le peuple arawak, les Caraïbes ont connu un cheminement géographique bien défini en partant des côtes vénézuéliennes et en migrant du sud vers le nord. Cette progression des Caraïbes fut en réalité un véritable acte de guerre facilitant l'occupation progressive des espaces anciennement occupés par les Arawaks, les repoussant ainsi vers le nord. Il est vrai qu'à l'arrivée de Christophe Colomb en Haïti, le 6 décembre 1492, l'île était encore occupée par les Arawaks. Néanmoins, ceux-ci commençaient tout juste à subir les incursions des Caraïbes et
5 Père Raymond BRETON: d'histoire de la Guadeloupe,

RELATION DE L'ILE DE LA GUADELOUPE, Tome 1978).

I, Basse-Terre

(Société

26

CHAPITRE

1 : Rappels

géographiques

et historiques

en firent part au navigateur qui le rapporta en ces tennes : "ne dirent-ils pas qu'au sud-est habitaient des hommes à la tête de chien, qui étaient leurs ennemis et "caraïba", qui leur faisaient la guerre, ravissant les femmes, et sacrifiant les hommes ?" 6. "Caraïba" c'est l'un des divers synonymes que les chroniqueurs, soucieux d'apporter des infonnations précises et fiables au monde, ont attribué au mot "cannibale". En réalité caraïba signifie homme fort, homme guerrier. Ce tenne est d'ailleurs très employé par les scientifiques du continent américain lorsqu'ils parlent de l'homme blanc. Cette dénomination de l'homme blanc était faite pour mettre en exergue son invincibilité liée à l'utilisation des armes à feu. La découverte des Indiens d'Haïti a servi de base aux différentes appellations désonnais utilisées pour désigner les ethnies appartenant au monde amérindien. Ce fut certainement la volonté première des conquérants. Certains mots sont encore en usage aujourd'hui dans la pratique linguistique de certains groupes amérindiens de la Dominique ou de la Guyane ftançaise : "taïno" qui signifie, ami, homme de bien (son emploi fut courant au contact des deux civilisations amérindienne et européenne). Autre mot à double sens très usité pour désigner "les hommes" : ignéris qui eut aussi valeur de dénomination ethnique sous la plume des chroniqueurs. Cependant, il convient d'éclairer l'aventure des Amérindiens sur le sol antillais par des éléments écrits d'un récit dont l'auteur est d'origine italienne,
NICOLAS SYLLACIUS.

Ce récit "DE INSULIS MERIDIAN! ATQUE INDICI MARIS NUPER

INENTIS" dédié en 1495 à LUDOVIC SFORZA, dit Le Maure, et à ALPHONSE CAVALLERI,relatait le deuxième voyage de CHRISTOPHE COLOMB. Deux passages d'importance capitale sont à retenir dans ce récit issu d'une correspondance privée. Le premier: "Les iles explorées lors de la navigation de l'année précédente sont sujettes aux excursions des cannibales dont un ou deux mettront très souvent en déroute toute une troupe indienne" 7. Quelques paragraphes plus loin, l'auteur rapporte les incursions, improprement appelées guerres par les navigateurs et les chroniqueurs, et qui ont impressionné les colonisateurs: "Ils mènent des guerres continuelles contre les Indiens de mœurs douces et craintives" 8. SYLLACIUS raconte le début de la conquête des Petites Antilles par les Caraïbes, peuple féroce, impitoyable et cannibale, contre les Arawaks que la légende veut doux et craintifs. A ce titre, il faut remarquer que la littérature antillaise a toujours fait de ces deux peuples des stéréotypes à la renommée inaltérable: l'un hospitalier, timide et doux, l'autre sauvage et sanguinaire.

6 mSTOIRE 7 mSTOIRE

DES ANTILLES DES ANTILLES

ET DE LA GUYANE, ET DE LA GUYANE,

opus opus

ci!., page ci!., page

35. 37.

8 Idem.

CHAPITRE

1 : Rappels géographiques et historiques

27

l.3.La colonisation
nnnn_

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_.

