Paradoxes et peinture - I

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Ce livre parcourt, sous le signe du paradoxe, les œuvres d'Escher, Klee, Kandinsky, Matisse et Picasso. Il y privilégie les imbrications et les séparations du tableau et du monde, les boucles ou la circularité des parcours, les renversements et les conflits, l'affrontement de la référence et de l'autoréférence, le jeu des tensions et de la recherche de "solutions", l'emprise de la négativité sur le processus pictural.
Publié le : vendredi 1 janvier 2016
Lecture(s) : 8
EAN13 : 9782336399898
Nombre de pages : 384
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Edmundo MORIM de CARVALHO
PARADOXES ET PEINTURE  I ESCHER, KLEE, KANDINSKY, MATISSE, PICASSO
VARIATIONS SUR LE PARADOXE  VII
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
08/12/2015 13:46
PARADOXES ET PEINTURE - I ESCHER, KLEE, KANDINSKY, MATISSE, PICASSO VARIATIONS SUR LE PARADOXE - VII
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Jean-Louis BISCHOFF,Corps et pop culture, 2015. André DOZ,La voie de l’être, 2015. Hamdou Rabby SY,Hegel et le procès d’effectuation. Des figures abstraites de la conscience aux figures de l’esprit, 2015. Hamdou Rabby SY,Hegel et le principe d’effectuation. La dialectique des figures de la conscience dans laPhénoménologie de l’esprit, 2015. Michel J.F. DUBOIS,La métaphore et l’improbable. Émergence de l’esprit post-scientifique ?,2015. Ado-Dieumerci BONYANGA,Émancipation et révolution biologique selon Habermas, 2015. Olivier LAHBIB,Phénoménisme et empiriocriticisme, 2015. Camille LACAU ST GUILY,Henri Bergson en Espagne. Une histoire contrariée (1875-1930), 2015. Guylain BERNIER,La Vidéo de soi sur Internet : rendre visible sa différence. Au-delà de la technologie, les fondements sociaux, 2015. Jean PIWNICA,Le temps des philosophes,2015. Robert PUJADE,Fantastique et Photographie, Essai sur les limites de la représentation photographique, 2015. Nassim EL KABLI,La Rupture. Philosophie d’une expérience ordinaire, 2015. Laurent CHERLONNEIX,De la volonté de vérité à la Mort de dieu, 2015. Paul DUBOUCHET,De Georg Wilhem Friedrich Hegel à René Girard. Violence du droit, religion et science, 2015. Oscar BRENIFIER,Apologie de la métaphysique. Ou l’art de la conversion, 2015. Reza ROKOEE,L’attitude phénoménologique comparée, de Husserl à Avicenne, 2015. François BESSET,L’âme de la guerre. Petite métaphysique de la Nation, 2015.
Edmundo MORIM de CARVALHO PARADOXES ET PEINTURE - I ESCHER, KLEE, KANDINSKY, MATISSE, PICASSO VARIATIONS SUR LE PARADOXE - VII
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07539-6 EAN : 9782343075396
À la mémoire de Mme. Angèle Kremer-Marietti, pour sa générosité et son intelligence sans lesquelles cette série de livres sur le paradoxe n'aurait pas vu le jour
PARADOXES ET PEINTURE - I : ESCHER, KLEE, KANDINSKY, MATISSE, PICASSO VARIATIONS SUR LE PARADOXE - VII Introduction  La peinture et le dessin seront ici le domaine favori d'intervention du paradoxe. On va d'abord essayer de cerner l'univers paradoxal d'Escher, avant d'entamer ensuite l'analyse de certains écrits théoriques ou propos circons-tanciels de Klee, de Kandinsky, de Matisse, ou de Picasso. Cependant, de manière préliminaire, la question du paradoxe en tant que création langagière et scripturale sera notre vrai point de départ. Il s'agit d'un effort systématique pour regrouper les caractéristiques signifiantes du paradoxe, dont on retrou-vera la trace dans les écrits théoriques sur la peinture et la gravure, aussi bien que leur répercussion dans la pratique artistique. Ces opérations portent sur-tout sur la négation, le dédoublement, la circularité, le double renversement, l'autoréférence, et sur l'écart contradictoire "union / division". Cette introduc-tion a une portée générale et sert, dans la mesure du possible, à clarifier les enjeux complexes rencontrés tout au long de ce parcours. Le paradoxe est unematrice d'indétermination — ni "A" ni son contraire, ni tout ni partie, ni saisissable ni insaisissable, ni identité ni différence, ni symétrie ni dissymétrie, nilogos nimuthos, ni essence ni accident, ni sommet ni abîme, ni logique ni illogique, ni sensible ni intelligible, ni endroit ni envers, ni vide ni plein, ni dire ni non-dire, ni présent ni absent, ni temps ni éternité, ni espace ni lieu, ni athée ni religieux, ni victime ni bourreau, ni bien ni mal, ni féminin ni masculin, ni origine ni après-
PARADOXE ET PEINTURE - I
