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Toru Takemitsu

De
372 pages
Cet ouvrage étudie le langage musical du compositeur japonais Toru Takemitsu (1930-1996). Si le corpus de son oeuvre reflète un certain éclectisme (influence de compositeurs occidentaux comme Debussy, Messiaen ou Cage) et l'intérêt aussi bien pour sa propre culture que pour des domaines artistiques variés, on voit la même préoccupation du compositeur derrière cet apparent éclectisme : la quête d'un langage universel
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Univers musical
Wataru MIYAK AWA
Toru Takemitsu
Situation, héritage, culture
Toru Takemitsu Situation, héritage, culture
Univers Musical Collection dirigée par Anne-Marie Green La collectionUnivers Musical est créée pour donner la parole à tous ceux qui produisent des études tant d’analyse que de synthèse concernant le domaine musical. Son ambition est de proposer un panorama de la recherche actuelle et de promouvoir une ouverture musicologique nécessaire pour maintenir en éveil la réflexion sur l’ensemble des faits musicaux contemporains ou historiquement marqués. Déjà parus Leiling CHANG,Dialogues, temps musical, temps social,2012. Françoise ROY-GERBOUD,Le piano des Lumières, Le Grand Œuvre de Louis-Bertrand Castel, 2012. Jarosław KAPUSCINSKI, François ROSE,Le temps et le timbre dans la musique de Gagaku, 2012. Christophe BAILLAT,Vera Moore, pianiste, de Dunedin à Jouy-en-Josas, 2012. Ladan Taghian EFTEKHARI,Bomtempo (1775-1842). Un compositeur au sein de la mouvance romantique, 2012. Joachim E. GOMA-THETHET, François Roger BYHAMOT,Jean Serge Essous. Clarinettiste, saxophoniste et chanteur congolais (1935-2009), 2012. Anouck GENTHON,Musique touarègue,Du symbolisme politique à une singularisation esthétique, 2012.Bernard BANOUN, Lenka STRÁNSKÁ, Jean-Jacques VELLY,Leoš JANÁČEK : Création et culture européenne,2011. Pierre GUINGAMP,Michel Warlop 1911-1947, 2011. Luc RUDOLPH,La valse dans tous ses états. Petite histoire de la valse et de ses compositeurs dans le monde, 2011. Alexandre TYLSKI (sous la dir. de),John Williams. Un alchimiste musical à Hollywood, 2011. Irina AKIMOVA,Pierre Souvtchinsky. Parcours d’un Russe hors frontière, 2011. Philippe GODEFROID,Richard Wagner 1813-2013, Quelle Allemagne désirons-nous ?, 2011. Michaël ANDRIEU,Réinvestir la musique, 2011. Jean-Paul DOUS,Rameau. Un musicien philosophe au siècle des Lumières, 2011. Franck FERRATY,: un clavier bienFrancis Poulenc à son piano fantasmé, 2011.
Wataru MIYAKAWAToru Takemitsu Situation, héritage, culture
© L'Harmattan, 20125-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00617-8 EAN : 9782336006178
INTRODUCTION
 Toru Takemitsu est sans aucun doute l’un des compositeurs les plus représentatifs parmi tous les compositeurs japonais. Bien que plus de quinze ans se soient écoulés depuis sa disparition en 1996, il ne cesse d’attirer notre attention. De 2002 à 2004, la maison d’édition Shogakukan enregistre toutes ses œuvres, non seulement celles pour le concert, mais aussi celles pour le film, pour la radio, pour le théâtre, ou même les œuvres inédites de sa 1 jeunesse... soit, au total, cinquante-huit disques compacts ! De son côté, la maison d’édition Shinchosha réunit tous les écrits du compositeur en cinq 2 tomes en 2000 . Son œuvre continue à être jouée régulièrement en concerts par des musiciens renommés comme Seiji Ozawa, Kent Nagano ou Simon Rattle. Sur le plan musicologique, il existe déjà un nombre non négligeable de travaux (ouvrages, articles, thèses de doctorat) en japonais et aussi en d’autres langues (notamment en anglais), consacrés à ce compositeur.  Toutefois, le langage musical de Takemitsu reste encore obscur aujourd’hui, comme le remarque la musicologue Yoko Narazaki : Lorsqu’il s’agit de la musique de Takemitsu, on a clairement en tête une image de celle-ci sans la confondre avec celle d’autres compositeurs. Pourtant, quand on parlait de la musique de Takemitsu jusqu’à présent, on signalait presque systématiquement l’influence des compositeurs occidentaux comme celle de Debussy ou celle de Messiaen. [...] Il est de fait que la musique de Takemitsu peut parfois évoquer la musique de Debussy ou de Messiaen. [...] Mais il serait aberrant de définir son œuvre seulement sous cet angle. Car, d’un autre point de vue, on pourrait même affirmer que celle-ci est complètement différente de celle de Debussy et de Messiaen. La musique de Takemitsu a quelque chose de japonais, mais le terme « nationaliste » ne lui correspond pas. Même si on reconnaît la singularité de son œuvre, on est encore incapable de la définir 3 clairement .
1  Toru Takemitsu,Complete Takemitsu Editioncinq volumes, Shogakukan, de en 2002 à 2004. 2  Toru Takemitsu,Chosakushuchoisis] en cinq tomes, Tokyo, Shinchosha, [Textes 2000. 3  Yoko Narazaki, « Takemitsu Toru sosakushi gaisetsu » [Le discours sur l’histoire de la création de Toru Takemitsu], inTakemitsu Toru - Oto no kawa no yukue[Le devenir du fleuve de son], Choki Seiji et Ryuichi Higuchi (s. la dir. de), Tokyo, Heibonsha, 2000, p. 94.