Elle fut directe et progressive dès les premiers contacts entre les Espagnols et les Indiens. L'évolution géographique des Indiens Carai'bes dans les Petites et les Grandes Antilles a été stoppée avec l'arrivée en nombre des Européens qui se sont précipités dans cette partie nouvelle du monde, soucieux d'y disposer d'une région stratégique. Dès lors, le processus d'élimination des Indiens fut enclenché, avec toutefois, un décalage chronologique entre les Petites et les Grandes Antilles, lié sans nul doute aux circonstances de la conquête. Les expéditions commencèrent par les Grandes Antilles, particulièrement sur le territoire d'Hispaniola (nom donné à l'île dans sa globalité par les Espagnols dès sa découverte). En effet, cette île fut le carrefour et la base de mouvements coloniaux de conquêtes lancées tous azimuts dans les Grandes Antilles. Il fallait bien évidemment satisfaire les demandes des conquérants en tabac, en épices et surtout en or. Les parures en or, appelées "caracouli", portées par les Indiens suscitèrent l'engouement et la convoitise des Européens. Les Indiens rendus en esclavage, furent utilisés pour travailler la terre, partagée en "encomiendas", et participer au système de production de l'or mis en place. Mais le rythme de travail qui leur était imposé, contraire à leur conception de la vie, les maladies importées d'Europe contre lesquelles leurs organismes ne pouvaient pas lutter, ont contribué à leur extermination rapide. Des voix se sont élevées, comme celle de BARTHOLOME LAS CASAS9, pour prendre leur défense, DE mais en vain. Ce dernier fit d'ailleurs des récits précis des exactions commises par les conquérants: "Ils [Les Espagnols] entraient dans les villages et ne laissaient ni e1ifants, ni vieillards, ni femmes enceintes ou accouchées qu'ils n'aient éventrés et mis en pièces, comme s'ils s'attaquaient à des agneaux réfugiés dans leurs bergeries. Ils faisaient des paris à qui ouvrirait un homme d'un coup de couteau ou lui couperait la tête d'un coup de pique, ou mettrait ses entrailles à nu. Ils arrachaient les bébés qui tétaient leur mère, les prenaient par les pieds et leur cognaient la tête contre les rochers. D'autres les lançaient par-dessus l'épaule dans les fleuves en riant et en plaisantant et quand les e1ifants tombaient dans l'eau ils disaient: "Tu frétilles espèce de drôle!" ; ils embrochaient sur une épée les enfants avec leur mère et tous ceux qui se trouvaient devant eux. Ils faisaient de longues potences, où les pieds touchaient presque terre et par groupes de treize, pour honorer et révérer notre rédempteur et les douze apôtres; ils y mettaient le feu et les brûlaient vift. D'autres leur attachaient tous le corps dans de la paille sèche et y mettaient le feu." 10. Les Espagnols employaient aussi le gril et LAS CASASprécise qu'il a vu brûler des Indiens "à feu doux pour que, peu à peu, dans les hurlements que provoquaient ces tortures horribles, ils rendent l'âme" Il. Le sort des Indiens
9 Bartolomé de Las CASAS reste dans l'histoire de l'Amérique comme le premier défenseur des Indiens opprimés. Son oeuvre demeure un document unique, une source de première main, un réquisitoire parfois insoutenable. 10 Las CASAS Bartolomé: TRES BREVE RELATIONDE LA DESTRUCTIONDES INDES, Editions La Découverte, Paris, 1987, page 55. Il Idem.

28

CHAPITRE 1 : Rappels géographiques et historiques

était déjà tracé et marqua l'Histoire de l'un des ethnocides les plus importants en siècle. cette première moitié du 16ème

La colonisation

d'Hispaniola

(Haïti)

Au départ espagnole, l'île d'Hispaniola a été partagée à la signature du traité de Ryswick en 1697 en deux territoires distincts: la partie occidentale, nommée Saint-Domingue (Haïti), fut attribuée à la France, l'Espagne conservant quant à elle la partie orientale de l'île: Santo-Domingo. En 1795, lors du traité de Bâle, la France reçoit la totalité de l'île qui est alors considérée comme la colonie européenne la plus riche du Nouveau Monde. En 1809, les Dominicains, habitant la partie orientale de l'île, se libèrent des troupes françaises, mais la domination haïtienne demeure sur la totalité de l'île de 1822 à 1844. C'est à partir de cette date et à la suite d'une révolte contre les Haïtiens, que naît la République Dominicaine. La fièvre révolutionnaire de 1789 gagna la partie occidentale de l'île (Haïti), dans la nuit du 14 août 1791 durant laquelle les esclaves et les mulâtres se soulevèrent. Ce mouvement sera sévèrement réprimé, mais un leader était né : TOUSSAINTLOUVERTURE.Général, il se rallie aux côtés des Français pour repousser les Anglais et les Espagnols qui, profitant de la confusion de la situation politique, occupaient la quasi-totalité de l'île. TOUSSAINT devenu l'homme fort du pays: il a aidé à repousser est les envahisseurs, il a pacifié l'île et institué une constitution. En 1801, il devient gouverneur d'Haïti et a l'intention d'en faire la première république noire du monde. Cette idée n'est pas du goût de NAPOLEONBONAPARTEqui envoie le général LECLERC pour ramener l'ordre à Haïti. Ce dernier obtient la soumission de LOUVERTURE est interné au Fort de Joux dans le Jura, où il meurt de privation et qui de froid. Cependant l'aventure haïtienne n'est pas terminée. Après la mort de LECLERC,consécutive à une épidémie de fièvre jaune, et la capitulation de son successeur ROCHAMBEAU, EAN-JACQUES J DESSALINES ancien esclave et lieutenant de TOUSSAINT, roclame Saint-Domingue indépendant le 1er janvier 1804. Il se fait p couronner empereur sous le nom de JACQUES1er et redonne son nom caraïbe à l'île: Haïti. Il est assassiné en 1806 par PETIONet CHRISTOPHE, ui, avec RIGAUD, q se partagent l'île. Jusqu'en 1915, Haïti connaît des difficultés à assurer son unité. Débute alors l'occupation nord-américaine qui s'achèvera en 1934, suivie d'une longue période d'instabilité. Aidé d'une junte militaire, le docteur FRANÇOIS DUVALIER "Papa Doc" prend le pouvoir en 1957. Il se fait nommer président à dit vie en 1964 et instaure un régime dictatorial sans pitié, bien secondé dans cette tâche par les "tontons macoutes", sa garde présidentielle. A sa mort en 1971, son fils, JEAN-CLAUDE DUVALIER,lui succède 12. Il devra s'exiler en 1986 à la suite du soulèvement du peuple haïtien, soutenu par les Etats-Unis d'Amérique. Le

12 A l'instar de son père, il exerça une politique totalitaire et dictatoriale jusqu'à la fill de son règne. La population haïtienne lui attribua le pseudonyme de "Bébé Doc".

