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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

BIBLIOTHÈQUE
DE M. A BIXIO
PARIS.

Edmond de Goncourt, Jules de Goncourt, Pierre-Charles-François-Ernest de Villedeuil

Mystères des théâtres

1852

INTRODUCTION

I

Il y a à Paris 20 théâtres desservis par 20 troupes ; dans la banlieue, 7 théâtres desservis par 5 troupes ; dans les départements, 100 théâtres environ desservis par 58 troupes, en y comprenant l’Algérie. Il y a à l’étranger 13 théâtres français, non compris le théâtre de San-Francisco et celui de Saint-Pétersbourg. Je demande combien il y a de théâtres étrangers en France ? Un seul, auquel quelques personnes vont, mais auquel peu de personnes comprennent quelque chose. Cela prouve que notre éducation linguistique a grand besoin d’être perfectionnée. Il y a en outre à Paris 13 cafés chantants et 15 administrations de bals et de concerts, non compris Valentino et la salle Sainte Cécile. Les départements sont affligés de 11 cafés chantants. Il y a à Paris un grand établissement, appelé le Conservatoire de musique, où le gouvernement paye des hommes et des femmes, fort honorables du reste, pour professer le maintien théâtral, l’harmonie, la déclamation et autres choses improfessables. Il y a encore à Paris une succursale du Conservatoire et six succursales dispersées dans les départements, au grand contentement des indigènes. Nous ne parlons pas des écoles municipales, qui ont pourtant une certaine importance et pas mal d’avenir.

Il y a en France 78 théâtres français. Voyons un peu l’énorme personnel qu’ils exigent. Nous ne faisons entrer dans nos calculs ni les allumeurs de quinquets, ni les simples machinistes, ni les chefs du service de santé, ni les choristes, ni les ouvreuses de loges, ni les musiciens de l’orchestre, ni la masse des employés subalternes. Tous ces gens-là pourtant valaient bien la peine que l’on parlât d’eux ; ils mangent, ils boivent, en un mot ils vivent du théâtre.

Voici le personnel des théâtres français :

THÉATRES FRANÇAIS DE PARIS.

1.

2.

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Le théâtre où il y a le plus d’acteurs est le Théâtre-National ; celui où il y a le plus d’actrices est l’Opéra ; celui où il y a le plus d’artistes est le Cirque-National. Les théâtres où il y a plus de femmes que d’hommes sont le Vaudeville, le Palais-Royal, la Porte-Saint-Martin, le théâtre du Luxembourg et la salle Bonne-Nouvelle. Les théâtres où il y a autant de femmes que d’hommes sont les Variétés et les Délassements-Comiques. Aux Funambules et à Lazary, il y a précisément la moitié moins de femmes que d’hommes.

BANLIEUE ET DÉPARTEMENTS.

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Il y a cinq troupes qui ne figurent point dans ces calculs.

Les théâtres français de Paris et des départements occupent donc, sauf erreurs ou omissions :

511directeurs, employés supérieurs ou chefs de service,
1,321acteurs,
956actrices,
2,788individus qui doivent leur pain quotidien à l’industrie des théâtres.

Paris, la trente-cinquième partie de la France, occupe à elle seule 1,028 employés supérieurs et artistes, et 1,065 en y comprenant la troupe du Théâtre-Italien. Si maintenant nous ajoutons à ces 2,788 individus les musiciens de l’orchestre, les machinistes, costumiers, décorateurs, auteurs dramatiques, compositeurs, chorégraphes, ouvreuses de loges et autres employés, les journalistes, les vendeurs et distributeurs de journaux de théâtre, les médecins, architectes, etc., les pompiers et autres agents de sûreté publique, les agents dramatiques et le dixième des hôpitaux, qui représente un certain nombre d’individus nourris, logés, chauffés, soignés et guéris ou enterrés, nous arrivons à ce résultat qu’il y a en France, en y comprenant les mille et onze professions qui se rattachent à l’industrie des théâtres, plus de 10,000 personnes qui glanent sur les planches la vie de chaque jour. Or, si tous ces gens-là se donnaient la main, ils décriraient une circonférence de plus de 5,000 mètres de diamètre, et de 16,000 mètres de périmètre.

Pour compléter ces renseignements, nous dirons que les théâtres français à l’étranger n’occupent pas moins de 190 acteurs et 153 actrices, soit 343 artistes.

Les théâtres de Paris peuvent contenir 32,208 personnes.

Les théâtres renferment 5,598 stalles et fauteuils d’orchestre, de balcon et d’amphithéâtre, et 1,107 loges, premières, secondes, troisièmes et quatrièmes. Les prix varient de 10 fr. à l’Opéra à 1 fr. 25 au Théâtre-National. Il est fâcheux que nous n’ayons pas la jauge, — si je puis m’exprimer ainsi, — des théâtres des départements.

Il a été joué sur les théâtres de Paris, en 1851, 911 pièces, dont 259 nouvelles. M. Scribe entre là-dedans pour 43 chefs-d’œuvre, dont 1 nouveau. Les théâtres inféodés à l’illustre faiseur sont : l’Opéra, l’Opéra-Comique, l’Opéra-National, les Français et le Gymnase. M. Bayard ne figure sur la liste que pour 12 pièces, dont 7 nouvelles. Mentionnons aussi 17 débuts d’acteurs et d’actrices.

