PATRIMOINE CULTUREL ET DÉCENTRALISATION

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La décentralisation d'une part ou de la totalité de la politique culturelle du patrimoine, impensable il y a dix ans, arrive peu à peu sur le devant de la scène. Le Patrimoine semblait devoir rester une exception, quand la décentralisation culturelle devenait la règle. Connaître les enjeux, actuels et à venir, d'une telle politique suppose d'aller à la rencontre des acteurs, d'examiner leurs stratégies, leurs partenariats, mais aussi leurs représentations de cet objet des passions publiques et privées. Cette étude s'intéresse plus précisément au Canal du Midi, au Pays Cathare, au Patrimoine maritime et aux pratiques festives.
Publié le : vendredi 1 février 2002
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EAN13 : 9782296280618
Nombre de pages : 331
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PATRIMOINE CULTUREL ET DÉCENTRALISATION
Une étude en Languedoc-Roussillon

Collection Logiques Politiques dirigée par Pierre Muller

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Sous la direction d'Emmanuel Négrier

PATRIMOINE CULTUREL ET DÉCENTRALISATION
Une étude en Languedoc-Roussillon

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

HONGRIE

2002 ISBN: 2-7475-2070-6

@ L'Harmattan,

INTRODUCTION Emmanuel Négrier

Patrimoine culturel et décentralisation forment un couple aujourd'hui reconnu au plus haut niveau. Pourtant, l'intitulé officiel d'un secrétariat d'État passait il y a peu pour une gageure. En 2000, la Commission Mauroy désigne l'Inventaire comme l'une des fonctions régaliennes en mesure d'être confiées aux collectivités territoriales. En 2001, se constituent des terrains d'expérimentation d'une décentralisation plus poussée des Affaires Culturelles - les « protocoles de décentralisation» - qui concernent presque tous des volets de l'action publique en matière de patrimoine. Quelles que soient les conditions par lesquelles ces nouveaux enjeux parviennent sur l'agenda des réformes de la politique culturelle, ils témoignent d'une évolution considérable dans la manière d'aborder le patrimoine culturel. En ce domaine régalien par excellence (Béghin, 1998), le développement débridé d'initiatives locales n'a eu d'égal que l'explosion des objets susceptibles de faire partie de cet ensemble choisi, forcément sélectif, de la mémoire collective. L'extension sémantique de la notion de patrimoine et le développement stratégique de son utilisation ont tendance à banaliser à l'extrême le champ patrimonial. La définition législative fondatrice des politiques de protection et de conservation du patrimoine de 1913 fixait déjà des contours extensibles à l'action publique, mais elle déterminait un champ spécialisé: celui des objets ayant vocation à

être préservés du fait de leur « intérêt public» du point de vue
historique ou artistique (Lamy, 1993). Cette définition semble définitivement dépassée à en croire les propos d'un Ministre de la Culture (Jean-Philippe Lecat) qui considérait, il y a une vingtaine d'années, comme une « évidence» le fait que « a priori tout devrait être considéré comme élément du patrimoine». Un tel discours, qui amplifie à l'excès le champ patrimonial, peut

contribuer à « brouiller les pistes» en vidant quasiment le concept de
patrimoine de tout signifié, ce qui remet en question sa raison d'être pratique et sociale. Mais malgré ces inconvénients méthodologiques, on est aussi tenté d'y voir, en sortant du pur débat nosologique, une sorte d'écho d'un des phénomènes majeurs de l'évolution des comportements de consommation culturelle en France au cours des

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trente dernières années: l'accroissement de l'intérêt pour le patrimoine de la part de nos concitoyens (Donnat, 1996). Au fond, c'est comme si le patrimoine «était partout» parce que sa consommation s'est à ce point massifiée qu'elle rentre désormais dans le cadre des loisirs ordinaires, en abandonnant du coup son statut de discipline classificatoire accessible aux seuls érudits, aux spécialistes des techniques conservatoires et aux collectionneurs fortunés. Le fait que le champ légitime du patrimoine ne se réduise plus exclusivementaux « objets» (matériels), et en particulier à ceux ayant une portée (sinon une « valeur») « historique» ou « artistique », est donc une composante originale du traitement de la question. Il rend compte d'une évolution sociologique dont il convient de ne pas négliger l'importance au risque de déconnecter le débat actuel des enjeux sociaux qui lui donnent sens. Le corollaire logique de cette approche qui démultiplie les formes de repérage du patrimoine légitime est ce que les chercheurs nomment 1'« explosion patrimoniale» (Jeudy, 1990). On a tendance à identifier deux lignes force dans cette évolution de la problématique et du champ du patrimoine: l'orientation qui vise à intégrer des composantes naturelles du paysage et du territoire en introduisant la notion de patrimoine naturel; et la tendance à englober l'ensemble des manifestations culturelles et sociales, passées ou contemporaines, dans la notion de patrimoine culturel. Cependant, il faut bien se rendre compte que la généralisation de l'usage de ces deux notions et l'institution de politiques patrimoniales

ainsi « éclatées », ne sont que la phase la plus récente d'une histoire
institutionnelle et sociale au long cours, que l'évolution proprement sémantique de la notion de patrimoine ne fait qu'accompagner. L' histoire du mot comporte en France cinq séquences (1790-91, 193045, 1956-59, 1968-69 et 1978-80), chacune d'elles correspondant à un temps fort de l' histoire sociale qui apporte une nouvelle facette polysémiqueau terme « patrimoine» (Desvallées, 1998). Les deux premières séquences sont à l'origine de la culture moderne du patrimoine: 1790-91, l'invention du projet révolutionnaire de valorisation patrimoniale, une entreprise de reconnaissance et de transmission positive des « actions utiles» et de «la mémoire des bienfaiteurs de l'humanité »1 ; 1930-45, la confirmation de la visée conservative du programme patrimonial, dans les contextespolitiques« inversés» du Front Populaire et de Vichy.

lExtrait de 1'« Instruction sur la manière d'inventorier (...) et de conserver Commission temporaire des arts, An II », cité par Poulot (1998).

(...) par la

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Entre 1956 et 1959, l'administration culturelle sous la conduite d'André Malraux, Ministre d'État, n'abuse pas du terme patrimoine qui est pour l'essentiel « national », c'est-à-dire avant tout un attribut de la Nation. Cependant, la notion de patrimoine culturel s'installe progressivement dans le vocabulaire officiel, pour conforter l'extension du champ de l'action publique de l'État en direction de domaines artistiques de la création tels que le théâtre et la musique. Les deux séquences suivantes accroissent encore le champ patrimonial à partir d'une impulsion qui est donnée clairement de l'extérieur, en l'occurrence des institutions internationales et en particulier du travail réalisé au sein de l'UNESCO en vue de l'adoption en 1972 de la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. Ce traité international, encourage les 149 États signataires à ce jour, à promouvoir le concept de patrimo ine culturel et naturel. Le premier pas vers ce nouvel élargissement du champ, concerne le patrimoine naturel, entendu au sens «des formations physiques, biologiques et géologiques remarquables, les aires d'une valeur exceptionnelle du point de vue de la science, de la conservation ou de la beauté naturelle et les habitats d'espèces animales et végétales menacées »1.L'administration française (après le Conseil de l'Europe) adoptera en 1976 cette orientation, que l'on n'appelle pas encore « écologique» mais, signe des temps, appartenant au registre des « sciences de la nature». Un pas supplémentaire sur cette voie intervient à partir de la Conférence Mondiale de l'UNESCO sur les politiques culturelles de 1982, à Mexico. La réflexion sur la culture des sociétés qui transmettent leur savoir, leur savoir-faire et leur mémoire par la tradition orale, impose la notion de «patrimoine immatériel». On considère qu'il s'agit là d'une « part irréductible du patrimoine propre de chaque société qui agit comme repère durable des groupes humains» (Fabrizio 1997). Cette approche décline en fait la notion de patrimoine social à partir d'une définition anthropologique de la culture, c'est-à-dire «l'ensemble des traits spirituels, matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social (qui englobent) les modes de vie, les droits fondamentaux des êtres humains, les systèmes de valeurs, les traditions et les
croyances
»2.