CHAPITRE

1 : Rappels

géographiques

et historiques

29

29 septembre 1987 ont lieu les premières élections libres. Elles n'ont pas le résultat escompté par la communauté internationale. Une continuelle instabilité politique s'ensuit, marquée par toute une série de coups d'Etat qui plonge le pays dans une très grande misère. Le Père JEAN-BERTRAND ARISTIDE,deuxième président élu démocratiquement en décembre 1990, est renversé en septembre 1991 par les
putschistes du général CEDRAS.

De 1991 à 1993, le pays traverse une période terrible durant laquelle la répression, la famine et le désespoir sont le lot quotidien des Haïtiens. Malgré l'accord intervenu en juillet 1993 entre les putschistes et ARISTIDEpour son retour au pouvoir en octobre de la même année, il faudra attendre l'intervention américaine du 19 septembre 1994 et la fuite de CEDRASpour qU'ARISTIDE retrouve ses fonctions le 15 octobre 1994. En décembre 1995, des élections présidentielles libres ont porté au pouvoir RENEPREY Il assure avec une ferme autorité et sous AL. l'égide du président sortant, ses fonctions de chef d'Etat. En 2000, JEAN-BERTRAND ARISTIDE est réélu. La situation économique et politique du pays ne s'est pas er améliorée jusqu'à l'abandon du pouvoir par ARISTIDEle 1 mars 2004.

La colonisation

de la Martinique

et de la Guadelouve

En ce qui concerne les Petites Antilles, les Indiens ont dans un premier temps bénéficié d'un sursis, puisque les colonisateurs espagnols considéraient ces îles simplement comme des bases de ravitaillement en eau et en bois sur la route des Amériques. C'est ainsi que l'occupation de la Guadeloupe et de la Martinique, encouragée par LOUISXlII, s'est faite de façon très progressive au cours des décennies 1620 et 1630. Elle fut favorisée par la pratique du troc entre indigènes et Européens: Français, Anglais, Hollandais. L'objectif des puissances rivales était d'amoindrir les ambitions espagnoles à être l'unique puissance des Amériques.
A partir de l'année 1624, les Français firent, depuis l'île voisine de Saint-Christophe, des incursions en Guadeloupe et en Martinique. Le Cardinal de RICHELIEU, ommé grand maître, chef et surintendant général de la navigation et du n commerce français, avait pour objectif un vaste dessein de la mer afin de contrer l'action commerciale et maritime de l'Espagne au Nouveau Monde. Un édit de juillet 1626, créa une compagnie de commerce dite "les cents associés" soutenue par la flotte royale. Mais la première compagnie coloniale, appelée plus tard de Saint-Christophe, du nom de l'île qu'elle exploitera, naîtra de la rencontre du Cardinal et du capitaine corsaire d'ESNAMBUC.La finalité recherchée est de tirer profit de la vente du tabac produit par les colons engagés par la Compagnie. Ceuxci signaient un contrat, appelé la "charte partie", au terme duquel il était spécifié qu'ils "s'allouaient" pour trois ans à la Compagnie qui, en échange de leur travail, devait leur fournir les biens de première nécessité. Cependant l'incurie de la Compagnie s'est traduit par des pertes humaines importantes. Selon le Père DU TERTRE,il semble que les Anglais du capitaine WARNERqui, comme ESNAMBUC, avait pris pied à Saint-Christophe dès 1623 et venait de se faire reconnaître par CHARLESrer comme représentant de la couronne d'Angleterre aux îles, aient été