Et voilà ce que fut l’année 1851 !

II

Il a été joué, pendant l’année 1851, 263 pièces nouvelles et 646 reprises, soit en tout 909. Les 20 théâtres de Paris jouant, en tenant compte des relâches et des fermetures, 355 fois dans l’année, 355 x 20 = 7,100. Voilà donc le nombre de représentations données pendant l’année 1851. Chaque théâtre donnant en moyenne 3 pièces par représentation, il en résulte que les 909 pièces jouées pendant l’année 1851 l’ont été 21,308 fois, ce qui fait pour chacune d’elles 23 représentations 1/3. Chaque représentation se composant de 3 pièces ou 5 actes en moyenne, il aurait été joué dans l’année 37,500 actes. En portant le produit moyen de chaque représentation à 1,000 francs, nous arrivons au chiffre de 7,100,000 francs, qui est, à peu de chose près, le chiffre exact. Le dixième afférent aux auteurs dramatiques s’élève à 710,000 francs, laquelle somme, répartie entre 35,500 actes, fournit pour quotient 20 francs, rétribution quotidienne de chaque acte. Or, comme nous savons que chaque acte est joué 23 1/3 fois, multipliant 23 1/3 par 20, nous obtenons ce résultat que le rapport moyen et total de chaque acte est de 466 fr. 33 c. Les pièces ont en moyenne 1 13/16 acte, ce calcul porte le rendement de chaque pièce à 780 francs environ. Or, 780 X 909, nombre de pièces jouées, donne à peu près 710,000 francs, chiffre que nous avons déjà trouvé, au bout de nos calculs, comme indiquant le rendement de l’industrie dramatique dans ses développements intellectuels pour l’année 1851. On comprend que nous n’entendons parler ici que du dixième de la recette ; nous ne pouvons ni ne voulons apprécier le produit des places et autres minces revenant-bons. N’oublions pas ces deux chiffres de 710,000 et de 780 francs, nous aurons occasion de nous en servir plus tard.

MOUVEMENT DES THEATRES DE PARIS POUR 1851.

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Le Théâtre-Français et les Funambules sont les deux théâtres qui ont représenté le plus de pièces ; après eux viennent, par ordre d’activité : l’Odéon, le Luxembourg, le Palais-Royal, les Folies-Dramatiques, les Variétés et les Délassements-Comiques ex œquo, etc. L’Ambigu-Comique est, de tous les théâtres qui n’ont pas eu d’interruption forcée, celui qui a le moins varié son affiche. Cela prouve-t-il qu’il n’a eu que des succès ?

La statistique est quelquefois singulièrement bouffonne : elle a des rapprochements assez significatifs. Le Théâtre-Français accolé aux Funambules, l’Odéon encadré entre les Funambules et Bobino ! Voilà des plaisanteries comme savent en faire les chiffres : qui pourrait dire qu’elles ne sont pas justes ? Il y a quelquefois plus de sentiment dans les pantomimes de Debureau qu’il n’y en a certainement dans une tragédie de Davrigny.

Les théâtres qui ont donné le plus de pièces nouvelles sont les Variétés, — ce théâtre a cependant été fermé pendant plusieurs semaines, — les Délassements-Comiques, le Palais-Royal et les Folies-Dramatiques. Parmi les théâtres qui n’ont point chômé, ceux qui ont donné le moins de pièces nouvelles sont : l’Opéra-Comique, les Funambules et l’Opéra, le Théâtre-National, la Gaîté et le théâtre Choiseul ex œquo.

La denrée qui abonde sur la place est le vaudeville. C’est peu cher à monter et très-facile à sous-tacher. On en fait beaucoup, on en vend beaucoup et on en use énormément tant à Paris qu’en province : ce qui fait aussi peu d’honneur aux provinciaux qu’aux Parisiens. Plus longs, plus coûteux, plus pénibles à apprendre, les drames et les opéras ont une durée plus longue Dans un drame, le point capital est le développement des passions, et de cette étude l’on ne se lasse jamais, parce qu’elle n’est jamais épuisée.

Les théâtres qui ont donné le plus de pièces anciennes sont : les Funambules, les Français, l’Odéon, le Luxembourg et le Gymnase.

Il a été joué, pendant l’année 1851, 42 ballets et pantomimes : 33 au théâtre des Funambules, 8 à l’Opéra, et 1 au Théâtre-National. L’Opéra a donné 3 nouveautés de cette sorte ; le Théâtre-National, 1 ; les Funambules n’en ont pas donné une seule : cela prouve que la podomime n’est pas en faveur aujourd’hui. Je m’attendais à cette preuve de mauvais goût de la part de mes contemporains.