1 «Qu'est-ce p.6.
2

que le patrimoine mondial? », Le Courrier de l'UNESCO, Sept. 1997,

Ibid.

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La notion de patrimoine immatériel affranchit ainsi, de façon encore plus décisive, le champ patrimonial de sa spécialisation classique, circonscrite aux objets du passé. Elle fait intervenir une double rupture qui nous amène à considérer dans le champ légitime du patrimoine des pratiques sociales (et pas seulement des objets artistiques et monumentaux) contemporaines (et pas seulement « passées»). Au fond, nous sommes sur le registre de la définition de
Littré qui assimilait «patrimoine» à «bien d'héritage»

...

sans

spécifier la nature matérielle ou immatérielle du bien. Le point d'arrivée provisoire de ce cheminement historique est un seul et même terme qui réunit un ensemble d'objets désignés autrefois séparément: monuments historiques, œuvres d'art, sites, folklores, etc. (Poulot, 1998). Ce qui apparaît comme le « trop plein» actuel de la notion de patrimoine, puisqu'elle englobe désormais quasiment l'ensemble de la production sociale, ne peut donc surprendre. Une telle extension a jusqu'à présent plutôt fait l'objet d'analyses globalisantes. On s'est beaucoup interrogé sur ses dimensions philosophiques (Stiegler, 1996), sociétales (Jeudy, 1990). On a fait jouer le patrimoine en relation avec d'autres notions, comme celle du lien social (Béghin, 1998 ; MétraI, 1997), d'un hypothétique génie ou modèle français (Léniaud, 1992), ou de stratégies latérales comme celle du développement touristique (Patin, 1997). Ce faisant, la discussion du modèle français d'action patrimoniale a bénéficié d'un très large écho, où les frontales remises en cause - l'essor du patrimoine face à la progression de l'oubli (Régis Debray) - l'ont disputé aux témoignages d'acteurs publics (De Saint Pulgent, 1999). Mais, dans cette succession de débats, on a fait une part finalement assez réduite au cadre concret de l'action publique. Il a fallu une réforme assez spécifique, en Corse, pour que l'on entrouvre « la boîte noire» de la gestion territoriale du patrimoine telle qu'elle se manifeste à l'occasion d'une expérience (Pongy, 1999). De sorte que nous sommes assez démunis aujourd' hui, face à l'enjeu politique annoncé d'une décentralisation du patrimoine, en études de cas concrets. La littérature sur la gestion politique du patrimoine par l'État (au sein d'une DRAC) est indigente en comparaison aux essais susnommés. C'est pourtant sur ce terrain que devront se construire les échanges, les négociations d'un transfert d'attributions. Cet ouvrage se veut, on l'aura compris, une contribution à cet

éclairage nécessaire. Il part, volontairement, d'une démarche « en
région». Loin de n'être qu'une interrogation, par nature très institutionnelle, sur un (hypothétique) patrimoine régional, cette démarche vise à identifier les enjeux propres de l'extension

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patrimoniale « sur le terrain ». C'est la raison pour laquelle nous avons retenu des études de cas très contrastées, qui vont de l'analyse des services patrimoniaux de l'État en région, des relations entre patrimoine et développement local jusqu'à la patrimonialisation de certaines pratiques sociales. Nous avons « interrogé» ces cas concrets autour des trois axes de recherche: - la dimension des objets, et de leur double (et problématique) définition patrimoniale et régionale. Elle supposait un travail sur les critères de patrimonialité et sur les représentations de l'identité régionale qu'ils véhiculent. - la dimension de l'action publique à plusieurs niveaux et des
principes Elle repose sur une interrogation sur les en action », où la question du statut particulier éventuel d'une intervention régionale est posée. d'intervention.

contours d'une « subsidiarité

- la dimension des finalités, puisque l'on constate que les politiques patrimoniales sont, d'une part, de plus en plus reliées à des préoccupations d'autres ordres (développement local, construction d'identités particulières, stratégies d'image, politique culturelle, ...).
L'OBJET PATRIMONIAL EN QUESTION

L'action publique en matière de patrimoine est le fruit d'une accumulation de politiques qui mêlent les actions traditionnelles (le patrimoine monumental, l'Inventaire) et les modalités nouvelles d'intervention (contractualisation, partenariat public-privé) ; cette accumulation concerne aussi les objets: monuments historiques, sites, traditions culturelles, etc., qui concourent ensemble à la notion de patrimoine local ou régional. Une des contraintes majeures réside cependant dans la multiplicité et le caractère incertain des identités locales. La constitution d'une identité régionale que vient construire et légitimer l'intervention patrimoniale, en est un des enjeux. L'incertitude des territoires identitaires, les modalités de revendication des identités locales et de leur affichage, la pluralité des pratiques et des modes de reconnaissance qu'elles mobilisent, leurs rapports plus ou moins directs et plus ou moins forts avec la production patrimoniale, sont autant d'éléments qui pèsent sur la construction d'un patrimoine régional homogène ou qui tend à l'être.

Il

QUELLE SUBSIDIARITE EN ACTION?

À ce premier niveau d'interrogation s'ajoute celui de la multiplicité des outils d'intervention, palette qui s'étend des pratiques d'inventaire les plus classiques, largement dominées par les experts et techniciens en Région de l'État (DRAC), à une gamme toujours plus étendue d'instruments: . l'intégration dans des programmes européens directement ciblés « patrimoine» ou associant un volet patrimoine; . des ambitions diverses de développement local, les politiques urbaines, les conventionnements entre l'administration centrale et les collectivités locales (voire les associations) sur des actions ponctuelles ou programmatiques.

. .

