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New York noire

128 pages
Sinistrée après les attentats du 11 septembre, New York s'interroge. Face à la xénophobie, de nouveaux dialogues s'organisent. La confrontation entre Africains et Africains-Américains est repensée à la lumière des ponts culturels entre Afrique et Amérique.
Entretiens avec Maryse Condé, Manthia Diawara, Krista Fabian, Radiah Harper, le cinéaste Rachid Bouchareb, les musiciens Sam Newsome, Ravi Coltrane, Gino Sitson et Dominic Kanza.
Contributions de Sylvie Kandé, Siriki Gbané, Gérald Arnaud et Marième O. Daff
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New York noire
Dossier CW1donnépar Sylvie Kandé, Christine Tufly-Sitchet et Marième O. Daft

Couverture et ci-dessus:
Harlem (2001) @ Christine Tully-Sitchet

Diaspos
Le Malien mouvement..
Alexandre Mensali Entretien avec Manthia Diawara Les Marakas ne viennent pas ..7 ..7 .74

Entretien avec Catherine de Ciippei

Editorial

Les ponts et les conflits

"J'ai bien peur que tu aies perdu quelque chose A ne pas t'arrêter pour me parler Je t'aurais dit le passé En t'expliquant le présent" Saul Williams, Sha Clack Clack
Peinture rupestre Afrique du Sud

A 1'heure où j'écris, la municipalité de New York se demande si elle ne va pas tout de suite reconstruire les toursjumelles: de puissants faisceaux lumineux créeraient l'illusion de leur présence dans la nuit. Dérisoire illusion: n'était-ce pas ce qui ressortait de la réaction des Noirs américains aux attentats du Il septembre? L'affirmation de leur patriotisme fut aussi forte que celle de toute l'Amérique, comme en ont témoigné nos correspondantes à New York. Et cela bien qu'ils continuent de subir une ségrégation officiellement bannie en 1964. Dans un récent article du Monde Diplomatique (sept. 2001), Dalton Conley, professeur à l'Université de New Yark, montre comment elle se perpétue perfidement. Dans une "Winner-Take-All-Society" (société

où les gagnants prennent tout), un même niveau de rémunération ne suffit pas à faire évoluer l'inégalité. La richesse accumulée, souvent le produit des héritages, détermine la mobilité sociale. L'exemple immobilier est frappant, alors même que posséder sa maison reste le meilleur moyen pour disposer d'un capital. Sides Noirs s'installent dans une zone blanche, tout le quartier perd de la valeur: on cherchera à les en faire partir! Au lieu d'encourager l'épargne des plus pauvres, le gouvernement Bush mise sur la baisse de l'impôt sur les successions: ce n'est pas prêt de changer! Pourtant, le patriotisme noir-américain est au summum et les réactions violentes et racistes envers leurs "frères" noirs immigrants venus d'Afrique gardent toute leur vigueur. 3

Africultures n044 / janvier 2002~

Les "Africains-Américains" s'alignent ainsi sur le fameux Nimby général, Ie "not in my back yard' (pas dans monjardin), expression du rejet systématique de tout ce qui viendrait dévaluer son environnement et partant son capital. A Little Senegal comme ailleurs, là où ils se regroupent, les Africains migrants reconstruisent les relations
sociales du village

-

un véritable

défi

au normes ambiantes de promotion sociale. Le lien ancestral est devenu trop ténu pour motiver une réelle solidarité. Au contraire, et bien inconsciemment, la honte d'avoir été esclavagisé renforce la réaction émotionnelle déjà suscitée par l'intérêt économique. L'émotif engendre la violence. Le rejet des Africains par leurs cousins noirs puise sa source dans les ségrégations accumulées. Pourtant, les ponts culturels sont bien là, et les artistes ne manquent pas d'en explorer la fécondité, aftÏnnant une fois de plus le rôle prophétique de la création artistique. Ce dossier témoigne tant de ces ponts que de ces conflits. New York
sinistrée, vidée de ses touristes et secouée

dans tous ses équilibres, réduit ses aides à la Culture. Le mouvement est général :décidément, Monsieur Ben Laden avait vu loin dans sa volonté de déstructuration. TInous faudra à tous beaucoup de maturité pour passer le cap. Sans doute nous faudrait-il aussi ressusciter une valeur bien galvaudée : la générosité.

