Musique et vidéo

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Cet ouvrage est le fruit d'un travail de recherche réunissant des professeurs d'éducation musicale, des chercheurs autour d'une journée d'étude "Musique et vidéo". Ces contributions interrogent les enjeux actuels de l'éducation musicale à travers les nouveaux programmes d'enseignement et l'outil informatique (informatique et pédagogie, informatique et musique de film ...).
Publié le : lundi 1 février 2010
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EAN13 : 9782296248878
Nombre de pages : 193
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Sommaire
Yves BOURDIN, I.P.R. I.A., Avant-propos……………............... 9-13 Bernard DAVID, Directeur de l’IFUCOME, Introduction........... 15-17 Pascal TERRIEN, Responsable du département Musique de l’IFUCOME, Présentation…………………………….………… 19-23 I. Entre recherche fondamentale et recherche appliquée

Gilles BOUDINET, Enseigner la musique : le sens d’une unité à l’heure des incertitudes postmodernes………………………....... 25-35 Jean-Luc LEROY, Les nouveaux programmes 2008 de l’enseignement d’éducation musicale au collège : un projet humaniste ?.................................................................................... 37-55 Pascal TERRIEN, L’outil informatique en éducation musicale… Oui, mais pourquoi ?....……………………………………………….. 57-75 II. Expériences, travaux et résultats

Vincent RATIVEAU, Evolution de la maîtrise d’un outil au service d’une pédagogie…………………………………………………. 77-95 Isabelle MINIOU, Corinne QUEFFELEC, Aline VOGELWEITH, La pédagogie différenciée et l’outil informatique…………............. 97-121 Emmanuel Le BERRE, Yves BABIN, La mise en son d’une bande vidéo ou les outils d’une expérience pédagogique en M.A.O.... 123-13 Myriam BOUTET, Nelly BOUYER, L’outil informatique au service de la musique de film…………………………………………. 135-174 Hélène ZERGA, Ludovic CHATEIGNER, L’outil informatique et les nouveaux programmes.……………………………………….. 175-189 Bibliographie………………………………………….............. 191-192 7

Avant-propos

Nouveau programme, musique et vidéo.
Les technologies de la communication et les outils numériques bouleversent nombre de repères en modifiant la circulation des cultures et en proposant de nouvelles façons de pratiquer la musique. Les situations d’écoute se sont considérablement enrichies sinon transformées1.

Le monde a changé !... Les jeunes générations naissent dans un environnement numérique et multimédia dans lequel elles grandissent en s’appropriant les nouveaux outils disponibles. Marc Prensky qualifie les jeunes actuels de « digital natives 2 » et constate qu’ils sont, de fait, rompus à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Les collégiens dont nous avons actuellement la responsabilité en font partie. Les profonds bouleversements des dernières décennies modifient considérablement les conditions d’accès pour les adolescents aux pratiques artistiques, et plus généralement à la culture. Dans ce domaine, si l’on observe leurs pratiques, il est intéressant de constater, d’une part, que l’écoute de la musique vient en première place, et d’autre part qu’elle est un moyen de structurer et de déterminer leur identité3. Le rapport des adolescents à la musique, et plus généralement « aux » musiques, est sans aucun doute un élément déterminant de leurs comportements et des relations qu’ils entretiennent avec le monde qui les entoure. La manière de s’habiller, le « look », l’image qu’ils veulent donner d’eux même, font très souvent référence à leurs chanteurs ou vedettes préférés, mais aussi à des comportements de groupes identifiés comme des modèles. Tous ces éléments sont autant de points de convergence vers une identité qui se construit à partir d’une représentation du monde, et de la volonté de s’y intégrer en
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BOEN spécial n°6 du 28 aout 2008, p. 2. PRENSKY, Marc, Digital natives, digital immigrants, 2001, http://marcprendsky.com/wrinting/Prensky 3 HERSENT, Jean-François, « Comment se construisent les pratiques artistiques et culturelles des adolescents ? », Conférence à l’INJEP, juillet 2007.
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fonction de leurs propres références, qu’elles soient sociales ou culturelles. De même, les adolescents les plus aguerris aux pratiques numériques « auto produisent » et se tournent donc vers certaines formes de processus de la création artistique. Il suffit pour s’en convaincre de naviguer sur différents sites pour constater que chacun cherche à « faire sa musique » et à se mettre en scène, sans pour autant avoir un sens critique suffisant pour juger de la qualité des productions. Ces constats doivent nécessairement nous interroger sur le sens des contenus d’enseignement dispensés au collège dans le cadre d’une scolarité obligatoire qui a pour objectif d’éduquer et de faire réussir tous les élèves. Le nouveau programme d’éducation musicale, à mettre en œuvre à la rentrée scolaire 2009, donne quelques réponses. Il invite à se tourner résolument vers une prise en compte significative de ces constats pour dispenser un enseignement de qualité, fondé sur l’acquisition de compétences et de connaissances qui permet de développer la mise en œuvre de réels apprentissages pour les élèves. Les moyens d’écouter la musique sont aujourd’hui nombreux mais tournés vers des pratiques individualistes et souvent « nomades ». Cela signifie que non seulement le concert ou le spectacle ne sont plus les seuls lieux où la musique s’écoute, mais que l’écoute isolée (à l’aide d’un Mp3, d’un iPhone, d’un baladeur, etc.), quel que soit le lieu, est devenue un mode de fonctionnement majoritaire chez les adolescents. La musique est « totalement intégrée à leurs pratiques4», elle accompagne une grande partie de leurs activités mais aussi de leurs déplacements. Conséquence inhérente, les œuvres écoutées sont fractionnées, entendues sans réelle continuité et donc perçues comme des multitudes de segments juxtaposés qui ne prennent sens, dans le meilleur des cas, que pour l’individu qui l’écoute. « L’éducation musicale au collège accompagne les élèves dans une approche maîtrisée de ces réalités en mouvement. Elle veille parallèlement à les inscrire dans une histoire et une géographie jalonnées de repères culturels essentiels5. »