30

CHAPITRE

1 : Rappels

géographiques

et historiques

dans un bien meilleur état. En effet, pendant cette même période, la position anglaise était très marquée dans la région. La colonisation française ne commença véritablement qu'en 1635 en Guadeloupe et en Martinique. Ces îles, à l'exception de quelques périodes d'occupation britannique, resteront désormais sous tutelle française.
LIENARTde l'OLIVE, un ancien de Saint-Christophe, accompagné de DUPLESSIS,fut mandaté par la Compagnie pour coloniser les îles circonvoisines de Saint-Christophe. Tout d'abord, il débarqua avec des immigrants venus directement de France, en Martinique. Mais jugeant l'île trop montagneuse, il se dirigea vers la Guadeloupe. Par la suite, des expéditions au départ de l'île de SaintChristophe furent menées en direction de la Martinique. Grâce à l'expérience coloniale d'ESNAMBUC en matière agricole, la Guadeloupe et la Martinique deviendront rapidement des dépendances économiquement rentables. Cependant, bientôt se pose le problème de la main d'œuvre. En effet, comme à Hispaniola, les Indiens ont été très vite décimés par les maladies importées par les colonisateurs européens mais aussi par les travaux forcés qui leur étaient imposés. La solution envisagée alors est l'esclavage et la traite des Noirs. La traite a commencé dès le début de la conquête des terres du Nouveau Monde, mais elle a atteint son apogée au 18ème siècle. En effet, entre 1701 et 1810 ce sont six millions d'hommes, de femmes et d'enfants en provenance d'Afrique qui ont été amenés aux colonies, ce qui représente.63% des esclaves débarqués au cours des trois siècles et demi d'existence du trafic négrier. Les Antilles à elles seules ont accueilli 3.233.700 esclaves durant cette période, dont 800.000 ont été débarqués à Saint-Domingue (Haïti), soit 60% des Noirs importés dans les colonies françaises. Le tableau ci-après 13,démontre la rapide augmentation du nombre des esclaves dans les Antilles Françaises au début du 18èmesiècle. On constate que pour la même période, le nombre des esclaves a quadruplé aux "îles du vent", alors qu'il fut multiplié par 14 à Saint-Domingue.

Années 1686 1720 1730
*pour les deux îles

Martinique 8.000 36.000 72.000*

Guadeloupe 4.600 17.000

Haïti 3.400 47.000 80.000

Ce trafic d'esclaves est alimenté en partie par les négriers français qui de 1761 à 1790 ont contrôlé près de 23% de l'exportation des esclaves d'Afrique, mais aussi par la traite étrangère (anglaise et nord-américaine) à hauteur

13 Source INSEE.

CHAPITRE

1 : Rappels géographiques et historiques

31

de 44%. Les étrangers ont sûrement fourni près de la moitié des esclaves importés
par les planteurs français.

Au début, les marchands français exportaient d'Afrique environ 7.500 esclaves par an, en grande partie originaires des côtes du Cap Vert, du Sénégal, de Guinée et de l'Angola. A partir des années1740, ils en exportèrent quelque 20.000. Après les guerres de Sept-Ans et d'Indépendance de l'Amérique (de 1756 à 1783), cette moyenne doubla et passa à près de 40.000. Il faut noter cependant que dans les années] 780, Saint-Domingue à lui seul importait chaque année près de 28.000 esclaves. Le boom sucrier de la grande île explique le

flux croissant des esclaves. De plus, grâce à l'élargissement de ces marchés européens, le planteur des Antilles peut exporter davantage de sucre et pour cela
importer un plus grand nombre d'esclaves. Ce système ne disparaît que grâce à la persévérance d'un homme,
VICTOR SCHOELCHER,

et à la publication du décret d'abolition en date du

27 avril 1848. Les esclaves noirs de la Guadeloupe et de la Martinique deviennent alors des citoyens français libres. Mais la banalisation puis l'arrêt du système esclavagiste ont enclenché un processus contractuel d'immigration entre 1852 et 1887. Sorte de substitut à la traite condamnée, il favorisa l'entrée et l'implantation sur le sol guadeloupéen et martiniquais de 77.000 Dravidiens (Indiens), 1.500 Chinois et Vietnamiens et 16.000 Africains. En 1946, ces deux îles de la colonie obtiennent le statut de département d'Outre-Mer et sont dotées en 1982, dans le cadre de la loi de décentralisation, d'un Conseil Régional. 1998, année du 150ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage, a apporté quelques satisfactions aux descendants des esclaves noirs. En effet, cette commémoration leur a permis de parler de leur histoire qu'ils revendiquent sans rancune. Cet événement leur a permis aussi de prouver qu'ils existent et de se rassembler autour d'un projet commun. "Cela commence par l'éducation de tous les petits Français afin que désormais dans les livres d'histoire, il y ait l'histoire des Antillais qui est aussi l'histoire de la France" 14. D'ailleurs, une communication en ce sens a été faite par RALPH THAMAR, auprès de M. FABIUS,président de l'Assemblée Nationale.

14 Interview de Ralph THAMAR, auteur-compositeur-interprète d'origine martiniquaise, le 6 mars 1999, lors de l'émission média-star sur la radio MEDIA TROPICAL, au Pré Saint-Gervais.

32

CHAPITRE

1 : Rappels

géographiques

et historiques

Moio Dômi Dérhô
couplet
Mwen té konpwann la vi Paris, sété Pigalle, sété Barbès. Mwen rété pwi douvan on désèpsyon Mwen jè on bon voyaj annaviyon.

15

J'étais persuadé que la vie parisienne se limitait à Pigalle et à Barbès. Malheureusement, je suis resté stupéfait devant la déception. rai fait un bon voyage en avion. J'ai regardé un film, j'ai mangé, j'ai bien bu, j'ai dormi et je me suis bien réveillé. Dans l'avion je parlais français. Mais quand j'ai touché le sol parisien.

Mwen vwè sinéma, mwen manjé, mwen byen bwè mwen domi, mwen lévé.
a bo sété fivansé mwen té ka palé.

Men lè mwen rivé a Paris.