Au sein de cet ensemble d'initiatives et de pratiques, la négociation est l'un des faits marquants des relations entre acteurs. Mais l'extrême diversité des opérations et des outils rend la mise en cohérence difficile, partielle et ponctuelle. Reste posé, en son entier, le problème de la coordination et de la prospective en vue de projeter les initiatives et leurs réalisations. L'image d'une subsidiarité État-régions-départements-villes qui confierait au premier la maîtrise professionnelle, aux secondes la coordination et le soutien, et aux deux derniers la gestion et l'animation, ne correspond ni à la réalité des capacités ni aux stratégies d'acteurs. Pas plus que la distinction entre grand patrimoine et petit patrimoine n'est désormais possible, une telle clef de répartition n'est opératoire. La Commission de refondation de la politique culturelle (Rigaud, 1996) tranchait d'ailleurs assez nettement sur ce point, en se prononçant défavorablement à une extension de la décentralisation qui aurait pour effet de figer des compétences exclusives à certains niveaux (sauf dans des domaines très précis, et encore) .

LES FINALITES DE L'ACTION PATRIMONIALE

EN REGION

La question patrimoniale affronte la pression de demandes de plus en plus fortes et éclatées de protection, animation, valorisation, dans un des secteurs culturels où la densité d'associations est l'une des plus fortes; et ceci sans que la notion de patrimoine s'établisse sur des critères sûrs. Les finalités mêmes de l'intervention patrimoniale locale

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. . . .

sont diverses et incertaines. On peut notamment mentionner les suivantes: établir à la périphérie de l'inventaire national une seconde sphère de patrimoine légitime, estompant les exclusions trop criantes d'objets de la première sphère; influer sur les mécanismes de la reconnaissance légitime en proposant des objets, ou de nouveaux modes de classement, en mettant en œuvre des capacités propres d'expertise susceptibles de contrebalancer les décisions de l'administration centrale (exemple: les opérations de formation de cadres territoriaux en Bourgogne ou en Bretagne) ; se doter des outils de valorisation et de rentabilisation propres par la constitution d'un patrimoine spécifique en autonomie aux systèmes traditionnels de classement, protection, valorisation, rentabilisation. Ce dernier point est essentiel quand on connaît l'évolution considérable actuelle du marché patrimonial; associer les politiques patrimoniales à d'autres impératifs d'action publique (intégration sociale, développement économique, politique culturelle en général, ...).

La recherche qui est ici présentée s'est donnée comme cadre la région Languedoc-Roussillon. On ne cherchera pas ici à justifier ce choix par une « naturalité » de cette région (<< son» patrimoine, en ce qu'il serait exemplaire). Il s'agit précisément d'un enjeu de débats entre acteurs. Ce choix résulte de la capacité que l'équipe, basée à Montpellier pour l'essentiel, avait de se pénétrer du sujet en terrain relativement connu. L'autre choix réside dans le recours à une pluralité de méthodes d'analyse qui nourrissent les parties successives du présent ouvrage. L'étude des dépenses régionales en matière de patrimoine culturel, trop souvent négligée au profit d'études « qualitatives », permet une vue d'ensemble des contributions des différents acteurs à la politique patrimoniale. Ce tableau budgétaire révèle un certain nombre de résultats intéressants, tant sur les rapports de force financiers que sur les conclusions, parfois surprenantes, auxquelles il conduit. Nous avons ensuite mené une enquête par questionnaire auprès des différents acteurs concernés par la politique patrimoniale. En tenant compte des limites que recèle un tel exercice, il s'agissait de croiser les représentations des différents protagonistes régionaux du patrimoine quant à l'objet, au système d'acteurs et aux finalités de ces politiques.

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La troisième partie reprend les enseignements d'une enquête réalisée au sein des services patrimoniaux de la DRAC. Une telle étude s'avère pionnière à bien des égards, tant la littérature de recherche sur la question patrimoniale, pourtant abondante, avait
occulté cette dimension du
«

patrimoine en action ».

La quatrième partie s'attache, à partir de trois monographies (Pays cathare, Canal du Midi, patrimoine maritime), à cerner au concret les enjeux d'une association entre patrimoine et développement local. Cette thématique, aujourd'hui consacrée par les dispositifs nationaux (pays, réseaux culturels divers, pôles DATAR, ...) et européens (notamment au travers des fonds structurels communautaires), est faussement évidente. Les diverses études démontrent que ce rapport ne va pas de soi, qu'il est travaillé par des enjeux de définition, d'action et de finalités collectives où la controverse affleure à tous les stades de l'action partenariale. La cinquième partie ouvre sur la problématique notion de patrimonialité des pratiques sociales. Au vrai, cette dimension recouvre certains chantiers ouverts en ethnologie, autour d'objets, d'événements ou de bâtis qui, n'étant pas monumentaux, n'ont que très récemment été intégrés à une réflexion de type patrimoniale. La région Languedoc-Roussillon étant en cette matière l'une des pionnières en France, il était intéressant d'apporter notre propre regard sociologique sur les enjeux contenus dans cet aspect de l'extension patrimoniale contemporaine. L'équipe constituée au sein du CEPEL autour de ce programme de recherche tient à remercier l'ensemble des institutions qui ont, par leurs représentants, soutenu ses efforts, accueilli et discuté les résultats intermédiaires, et permis que cette recherche arrive aujourd'hui à terme. Elle tient également à rendre hommage aux quelque 200 acteurs de terrain qui, par le biais des informations de type budgétaire, de la réponse à un questionnaire ou du temps passé à nous recevoir, ont largement contribué à la qualité des résultats obtenus et ici présentés.

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-

CHAPITRE

I

-

LES DEPENSES DES COLLECTIVITES PUBLIQUES EN MA TIERE DE PATRIMOINE CULTUREL EN LANGUEDOC-ROUSSILLON Emmanuel Négrier

INTRODUCTION La présentation des dépenses publiques en matière de patrimoine culturel est l'objet du présent chapitre. Elle repose sur le recueil, auprès des services concernés, des données budgétaires se rapportant aux dépenses culturelles ainsi que, plus marginalement, à d'autres centres de dépense (notamment pour les communes et les départementsl). Ce recueil nous a permis d'examiner, jusqu'au niveau des subventions individualisées, l'orientation des dépenses publiques du Conseil Régional, du Conseil Général de l'Hérault et de la DRAC.
Méthode de collecte des chiffres: nous avons, pour le Conseil Régional et pour le Conseil Général, dépouillé l'ensemble des délibérations des Commissions Permanentes, qui offrent l'avantage du plus grand détail des opérations financées. Ces délibérations présentent l'état des décisions de financement, et sont donc fidèles aux principes de politique culturelle affichés. Par contre, elles peuvent, par endroits, ne pas être suivies d'effet: certaines dépenses sont ainsi annulées faute de mise en œuvre effective, ou réaffectées en cours d'année. Ces informations ne sont généralement pas disponibles dans l'année budgétaire. Cependant, ces cas demeurent suffisamment rares pour ne pas fausser les résultats. Pour ce qui est des dépenses de l'État, nous avons dépouillé une série exhaustive de budgets qui composent ensemble le budget DRAC en tant que tel, ainsi que les fonds directement attribués à la région Languedoc-Roussillon depuis l'administration centrale. Ces montants traduisent, comme les délibérations des Commissions permanentes des collectivités territoriales, un état de programmation, et non de réalisation effective. Là aussi, les décalages entre les deux sont suffisamment rares pour ne pas fausser les résultats et, de ce fait, la comparaison.
1

Un grand merci à Marc Leroy pour sa critique d'une version « brute»

de ce travail.