coup, ni être ni non-être, ni un ni multiple. Il est la figure du tout-rien et du rien-tout. Il surclasse les opposés vers l'amont et vers l'aval. Il chasse le contradictoire par neutralisation. Le paradoxe est la figure del'indéfini neutre. Il est très prisé dans les stratégies de l'ambivalence durable. On peut lui attribuer les noms les plus divers (Dieu, khôra, etc.). Le paradoxe prend en chargetoutes les oppositions avec le même résultat — il est une figure de la totalité inavouée. Pour finir, totalité d'abîme, de mort, de négation. Le paradoxe est l'union paradoxale des contraires — union affirmée et niée, donc union aussi contradictoire, passible d'un rejet, heureuse et malheureuse. Le paradoxe est bâtardise, errance, provocation, glissement infini, indéter-mination, et paternité, loi et invariance, vérité et éthique, retour à soi, détermination. Le paradoxe échoue devant son propre refus d'assumer quelque chose nettement. Il est la suspension différée, l'absence d'engagement, le flot-tement — perpetuum mobile et arrêt sacralisé. Le paradoxe renoue avec certains paradoxes relatifs à la naissance du Dieu-Homme : naissance sans engendrement dans l'histoire, corps sans matière avant et après la mort, vie sans mort puisqu'il y a résurrection, etc. Si on joue avec les opposés, c'est pour désamorcer leur charge contradictoire, leur tension. Le paradoxe est une "super-tâche" qui devient une absence de tâche (ou une "infra-tâche"), une opération qui a lieu et qui n'a pas eu lieu (comme le "Minuit" de Beckett dans un même lieu de temps). Le paradoxe est l'origine du discours qui ne veut rien dire, qui n'a rien à dire, et qui veut faire de cette impasse l'objet même de son discours. C'est la passion dépassionnée du rien, le mouvement immobile de l'acte, la logique illogique de la pensée, l'espace dé-corporalisé du corps, le lieu insignifiant du sens, l'engagement de ce qui se refuse à toute position ou situation. Il se place à côté de chaque terme pour l'annuler et le maintenir. C'est un jeu à somme nulle — un zéro bavard, ayant comme but de tout annuler sans être pourtant tributaire d'une activité de négation. C'est une hypocrisie en acte, dans ce désir d'échapper à toute détermination, un hybridisme qui ne donne aucune fleur ou fruit. Le paradoxe est un procédé signifiant sans aucune assise, plus ou moins ferme, dans le monde — un effet du signifiant postulant une absence de référence, une auto-affection, un narcissisme tarabiscoté (honteux), un sujet non-sujet, un pouvoir sans pouvoir. Au point de vue opératoire, le paradoxe est ainsi la mise en abîme infinie des oppositions du langage. Il est destiné à rouler sans fin comme le rocher de Sisyphe. Le paradoxe pose comme horizon la fusion négative des opposés. Avec le paradoxe, l'œuvre est non-œuvre, l'acte non-acte, la pensée non-pensée. Le totalitarisme du paradoxe est caché, sa religiosité dissimulée.  8
INTRODUCTION
En voulant tout entrelacer, il n'étreint que le vide. Le paradoxe assume parfois une tendance religieuse devant laquelle son opérateur recule, ou se propose de la régénérer de fond en comble. C'est le "ou bien, ou bien" systématique. Il relève du "double bind" ; on mythifie l'impasse ; on glorifie l'indécision ; on sacralise l'impuissance, on s'approprie la non-appropriation. Le paradoxe est condamné à répéter le même procédé ; il est la figure d'un sectarisme ("mou"). La formule "p est non-p", dont on veut que le résultat ne soit pas négatif, alors qu'il ne peut que l'être. En maintenant la fiction d'une "non-nullité", on s'enferme dans le discours catégorique du Maître qui nie les évidences quand elles ne rentrent pas dans le cadre de sa stratégie.  Picturalement, on ne cesse d'osciller entre l'image et le rejet de l'image, le culte de l'image et le refus de l'image, l'iconodulie et l'iconoclasme. Il est paradoxal que la peinture dans son désir de purification, dans son désir d'atteindre son essence dernière et originelle, vienne à brûler presque tous ses vaisseaux. Elle assumera le deuil de toutes les images avant d'assumer son propre deuil. La perspective fut déjà abondamment abordée dans les deux volumes antérieurs de cette série de variations sur le paradoxe ; ici, ce questionnement se signalera de manière plus diluée, sous l'angle du pouvoir politique et contemplatif par exemple (prince, spectateur). En fait, les problèmes liés à la peinture perspective demeurent toujours posés ; la recon-naissance de la peinture comme traitement de surfaces planes, à deux dimensions, était présente déjà dans la mise en œuvre de la perspective qui devait nier cet aspect ; on ne pouvait le nier qu'en le prenant déjà en compte. La fuite vers un au-delà du tableau passait par le tableau en tant que tel et exigeait un certain nombre de calculs suggérant un horizon de profondeur. L'enjeu contradictoire de la surface et de la profondeur y était à la fois manifeste et latent, dissimulé dans l'acte de présentation.  Lié à ce paradoxe récurrent de la peinture, on trouve un autre : le paradoxe du "mouvement immobile". Le tableau suggère un dynamisme dont il n'est que la trace desséchée. Il suggère des tourbillons, d'explosions, de tournoiements, devenus prisonniers du statisme du tableau. Ces deux paradoxes d'une profondeur absente qui devient présente, d'une activité qui s'offre figée, d'un mouvement glacé — chaque fois, on demande au spectateur de fournir le supplément manquant au tableau : la vibration dans l'im-mobilisme des traces ou des coulées de peinture, l'horizon du monde dans la fenêtre voilée de la surface — se retrouvent dans le paradoxe du "voir" et du "non-voir". Le paradoxe planaire, paradoxe de la production, comme celui de la mobilité interne au tableau, trouve une suite logique dans le paradoxe de la
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