Olivier Barlet

r&

4

. Africultures n044j janvier 2002

Un automne
Toute accélération de l'Histoire s'accompagne d'une explosion de messages, de signes et de slogans nouveaux, ou bien encore du rafraîchissement de symboles
antérieurs. Parmi que les événements la pléthore de signes du 11 septembre

à New York
artères,
métro, en hâte disparus Trade dans fête, de l'absent, tout

réitérés aux
des avis de recherche et dévotion dans Center. seul l'éclat détaillée: gauche, sous bougies du mur, des Sur l'explosion une

bouches
fabriqués

de
des

par les familles du page,

World la photo d'une

ou avec

des proches, puis une

de la jeunesse, réel ou rêvé; "porte

ont généré à New York - levée de drapeaux, invocations à Dieu, à l'unité nationale, louanges à la police et aux pompiers, etc. - il Y en a deux sortes qui émergèrent avec une exceptionnelle puissance évocatrice. Il s'agit d'abord, placardés aux carrefours des grandes

du succès

inscription sur la cuisse Au pied fleurs,

un tatouage des la cire

a un joli sourire". les affiches, parfois dont

s'est figée en pieds trouver un joli sourire

de poulpe. Allez sous des tonnes Tully-Sitchet

Harlem

(2001) @ Christine

Harlem

(2001) @ Christine

Tully-Sitchet more than ever" venu déplacer/remplacer le précédent, ce "llove New York" des sacs et des T-shirts qui étonnait par son obstination carrée, sa tranquillité tautologique. Et pourtant, au nouveau slogan, on n'opposera pas car il porte de "so what ?" goguenard, mémoire de la blessure et parle l'idiome des grandes douleurs -la litote. Il fait écho à la fameuse métaphore du vase brisé de Derek Walcott qui écrivait: "Brisez un vase et vous verrez que l'amour qui réassemble les fragments est plus fort que celui qui considérait sa symétrie, quand il était entier, comme un fait acquis," (1) Toute accélération de l'histoire nous fait mieux mesurer le jeu titanesque des ruptures et des continuités; elle dresse effondrements et destructions en bornes sur la route à sens unique du temps. Là est la véritable tragédie:

de gravats? Beaucoup d'Hispaniques et de Noirs - mais pas seulement - ont choisi ce mode de recherche, une façon peut-être de pallier leur accès limité a l'internet et aux sites créés pour
l'occasion, sans doute grande dans le regard aussi parfoi plus communautaire

capable,
quelques

se dit-on,
signes

au moyen

des

particuliers

évoqués

sur les posters, de "remettre" tel individu, sorti des décombres,
amnésique et fumant, pour le ramener au bercail. Afin de provoquer de tels miracles, des processions ont été organisées dans le Bronx et ailleurs. Au petit jour, on a vu des groupes d'une douzaine de personnes défiler sur les trottoirs en récitant des prières à voix haute et en égrenant des chapelets. Moins pathétique à première vue a été l'apparition du nouveau slogan de l'artiste Milton Glaser"llove New York

6

~

Africultures n044 / janvier 2002

à New York, rien ne sera plus comme avant, et pourtant... C'est la ligne d'horizon new-yorkaise, dites, qui en a pris un coup, avec la disparition de ces tours jumelles qui étaient comme le double punctum d'un grandiose tableau urbain. Mais au-delà du panoramique, il reste à mesurer l'effet psychologique de cet effondrement brutal des plus hauts gratte-ciel de New York. On sait bien l'impact de la construction (progressivement achevée) de nouveaux buildings - pensons à la Tour Eiffel, au Tower Building sur Broadway - sur l'esprit, l'inconscient ou l'image que nous nous faisons de nos corps au milieu de leur présence minérale: corps écrasés, réduits au microscopique, ou bien démultipliés, triomphants, prenant d'assaut le ciel. Que faire désormais de cette castration symbolique qui affecte bien sûr le centre financier du monde capitaliste, mais aussi un projet qu'on ne peut même plus qualifier de prométhéen, tant il est moderniste et séculaire à une époque que l'on qualifie paradoxalement de postmoderne et dans une société où il vaut mieux être musulman qu'athée? Ann Douglas, dans son analyse du Manhattan des années 20, l'avait bien perçu: "Dans leur ruée vers le ciel, les gratte-ciel étaient, en dépit de ce qu'ils proclamaient être, une déclaration du rôle de l'homme moderne à l'image du prophète-pugiliste "Sans-Dieu" de Krutch : "II n'y a pas de Dieu et je suis son prophète." (2) Atteint en ses sommets, blessé en ce que Léopold Sédar Senghor appelait ses "fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel/Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau patinée de pierres", (3) New