Refrain
Mwen Mwen Mwen Mwen Mwen domi domi domi domi domi déwo, déwo, an da/o. déwo, an tou a métro

rai dormi dehors, rai dormi dehors, J'ai dormi dans les caniveaux. rai dormi dehors, J'ai dormi dans le métro. Mais il faisait froid, très froid comme dans un frigidaire. Je n'avais même pas un vieux pullover. Je suis venu ici côtoyer la misère. J'étais chez une copine quand elle s'est aperçue que je n'avais pas d'argent m'a donc mis à la porte. Ce qui accentue mon malheur, c'est que je suis déjà clochard. C'est vraiment une situation folklorique.

Ay ka jè fwèt fivèt kon adan frijidè. Mwen pa menm ni on ryé pilovè.

Mwen vini isi vwè mizè Mwen té, a ka on zanbèl Lè i vwè sa fot de frik i mété mwen déwo
Sa kt pi bèl anko, mwen ja ka jè kloch Mi on sitiyasyon fOlk/orik

Refrain/Couplet alternés
Mwen sibi on désèpsyon Ki té monké kyouyé mwen. Mwen sibi on désèpsyon

J'ai eu une déception Qui a failli causé ma mort. J'ai eu une déception

15 Dérhô = déwô ; Mom = mwen ; Dômi =: dômi: voir Dictionnaire Créole Français, de Ralph LUDWIG, Danièle MONfBRAND, Hector POULLET, Sylvianne TELCIDD, Nouvelle édition, Servedit I Editions JASOR.

CHAPITRE

1 : Rappels géographiques et historiques
Qui a failli m'arrêter le cœur. J'ai eu une déception Qui me rongeait. J'ai eu une déception Qui m'a désorienté. Cette Cette Cette Cette Cette Cette Cette Cette fille fille fille fille fille fille fille fille là, cette fille là, là m'a trahi. là, cette fille là, là m'a couillonné. là, cette fille là, là m'a abandonné. là, cette fille là, là m'a rongé.

33

Ki arété ké an mwen. Mwen sibi on désèpsyon. Ki té ka dérayé mwen. Mwen sibi on désèpsyon. Ki an ki chouboulé mwen.

Zanbèllazanbèll~ Zanbèlla trayi mwen. Zanbèllazanbèll~ Zanbèlla toulé mwen. Zanbèlla zanbèlla, Zanbèlla lagé mwen. Zanbèlla zanbèlla, Zanbèlla dérayé mwen.

Extrait de l'album "MAIT'A MANNloe" de Super-Combo
BIANAY(chez DEBS International, HDD569, 1975).

Auteur compositeur ELIE

34

CHAPITRE

1 : Rappels

géographiques

et historiques

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2. L'émiaration antillaise
"Enfants Rien, f
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il ny a rien de bon pour

vous au Pays, disaient

les

personnes. Antan, ce fut une terre d'esclavage qui ne porte plus rien de bon. Ne demandez pas après ce temps passé f Profitez de la France f Profitez de votre chance de grandir ici-là f" GlSELEPINEAU,"L'exil selon Julia" 16

2 .1. .rl.1J..mQ~~!!J.?lJL1JJ.igr.gJç!ir?g~!J.?t.qliJ~ Les Antilles, pays d'immigration forcée à partir du 15ème siècle, deviennent une zone d'émigration organisée au 20èmesiècle. Elles ont connu depuis cette date, et particulièrement depuis 1960, une émigration à développement galopant dont les principaux bénéficiaires sont les pays d'Amérique du Nord et l'Europe. Il est bon de rappeler le caractère exceptionnel de la grande marée humaine qui se déversait sur le Panama entre 1900 et 1920 au moment de la construction du canal. Ce fut l'émigration la plus ancienne qui mobilisa des milliers de Barbadiens, 40.000 Jamaïcains et quelques milliers de Guadeloupéens et Martiniquais dont certains ont fait souche au Panama. De même, l'émigration a toujours été en constante évolution vers les Etats-Unis d'Amérique et constitue un réservoir de main d'œuvre important en particulier chez les Antillais anglophones et chez les Haïtiens. Par ailleurs, l'émigration portoricaine vers l'Amérique, plus récente, est la plus importante des émigrations antillaises. Selon les autorités américaines, elle aurait décuplé en 20 ans, passant de 70.000 immigrés à 617.000 en 1940 et à 1.180.000 Portoricains en 1967. D'autres pays comme les Pays-Bas (1960), le Canada (1960), la GrandeBretagne (1956) et l'Allemagne, sont les destinations de choix pour l'émigration antillaise. Mais la France occupe une place importante dans ce processus

migratoire, avec 65.000 Antillais et Guyanais au recensement de 1968 17. Et voilà
qu'un an plus tard, en 1969, apparaissent des précisions fixant ce nombre à 150.000. En regroupant les diverses sources, on peut annoncer le chiffre de trois millions d'immigrés antillais dans le monde en 1970. Ce chiffre en constante augmentation, qui avoisine les quatre millions en 1985, est dû à l'accélération combinée de l'émigration et de la croissance démographique propre dans les différentes métropoles occidentales. On peut donc affirmer que pendant cette période, un Antillais sur sept vivait hors des Antilles. Une analyse plus précise des données chiffrées pour cette même période (1970) révèle que les immigrés proprement dits représentaient en effet un peu plus de deux millions de personnes, ce qui signifie qu'un Antillais

16 Gisèle PINEAU: 17 Source INSEE.

L'EXIL SELON JULI~ STOCK,

1996, page 36.

