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Tauromachies, cultures du sud

De
133 pages
La musique, la danse, le dessin, l'écriture constituent ici l'originale déclinaison d'une "civilisation du taureau" qui demeure étonnamment vivante, le long d'une ligne imaginaire qui délimiterait un Sud emblématique. Le peintre Claude Viallat, l'écrivain Marc Bernard (1900-1983), Prix Goncourt 1942, comme l'ensemble des auteurs de cet ouvrage, se sont employés à désenclaver l'art tauromachique et ses représentations.
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TAUROMACHIES CULTURES DU SUD

Collection Conférences universitaires de Nîmes dirigée par Olivier Devillers Le but principal de cette collection est de rendre compte des recherches qui sont menées au Centre Universitaire de Nîmes – ou en association avec lui – dans le domaine des sciences humaines, sociales et artistiques. Une caractéristique est, conformément à l’identité d’un établissement où se côtoient des spécialistes de domaines divers, leur interdisciplinarité : il s’agit de croiser, autant que possible, plusieurs approches. Dans cette mesure, la présente collection réservera une grande place aux ouvrages collectifs et le terme de « conférence » qui figure dans son intitulé est presque à entendre dans son sens étymologique de « mise en commun ». Les questions de « représentation » et de « fait culturel », qui sont à la rencontre de différentes disciplines, retiendront particulièrement notre attention : comment l’histoire est-elle vue par la littérature ? Comment les traditions s’inscrivent-elles dans l’espace urbain ? Comment un artiste réagit-il à l’actualité ? Autant de thématiques qui pourraient être multipliées et qu’il convient d’inscrire dans un temps et dans un espace. Pour ce qui est de cette première dimension, l’apport des approches diachroniques ne peut être négligé : étudier l’évolution et les mutations d’une même « représentation » des origines à nos jours permet d’aborder et de clarifier les problèmes essentiels de la transmission et de la survie. Pour ce qui est de la seconde, sans être pour autant exclusifs, nous accorderons un intérêt plus marqué aux études languedociennes. C’est autour de ces traits – interdisciplinarité, intérêt pour la représentation des faits culturels, régionalisme languedocien – que nous entendons bâtir cette collection.

Dans la même collection : Autour de Nîmes et de sa région sous la direction de Catherine Bernié-Boissard et Danièle Julien Tauromachies et identités locales sous la direction de Catherine Bernié-Boissard Peurs et risques contemporains. Une approche pluridisciplinaire sous la direction d’Emmanuel Gleyse Tauromachies, sport, culture. Regards croisés sur les publics sous la direction de Laurent Sébastien Fournier, Catherine Bernié-Boissard et Jean-Pierre Michel Pour tout contact Rencontres universitaires de Vauban Bibliothèque du Centre universitaire de Nîmes Rue du Dr Salan 30021 NÎMES Cedex 1 buvauban@unimes.fr

Intervenants : Catherine Bernié-Boissard, géographe, maître de conférences CUFRN, UMR MTE, CNRS, université Montpellier 3 Laurent Sébastien Fournier, ethnologue, maître de conférences, université de Nantes, EA 3260 Lise Gros, conteuse, écrivaine Giovanna Iacovazzi, ethnomusicologue, université Paris 4 Margarita Kefalaki, docteur en sciences de la communication, université de Corte Marion Mazauric, éditrice, éditions « Au diable vauvert » Marie Pendanx, doctorante en géographie, université Bordeaux 3 Diego Petersen, docteur en littérature, spécialiste de l’Amérique latine, CUFRN Christian Skimao, écrivain et critique d’art (AICA) Sabine Teulon-Lardic, docteur en musicologie, professeur de musique ENM de Nîmes, université Montpellier 3 Claude Viallat, peintre contemporain, membre fondateur du groupe Supports-Surfaces, vit et travaille à Nîmes

Ce colloque, au Centre universitaire de Nîmes, a bénéficié du soutien du Conseil général du Gard.