a aussi York - que dis-je? Manhattan redécouvert son insularité. Que les ponts soient coupés et Manhattan redevient une île, à la merci de l'eau qui l'entoure, isolée des autres borough qui la nourrissent. On a vu le 11 septembre des foules se hâter d'un pont à l'autre, essayant de se frayer un chemin vers la "City", abattre des miles, galvanisées par le besoin de retrouver un chez-soi, un proche, et fraterniser en chemin avec d'autres pèlerins. Oui, New York reste une mégapole fracturée en boroughs, eux-mêmes subdivisés en quartiers. A l'instar d'autres grandes villes, le centre de New York, Manhattan est consacré aux affaires et aux résidences de bon standing, et les travailleurs ou sansemploi vivent à la périphérie. Raison pour laquelle il a été dit que la récente catastrophe aérienne de Queens a affecté une communauté déjà éprouvée par l'attaque du World Trade Center. Il fut un temps, pas si lointain, ou
Harlem, pourtant situé à la pointe nord

de l'île, ne faisait pas partie de Manhattan, au moins pas dans l'imaginaire new-yorkais. Dans la géographie de Senghor, en visite à Harlem dans les années 50, ce village africain est malheureusement tenu a distance de New York qu'il ne peut féconder. "Ecoute New York! 0 écoute ta voix mâle de cuivre, ta voix vibrante de hautbois, l'angoisse bouchée de tes larmes tomber en gros caillots de sang / Ecoute au loin battre ton coeur nocturne, rythme et sang du tam-tam, tam-tam sang et tam-tam. / New York! Je dis New York, laisse
affluer le sang noir dans ton sang / Qu'il

dérouille tes articulations d'acier, comme une huile de vie / Qu'il donne

Africultures

n043 / décembre

2001 ~

7

Apres un moment de léthargie, de vive angoisse et d'intense questionnement, la ville de New York a retrouvé ses pulsations spécifiques. Certes, rien n'est plus exactement comme avant et on le perçoit à mille signes: l'attention un peu plus
soutenue bruits des que l'on prête aux moteurs d'avion,

Harlem a tes

(2001) ponts

@ Christine la courbe des lianes." des

Tully-Sitchet croupes (3) Un récent de Harlem et

la souplesse processus a dégagé quartier, monter

de réhabilitation

l'architecture splendide du ranimé le commerce et fait en flèche le prix des loyers. La

population

pauvre

- c'est-à-dire

essentiellement africaine-américaine, africaine et hispanique, se trouve à présent repoussée plus au Nord, vers le Bronx, notamment. Si tôt ou si tard qu'on prenne le métro, au-dessus de la 135ème rue, on trouvera toujours d'autres usagers qui partent au travail ou en reviennent, profitant du trajet pour

dormir un peu davantage.

Et on

constatera, dans cette zone qui est l'un des réservoirs de main-d'oeuvre de Manhattan, une nette homogénéité démographique. Les conséquences économiques dramatiques du 11 septembre, et notamment la montée du chômage, le gonflement du nombre des sans-abris risquent fort, si des mesures ne sont pas prises,
d'accentuer cette fracturation de la ville

aux enveloppes que l'on reçoit, au nombre fluctuant de drapeaux que l'on voit dans sa rue, sur les voitures qui passent, à leur signification particulière en fonction du borough où on se trouve, etc. Mais l'énergie est ici si intense, le métabolisme si rapide, et la guerre si lointaine que les choses pourraient "rentrer dans l'ordre", au moins sur la courte durée, à la faveur des fêtes. On se réjouit donc de constater que dans les secteurs éducatif, artistique et politique, certains individus et certains groupes s'organisent autour d'initiatives visant à établir des dialogues transversaux entre communautés et boroughs, à faire valoir des points de vue peu ou pas représentés au niveau des media officiels, à empêcher l'érosion des droits civiques sous couvert de lutte anti-terroriste. C'est ainsi que des pétitions circulent parmi les enseignants pour la préservation de leur liberté d'expression quant à la guerre contre l'Afghanistan, en particulier. Les cercles de lecture de poésie, extrêmement actifs en général,

ont

créé

des

sessions

à

but

en zones socio-économiques homogènes, avec les problèmes afférents à moyen et long terme qu'on imagine sans peine.

thérapeutique, mais se sont aussi, pour certains, constitués en forum ou les dites minorités peuvent verbaliser leurs espoirs et leurs divergences