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sur vingt est alors hors des Antilles et que 40.000 départs étaient assurés par an, espacés sur un demi-siècle. De plus, on constate que plus de trois quart des deux millions de départs ont eu lieu entre 1945 et 1970. Ce flux migratoire généralisé et important rappelle celui de la traite, surtout au 18èmesiècle, période pendant laquelle des masses humaines se déplacèrent vers le Nouveau Monde. C'est une véritable ponction démographique qu'ont subi les Antilles au profit des grandes puissances, portant sur des millions de jeunes et favorisant ainsi le sous-peuplement des îles de la Caraïbe. Mais, les causes de cette émigration restent à définir. C'est ainsi que de multiples études ont été faites à ce sujet et ont donné des résultats présentant certaines similitudes. En 1962, R.B. DAVIDSON écrit à propos des îles anglophones: "L'importance de la croissance démographique est immense en soi. Dans sa relation avec les taux d'émigration, elle n'est pas dominante. La simple explication malthusienne selon laquelle l'émigration antillaise est due seulement ou principalement à la pression démographique sur le pays ne peut être soutenue" 18. Cette thèse est confirmée six ans plus tard par CERI PEACH(1968) 19 qui montre bien que plusieurs îles anglaises de la Caraïbe, très peuplées de surcroît (Jamaïque, Trinidad, Anguilla, Montserrat), présentaient à cette époque le taux d'émigration le plus faible. En conséquence, la variation de la densité de la population en Guadeloupe et en Martinique ainsi qu'en Guyane, n'est pas un facteur déterminant dans la croissance ou la décroissance du nombre d'émigrés. Une analyse plus pointue du phénomène dans les îles susvisées, permet de déceler que dans des conditions économiques données, la poussée démographique n'est pas le moteur mais la matière de l'émigration. Une autre piste reste à explorer: "le déterminisme géographique". Il semble insuffisamment exploitable puisque des exemples montrent bien le paradoxe. En effet, il est inconcevable de trouver à Londres en nombre suffisant des Jamaïcains, des Dominicains, etc., alors que la situation géographique et économique des Etats-Unis leur est plus favorable. Dans le même ordre d'idée, les Guadeloupéens et les Martiniquais ont une destination de référence, la France, alors que l'Amérique du Nord est à proximité, en particulier les USA, théoriquement plus attractifs. Certains sociologues ont même avancé l'idée que l'émigration avait comme pôles d'attraction préférentiels les "métropoles culturelles". Les faits contredisent cette théorie: par exemple, des Portoricains de langue espagnole qui émigrent aux Etats-Unis, et des Jamaïcains de culture anglaise qui suivent le même mouvement à Montréal. En définitive, la destination géographique de chaque émigration se définit en fonction des relations de domination politique y afférent. On peut admettre que les relations de domination économique et de domination politique soient indissociables et que leur union constitue l'élément déterminant à la bonne compréhension du processus migratoire. Cependant, le chômage et la pauvreté peuvent être des éléments de base d'une convergence vers l'émigration que si, et seulement si, il y a en parallèle une volonté politique d'accompagnement.

18 DAVIDSON 19Ceri PEACH:

R.B. : WEST INDIAN MIGRANTS. tR.R.

London,

Oxford

University

Press, page 42. sup.

WEST INDIAN MIGRATION TO BRITAIN. ~ SOCIAL GEOGRAPHY, I.R.R. London,

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2.2.

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Elles se situent essentiellement dans l'ensemble des processus pouvant alimenter l'émigration, la provoquer, la diriger par nécessité d'une immigration dans une problématique économique et sociale. Le déclin économique des Antilles a commencé au début du 19ème siècle par l'introduction dans le système de production française du sucre de betterave au coût le plus bas. Profitant ainsi de l'extrême protection du commerce du sucre, qui eut pour conséquence générale la montée des prix, les betteraviers s'insérèrent définitivement dans la sphère économique après plusieurs tentatives deux siècles plus tôt. Cette situation relègue ce vaste "empire sucrier" qu'étaient les Antilles au stade élémentaire du système d'accumulation. On assista à l'extension de la monoculture sucrière aux dépens du café, du cacao et du coton 20, et des cultures vivrières. Les Antilles sont désormais considérées comme de simples machines à sucre, évoluant dans un système économique réduisant l'organisation sociale à l'extrême. En effet, la production massive de sucre de betterave était passée par là et explique les données suivantes: 12.000 tonnes de sucre en 1830 ; 52.000 tonnes en 1847 ; 102.000 tonnes en 1859. Cette décadence économique a eu des répercussions immédiates sur le social puisque des bouleversements d'importance en matière politique, économique et sociale, éclatèrent de façon périodique jusqu'à la première moitié du 20èmesiècle. La situation mondiale en matière de production sucrière s'étant développée de façon considérable, la France décida dès le début du 20èmesiècle de proposer un plan de survie aux producteurs de sucre antillais. Il s'agissait de trouver un produit de substitution permettant de contourner la surproduction sucrière mondiale. Et c'est ainsi qu'est né le rhum qui entra en concurrence avec d'autres alcools produits dans l'Hexagone et ce, dès les années 30. La tension se développe de plus en plus entre les producteurs, les ouvriers et les pouvoirs publics, certains l'ont même qualifiée "d'acharnement social". C'est alors qu'un troisième substitut à la monoculture sucrière fut créé: la banane. Elle a constitué, et constitue encore aujourd'hui, un élément important dans la vie économique guadeloupéenne et martiniquaise. Les marchés locaux se voyaient envahis de produits manufacturés en provenance de l'Hexagone avec en prime des avantages puisqu'ils bénéficiaient de la franchise douanière. La situation sucrière n'a guère évolué depuis le 19ème siècle, puisqu'en 1960, 0,5% du nombre des propriétaires ruraux recensés possédaient encore 55 % des terres cultivées. On limitait le développement des petites propriétés vivrières au profit de la concentration des terres et on parlait à ce moment-là de