Il a été exécuté à grand renfort de grosses caisses et de saxophones 58 opéras, opéras comiques et olla-podrida dite Ode symphonique. L’Opéra-Comique à lui seul en réclame 41, soit plus des 4/6. Sur ces 58 partitions, 10 sont nouvelles ; l’Opéra-Comique n’entre dans les nouveautés que pour 6/15, tandis que dans le total il entrait pour 10/15 ; il s’en faut d’une différence de 4/15 qu’il conserve sa supériorité relative. Si l’Opéra-National avait été ouvert toute l’année, il eût doublé le total des opéras nouveaux. Le Théâtre-Italien a joué 16 opéras, dont 2 nouveaux, si l’on veut compter comme nouveauté cette énorme et absurde imitation de ce Shakspeare dont les excentricités ne sont tolérables que dans l’originalité la plus intacte.

J’ai le regret d’annoncer que, pendant l’année 1851, il a été, contrairement aux règles du bon sens, déclamé 24 tragédies : 14 au Théâtre-Français et 10 à l’Odéon. Mais c’est avec satisfaction que j’annoncerai que pas une seule de ces tragédies n’est nouvelle. Je félicite de tout mon cœur l’époque contemporaine de n’avoir donné naissance à aucun de ces monstres au cœur de marbre, à l’haleine de glace, au parler majestueux.

Un fait désolant, c’est qu’il a été tiré à quatre épingles 129 froideurs dites comédies, 69 aux Français, 60 à l’Odéon ; la faculté génératrice de l’année 1851, en fait de comédies, est représentée par 7 aux Français et par 6 à l’Odéon. Le Théâtre-Français n’a donné cette année qu’une seule de ces études parfumées que l’on appelle des proverbes ; une délicieuse boutade de Mme de Girardin.

Il a été hurlé, pendant l’année 1851, 95 drames, dont 36 nouveaux. La Gaîté a représenté 25 drames ; l’Ambigu, 15 ; la Porte-Saint-Martin, fermée pendant une notable partie de l’année, 13 ; l’Odéon, toujours ouvert, 1 ; l’Ambigu, le Luxembourg et le Théâtre-National, 10 ; le Théâtre-Français, 7 ; le Gymnase, 2, et le théâtre Beaumarchais, 1. Le boulevard soutient courageusement sa vieille réputation larmoyante. L’Ambigu a représenté 10 drames nouveaux ; la Gaîté, 7 ; la Porte-Saint-Martin, 6 ; le Théâtre-National, 4 ; le Théâtre-Français et l’Odéon, 3 ; le Gymnase, 2 ; le Luxembourg, 1. Toujours la palme au boulevard ! toujours l’Odéon, malgré son heureuse situation, malgré son public d’élite, se laisse distancer. Parmi tous ces drames, il en fut sept très remarquables : Bruyère, Valéria, Molière, Victorine, Mercadet, les Vengeurs et l’Imagier de Harlem. De beaucoup d’années l’on n’en pourrait dire autant.

Tout le reste de la végétation dramatique de 1831 n’aboutit qu’à des vaudevilles, parmi lesquels brillèrent, comme des rayons de soleil perdus dans le brouillard : Mignon aux Variétés, le Coucher d’une Étoile et les Robes blanches au Vaudeville. Notons encore neuf pièces de ces excroissances pour lesquelles il a fallu créer une sous-espèce dans l’espèce vaudeville, l’espèce revue.

 

Résumons-nous :

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Mais ce n’est pas tout. Ces 899 pièces n’ont pas poussé derrière le rideau comme des champignons après une pluie d’orage. La terre n’est pas assez marâtre pour bourgeonner spontanément de pareils produits. Voyons un peu d’où proviennent les luxuriances de cette germination intempestive. 332 pièces, 179 reprises et 153 nouvelles sont dues à des collaborations simples ; 33 pièces, 19 reprises et 14 nouvelles sont le produit de collaborations en partie triple. On sait ce que c’est qu’une collaboration : un individu fait la pièce, un ou plusieurs individus la font recevoir, et l’auteur est, en fin de compte, celui qui reçoit le moins. Telle est l’intelligente organisation des administrations théâtrales.

COLLABORATIONS SIMPLES.

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COLLABORATIONS EN PARTIE TRIPLE.

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COLLABORATIONS.

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365 ! précisément autant de pièces en collaboration qu’il y a de jours dans l’année. Comme chaque collaboration, sauf certaines collaborations collaborant de toute éternité, indique un individu floué, cela suppose une flouerie par jour, soit 18 floueries 1/4 pour chacun des théâtres de Paris. Il reste encore 544 pièces, projections indépendantes, sur l’affiche du moins, car il y a beaucoup de collaborations qui, ne visant qu’aux espèces, gardent le plus strict incognito et n’aiment à se confesser qu’à la discrétion du caissier.

Nous avons vu qu’il avait été joué sur les théâtres de Paris, pendant l’année 1851, 909 pièces multipliées en 35,500 actes, et non pas 37,500, comme une erreur typographique nous l’a fait dire à la 16e ligne de notre dernier article sur ce sujet. Ces 909 pièces sont le produit de 352 auteurs dramatiques, c’est donc pour chacun d’eux 2 pièces 205/352 ou 106 actes 47/88, soit un revenu de 2,017 f. 04 c.

 

Nous allons maintenant donner par ordre alphabétique la liste des auteurs représentés en 1851.

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