SOMMAIRE

Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9 Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11 Catherine Bernié-Boissard, Laurent Sébastien Fournier Un simulacre de corrida sur la placette de Nîmes : ethnocritique d’une nouvelle provençale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .15 Laurent Sébastien Fournier Claude Viallat ou la course de la forme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .31 Entretien avec Christian Skimao Un inédit de Marc Bernard - 1 Musique et poésie Huit émissions radiophoniques sur la tauromachie . . . . . . . . . . . . . .47 Catherine Bernié-Boissard Un inédit de Marc Bernard - 2 Contribution au choix d’exemples musicaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . .63 Sabine Teulon-Lardic Ecriture et tauromachie « Faire parlar lo pais de bovina » Traditions camarguaises, occitan et écriture . . . . . . . . . . . . . . . . . . .69 Lise Gros Les bandas dans l’arène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .77 Marie Pendanx Musique, saints et taureaux : les bandas en Méditerranée . . . . . . . .95 Giovanna Iacovazzi Cultures populaires en Méditerranée A Moresca, une danse guerrière de la Corse . . . . . . . . . . . . . . . . . .113 Margarita Kefalaki Fêtes et carnavals en Amérique du Sud . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .121 Diego Petersen

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AVANT-PROPOS

Gardois d’origine, professeur au Collège de France, l’historien Maurice Agulhon observe que les commentaires autour de la tauromachie apparaissent au XVIIIe siècle « au fur et à mesure que le Nord découvre, tantôt merveilleuse et tantôt dérangeante, la Méditerranée ». Autrement dit : le Sud. Et avec lui, la riche nature d’une civilisation qui fait à la culture, dans sa dimension esthétique, une place majeure. Les chercheurs, réunis à l’initiative du CUEM-CPT et du GREGAU (université Paul Valéry, Montpellier 3), l’ont bien compris. Grâce à des thématiques diversifiées et à d’originaux éclairages, ils s’emploient à croiser l’art du toreo avec la littérature, la musique, la danse, le dessin et la peinture… De sorte qu’un spectacle populaire – la course de taureaux, dans sa variante camarguaise ou espagnole – devient porteur d’un message pluridisciplinaire, voire universaliste. Belle réponse argumentée à qui n’y voit que folklore pittoresque, ou pire, divertissement barbare ! A côté des tauromachies explorées par l’ethnologie, narrées par les conteurs, célébrées par Marc Bernard, source de création chez Claude Viallat, nous découvrons de la Corse à Malte et aux Andes latino-américaines une tradition festive, souvent éloignée de la culture taurine, mais qui, à son image, a une fonction de lien social. Fondant une communauté, une certaine manière de vivre ensemble.

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Il est donc pleinement légitime que le Conseil général du Gard apporte son soutien matériel et son appui moral à ces Journées d’études universitaires. Réaffirmant ainsi que la culture est à la fois plaisir de la connaissance, lieu de dialogue, joie de la découverte et temps du partage. Damien Alary Président du Conseil général du Gard, vice-président du Conseil régional du Languedoc-Roussillon

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PREFACE

La notion de culture, malmenée par les sciences sociales lorsqu’elle oppose à la complexité des rapports sociaux vécus une uniformité des représentations et une homogénéité « culturelle » largement fantasmées1, n’en reste pas moins une référence incontournable dans l’étude territorialisée de la diversité des formes de création et d’expression artistiques. C’est dans ce contexte que le Groupe de recherche et d’études en géographie et aménagement urbain (GREGAU) et le Centre universitaire d’études et de médiation des cultures et pratiques taurines (CUEM-CPT) ont très justement pris l’initiative d’une réflexion centrée sur les tauromachies et les cultures du Sud. Après une approche géographique des identités des territoires taurins2 et une approche plus sociologique des publics des fêtes taurines3, ce recueil de textes issus des journées d’études organisées en 2006 sous le titre Expressions tauromachiques4 propose une nouvelle plongée dans l’univers de la tauromachie et offre un ensemble de contributions axées sur les formes d’expression générées par le toro bravo.
1 Pour une critique du concept de « culture » en sciences sociales, cf. D. Cuche, 1996, La Notion de culture en sciences sociales, Paris, La Découverte. 2 Cf. C. Bernié-Boissard (dir.), 2004, Tauromachies et identités locales, Paris, L’Harmattan.