8

'"

Africultures n044 / janvier 2002

d'opinion. Enfin, on exhume des questions que l'actualité de l'automne avait mises sous le boisseau, celle des brutalités policières par exemple, avec en premier lieu l'affaire Amadou Oiallo autour de laquelle les communautés africaine et africaine-américaine s'étaient retrouvées pour une fois solidaires. On travaille aussi sur de nouveaux sujets, tels que les nouvelles dispositions légales concernant la détention d'étrangers suspects de complicité avec le terrorisme. On imagine qu'elles pourraient affecter négativement au premier chef les ressortissants du Tiers-Monde. New York vibre, mais New York est toujours sur le qui-vive. Le bilan de l'automne est lourd, le travail de deuil encore inachevé. En dépit de l'horreur éprouvée, il y a aujourd'hui une occasion unique à prendre: celle de repenser les termes de la globalisation, les principes démocratiques face à d'inédites situations ainsi que les composantes de l'identité américaine vers une reconnaissance effective de sa diversité. La contribution de tous les Américains d'origine africaine est précieuse au travail d'édification de la paix.

1. Derek Walcott "Dissolving the Sigh of History" The Gardian (Londres, 16 décembre 1992). 2. Ann Douglas, Terrible Honesty. Mongrel Manhattan in the 20's. New York: Noon Day Press, 1995, p. 442. 3. Léopold Sédar Senghor, Oeuvre poétique. Paris: Seuil, 1990, p. 117.

Sylvie Kandé enseigne à SUNY Old Westbury et travaille comme assistante de recherche au département d'Art africain au Metropolitan Museum. Elle a publié aux Editions L'Harmattan Terres, urbanisme et architecture 'créoles' en Sierra Leone, 18ème-19ème siècles et En quête d'Ariel: Discours sur le métissage, identités métisses, ainsi que Lagon, lagunes chez Gallimard. Une cotraduction des nouvelles d'Alexis Wright est à paraître sous le titre Le pacte du serpent chez Actes Sud. Christine Tully-Sitchet est doctorante en anthropologie (La Sorbonne I New York University).Elletravaillesur les AfricainsAméricains et leur rapport à l'Afrique. D'origine peu le sénégalaise, Marième O. Daff vit à New York depuis 1999 après un DEAde littérature comparée à Paris IVSorbonne et un Master en journalisme à la New York University. l'Ivoirien Siriki Gbané est aux Etats-Unis depuis 1999. De formation littéraire et journaliste culturel, il a collaboré à différents journaux ivoiriens et est actuellement correspondant à New York du quotidien "le Patriote".

Africultures n044 / janvier 2002~

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La Renaissance de Harlem: le rayonnement de la culture "black"
Les années 20 ont généré l'une des plus belles pages de l'histoire de la communauté africaine-américaine: la "Renaissance de Harlem". Une période de floraison durant laquelle les arts, la culture et la littérature "black" ont atteint des sommets jusque-Ià inégalés, qui conférèrent alors à Harlem le statut de "capitale mondiale de la culture noire".
Dans l'imaginaire mondial, Harlem est associé à la communauté africaineaméricaine. Ce quartier situé au nord de l'île de Manhattan ne fut pourtant pas de tout temps un quartier noir. Jusqu'en 1900, les Africains-Américains de New York vivent concentrés au sud

de Manhattan, du côté Ouest de la 53ème rue, dans un secteur dénommé Black Bohemia. A l'époque quartier blanc, Harlem leur est interdit. Mais l'affluxd'émigrants noirs en provenance des Etats du Sud, à la recherche de moins de discriminations raciales et de plus d'opportunités au Nord, impose aux Africains-Américains la nécessité de trouver de nouveaux espaces. Par le faitd'un événement fortuit,une occasion se présente à Harlem, du côté Ouest de la 133ème rue. Les appartements d'un immeuble se vident de leurs habitants à la suite du meurtre de l'un d'entre eux. Parvenant difficilement à avoir de nouveaux locataires, le propriétaire de l'immeuble s'offre les services d'un agent immobilier africainaméricain, qui trouve des congénères prêts, dans ce contexte de crise du logement, à mettre le prix. La brèche ainsi ouverte, des businessmen africains-amèricains investissent dans l'immobilier à Harlem, achètent des terrains et des immeubles. Ayant essayé, en vain, de mettre fin à ce qu'elle considère comme une "invasion" noire, la communauté blanche déserte progressivement le quartier. Les Africains-Américains

s'emparent
W.E.B Du Bo\s, <9Sc.homburg Cellter

progres-

sivement de ce secteur de Manhattan, qui devient un terreau fertile, propice à

10

~

Africultures n044 / janvier 2002

la germination de leurs valeurs culturelles. Entre 1911 et 1922,
les grandes églises, les

associations et la plupart des organisations socio-politiques noires ont pignon sur rue à Harlem. Les journaux tels que Amsterdam News, Age et The Negro World y installent leurs rédactions. Journalistes, musiciens, acteurs, hommes de spectacles, écrivains, avocats, médecins,
prédicateurs, hommes

