Tony Poncet. Ténor de l'Opéra. Une voix, un destin

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Tony Poncet, ténor de réputation mondiale, dénommé "le roi du contre-ut" a marqué le Bel Canto au cours de la période 1954-1970. Trente ans après sa dispariton, voici retracées la vie et la carrière de ce fils d'immigré espagnol qui a su par son travail et sa volonté s'imposer dans un milieu artistique sans complaisance, tout en sachant rester proche de son public et des milieux populaires.
Publié le : mardi 1 décembre 2009
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EAN13 : 9782296245457
Nombre de pages : 205
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TONY PONCET
Ténor de l'Opéra

Une voix, un destin

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MATHILDE PONCÉ

TONY PONCET
Ténor de l'Opéra

Une voix, un destin

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© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10776-2 EAN : 9782296107762

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A mon père

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REMERCIEMENTS

Je remercie mes professeurs de musique de l’Université de Bordeaux III, M. Bauer et M. Scherpereel qui m’ont encouragé à publier mon mémoire de maîtrise. Je remercie très sincèrement tous les artistes lyriques, directeurs de théâtres, chefs d’orchestre, amis et mélomanes, témoins fidèles de l’évolution de la carrière de mon père, qui m’ont permis de réaliser ce livre. Merci également pour leurs informations précieuses, Roland Mancini, Joséphine ma tante, Daniel Bardaji, Patrick Nayrolles et les regrettés André Maurel, Louis Maura et Georges Bitaillou.

Et je remercie enfin de tout cœur pour leur collaboration active, Anne-Marie ma mère, Pierre-Jean Daviaud mon oncle et Freddy mon mari.

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INTRODUCTION

Retracer la vie et la carrière de Tony Poncet, n'est pas une tâche facile même pour l’un de ses proches. En effet, il n'a jamais eu le goût d'archiver les témoignages, encore moins de prendre des notes. Sa vie a été marquée avant tout par le chant, son attention à l'égard du public, son besoin de vivre avec les autres et de privilégier la qualité des relations humaines. En abordant ce travail - ce livre est issu d’un mémoire soutenu à l’Université de Bordeaux III en 1995-, j'ai dû inventorier de nombreux documents (articles, revues, affiches, programmes, photos...) même si ces derniers ne sont pas à la mesure de sa carrière. Pour cela, j'ai dû faire appel à des artistes, directeurs de théâtre, mélomanes, critiques afin d’obtenir un complément d’informations, me permettant ainsi de rédiger au mieux cette biographie: la première à l'avoir réalisée. Au terme de cette recherche, j'ai pris conscience du destin hors du commun de mon père. En effet, ce fils d'immigré espagnol au don vocal incontestable, malgré ses handicaps liés à son milieu social et à son niveau culturel, a su, par sa volonté et par son travail, s'imposer dans un milieu artistique sans complaisance. Il a suscité bien des passions, des critiques mais par ses qualités, sa personnalité attachante, il a su développer une certaine aura et l'image d'un personnage de
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légende. En tout cas, je l'ai ressenti comme tel. Mais, s'il a été un artiste de réputation mondiale, j'ai constaté aussi qu'il n'a jamais renoncé à ses racines. Issu d'un milieu populaire, il en est toujours resté très proche même au sommet de sa réputation. De ce fait, son tempérament généreux l'a toujours poussé à aller au bout de ses possibilités. Il l'a fait tout au long de sa carrière. Il l'a réalisé tout au long de sa vie, tout particulièrement au cours des années de guerre, où il a tenu à participer aux événements tragiques que notre pays a connus dans les années 1940-45. Je propose de présenter la vie et la carrière de Tony Poncet, tout d’abord en évoquant son enfance, la période de guerre, ses études musicales à Paris, ses premiers succès et son engagement au sein des théâtres lyriques nationaux. Puis dans une deuxième partie, sera traitée la période de sa vie, d’une dizaine d'années, au cours de laquelle se manifeste le mieux la dimension de son talent, en particulier dans l'interprétation de grands rôles lyriques. Enfin, il sera précisé la place de Tony Poncet dans le monde lyrique de son époque et les caractéristiques de son talent.

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PREMIÈRE PARTIE

DE SON ARRIVÉE EN FRANCE À L'OPÉRA DE PARIS

1920 - 1962

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CHAPITRE I

L'ÉVEIL À LA MUSIQUE ET AU CHANT

Sa jeunesse jusqu'en 1939 Antoine Poncé est né à Maria1, petit village de montagne situé dans la province d'Almeria, en Andalousie (Espagne), le 27 décembre 19182, au lendemain de la première guerre mondiale. Mais il ne connaîtra que peu de temps la vie dans son pays natal. En effet, dès le début des années 1920, comme le font beaucoup d'Espagnols à cette époque, du fait du régime politique en place dans le pays, ses parents, Manuel et Léandra décident d'immigrer en France avec leurs trois enfants3. Une longue marche les amène ainsi au pied des Pyrénées. Au cours de ces premières années d’exil, de 1922 à 1924, la famille doit faire face à une certaine instabilité due aux difficultés d’adaptation dans un pays étranger; celle-ci réside ainsi successivement à Gabas, puis à Laruns et enfin à
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Voir doc. 1 : le village. Voir annexe n°1, acte de naissance. 3 Voir doc.2 : Léandra avec Antoine sur ses genoux, Jean à droite et Joséphine à gauche. 15