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Nous avons également mené nos investigations sur les projets, à dimension culturelle et patrimoniale, mis en œuvre dans le cadre des Fonds Structurels européens (Objectifs 2, 5b et Leader principalement), sur la période de programmation 1994-1999. Cette présentation vise deux objectifs. Le premier est de cerner le poids du patrimoine dans les budgets publics régionaux. La tâche est, à l'expérience, plus délicate qu'il y paraît. Tout d'abord, et conformément aux enseignements de cette recherche, l'identification de dépenses « patrimoniales» doit tenir compte de l'éclatement de cette « mission» au sein de plusieurs segments administratifs. C'est la raison pour laquelle nous avons retenu le critère, assez rudimentaire

mais néanmoinsparlant, de la dépense « patrimoineculturel» dans les
budgets culturels. Nous nous contentons de mentionner, lorsque cela a fait l'objet d'une information précise, l'existence de délégation de gestion ou de division du travail visant d'autres secteurs que la culture. Pour le Conseil Régional, cela concerne par exemple le budget « patrimoine» confié, en partie, à l'Agence Méditerranéenne de l'Environnement. Pour les Conseils Généraux, cela vise l'action dans ce domaine de cellules d'aménagement du territoire. Pour l'État, l'intervention de la DRAP sur certains segments d'action patrimoniale doit être prise en compte parallèlement à celle de la DRAC. Le premier résultat auquel nous parvenons ainsi permet d'identifier la nature de la dépense patrimoniale publique, ses orientations spécifiques par type de collectivité, son poids dans l'ensemble des dépenses culturelles.

Précisons que nous retenons ici une conception extensive de la notion de patrimoine culturel: - se limiter à la définition protectrice et «classiste» de la monumentalité excluait du champ à la fois tout le domaine de la nonprotection (volontaire ou faute de mieux), qui se trouve être précisément le champ qu'essaie de défricher la Fondation du Patrimoine; - étendre le Patrimoine culturel aux processus de muséification, de soutien à la culture régionale... mécontentera les professionnels les plus jaloux des frontières de leur art. Elle a cependant le mérite de « parler» aux acteurs pour lesquels la projection d'un sentiment d'appartenance sur un objet, une pratique ou un immeuble participe d'un travail de mémoire.

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Nous avons donc intégré comme dépense culturelle en matière de patrimoine les rubriques se rapportant aux domaines d'action suivants: - monuments historiques et objets classés; - monuments et objets protégés; - patrimoine non protégé (rural ou urbain, industriel dès lors qu'il est désigné comme tel dans l'action) ; - patrimoine écrit; - patrimoine ethnologique, langues et cultures régionales; - inventaire; - archéologie; - archives. Le second objectif est plus particulièrement lié à la distribution territoriale de cette dépense patrimoniale. S'agissant d'un domaine à forte identification territoriale, nous avons voulu savoir si les dépenses qui s' y rapportent ont une caractéristique propre, dans l'ensemble des dépenses culturelles. Autrement dit, nous avons tenté de repérer la destination de ces dépenses sur le territoire, avec un choix singulier: celui de cibler l'agglomération de Montpellier, dans l'ensemble régional. Pour mémoire, les chiffres issus du recensement de 1999 donnent en Languedoc-Roussillon les résultats suivants:
Population régionale et part de l'agglomération montpelliéraine pourcentage du total régional)

- Tableau1-

(nombre d'habitants

et

montpelliéraine est encore *Le périmètre de l'agglomération l'objet d'une consultation des communes pour la future représentant 414 580 habitants. (DOlUlées INSEE 2000)

sounùs à discussion. Nous avons retenu celui qui a fait Communauté d'Agglomération: soit 41 communes

Ce choix ne résulte ni du hasard ni de l'opportunité. Il est lié à une nécessité de clarification, à propos d'un sujet où les positions publiques sont aussi abruptes que contradictoires. Pour les uns, le poids de l'agglomération capitale est devenu excessif dans les dépenses publiques, au point de faire de Montpellier un pôle d'attraction écrasant dans le domaine culturel. Montpellier et le désert languedocien en somme. Pour les autres, les contraintes politiques

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liées aux conflits Région-ville-département ont pour effet de priver les
«

équipements structurants» montpelliérains, vitaux pour l'image de

marque régionale, des moyens de rayonnement dignes de ce nom. Cette seconde observation nous a conduit, en toute logique, à deux recherches parallèles: le poids de Montpellier dans les dépenses culturelles (en général) du Conseil Régional, du Conseil Général de l'Hérault et de la DRAC! ; son poids dans les dépenses en matière de patrimoine culturel.

. .

Pour parvenir à une telle mesure, il fallait trancher un problème épineux: comment définir une dépense se rapportant à Montpellier et à son agglomération? Les critères de localisation professionnelle des destinataires ne pouvaient être totalement fiables: une institution comme l'ADDM (Association Départementale de Développement Musical) a son siège social à Montpellier, mais ses dépenses sont par nature affectées sur l'ensemble du département. Un artiste résidant à Montpellier peut être soutenu dans le cadre d'une action se déroulant sur la région entière. Le FRAC (Fonds Régional d'Art Contemporain) a beau être sis à Montpellier, il n'en est pas moins une instance partenariale d'action d'envergure régionale. En revanche, la localisation a, le plus souvent, une signification pertinente. Même si le Centre Chorégraphique National est, depuis Montpellier, une structure à rayonnement indéniablement régional (voire national et international), il n'en témoigne pas moins de la place qu'occupe Montpellier dans l'initiative, l'institutionnalisation et le rayonnement culturel. Pour mettre ce dernier phénomène en évidence, il devenait ainsi incohérent de définir

une telle structure de « régionale », à l'instar de l'Orchestre
Philharmonique, de l'Opéra ou du Centre Dramatique National. Nous avons donc considéré que toutes les structures dont l' acti vité était initiée, gérée et présentée de manière dominante à Montpellier devait y être rapportée. Cela exclut donc du « panier montpelliérain » les dispositifs régionaux de type ARAM (Association Régionale des Activités Musicales, co-gérée par la DRAC et le Conseil Régional), ou le FRAC, et les dispositifs départementaux de type ADDM, par exemple, et permet de mesurer de manière réaliste l'attractivité culturelle et budgétaire de la capitale régionale.

I

Cette ventilation

territoriale

fine n'a pas été opérée pour les fonds structurels,
pas la capitale régionale.

dont on

sait par ailleurs

qu'ils

ne concernent

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La plupart des tableaux présentés ici font l'objet d'un premier commentaire à plat, avant d'être plus largement interprétés, à l'appui de nos connaissances de terrain et des éléments d'interprétation fournis par les entretiens effectués.
Dépenses culturelles comparées: État, Conseil Régional, Conseil Général de l'Hérault (en valeur absolue, en francs par habitant 1999) : Hors salaires et fluides

- Tableau2 -

-

Le chiffre correspondant au montant est la moyenne almuelle du financement européen, programmé sur six ans. Il * n~ conceme que la partie réellement finallCée par l'Europe, et non les montants totaux programmés, qui donnent une image des effets d'entraînement des fonds structurels, mais intègrent des financements culturels provenant d'origines comptabilisées par ailleurs (DRAC, Conseils Régional, Général, communes...). Le calcul du franc par habitant a été réalisé à l'échelle de la Région entière, ce qui tend à diminuer l'impact de cette politique, dont la diffusion est)) sélective sur le territoire, qui plus est davantage orientée vers les zones peu denses. Le Franc par habitant « réaliste serait donc bien plus élevé, si on le rapportait à la population effectivement en mesure d'être touchée par les (@ programmes européens Elmnanuel Négrier 2000).