"domaine" cultivable. Un exemple est à retenir: en 1952, la S.A.U.B. 21, dont le
siège social se trouve à Bordeaux, occupait une surface de 12.500 hectares s'étalant
20 Ce produit était destiné aux fabricants de Flandres et d'Alsace. 21 S.A.U.B. : Société Anonyme des Usines de Beauport.

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sur trois communes de la Grande-Terre: Port-Louis, Anse-Bertrand et Petit Canal, soit 62 % des surfaces sucrières de la Grande-Terre, associée à deux autres groupes

français que sont la S.I.A.P.A.P. 22 et les sucreries d'Outre-Mer avec 23% des terres
(11.000 hectares). Ces dernières étaient gérées et contrôlées par des gestionnaires martiniquais. Le principe d'expropriation des terres au profit de grandes sociétés françaises était le même en Martinique. En 1961, une réforme foncière favorable aux petits exploitants a été amorcée. Cette dernière envisageait le morcellement des grandes propriétés en lotissements, avec à la clé, la vente ou la location de parcelles aux petits exploitants. Ce processus devait se développer de plus en plus pour favoriser leur regroupement en coopératives. En Martinique certains domaines appartenaient aux "békés" 23 martiniquais mais en nombre limité. La gestion des usines sucrières se faisait par les mêmes sociétés déjà citées ou alors par des particuliers. Ces groupes français étaient tous gérés par des actionnaires "békés". Mais après la deuxième guerre mondiale, la tension s'amplifie et on assiste au déclenchement d'une vraie crise socioéconomique ayant pour base toute une série de grèves des ouvriers d'usines dont certaines furent durement anéanties par les forces de l'ordre. Autre secteur défavorisé, la pêche. Elle a toujours connu des hauts et des bas puisqu'elle se pratique artisanalement. Peu de moyens sont mis à la disposition des pêcheurs. Sa pratique archaïque explique bien le besoin d'importer du poisson en proportion importante. 11 est essentiel de noter que la pêche était considérée comme un métier annexe. Se définissant comme étant des régions touristiques, la Guadeloupe et la Martinique connaîtront des difficultés quant à l'accueil du tourisme, faute de moyens adaptés. Elles sont dues à la généralisation de la crise dans tous les secteurs d'activité économique. L'analyse démographique confirme l'analyse économique: la concentration des moyens de production agricole sous-prolétarise les petits exploitants et les ouvriers et leur fait prendre le chemin de la ville. Le décalage du même processus démographique en Guadeloupe est imputable à celui du processus économique de concentration commencé plus tard en Martinique. Les mouvements internes de la population en Guadeloupe, comme de la croissance naturelle en 1967, sont comparables à ceux de la Martinique six ans plus tôt. En effet, la concentration économique n'avait pas encore à cette période libéré la population rurale active au profit des villes et des nouveaux employeurs. Sa poursuite systématique et accélérée touche par conséquent plus de monde en Guadeloupe d'où les bouleversements économiques, sociaux et démographiques survenus. En 1970, la Commission Centrale des DOM s'aperçoit que les Antillais n'ont jamais été consultés sur les raisons de l'immigration. Or, c'est la même commission qui prépara l'organisation de cette immigration exactement dix

ans plus tôt. En 1960 fut publié le rapport du sénateur PELLIER sur: "La nécessité et possibilité de l'émigration pour les habitants de ill Martinique et de la Guadeloupe".
22 S.LA.P.A.P. : Société Industrielle et Agricole de Pointe-À-Pitre. 23 Se dit des descendants d'immigrés blancs (colons) vivant en Guadeloupe eten Martinique.