DONNA, Olivier, Les pratiques culturelles des français à l’ère numérique, Enquête 2008, Ministère de la culture. 5 BOEN spécial n°6 du 28 août 2008, p. 2.

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Dans un contexte social et culturel souvent éclaté et en large mutation, le système éducatif, depuis plusieurs années, recentre l’enseignement sur la mise en cohérences des savoirs et des pratiques grâce au développement de dispositifs transversaux. Le socle commun de compétences et de connaissances, le brevet informatique et internet (B2i), l’histoire des arts, permettent désormais la mise en évidence des acquis des élèves, tant du point de vue des connaissances que des compétences (capacités et attitudes) indispensables à maîtriser en fin de scolarité obligatoire. Il est donc nécessaire de prendre en compte ces nouvelles orientations pour contextualiser de manière pertinente le nouveau programme d’éducation musicale. L’évolution du programme d’éducation musicale au collège repose sur la nécessité de replacer la réflexion didactique au cœur des préoccupations des professeurs. Savoir pourquoi l’on fait une activité, savoir quelles en seront les implications incontournables dans le cadre des apprentissages, est devenu une priorité essentielle pour que l’élève saisisse le sens de ce qui lui est proposé. A ce titre, le nouveau texte présente des objectifs de formation et énonce clairement ce que l’élève doit apprendre au collège. Articulé à partir de deux champs de compétences étroitement imbriqués Percevoir et Produire, le nouveau programme équilibre pratiques et approches culturelles de la musique. Grâce à des référentiels spécifiques, le texte précise avec rigueur les compétences et connaissances à acquérir dans différents domaines : la voix et le geste, le temps et le rythme, le timbre et l’espace, etc. Ce sont là les véritables points d’appui de la cohérence du cours d’éducation musicale au collège. Enfin, une démarche didactique est mise en évidence pour construire des séquences qui répondent aux attentes de l’institution. Quels objectifs de formation je choisis de privilégier dans cette séquence ? Quelles sont les compétences et connaissances qui y sont liées ? Quels supports pédagogiques (œuvres, projets de production, activités…) pour mener les apprentissages en classe ? Autant de questions indispensables et incontournables pour le professeur lors de la préparation d’une séquence de cours. L’ensemble du texte souligne particulièrement la nécessité de mettre en œuvre des pratiques pédagogiques qui permettent véritablement aux élèves d’acquérir les compétences et les connaissances définies par

