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Musiques Caraïbes : la trace noire

96 pages
Dossier, correspondances et cahier critique de l'actualité africaine.
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n08, mai 1998

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Dossier Musiques Cara'lbes : la trace noire
un dossier réalisé par Luigi Elongui

La trace noire La Martinique de Dédé Saint-Prix et les sources du chouval-bwa Entretien avec Dédé Saint-Prix Les Malavoi, pionniers de l'identité créole martiniquaise Aux sources du compa haïtien Entretien avec Ralph Boncy La grande voix de la Terre de Printemps: le reggae Puerto Rico: bailes de bomba Belize, consonances caraïbéennes et traces amérindiennes Caraïbes: discographie sélective

5 8 12 16 20 23 27 31 34

Hexagone
Le respect et l'écoute de l'Autre sont essentiels Entretien avec Aziz Sehmaoui (ONB) 40

Ca hier critiq ue cinéma
Jackie Brown Olivier Barlet Le point de vue des captifs Entretien avec Guy Deslauriers 43

45

photographie
Bamako, entre deux rencontres
Erika Nimis

48

Libres peintres d'Haïti
Jacques Binet

arts 54
55 disques 57

Entretien avec Antoinette Jean Les disques du mois
Soeu! Elbadawi

L'Afrique au Salon du Livre de Paris
Taina Tervonen Les écrivains antillais et leurs Antilles Entretien avec Romuald Fonkoua
Boniface Mongo-Mboussa

livres 60
61

théâtre
Quand les Caribéennes se mettent en quatre Mémoires d'Isles, d'Ina Césaire Sylvie Chalaye Corresponda Impressions de Djibouti TaneUa Boni 65 nee 67

Agenda et murmures Les événementsculturels africains de mai 73 Les nouvelles des cultures africaines de par le monde 88
Photo de couverture: Musiques paysannes d'Haïti. (Q E. Honorin.

Revue publiée avec le concours du Centre national du livre

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Africuitures

I moi 1998

Editorial

musiques de résistance
Peinture rupestre Afrique du Sud

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« Allons danser le calenda Avant que le calenda ne finisse Quand la liberté viendra n n 'y aura plus de calenda » Chant d'esclaves martiniquais espérant la libération au temps de la Révolution française

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Approfondir les sources africaines des musiques caribéennes n'est pas neutre en ces temps de commémoration: il s'agit d'affirmer que le métissage célébré dans l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage n'est pas un potage mais une salade! Vieux refrain égrené dans chacun de nos dossiers: les mélanges identitaires ne sonL réducteurs que lorsqu'ils revieuc. nent à une assimilation à un modèle unique. L'esclavage le fut, bien sûr, mais lorsque les Noirs, après avoir trimé toute une journée, trouvaient encore, à l'étonnement de tous, l' énergie de danser sur leurs rythmes, ce n'était pas seulement une récréation mais aussi une reAfricultures / mai 1998

création: danse et musique étaient une parole, un langage, pour exprimer aussi bien ses ressentiments contre le monde abject de l'oppression que la vitalité de sa culture, son refus de s'en laisser dépouiller. En ce sens, la danse et sa musique étaient une résistance pour la liberté, au même titre que les révoltes, le poison, le suicide, l'avortement, le mensonge, la flatterie, la raillerie, les contes, les chants, Je marronnage... Les nègres ont aussi marronné dans la danse. Ces musiques n'ont rien perdu de cette force, au point de faire danser Je monde entier. Le retour aux sources opéré aujourd'hui n'est ni passéiste ni 3

intégriste; il ouvre au contraire à une affmnation vitale: le métissage a du bon quand il s'agit de s'enrichir de la culture de chacun. Nous quittons pour quelques numéros notre démarche transversale en centrant notre dossier sur une discipline artistique, non sans élargir au thème nos pages actualité. Il s'agit d'hono-

rer par un travail de recherche les partenariats développés avec les festivals qui nous semblent aujourd'hui faire réellement progresser la connaissance des cultures africaines. Un mot encore: si Cuba est absente de ce dossier, c'est que nous y reviendrons le mois prochain!
Olivier Barlet