Decazeville (dans l’Aveyron), où vivent les deux frères de Léandra, employés dans les mines de charbon. Lors de cette période d’errance, Manuel assure la subsistance de sa famille en vendant des vêtements sur les marchés ou dans les cantines d’entreprises. Il décide enfin de s’installer à Bagnères-de-Bigorre, au printemps de 1924, où il continue d’exercer la même activité. Pourquoi faire le choix de cette petite ville de Bigorre, si ce n’est le besoin de se rapprocher des siens, des amis qui ont émigré du village natal pour venir vivre à Bagnères, où la population locale accueille avec bienveillance les Espagnols, nombreux à s’être installés dans cette ville des Pyrénées. Par ailleurs , l’un des frères de Léandra atteint par la tuberculose est venu se soigner dans la région. Le ménage va alors connaître des moments difficiles car les ressources de Manuel sont trop modestes pour faire face aux dépenses journalières et subvenir aux besoins de leurs trois enfants, Jean l’aîné, Joséphine, Antoine (et plus tard un autre fils, Manuel qui naîtra le 1er janvier 1931). Mais le premier problème à résoudre pour les Poncé reste bien celui du logement. En effet, les circonstances les amènent à déménager deux fois en peu de temps, avant de trouver dans le même quartier, dit du « Pont de Pierre », un lieu de vie mieux adapté et plus confortable. La famille va passer plusieurs années dans ce nouveau logement, dont l’accès se fait par une petite cour intérieure, aujourd’hui situé au n°6 rue du Général de Gaulle4. De nos jours, la ville a édifié une stèle et aménagé une promenade dédiée à Tony Poncet et ceci, à quelques mètres du domicile qui fut le sien pendant son enfance.

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Voir doc. 3 : maison au n°6, rue Général de Gaulle. 16

Malgré cette apparente stabilité, l’enfance d’Antoine n’en est pas moins difficile et mouvementée. Pendant les années 1925-1927, il a l’existence de n’importe quel enfant de son époque, les journées étant rythmées entre la classe, les tâches ménagères et les jeux de son âge. Il fréquente l’école Jules Ferry, mais Antoine n’est pas un élève brillant, pratiquant aisément l’école buissonnière. Aussi, ses parents, observant son manque de motivation, décident de le placer en apprentissage dès l’âge de 13 ans, en tant que mécanicien au garage Doux, place Georges Clemenceau à Bagnères. Les gérants, M. et Mme Froment prennent en amitié le jeune Antoine dès son arrivée, qui de son côté, trouve un climat tout à fait favorable à son épanouissement. Il se révèle un travailleur sérieux, volontaire, qui assimile vite et bien la mécanique automobile. Il apprend même à conduire vers l’âge de 15 ans. Il semble avoir trouvé un métier qui lui plaise, mais à la suite du départ des Froment, Antoine quitte le garage. Puis, il entreprend successivement des petits boulots, commençant par un emploi de livreur chez un négociant en grain, Antoine Zaupa ; il travaille ensuite pour un marchand de vin, M. Menvielle, puis chez un boulanger, M. Espiau, dans le quartier du « Pont de Pierre », tout près de son précédent emploi. Avec ce dernier, qui le met en confiance, il se sent apprécié et estimé. Mais un jour, M. Espiau décide de partir pour Bonnefont, un petit village à une trentaine de kilomètres de Bagnères ; Antoine se retrouve donc avec un nouveau patron, M. Daignan, et ce jusqu’en septembre 1939, à la veille de la seconde guerre mondiale. De temps en temps, après sa journée de travail, il s’arrête au « Café des Deux Ponts », appelé « Café Lamarque » par les Bagnérais, et sympathise avec le propriétaire des lieux, M. Lamarque. Antoine lui rend
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régulièrement quelques petits services comme nettoyer les banquettes, les vitres et les tables…Sa récompense est souvent un repas pris en famille. Ainsi Antoine, grâce à son énorme volonté, enchaîne les petits boulots sans interruption. Par ailleurs, afin de mieux aider financièrement ses parents, il n’hésite pas, avec son père, à faire de la contrebande la nuit, la frontière espagnole est en effet tout proche. Entre-temps, son père réalise son rêve, celui de s’installer au cœur du Pouey5, quartier pittoresque où se trouvent réunis les Espagnols les plus connus et les plus typiques, tels que Marcelin Duclos, premier baryton de l’Opéra de Paris, ou encore Jean Lacoure, le père et les frères Ferrel, le ténor Labritge. C’est tout doucement qu’Antoine se dirige vers ses 21 ans, et sa majorité. L’enfant, l’adolescent, ont fait désormais place à l’homme. Antoine est de petite taille, pas plus de 1m58, musclé et nerveux. C’est le type même du Latin avec de beaux cheveux noirs et frisés, parlant autant avec ses mains qu’avec sa bouche. « C’est un jeune homme capable certes parfois de décisions un peu fantasques, mais doté de quelque chose de bien rare, un cœur en or. » (Louis Maura, un ami bagnérais). L’éveil à la musique et au chant Dès leur arrivée à Bagnères-de-Bigorre, la famille est vite intégrée et leurs proches constatent déjà la forte personnalité du petit Antoine. Evoluant dans une atmosphère musicale, son père Manuel, surnommé « El curito » (petit curé, car dans sa jeunesse, il fut question qu’il devienne prêtre), est un guitariste passionné et sa sœur Joséphine, au
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Voir doc. 4 : maison au quartier du Pouey. 18