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l’institution, «…quelles que soient les modalités pédagogiques privilégiées par le professeur…6 ». Placer les objectifs de formation et les compétences à acquérir comme préalable à la réflexion et à la mise en œuvre pédagogique, est sans aucun doute une attitude nouvelle que chaque professeur doit s’approprier avec force. De même la réflexion à mener sur les apprentissages à proposer en classe, ce que fait réellement l’élève, est indispensable si l’on souhaite faire réussir tous les élèves. Faire « apprendre la musique » pour devenir un « vrai musicien » n’est pas un objectif dans le cadre de la scolarité obligatoire et ne peut donc justifier de pratiques spécifiques qui amèneraient à focaliser les activités sur une technique particulière de production musicale. En revanche il est demandé « d’éduquer sa sensibilité » et de « développer sa curiosité » grâce à des pratiques musicales adaptées et efficaces. Cela signifie avant tout placer l’élève dans une véritable posture de musicien, avec ses propres moyens, modestement, mais avec de fortes exigences de qualité dans la production qu’il doit réaliser. Les pratiques vocales se trouvent alors naturellement au cœur des activités et des apprentissages en classe. Le projet musical en est le vecteur privilégié et permet la construction de compétences particulières qui aideront l’élève à exprimer et maîtriser ses émotions, élément indispensable à sa vie d’adulte au sein d’une société respectueuse des uns et des autres. Parfois devenu la seule justification d’une activité en classe « le plaisir musical » mentionné dans le texte de 1995, s’il est indispensable, ne peut constituer le fondement d’un enseignement. Il n’y a enseignement significatif que s’il y a évaluation des acquis et il semble difficile, voire même inconcevable, de porter un regard évaluateur dans le domaine des sensations et des émotions. L’éducation musicale au collège doit donc être fondée sur l’acquisition de compétences évaluables, en toute objectivité, dans le cadre d’un véritable parcours de formation élaboré par le professeur. Enfin, l’éducation musicale au collège prend tout son sens lorsqu’elle amène à conforter « la dimension artistique de la culture humaniste due à chaque élève7.» Il est donc indispensable d’y porter une attention particulière et d’inscrire toute démarche pédagogique
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Ibid., p. 3. Ibid.

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dans une dimension plus globale qui permettra aux élèves d’acquérir des repères historiques, esthétiques et artistiques. C’est dans cette perspective que le nouveau programme demande d’étudier les œuvres, pour « mettre en lumière l’histoire des hommes, de leurs idées et des sociétés qui les ont vues naître8. » Adossé à une approche transdisciplinaire et aux différentes thématiques proposées par l’histoire des arts, le cours d’éducation musicale devient alors l’un des vecteurs essentiels d’une réelle éducation artistique et culturelle des élèves au cours de leur scolarité au collège. La journée d’étude proposée par l’Université Catholique de l’Ouest et organisée par le département musique de l’IFUCOME, témoigne de la volonté de mener une réflexion approfondie sur les enjeux portés aujourd’hui par l’éducation musicale dans le système éducatif. Enrichie des différentes expériences menées sur le terrain, mais aussi des études menées par les universitaires spécialistes des problématiques liées à l’enseignement musical, cette journée est un moment important pour les professeurs d’éducation musicale soucieux de la qualité de l’enseignement qu’ils dispensent aux élèves.

Angers Juin 2009 Yves Bourdin Inspecteur d’académie Inspecteur pédagogique régional Education musicale

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Ibid.

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Introduction

Bernard David Directeur de l’IFUCOME9 Université Catholique de l’Ouest

Lorsque M. Terrien est venu me faire part en 2007 de son projet de recherche action sur : « Les enjeux de la maîtrise de l’informatique musicale et de la vidéo dans les apprentissages en cours d’éducation musicale et de chant choral. », c’est sans aucune hésitation que je lui ai, en tant que directeur de l’IFUCOME, apporté mon soutien, et cela pour plusieurs raisons. Nous sommes alors au moment de la mise en place du socle commun de connaissances et de compétences,
La spécificité de ce socle réside dans la volonté de donner du sens à la culture scolaire fondamentale, en se plaçant du point de vue de l’élève et en construisant les ponts indispensables entre les disciplines et les programmes10.

L’éducation musicale et chant choral apporte « une contribution originale et indispensable à l’acquisition du socle commun11 ». Le texte introductif de la compétence 5 nous dit :
La culture humaniste contribue à la formation du jugement, du goût et de la sensibilité. Elle enrichit la perception du réel, ouvre l’esprit à la diversité des situations humaines, invite à la réflexion sur ses propres opinions et sentiments et suscite des émotions esthétiques12 .

IFUCOME, Institut de Formation de l’Université Catholique de l’Ouest aux Métiers de l’Enseignement, Université Catholique de l’Ouest, Angers. 10 Décret 2006-830 du 11 juillet 2006. 11 Ibid. 12 Ibid.