La présentation de ce chiffre était tentante, mais elle doit être faite avec plusieurs réserves. Tout d'abord, les dépenses culturelles de l'État ne se limitent pas à ceIles de la DRAC. D'autres instances déconcentrées de l'État contribuent (comme l'Education nationale par exemple) au financement culturel régional. Ensuite, le fait que ces dépenses ne tiennent pas compte des salaires et fluides tend à surévaluer relativement le rôle de l'instance qui emploie le moins de personnel, et dont les dépenses d'investissement sont d'un poids plus fort (le Conseil Régional). Elle sous-évalue, symétriquement, l'institution dont la masse salariale est la plus forte (la DRAC, avec 114 agents, où cette masse atteint 46 millions de francs, mais aussi le Conseil Général, avec ses près de 100 emplois culturels, contre 38 pour le Conseil Régional). Ces précisions étant faites, ce tableau donne une idée, sommaire, des rapports de force financiers de l'action culturelle territoriale. Nous allons analyser de plus près l'ensemble de ces dépenses publiques, en détaillant d'abord l'intervention du Conseil Régional, puis celles du Conseil Général de l'Hérault, de l'État et de l'Union Européenne.

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LE CONSEIL REGIONAL

Le Conseil régional du Languedoc-Roussillon met en œuvre une politique culturelle présentée selon deux «missions»: l'investissement et le patrimoine d'une part, l'animation culturelle de l'autre. Elles regroupent les financements qui concernent les grandes institutions, les structures régionales (FRAC, CRAC, ARAM, ...), les cultures régionales, la politique du Livre et les diverses rubriques de l'animation culturelle et du patrimoine. Ces missions emploient actuellement 38 personnes, en tenant compte des services culturels de la Région et des personnels employés dans les structures qu'elle finance, en totalité ou en partie (CRL, CRAC, FRAC, ...). Outre le Directeur de la Culture, Bertrand Bayle, huit personnes exercent des fonctions de chargé de mission, ce qui leur donne la responsabilité d'un sous-secteur de la politique régionale. 18 personnes exercent des fonctions de gestion et suivi de dossiers. Il personnes sont affectées à des tâches de strict secrétariat. Avec une dépense de plus de 120 millions de francs, le Conseil Régional du Languedoc-Roussillon s'est affirmé comme l'une des régions françaises les plus volontaristes dans le domaine culturel. En 1993, elle était déjà au quatrième rang en valeur absolue, comme en franc par habitant, sur l'ensemble des régions françaises. Elle était même au troisième rang pour ce qui concernait la part de la culture dans les dépenses régionales totales (chiffres DEP 1997).
Budget Culture de la Région Languedoc-Roussillon 1997-2000 (InvestissementFonctionnement) - Milliers de francs

- Tableau3 -

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Emmanuel

Négrier

2000

Comme le montrent les chiffres, le volume de cette intervention a plus que doublé en treize ans, en francs constants. De plus, la progression budgétaire ne s'est pas ralentie depuis les dernières élections, alors que la régression des dépenses culturelles (et notamment en direction des grandes structures culturelles montpelliéraines) était l'un des mots d'ordre d'une partie de la majorité régionale. On notera la progression relative de la part d'investissement dans la politique culturelle régionale. Ceci témoigne

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certes d'opérations ponctuelles qui engagent le Conseil Régional sur un projet structurant. Le projet de Centre Régional Dramatique en est un exemple actuel. Par ailleurs, le poids de l'investissement témoigne d'une réalité propre à toutes les régions: en dehors de quelques rares obligations « conventionnelles », la Région reste libre d'intervenir ou non, à plus ou moins grande échelle. C'est cette marge de manœuvre que traduit l'importance de l'investissement. Que celle-ci ne décline pas avec le temps peut aussi apparaître comme un indice de faible structuration de cette politique, d'un certain éparpillement sur la région. Les départements, qui étaient au début des années 1980 dans une situation assez comparable, ont tous au contraire vu croître, relativement et en valeur absolue, la part de fonctionnement dans leurs dépenses culturelles. La structure de ces dépenses languedociennes fait apparaître plusieurs domaines privilégiés, comme le montrent les trois tableaux suivants.

Budget Régional.Part de l'agglomération de Montpellier (projetée, actuelle, ville-centre) dans l'ensemble des dépensesdu ConseilRégionalet part du patrimoine

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Tableau 4

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Emmanuel

Négrier

2000

Commentaire:

La partie fonctionnement, qui est plus favorable à Montpellier, est en même temps celle où joue le plus la contrainte de partenariat. Hors de celle-ci, dans l'investissement, la liberté d'action régionale rime avec un évitement de la ville-centre. L'agglomération demeure cependant assez importante, ce qui favorise notamment les communes dont les conseils sont dans une opposition frontale avec le maire de Montpellier, ce qui est loin de pourvoir être simplement déduit des étiquettes politiques officielles. La part du patrimoine (le quart du budget régional) est financièrement notable, même si sa mise en œuvre n'est pas aisée, comme on le verra plus loin.

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- Tableau 5 Ventilation des dépenses culturelles du Conseil Régional: part de l'agglomération de Montpellier (ville-centre, District, Communauté projetée) dans l'ensemble des dépenses de fonctionnement

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Emmanuel Négrier 2000 comme précisé en introduction, nous ne comptabilisons pas dans la part montpelliéraine les budgets ARAM et * FRAC qui, s'ils ont des retombées certaines sur les acteurs culturels montpelliérains, sont néanmoins d'envergure explicitement régionale. pu repérer que 935 000 FF de le budget affiché pour cette action est de 1465 000 FF pour 1999. Nous n'avons ** ventilation effective. le budget affiché pour cette action est ùe 6 700 000 FF pour 1999. Nous n'avons pu repérer que 3 311 000 de *** ventilation effective. Renseignement pris, mais sous réserve d'inventaire, la structure des dépenses manquant à notre tableau obéirait à une même logique.