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Ce rapport résume les grandes lignes de son organisation et plus précisément de son intensification: nécessité d'une émigration familiale, organisée et à moindre coût, et prise en charge par un organisme unique, sous tutelle de l'Etat 24. Le tableau ci-dessous montre l'évolution de l'émigration au début des années 60. Cependant les prévisions escomptées par la Commission n'ont pas été atteintes. année 1962 1963 1964 1965 totaux
L'émigration

prévision de la commission 25 2.380 4.060 5.460 6.160 18.060
antillaise

résultats 862 1.406 3.611 5.109 10.987

vers la France au cours du IV" plan

L'analyse de l'émigration spontanée ne saurait mieux porter que sur ces effectifs arrivés avant 1962 (environ 45% des Antillais immigrés en France) c'est à dire avant la création du BUMIDOM. Contrairement à l'opinion générale, l'émigration antillaise avant 1962 ne se réduit pas à une poignée de fonctionnaires et d'étudiants. En mars 1962, les estimations de l'INSEE avoisinaient les 40.000 Antillais et Guyanais dont 20.000 actifs, parmi lesquels près de 9.000 ouvriers et domestiques. La part des cadres moyens et supérieurs est élevée et caractérise l'émigration spontanée. Celle-ci provoqua le départ des membres les plus performants et qualifiés de la population, contraints de quitter leur pays, aggravant ainsi son sous-développement. Huit ans plus tard, PIERRE CHAULEURpartageait l'avis de la Commission des Caraïbes en précisant: "Seuls émigrent vers la France les Antillais économiquement valables. Ainsi donc un écrémage se produit: les éléments de valeur quittent les îles. Ce phénomène crée un certain découragement au sein des entreprises locales qui mettent deux ou trois ans à former un ouvrier et sont appelées à le perdre dès que son travail est rentable." 26 Le BUMIDOM 27 qui a vu le jour en octobre 1961, a commencé ses activités dès 1962. Il faut attendre le 26 avril 1963 pour que soit signé son arrêté de création. Il gère l'émigration dirigée en participant à un écrémage organisé de la population antillaise. Il va sans dire que le fait pour le BUMIDOM de ne réserver ses faveurs qu'aux éléments démunis d'emploi et sans espoir d'en découvrir, ne veut pas dire que cet organisme introduisait sur le marché national du travail des
24 Notice d'information du BUMIDOM, page 4. 25 Commission Centrale des DOM: "LE PROBLEME DEMOGRAPillQUEET SES CONSEQUENCES: NECESSITEDE L'EMIGRATION",septembre 1961, IVè Plan. 26 Pierre CHAULEUR, revue MARCHÉS TROPICAUX, numéro spécial, nOl075, 15 juin 1966, pp. 1965. 27 BUMIDOM : Bureau pour le Développement Mer. des Migrations Intéressant les Départements d'Outre-

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individus sans valeur économique et sans préparation. Il prenait donc la précaution de fournir à ces éléments un minimum de connaissances techniques, avant le départ ou dès leur arrivée, comme au Centre de Crouy sur Ourcq par exemple, leur permettant une intégration dans la profession de leur choix. Il est incontestable que depuis 1962, le BUMIDOM a connu une importance majeure dans l'évolution de l'immigration, qu'il contrôlait à 60%. De ce fait, il est devenu l'instrument fondamental de l'inclusion de l'émigration dans l'économie française et domina ainsi sa distribution sociale jusqu'au tout début des années 1980. En effet, la mission essentielle du BUMIDOM se situait au niveau de l'emploi, du contrôle et de l'organisation par l'Etat de la mobilité et de l'affectation des émigrants. Depuis 1982, c'est l'A.N. T. 28, qui gère l'organisation de l'émigration antillaise en France.

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La ponction effectuée chaque année par le BUMIDOM se fait sentir parmi la main-d'œuvre qualifiée, ce qui ne facilite pas la création sur place d'activités nouvelles. Le champ d'action de cet organisme d'Etat reste la masse prolétarienne et les jeunes sans emploi. Dans cette émigration, la prépondérance des jeunes, entre 20 et 29 ans, ainsi que l'égalité dans la répartition des sexes, sont essentielles et expliquent les taux élevés de natalité et de fécondité. C'est ainsi que l'on peut constater l'amplification du mouvement migratoire en le comparant au nombre de naissances antillaises enregistrées dans l'Hexagone à cette époque qui est passé de 13.000 en 1962 à 40.000 en 1969. Ces résultats vont dans le sens du rapport de la Commission Centrale des DOM: "Il est incontestable qu'un accroissement de la natalité s'impose en métropole. Il est également évident qu'une modération de la natalité s'impose dans les DOM La métropole aide les DOM à jeter les bases d'une économie compétitive,' les DOM aident la métropole à régler son problème 29 démographique" On remarque que ce n'est pas seulement le paysage social de l'émigration qui change mais la composition sociologique de chaque catégorie sociale et ce dès 1968. Le rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales fait acte de la dégradation continue de la situation, qui s'accompagne d'un mouvement de déqualification de la population active. Le taux d'ouvriers passe de 31,5 % à 33,2 % de 1962 à 1975, alors que dans ce même groupe, les OS et les manœuvres atteignent 62% pendant la même période. Ce mouvement d'évolution vers le bas de la population active, qualifié par CLAUDE-VALENTIN MARIE30, en 1986, comme: "une dynamique d'évolution négative" présentait le même schéma dans les sphères
28 A.N.T. : Agence Nationale pour l'insertion et la promotion des Travailleurs Antillais, dont le siège se situe 6/10, quai de Seine à Saint-Denis (Seine Saint-Denis). 29 Rapport de présentation de la Commission Centrale des DOM (Vè Plan), 1970, p. 52. 30 Claude-Valentin MARIE, chargé de mission au ministère des affaires sociales.

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