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Il est évident que l’éducation musicale au collège conforte la dimension artistique de la culture humaniste que l’école doit apporter à chaque élève. Naturellement, comme pour toutes les autres compétences, celle-ci ne relève pas que de la responsabilité de l’éducation musicale mais aussi des autres disciplines. Toutes les disciplines enseignées à l'école et au collège sont mises au service de l'acquisition de ce socle. Chaque compétence requiert la contribution de plusieurs disciplines et, réciproquement, une discipline contribue à l'acquisition de plusieurs compétences. L'acquisition du socle se nourrit des apports de l'éducation musicale et ce point est bien souligné dans le point 2 du préambule des nouveaux programmes de cette discipline. « Une contribution originale et indispensable à l’acquisition du socle commun13 ». Le socle est une véritable rupture. La réussite de sa mise en place ne pourra être effective que si les enseignants sont accompagnés par la formation. Ce projet s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Et pour moi, le scientifique qui n’a pas eu la chance d’avoir une éducation musicale, je mesure pleinement ce que peut apporter cette discipline et donc son importance. Il est nécessaire de la soutenir à un moment où pour des raisons économiques, elle pourrait être fragilisée. D’autre part,
Les outils numériques bouleversent nombre de repères en modifiant la circulation des cultures et en proposant de nouvelles façons de pratiquer la musique … L’informatique musicale est devenue incontournable dans les activités d’enseignement de la musique14.

L’enseignement de l’éducation musicale nécessite donc aujourd’hui de revisiter les stratégies pédagogiques qui ont été mises en œuvre depuis l’arrivée de l’informatique dans le monde de la musique. Cette recherche est donc pleinement d’actualité. Le dernier point auquel j’ai été très sensible, c’est la démarche suivie par le groupe de recherche, car elle était pour moi prometteuse de la qualité du travail qui allait être réalisé. En effet, celle-ci est partie d’une préoccupation d’enseignants du terrain qui après avoir travaillé ensemble sur différents projets pédagogiques utilisant l’informatique musicale avaient constaté la grande motivation des élèves lorsqu’ils
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BOEN spécial n°6 du 28 août 2008. Ibid.

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utilisaient cet outil, et les perspectives que la M.A.O.15 pouvait offrir sur le plan pédagogique et cognitif. A ces enseignants du second degré de différentes régions étaient associés pour cette recherche action des enseignants-chercheurs de différentes universités16, des formateurs de l’IFUCOME, tout ce travail prenant appui sur la collaboration d’élèves. Les conditions de réussite de ce projet étaient alors réunies. La dernière raison de mon soutien c’est que je savais que les conclusions de ce travail ne resteraient pas confidentielles, mais que le groupe saurait les diffuser. Cela a été le cas par l’organisation d’une journée d’étude le 6 juin 2009 à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers, par la mise en place de stages de formation pour les collègues et, maintenant, par l’écriture de cet ouvrage. Félicitations à toute l’équipe pour la qualité de son travail, pour les outils et l’aide réflexive apportés aux collègues d’éducation musicale. La réussite est également liée au charisme du porteur de ce projet, merci à toi Pascal. Bonne lecture, j’espère qu’elle vous aidera à mettre en place des projets innovants dans vos classes.

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Musique Assistée par Ordinateur. Université Catholique de l’Ouest, I.U.F.M. de l’Université Aix-Marseille I, Université Paris VIII.

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Présentation
Pascal Terrien Responsable du département Musique IFUCOME, Université Catholique de l’Ouest

Cet ouvrage est le fruit d’un travail de recherche réalisé au cours de l’année 2008-2009 par des professeurs d’éducation musicale en collège et lycée, et de leurs communications données lors de la journée d’étude « Musique et Vidéo » à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers. Ce groupe de recherche a été créé et coordonné par le département Musique de l’IFUCOME17, et soutenu activement par le directeur de l’Institut, Monsieur David18, pour mener une réflexion didactique et pédagogique sur le lien entre informatique et musique dans le cours d’éducation musicale et les nouveaux Programmes de l’enseignement d’éducation musicale19. Il fut créé à l’initiative de quelques professeurs de collèges et lycées de différentes régions, Pays de la Loire, Bretagne, Ile de France, Nord-Pas-de-Calais, qui souhaitaient se réunir pour réfléchir, construire des projets pédagogiques avec l’outil informatique. Il a été suivi par d’autres collègues tout au long de l’année, via des échanges de courriels. Le département Musique de l’IFUCOME a permis que ces enseignants volontaires puissent se réunir dans des conditions de travail satisfaisantes (salles de réunions, salle informatique avec divers logiciels de musique, matériels disponibles pour la vidéoprojection, la reprographie, etc.), et que ces rencontres aient lieu dans les locaux de l’Université Catholique de l’Ouest. Le travail de ces enseignants a été coordonné par le formateur de l’IFUCOME, et sous la direction du responsable du département Musique. Le groupe s’est réuni quatre fois au cours de l’année, au cours de sessions allant d’une journée à la
17 L’IFUCOME est l’Institut de Formation de l’Université Catholique de l’Ouest aux Métiers de l’Enseignement. 18 Directeur de l’IFUCOME de 2004 à 2009, Université Catholique de l’Ouest. 19 Programmes de l’enseignement d’éducation musicale, Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008.

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