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Commentaire:

Le Conseil Régional, en dépit des conflits qui ont émaillé régulièrement ses relations avec l'État et la ville de Montpellier, contribue de manière significative au financement des grandes structures culturelles de la capitale régionale. Celles-ci représentent environ 40% de son budget de fonctionnement. C'est la seule ligne qui s'intègre dans une logique (formelle) de partenariat financier, sinon politique. Les autres lignes montrent les priorités régionales: pour des secteurs, tels que le Livre, les Langues Régionales, ou pour des logiques d'action: la ligne animation culturelle et diffusion réside dans l'accumulation de petites enveloppes distribuées plus largement dans l'espace régional. Le poids de Montpellier s'explique par la centralisation, en région, des grandes institutions culturelles et de la localisation dominante dans la capitale des professionnels et semiprofessionnels de la culture et de la subvention (éditeurs, auteurs,

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créateurs, associations et troupes diverses). On manque ici d'éléments de comparaison avec la situation d'autres régions françaises.
Ventilation des dépenses culturelles du Conseil Régional: part de l'agglomération de Montpellier (ville-centre, District, Communauté projetée) dans l'ensemble des dépenses d'investissement

- Tableau6-

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Emmanuel

Négrier

2000

Commentaire:

Le tableau « investissement» illustre à la fois les limites du rôle de la ville-centre (cf. par exemple pour les grands équipements) et le poids de l'espace montpelliérain au sens large dans la politique culturelle. Pour le PRAM, il n'y a rien de surprenant à voir Montpellier dominer. Le partenariat institutionnel contraint la Région, en dépit de sa volonté de restreindre au minimum sa participation aux politiques montpelliéraines. Mais son investissement dans les grands équipements, s'il évite la ville-centre, se déploie de manière nonnégligeable dans son immédiate périphérie. Nous commenterons plus

loin ce phénomène.Enfin notons que pour les dépenses « de terrain»
(patrimoine, infrastructures culturelles émergentes ou de petite envergure), la part de l'agglomération devient, rapidement, inférieure à son importance démographique. Analyse: Ces trois tableaux mettent en évidence certains des traits significatifs de la politique régionale. D'une part, on trouve les actions

qui résultent des « contraintes de partenariat », au titre desquelles le
FRAC, le FRAM, mais aussi les financements des grandes institutions culturelles. On trouve ensuite celles qui résultent d'un choix explicite, revendiqué comme ciblé, de l'exécutif régional. C'est le cas, pour la section fonctionnement, des dépenses liées à la politique en matière de 23

langues et cultures régionales, avec 8 547 000 F, soit 14% de la section, ou de la politique du livre, dont le niveau (6 700 000 F, soit Il % de cette section et 5, 6% du budget culturel total) dépasse quantitativement toute autre réalité française. Il s'agit là d'un ciblage dans des domaines relativement étroits, tandis que les autres catégories ouvrent sur des dépenses éclatées entre une grande quantité de destinataires, aux activités elles-mêmes différenciées (petits équipements, infrastructures culturelles, aide à la création ou FIACRE par exemple). Le patrimoine, qui intervient une première fois (quoique de manière marginale) en investissement au titre de l'action «audiovisuel et patrimoine», est essentiellement présent dans le secteur «investissements». Il représente 23 % de la section « investissement» et Il,25% du budget culturel total. Si l'on considère que la politique en matière de langues et de cultures régionales participe d'une intention patrimoniale, ce sont donc 22 995 900 F qui sont accordés au patrimoine languedocien, dont 58% en investissement. Cela représente près de 20% du budget culturel régional. Cette politique régionale en matière de patrimoine qui, rappelonsle, n'obéit à aucune sorte d'obligation légale, se définit sous l'ombre portée de la politique de l'État. Chaque Conseil Régional est en effet contraint de tenir compte de l' activité des services patrimoniaux des DRAC, et notamment situer son action entre deux « extrêmes» :

.

se borner à accompagner l'État dans l'essentiel de son
« domaine» : les monuments classés ou inscrits, et devenir de fait un fonds de concours pour une politique à la définition de laquelle il ne contribue pas; prendre le contre-pied de la politique de l'État, et concentrer son intervention sur ce que ce dernier fait peu ou pas. Le contre-pied peut être «technique », et s'orienter vers la valorisation du patrimoine plutôt que vers sa restauration; il peut être « politique» et privilégier le patrimoine non-protégé.

.

Le défaut d'autonomie de la première alternative est sans doute ce qui explique, notamment dans le cas languedocien, le refus de ne servir que de supplétif à l'action de l'État. Cependant, le partenariat avec l'État a cet avantage qu'il sert de recours face à la pression des élus locaux, qui sont les interlocuteurs permanents du Conseil Régional. Dans le cas d'une opération patrimoniale sur élément protégé, ce sont en effet les services étatiques (ABF, SDAP, ...) qui sont en première ligne pour qualifier les prescriptions et les contraintes.

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En revanche, l'action régionale de la seconde alternative, qui bénéficie de la plus large autonomie, ne peut compter que sur sa propre influence (politique et professionnelle) pour résister à la pression permanente des élus locaux. Dès lors, assurer une politique patrimoniale qui ne se consumerait pas totalement dans l'entretien des églises (centre des préoccupations des maires de petites communes) relève de l'exploit. Cette solution a en outre pour effet « pervers» de légitimer une coupure, pourtant de plus en plus contestée, entre deux patrimoines: le grand et noble d'une part, le petit et ignoble de l'autre. La politique du Conseil Régional tend plutôt vers la seconde tendance. En différenciant son intervention selon qu'il s'agit d'une opération subventionnée par l'État (taux de 25%, plafonnée à 200 000 F de concours) ou non (25%, mais plafonnée à 400 000 F) ; en consacrant une part considérable à des opérations peu ou pas soutenues par l'État. Cela étant, le Conseil Régional n'est pas parvenu au rang d'interlocuteur pleinement légitime auprès des acteurs locaux. Il ne dispose que de services limités pour instruire les dossiers et, surtout, pour construire son propre rapport au terrain. Ce faisant, il est donc contraint, la plupart du temps, à adopter une attitude réactive: répondre à la demande, elle-même fonction de capacités d'influence politique des associations ou élus locaux. En outre, le réflexe de ces derniers demeure encore le recours à l'État, qui dispose pour eux du monopole de la compétence légitime. Concernant la distribution territoriale de ce budget culturel, nous pouvons faire deux constats principaux. Le premier est qu'il existe une contrainte montpelliéraine à l'action régionale, différente en fonction de la nature des actions: . les grandes institutions sont celles où le poids de Montpellier est le plus fort, avec une proportion non négligeable de financements croisés. Ces derniers s'opèrent sous contrainte politique et ont fait l'objet de multiples conflits entre la majorité régionale, dont le FN et le MNR qui poussaient le Conseil à se retirer de la plupart des co-financements culturels montpelliérains, et les acteurs culturels concernés, ainsi qu'un mouvement collectif d'artistes et responsables culturels, soutenus notamment par l'exécutif municipal de la capitale régionale. Ils sont également à l'origine de conflits avec l'État, pour la gestion du FRAC en particulier. . l'aide à la création, qui doit tenir compte des disparités de localisation en région des créateurs, et où le rôle de l'agglomération est majeur.

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. . .

le chapitre « audiovisuel et patrimoine », parce qu'il concerne des réalisateurs en audiovisuel, est redevable de la même situation. la politique du Livre est également dépendante d'une structure de l'édition où les sièges sociaux et une partie non négligeable des destinataires sont situés sur la place montpelliéraine. les langues et cultures régionales, le FIACRE et l'aide à l'animation, qui s'adressent à des acteurs non exclusivement professionnels, voient au contraire largement dominer des financements, d'ailleurs extrêmement nombreux et modestes pris isolément, répartis sur l'ensemble du territoire régional.