Introduction
En effet, ce qui nous frappe dans son large corpus d’œuvres, c’est la diversité qui se manifeste aussi bien dans les genres musicaux abordés que dans les langages musicaux. Si Takemitsu écrit de la musique pour le concert, pour le film, pour le théâtre, pour la radio ou même des chansons, il fait également de la musique électro-acoustique ou des arrangements des chansons des Beatles. Naturellement cet éclectisme qui se décèle dans les genres abordés s’accompagne d’une grande diversité dans les langages musicaux employés. Même lorsqu’il s’agit seulement de sa musique écrite pour le concert, on est frappé par cette diversité.  L’œuvre de Takemitsu est très souvent définie par sa dimension japonaise, parce qu’elle est profondément marquée par la musique traditionnelle japonaise, par la nature japonaise, le jardin japonais et par l’art japonais en général aussi bien la peinture que le cinéma ou la poésie. Dans les années 1960 et 1970, il s’intéresse activement à la composition pour instruments traditionnels japonais, ce qui donne naissance à des œuvres représentatives commeNovember Steps(1967) pourbiwa,shakuhachiet orchestre ouIn an Autumn Garden (1973-1979) pour orchestre degagaku. Néanmoins, Takemitsu garde une attitude complexe vis-à-vis de l’intégration des éléments japonais dans son œuvre, par rapport à d’autres compositeurs japonais comme Yoritsune Matsudaira (1907-2001), Joji Yuasa (1929-) ou Toshiro Mayuzumi (1929-1997) qui, eux, cherchent davantage leur source d’inspiration dans cette musique. D’ailleurs, après la fin des années 1970, il n’écrira quasiment plus d’œuvres pour instruments traditionnels japonais. C’est pourquoi il est quelque peu réducteur d’appréhender son œuvre seulement par sa dimension japonaise.  D’autre part, on parle souvent - Takemitsu le fait lui-même - de l’influence de compositeurs comme Debussy, Messiaen, Cage ou Berg dans son œuvre, mais le compositeur japonais ne cache pas non plus son admiration pour les musiciens de jazz, comme Duke Ellington ou George Russell (1923-2009). En plus de ces multiples influences, il assimile activement, dans les années 1960, les nouvelles techniques élaborées par les différentes tendances avant-gardistes de l’après-guerre comme la musique sérielle, la musique concrète, la musique aléatoire ou la musique de « texture » comme celle de Penderecki, de Xenakis ou de Ligeti. Notons tout de même que la plupart des compositeurs ayant vécu cette période mouvementée des années 1950 et 1960 se caractérisent plus ou moins par cette diversité des langages musicaux, notamment les jeunes compositeurs japonais, dont Takemitsu ; si ces années se définissent ainsi comme une période d’assimilation de la musique avant-gardiste occidentale, la diversité des langages musicaux adoptés par le compositeur japonais paraît néanmoins assez surprenante à nos yeux. Et on peut se demander si cette diversité
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Introduction
s’explique simplement par sa curiosité. Afin de traiter cette question, il est nécessaire d’étudier un concept-clé dont Takemitsu parle de façon récurrente : le concept de l’autre. Dans « Boku no hoho » [Ma méthode], il avoue : La musique à laquelle je pensais à cette époque n’avait en effet aucun lien avec la plupart des gens. Cependant, en tant que compositeur, je ne pouvais plus supporter de travailler sans aucun lien. À ma manière, je 4 voulais trouver précisément ce lien .  Il affirme même que son œuvre n’existe en aucun cas sans la présence de l’autre : Je ne peux pas imaginer que ce que l’on appelle la pensée est quelque chose de complètement achevé en soi. Je pense aussi que cette entité ne peut pas être indépendante seulement en tant que pensée. [...] Une pensée commence à avoir un lien actif avec la vie humaine, pour la première fois, comme quelque chose de vivant, à partir du moment où elle est confrontée à une autre pensée ou à une autre philosophie. Aujourd’hui, on ne peut pas penser au sens de « vivre pleinement » sans tenir compte de la manière d’être avec autrui. En tant que musicien, je continuerai à composer pour moi-même. Cependant, pour que ma musique devienne une résonance réellement vivante, seulement ma force ne suffit pas. Pour que ma « chanson » puisse obtenir une certaine directionnalité dans la société en tant que nouvelle vibration, il faudrait qu’elle soit en contact 5 multiple avec d’autres vibrations .  C’est pourquoi Takemitsu met souvent en cause l’isolement de la musique contemporaine dans notre société : 6 Si l’on interprète l’opinion pessimiste de Honegger d’une autre façon, celui-ci voulait peut-être dire que ce n’étaient pas les gens qui ne comprenaient pas la musique, mais que la musique décrivait des lieux géométriques inutiles dans un endroit très éloigné de la vie humaine. Aujourd’hui la musique contemporaine se situe loin de la vie quotidienne. 7 Pourquoi la musique reste-t-elle ainsi isolée ? 4  Toru Takemitsu, « Boku no hoho » [Ma méthode] [1960], in Oto, chinmoku to hakariaeruhodoni[Le son, au point de se mesurer avec le silence], Tokyo, Shinchosha, 1971, p. 25. 5  T. Takemitsu,Chosakushu,op. cit., tome II, p. 266. 6  Takemitsu ne précise pas ici cette opinion de Honegger, mais il fait manifestement allusion à sa vision pessimiste de la situation musicale actuelle exposée dans son ouvrageJe suis compositeur. Dans ce dernier, Honegger met en accent le désintérêt du public pour la musique contemporaine. Arthur Honegger,Écrits, Paris, Librairie Honoré Champion, 1992, pp. 623-627. 7  T. Takemitsu,Oto, chinmoku to hakariaeruhodoni,op. cit., p. 25.
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