125th Street,

Harlem (années

20),

@ Schomburg

Center

d'affaire etc. s'y installent pour y vivre et y travailler. Au cœur du bouillonnement intellectuel animé par ces Africain-Américains éduqués et cultivés qui vont générer la "Renaissance de Harlem" se trouvent

citoyenneté pour les "gens de couleur" . Harlem est progressivement gagné par un foisonnement artistique et
littéraire. En 1922, Claude McKay publie

son recueil de nouvelles Harlem Shadow, premier ouvrage significatif de
la Renaissance. Un an plus tard, les poèmes de Countee Cullen, qualifié de star de la Renaissance de Harlem, paraissent dans quatre publications de la communauté blanche. La même année, Bessie Smith enregistre "Downheatead blues' et "Gulf Coast blueS' et s'impose comme la plus célèbre chanteuse de blues dans l'ensemble des Etats Unis. Duke Ellington débarque à New York avec son orchestre, The Washingtonians, pour y intégrer la scène jazz. Quant à Louis Armstrong, il va rejoindre
l'orchestre de Fletcher Henderson, dont les prestations au célèbre Rose/and Ballroom en feront l'orchestre le plus populaire de New York. Le Cotton Club, le plus vaste et le plus célèbre cabaret de Harlem, ouvre ses portes. Joséphine Baker fait son apparition à Broadway dans Ie spectacle Chaco/ate Dandies. Les événements culturels s'enchaînent

une organisation

et un homme:

la

NAACP, Association Nationale pour la Promotion des Gens de couleur, (1) et W.E.B Du Bois. Né en 1868, Du Bois est le premier Africain-Américain à obtenir un doctorat de la célèbre université de Harvard (1896). Entouré d'écrivains avant-gardistes comme Countee Cullen, Langston Hughes, Claude McKay et Zora Neale Hurston, Du Bois va inspirer les jeunes artistes, écrivains et acteurs africains-américains en insistant sur les notions telles que la fierté d'être noir, le succès et la réalisation de soi. Membre fondateur de la NAACP, créée en 1910, dont il est l'un des leaders charismatiques, et éditeur du magazine mensuel Crisis, Du Bois sera plus tard

considéré

comme

le plus

grand

intellectuel africain-américain du siècle et comme le premier militant des droits civiques à revendiquer la pleine et entière

Africultures

n044 / janvier

2002~

11

à un rythme effréné et Harlem devient le centre de New York, saisie par une sorte de Harlemania. Ce mot entre en vigueur dans le sud de Manhattan, chez lacommunauté blanche,quiaime faire des virées à Harlem pour savourer les

sont habités par un double sentiment de fierté et de nostalgie.
1. National Association People for the Advancement

of Colored

plaisirsde spectacles de tous genres.
En ces années 20, Harlem acquiert le

statut de capitale mondiale de la
culture noire.

La Renaissance de Harlem, qui connaîtra son déclin avec la crise économique mondiale de 1929, a été marquée de moments de foi, d'espérance et d'enthousiasme collectifs au sein de la communauté noire. Jamais auparavant les Africains-Américains
n'avaient ressenti aussi fort la satisfaction

d'avoir fécondé la culture américaine de leur génie créateur. Depuis lors, ils

Le patrimoine historique et culturel black est pérennisé et célébré par le Centre Schomburg pour la recherche sur la culture black (The Schomburg Center for Research in Black Culture). Créé à l'époque de la Renaissance et situé à la 135e rue sur Malcolm X Boulevard à Harlem, ce Centre a réuni plus de 5 millionsde documents (livres,manuscrits, photos, oeuvres d'art, cassettes audio et vidéo)sur ledéveloppement historique, social et cultureldu peuple noirdisséminé aux quatre coins du monde. www.schomburgcenter.org

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Africultures n043 / décembre

2001