beau timbre de voix, interprète des seguedillas et des airs connus tels que « la rota », « Dolorès », « Ramona », « J’ai deux amours », il va découvrir les plaisirs du chant en interprétant des mélodies de son pays natal6. Mais au-delà de l’environnement familial, l'événement déterminant de sa vocation est bien la rencontre avec M. Dubeau dit « Countino », artisan-menuisier du quartier du « Pont de Pierre », qui lui fait partager sa passion du lyrique. Dès qu'il le peut, Antoine se réfugie dans l'atelier de cet amateur, qui chante du matin jusqu’au soir, et l'écoute interpréter des airs du répertoire, comme « Mendiant d’Espagne » ou encore la romance de « Maître Pathelin ». Au début, vers ses 7-8 ans, Antoine possède une jolie petite voix enfantine claire et juste. Et vers ses 12 ans, après quelques années de chant, Antoine se retrouve avec une admirable voix de ténor à l'étendue exceptionnelle, à la puissance rare pour son âge. A l'époque, chaque été, Bagnères-de-Bigorre vit dans une ambiance musicale et de Bel Canto. En particulier, le Casino de cette ville thermale propose une saison lyrique riche et variée qui attire un nombreux public. En effet, cette structure accueille, pendant les mois de saison thermale, une troupe de chanteurs d’Opéra et d’Opéra Comique, ainsi qu’un orchestre symphonique venant du Grand-Théâtre de Bordeaux et du Capitole de Toulouse. De multiples représentations y sont organisées, telles que Rigoletto le samedi soir, Les cloches de Corneville le dimanche aprèsmidi ou encore Faust le dimanche soir. Antoine est immédiatement attiré par cette effervescence musicale et fréquente assidûment les abords du Casino. Les employés et
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Voir doc.5 : Antoine et son père au quartier du Pouey en septembre 1926. 19

machinistes ne manquent pas de remarquer la ferveur de ce jeune garçon et l’adoptent très vite. Certains même n'hésitent pas à le faire monter debout sur une table de café pour le faire chanter et admirer son aisance vocale. C’est lors de ses journées qu’il rencontre « ses premiers petits succès ». Dans un tel contexte, le jeune Antoine se fait remarquer par sa voix hors du commun et intègre très tôt, à l’âge de 15 ans, au mois de mai 19337 la troupe des chanteurs montagnards de Bagnères-de-Bigorre. Cette illustre compagnie fondée en 1832 par Alfred Roland, dit « le Père des Orphéons », réunit les quarante plus belles voix de la Bigorre. Il s’agit là de la première chorale populaire de ce type créée en France ; de plus, elle va avoir une influence déterminante dans la création de nouvelles troupes, lesquelles iront même jusqu’à reprendre des titres du répertoire d’Alfred Roland, chants traditionnels et populaires. De 1838 à 1854, pendant 16 ans, cette troupe très renommée a effectué des tournées mondiales et aujourd’hui, continue encore à se produire ponctuellement à l’étranger. C'est dans cette chorale qu'Antoine trouve la meilleure formation vocale, à l'exemple de très grands artistes qui ont fait leur apprentissage du chant dans des formations similaires, tels que Fiodor Chaliapine (basse), Beniamino Gigli (ténor) et Henri Saint-Cricq (ténor). Il assimile les chants, travaille les nuances et développe ses capacités auditives. Le répertoire fondé par Alfred Roland avec « La Bagnéraise », « L’Avalanche de Barèges » (hymne à la Vierge), « Halte-là, les montagnards sont là » (chant patriotique des montagnes, c’est la « Marseillaise des Pyrénées)…permet de développer les prouesses vocales. La
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Voir doc. 6 : la première année d'Antoine avec les Quarante chanteurs Montagnards d’Alfred Roland. 20

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