Cf. S. Fournier, C. Bernié-Boissard et J.-P. Michel (dir.), 2006, Tauromachies, sport, culture. Regards croisés sur les publics, Paris, L’Harmattan. Expressions tauromachiques, 3èmes journées d’études du Centre universitaire d’études et de médiation des cultures et pratiques taurines (CUEM-CPT), Nîmes, auditorium du Conseil général du Gard, 8 avril 2006.
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La musique, la danse, le dessin, l’écriture constituent ici l’originale déclinaison d’une « civilisation du taureau » qui demeure étonnamment vivante le long d’une ligne imaginaire qui délimiterait un Sud emblématique. Réunissant dans une même aire le midi de la France, la péninsule ibérique, deux îles méditerranéennes – la Corse et Malte – et, last but not least, le continent sud-américain où l’hispanité permet la rencontre de Carnaval et de Mithra, le recueil parcourt la transversalité culturelle du fait tauromachique dans un mouvement circulaire qui nous conduit du plus proche au plus lointain. La démarche ethnocritique de Laurent Sébastien Fournier, en combinant analyse littéraire et ethnologie, s’appuie sur une nouvelle de l’écrivain et dramaturge provençal Charles Galtier (1913-2004) pour tenter de discerner ce qu’il y a d’universel dans la dilection des Nîmois pour la tauromachie à l’espagnole. La description des humbles et des enfants qui innocemment, sur la Placette de Nîmes, « jouent au toro » dévoile toute la force d’une pratique qui met en scène les grands thèmes anthropologiques de l’honneur, de la gloire et de la mort. L’entretien du critique d’art Christian Skimao et du peintre Claude Viallat, né en 1936 à Nîmes et membre fondateur du groupe d’artistes plasticiens « Supports-Surfaces », prolonge utilement cette analyse de la portée fondamentale de la tauromachie. Viallat est, en effet, un fou de tauromachie au sens où l’on dirait un fou de Dieu. Sa mystique taurine repose sur le culte de l’image, de façon paradoxale puisque ce « peintre abstrait militant » s’est employé à déconstruire la notion d’image dans le reste de son œuvre. Mais dans la tauromachie, nous dit Viallat, « le dessin fait partie intégrante de la passion taurine » que l’artiste s’efforce de faire partager à son public. Faire partager la passion taurine est aussi le credo de Marc Bernard (1900-1983). Ecrivain autodidacte, également né à Nîmes, Prix Goncourt 1942, c’est par la parole qu’il prêche la
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tauromachie. Grâce au script d’une série d’émissions de radio que Marc Bernard avait animées, Catherine Bernié-Boissard retrouve les questions que l’écrivain s’est posées : d’où vient la tauromachie ? Quel est son rapport à la société ? A la poésie qui est faite pour être chantée ? A la musique qui est faite pour être jouée ? A la quotidienneté qui est faite pour être vécue ? La contribution de la musicologue Sabine Teulon-Lardic vient en contrepoint attirer notre attention sur les motifs musicaux qui émaillent les émissions de Marc Bernard. Conteuse, écrivaine, « femme de Bouvine » militante de la cause taurine, Lise Gros prolonge l’approche des formes d’expression tauromachiques en s’inscrivant dans la dialectique tradition-modernité, terres camarguaises-Sud profond que la tauromachie pérennise : « Plus nous nous enfoncerons dans notre sol et plus nous nous renouvellerons. Plus nous serons locaux, plus nous risquerons de nous hisser au niveau de l’universel. » La suite du volume propose un regard comparatif sur d’autres lieux et sur d’autres pratiques, montrant ainsi comment l’ancrage culturel de la tauromachie communique avec le monde de la fête dans des univers qui revendiquent l’hispanité ou la latinité. Le travail de Marie Pendanx nous invite à rencontrer « les bandas dans l’arène », et la tauromachie s’élargit à la fête. En effet, la double acception – espagnole et musicale d’une part, française et ludique d’autre part – du terme banda, permet de braquer le projecteur sur un phénomène d’animation musicale propre aux festivités du SudOuest (les Landes), qui s’étend au Béarn, au Pays basque, et naturellement tras los montes pour finalement nourrir l’imaginaire de la tauromachie lors des férias. L’ethnomusicologue Giovanna Iacovazzi montre, pour sa part, que cette intrication de la musique des bandas et du territoire, loin d’être un isolat culturel, revêt une dimension méditerranéenne. Les exemples qu’elle puise dans les rituels festifs de l’île de Malte allient des observations de terrain à
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