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Rédaction décentralisée: Les Pilles F - 26110 Nyons Tel: ++33 (0)4 75 27 74 80 Fax: ++33 (0)475277575 E-mail: barlet@ho1.fr Directeur de la publication: Fayçal Chehat Responsable de la rédaction: Olivier Barlet Responsables éditoriaux: Arts plastiques: Jacques Binet Théâtre: Sylvie Chalaye Cinéma: Olivier Barlet Hexagone: SoeufElbadawi Musique/danse: Luigi Elongui Rédaction littérature/édition: Fayçal Chehat et Boniface Mongo-Mboussa l, rue Lucien Sampaix 75011 Paris tel/fax: 01 4201 38 16

Ont collaboré à ce numéro: Taina Tervonen, Erika Nimis. Rédacteurs associés: Abidjan: Tanella Boni, Jean-Servais Bakyono Dakar: Baba Diop Niamey: Alfred Dogbé Alger: Fadela Mezani Madrid: Landry-Wilfrid Miampika New-York: Luc Deschamps Diffusion: Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique F -75005 Paris Amériques: L'Harmattan inc., 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y 1K9 Abonnements: voir demîère page. Vente au numéro: en librairies ou à L'Harmattan (+ 8 F port). Tous droits de reproduction réservés, sauf autorisation préalable. n08 - ISBN: 2-7384-6431-9 ISSN: 1276-2458 Africultures / mai 1998

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dossier: Musiques Caraïbes
la trace noire
par Luigi Elongui
Qu'avait-il donc appris àl 'école des Blancs? Qu'avait-il donc accepté d'oublier, en échange d'un tel savoir? Roland Brival, Le dernier des Aloukous, Phébus.

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subi? L'existence d'Haïti en est un tout comme les révoltes et les ~erres
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Un siècle et demi après l'abolition de l'esclavage, le devoir de mémoire nous semble le plus urgent sur le calendrier des commémorations... « Faut-il célébrer l'abolition de l'esclavage?» demandait notre confi'ère guadeloupéen Sept Magazine à la une de sa livraison du 12 février dernier. Il y a là de quoi réfléchir. Ceux qui ont instauré puis aboli cette fonne ignominieuse de relations humaines partie de la soidisant « découverte» du Nouveau Monde étant les mêmes, pourquoi ne pas plutôt rappeler tous ces événements ou épisodes historiques qui montrent comment l'esclavage a été aussi aboli par ceux qui l'ont

Panama à la Jamaïque, de Cuba à la Guyane - les Noirs rebelles aux colons, parfois même jusqu'à la libération définitive des territoires conquis par les insoumis. Mais cette réhabilitation véridique de 1'histoire ne saurait aller sans l'aide de la culture, et en particulier de la musique. Débarqués des bateaux négriers sur les côtes des Amériques, les migrants nus ont gardé le souvenir des croyances et des pulsations ancestrales dans les chants lancinants et les battements des tambours grondant aux abords des plantations ou dans les repaires des Marrons. C'est grâce à ces ressources spirituelles qu'ils ont survécu, résisté et créé, malgré la brutalité de leur condition et le déni de leur dignité. 5

Africultures / mai 1998

Sur le plan de la musique, d'étonnantes consonances esthétiques s'imposent à travers les diverses formes adoptées par les Noirs de la traite dans le secret de leurs assemblées nocturnes ou dans les rituels furtifs consacrés aux dieux de la terre mère. « Tous ces styles, nous rappelle Edouard Glissant, ne sont pas issus de la tradition spécifique d'un seul peuple: ils ont justement pu se généraliser car ils ne sont pas l 'héritage direct de chansons précises dont les Noirs auraient gardé la mémoire. Ils sont plutôt expression de ce fondement rythmique qui a été ensuite recomposé d'une manière différente: cela a donné le blues, le gospel et le jazz chez les Noirs Américains, l'afro-cubain à Cuba et les autres genres aux Petites Antilles. » Ainsi, le modèle vocal appelréponse et la polyrythmie, typiquement africains, marquent toutes ces expressions, qui n'ont jamais cessé d'avoir une assise populaire et reviennent en force dans l'actualité des festivals et des productions discographiques. Mais ce qui est encore plus extraordinaire et spécifique aux Amériques Noires, c'est cette manière d'entonner les chants, subliminale, mystique, évocatrice, que l'on retrouve partout, de la Guadeloupe à la Colombie, du Pérou à Haïti... Comme si la même sève avait irrigué de souffrance et d'espoir le message enchanté de la nuit amérindienne: « Ne t'accroche pas 6