Un rapide examen des structures financées par le Conseil régional dans l'agglomération montpelliéraine montre que les financements du Conseil régional ne recoupent pas, le plus souvent, ceux du District ou de la ville de Montpellier. Une analyse plus précise des quelques opérations qui font l'objet de financements régional et municipal ou intercommunal montrerait d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'un réel cofinancement (au sens d'une association des partenaires financiers autour d'une logique explicite de complémentarité des aides), ni, encore moins, de l'expression d'une politique culturelle concertée (au sens de la contribution des collectivités, ensemble, à la définition communes des orientations artistiques et culturelles). Le second enseignement concerne les domaines où la proportion montpelliéraine est faible. Il s'agit, évidemment, d'opérations liées à une problématique d'aménagement du territoire (infrastructures culturelles, patrimoine, animation et diffusion culturelles). On notera toutefois que la part de l'agglomération capitale reste assez forte dans la rubrique des petits équipements (28%). La part occupée par le district et l'agglomération est forte, et concerne surtout des communes proches politiquement du Conseil régional (Lattes, Saint-Gély du Fesc). La part Patrimoine est assez faiblement montpelliéraine, de même que les infrastructures culturelles, ciblées vers d'autres objectifs que ceux des grandes structures nationales. Pour les premières, cela illustre les contraintes d'une action régionale très fortement liée aux demandes des élus locaux, où le patrimoine religieux conserve une place importante, et où l'administration régionale ne semble pas en mesure de résister à un certain saupoudrage des aides.

LE CONSEIL GENERAL DE L'HERAULT

Le Conseil Général dispose, dans le cadre de sa politique culturelle, de 96 agents en 1999. Ils se répartissent comme suit: 31 26

agents à la Direction de la culture, dont 3 emplois-jeune et 5 intermittents du spectacle pour le Théâtre d'Ô; 26 agents à la Bibliothèque Départementale de Prêt, dont 3 emplois-jeune; 39 à la Direction des Archives, dont 3 emplois-jeune. On doit ajouter à ces 96 agents ceux qui, fonctionnaires, sont mis à la disposition d'organismes associés, respectivement: 12 agents à l'Office Départemental d'Action Culturelle (ODAC); 1 agent au Printemps des Comédiens; 1 agent au Video Animation Languedoc (VAL). Ces organismes associés disposent par ailleurs des salariés suivants: 5 agents à l'Association Départementale pour la Danse et la Musique (ADDM) (dont 2 emplois-jeune) ; 31 agents à l'ODAC (dont 20 emplois-jeune) ; 6 au Printemps des Comédiens (+ 40 intermittents et 31 occasionnels pendant le Festival). Ce sont donc au total 227 personnes qui sont directement employées au titre de la mise en œuvre de la compétence culturelle départementale. 151 à titre permanent et 76 à titre temporaire. Les charges financières se rapportant à ces emplois ne figurent pas dans les calculs qui suivent. Mais il faut d'ores et déjà souligner l'importance numérique de l'action départementale en matière culturelle. À titre d'exemple, pour l'année 1999, ne figurent pas de financement spécifique (hormis une modeste enveloppe de 53 000 F) pour les musées. Il n'existe certes pas de musée départemental, mais une conservation départementale a été constituée, pour servir de cellule d'appui à l'ensemble des musées, municipaux, de l' Hérault. Cette conservation est actuellement composée de 4 salariés.
Budget culturel du Conseil Général de l'Hérault. 1999. Part de l'agglomération Montpellier et part du patrimoine

- Tableau7-

de

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Emmanuel

Négrier

2000

Commentaire:

La structure des dépenses départementales confirme ici une première différenciation avec la Région quant au rapport entre

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investissement et fonctionnement. Si nous avions pu tenir compte de l'ensemble des dépenses (notamment: archives, ODAC, BDP, ADDM), la part du fonctionnement aurait été encore plus prédominante. L'action culturelle départementale est désormais structurée autour d'organes qui lui permettent d'inscrire une politique sur le long terme, avec pour corollaire la limitation des marges de manœuvres financières. On notera que l'effort consenti sur l'agglomération de Montpellier est important: il dépasse la moitié des dépenses totales. Le poids de la ville-centre, à l'intérieur de cette enveloppe, représente plus de la moitié du total, mais n'atteint des taux élevés que dans des domaines bien spécifiques, comme le spectacle vivant, ainsi que le montrent les tableaux suivants. La part qu'occupe le patrimoine dans ces dépenses est légèrement inférieure à celle de la Région. Toutefois, la place qu' y occupe l'agglomération de Montpellier dépasse, en valeur relative, celle que le Conseil Régional consacre au patrimoine montpelliérain. Enfin, la comparaison entre l'effort culturel départemental et celui de la Région n'est pas aisée: si l'Hérault dépense 35,30 F par habitant en 1999, la Région dépense 52,36 F par habitant, ce calcul s'opère sans tenir compte des charges salariales qui pèsent plus ou moins lourdement sur ces institutions: 38 agents à la Région, 96 au département. En l'absence de chiffres sur les masses salariales comparées, cette différence ne peut faire l'objet d'une interprétation véritable.
Les subventions de fonctionnement

Remarques préliminaires: 1. Les subventions qui suivent sont celles qui sont directement gérées par les services culturels du Conseil Général. Elles constituent l'essentiel des financements de fonctionnement culturels, mais ne sont pas exclusifs d'autres sources, plus ponctuelles ou d'opportunité. 2. Nous avons différencié les subventions en fonction du critère du siège social de la structure financée, hormis les cas où ce critère de siège social était directement invalidé par la logique même de la structure destinataire (exemple: l'ADDM, l'Union Départementale des Sociétés Musicales) ; ou par une implantation des structures physiques (salle, locaux, ...) différente de celle du siège. 3. Il est bien évident que ce critère doit être manipulé avec précaution: un artiste (exemple: Michel Bismuth) ne se produit pas que dans la commune de son siège social. Mais ce critère donne cependant une indication utile sur la distribution territoriale des financements départementaux de la culture.
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4. Les subventions qui suivent ne comprennent pas celles qui affectent la BDP (1 438 000 F en 1999), les Archives (661 000 F), l'ADDM (940 000 F), la Fédération des Foyers Ruraux (760 000 F), l'ODAC (5 100 000) et l'aide au fonctionnement des musées (53 000 F).
Elles ne tiennent enfin pas compte du Budget Supplémentaire (200 000 F). Ce sont donc au total 3 999 000 F (soit 23,9% du total hors ODAC) qui ne sont pas ventilés du point de vue territorial.

Les dépensesde fonctionnementdu budget culturel du ConseilGénéral de l'Hérault (1999)

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Tableau 8

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AP A : Ateliers de Pratique * @ Enunanuel Négrier 2000

Artistique

Commentaire: Les dépenses culturelles de fonctionnement mettent en évidence les traits principaux de la politique départementale: . le rôle attribué à la musique, qu'il s'agisse des subventions au créateurs, associations, ou des interventions plus ciblées sur les écoles de musique. Dans ce domaine, le poids de Montpellier et de son agglomération est écrasant, de même qu'en matière de danse et de théâtre.