au soleil, demain il sera de retour ». Cette forme de chant lancinant demeure le produit d'un syncrétisme entre les différentes ethnies africaines d'une part, et de l'autre d'une condition commune et spécifique pour tous ces gens; le fait de devoir vivre loin de la terre mère. Une force immense traverse ces musiques, raison pour laquelle la salsa, le reggae, l'afro-cubain ou le zouk - qui en sont les dernières expressions - font danser, cinq siècles après, toute la planète. La manifestation « Rythmes Caraïbes» qu'organise le Parc de la Villette est l'occasion, et la bonne, d'actualiser le souvenir des musiques d'esclaves qui ont par la
suite envahi le monde entier et

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phénomène encore plus remarquable - qui ont survécu jusqu'à aujourd'hui. Elles affirment toujours davantage leur vitalité, et cela dans leurs formes basiques, suggestives, éblouissantes. Programmé durant ces week-end, le groupe portoricain Afroboricua utilise par exemple un répertoire enraciné dans la période enfouie de la société esclavagiste insulaire, dont la bomba est l'exemple le plus significatif. Nous avons ainsi axé ce dossier réalisé en partenariat avec cette manifestation sur le thème de la trace noire, dominante par les biais de la vibration rythmique dans toutes ces musiques afro-caraibéennes. Pour garder cette trace vivante et ne pas céder à l'intellectualisme,

Africultures / mai 1998

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nous avons saisi cette occasion pour rencontrer des personnages clé dans ce domaine de la connaissance, comme le poète martiniquais Edouard Glissant, le musicologue haïtien Ralph Boney, le musicien

martiniquais Dédé St Prix, le musicien béninois Danialou Sagbohan, le pianiste guadeloupéen Alain Jean-Marie et deux vedettes de la musique jamaïquaine, Rita Marley et Burning Spear. D

la Martinique

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Dédé Saint- Prix et les sources

du chouval-bwa
La musique martiniquaise vibre des percussions africaines, comme le montrent les rythmes des tibwa. nouvelle société, issue du génocide des Amérindiens et des affres de la traite, est bâtie sur l'exploitation esclavagiste, dont la brutalité est à la mesure des profits réalisés par les planteurs. Ainsi, à l'âge d'or de la colonisation, en plein dix-huitième siècle, Voltaire pourra écrire que «ces pays qu'on peut à peine apercevoir sur une mappemonde produisirent en France une circulation annuelle d'environ soixante millions de marchandises ». (1) Les conditions de l'implantation de cette société, inévitablement ouverte à toutes sortes de métissages, firent de la Martinique un creuset de formes culturelles originales et nourries des apports venant des quatre horizons. Les convoitises, les aventures, les souffrances, les espoirs et les vagabondages, à l'ombre du commerce triangulaire et d'un système de domination implacable, fécondèrent le génie de la terre et celui des hommes. Ils surent profiter de ce Africultures

« Un pays où la dérive de l 'habitant, ce par quoi il tient à la terre, comme une poussière têtue dans l'air, c'est cet aller tout aussi bien que ce revenir, à tous les vents. Notre science, c'est le détour et l'aller-venir. Un pays ouvert, mais qui ne fut jamais déboussolé de son erre et d'où, si la pensée s'envole, ce n'est pas en fuligineuses déperditions. Un pays éperdu dans ses calmes plats, mais qui ne s'est jamais perdu. C'est de ces sortes de pays-là qu'on peut vraiment voir et imaginer le monde. » Edouard Glissant, Tout-Monde.

Sur l'arc de fragments terriens joignant l'ancienne Hispaniola aux côtes vénézuéliennes, la Martinique porte les fardeaux de l'histoire avec l'aisance d'une souriante dame. A l'aube du XVlème siècle, une 8

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Dédé Saint-Prix. ~ Corrado Balocco.

chaos de relations et d'échanges pour faire d'un croissant volcanique d'un peu plus de mille kilomètres carrés un vivier bouillonnant de Africultures / mai 1998

langages expressifs. (( Non, non, allez, n'ouvrez les yeux, imaginez toujours. pas

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