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. .

l'importance de la fonction éducative, qui n'est que peu présente dans les budgets régionaux, est un trait caractéristique de cette politique. l'aménagement culturel du territoire se manifeste au travers des fonds consacrés à la diffusion, aux services culturels, au patrimoine culturel, et aux associations diverses. Ces fonctions sont, fort logiquement, les moins sensibles à l' attractivité montpelliéraine.
Les subventions d'investissement
Les dépenses d'investissement du budget culturel du Conseil Général de l'Hérault (1999)

- Tableau9-

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Emmanuel

Négrier

2000

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Les subventions qui précèdent sont celles du budget culturel du Conseil Général. Certaines sources de financement autres contribuent indirectement à ces domaines (exemple: la Direction des routes pour le patrimoine). Ces sources ne sont pas comptabilisées. En outre, nous ne mentionnons pas ici les budgets de fonctionnement principaux de la BDP et des Archives (salaires et fluides divers). Les subventions d'investissement qui leur sont allouées par le budget culturel ne sont pas par ailleurs ventilées territorialement : soit 300 000 F pour la BDP et 365 000 F pour les Archives).

Commentaire: Il ne faut pas accorder trop d'importance au taux de 100% en tête du tableau, qui concerne une ventilation ponctuelle, classique des dépenses d'investissement. Ces dépenses démontrent avant tout les priorités actuelles du Conseil Général qui s'inscrivent, par ordre décroissant, dans les domaines suivants: l'effort en matière de lecture publique, en phase avec ses propres compétences sur le prêt, est un secteur qui demeure encore dominant, quoique le rattrapage du retard dans ce domaine soit en voie d'achèvement. . le patrimoine, et ses diverses composantes statutaires, est de très près le deuxième poste de dépense. Il y a fort à parier qu'il n'est pas, contrairement au précédent, en voie de stabilisation ou de décroissance. Nous verrons plus loin qu'il se pose à ce sujet d'autres enjeux, notamment partenariaux. . l'aménagement culturel du territoire (aides aux communes, diffusion, aide à l'équipement) est le troisième domaine important. Notons que dans ce domaine, l'agglomération de Montpellier continue d'être destinataire de budgets assez importants (notamment pour l'aide aux communes).

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Analyse: Alors que l'on considère généralement que la politique départementale est par trop exclusivement orientée vers l'arrière-pays, tournant le dos à la réalité urbaine héraultaise, on constate pour le moins que l'idée n'est pas confirmée par ces chiffres. Il s'agit certes des données 1999. On sait que les conflits qui ont émaillé les relations Département- Ville de Montpellier ont connu une forte décrue en 1998, à l'occasion de l'arrivée à la présidence du Conseil Général d'André Vézinhet, proche de Georges Frêche, maire de Montpellier. Toutefois,

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il ne faudrait pas en déduire que l'inversion financière a été brutale. Le Conseil Général est certes entré, parfois vigoureusement, dans des dispositifs de soutien à la politique culturelle de Montpellier (grandes institutions notamment). Mais il avait de longue date situé, lui aussi, son action sur la ville de Montpellier, quand bien même celle-ci était non partenariale, et parfois même concurrente vis-à-vis de cette dernière (Printemps des Comédiens, actions de l'ODAC, subventions aux créateurs et associations culturelles, ...). Le résultat, à l'issue de cette évolution, est indiscutablement la part élevée qu'occupe Montpellier dans ces politiques, prises globalement. 55, Il % du financement analysé va dans l'agglomération montpelliéraine qui, virtuellement, n'en représente que 46%. Cela étant, de fortes différences affectent les types de dépense culturelle. Le domaine du spectacle vivant est celui de l' hyper-concentration montpelliéraine. En revanche, le domaine du patrimoine apparaît comme celui, par excellence, de la ventilation territoriale, où Montpellier et son agglomération ne représentent plus que 22,8% des dépenses, avec une distribution par ailleurs assez équilibrée entre ville-centre, première couronne et agglomération nouvelle. Cette politique, plus sensible au terrain départemental qu'à la capitale régionale, présente sur ce point les mêmes caractéristiques que celle de la Région. Ce n'est d'ailleurs pas le seul point commun. La politique suivie par le Conseil Général de l'Hérault en matière de patrimoine a connu une inflexion majeure au milieu des années 1980. Dans les premières années de la décentralisation, elle était assez rigoureusement dépendante de la politique de l'État, et notamment des stratégies de la DRAC. Le Conseil Général intervenait donc en fonds de concours pour des opérations légitimées et initiées par la DRAC. Les taux d'intervention étaient standardisés, autant sur le patrimoine protégé que sur le patrimoine rural non protégé, qui bénéficiait, comme encore aujourd'hui, de maigres enveloppes de l'État. Cette première période a donné lieu à des débats internes au département. Si une telle logique d'alignement avait pour mérite d'appuyer l'intervention du Conseil Général sur des critères reconnus, elle avait pour conséquence de réduire sa marge de manœuvre sur le terrain. Elle s'écartait du territoire en quelque sorte. À la fin des années 1980, la prise de conscience des aspects négatifs de cette première logique a conduit à l'émergence d'une autre stratégie qui consistait, en partie seulement, à décaler l'intervention départementale de celle de l'État. La définition d'une politique propre en matière de patrimoine s'est illustrée par les programmes Villages d'Intérêt Supérieur, puis Places d'intérêt Départemental, où les taux d'intervention admis dépassaient

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largement les seuils antérieurs Uusqu'à 80%). Conséquence: ces taux, souvent difficiles à atteindre, ne bénéficiaient qu'aux acteurs locaux disposant d'une influence politique suffisante. Cette nouvelle politique ne négligeait pas, pour autant, le partenariat culturel. Initiée par la Direction de l'Aménagement du Territoire, elle associait le service culturel, la DRAC, le CADE, les ABF, au sein d'un Comité Technique. Cependant, une contradiction est rapidement apparue entre la manière dont les acteurs territoriaux légitimes (élus cantonaux, maires, associations) concevaient une opération patrimonialement pertinente et le langage et les critères des partenaires culturels. À l'image de ce que nous avons analysé dans les rapports RégionlÉtat, le partenariat dissymétrique (ou l'alignement) vis-à-vis de la DRAC avait pour effet de protéger l'action patrimoniale du Conseil Général des pressions politiques locales. Le dés alignement partiel a eu pour conséquence le retour d'une tentation « clientéliste », du même ordre que celle constatée à la Région. Sans doute la spécificité départementale tient-elle dans la nature de l'interdépendance entre niveaux. Entre Région et DRAC, la logique est au partenariat plus ou moins affirmé, ou bien à l'autonomie d'action. Mais ces deux modèles interagissent ou interviennent séparément sur le même territoire. Entre DRAC et département, la première dispose de la faculté de faire varier ses investissements culturels au gré de son entente avec ses interlocuteurs. À tel département respectueux des critères de la DRAC correspondra ainsi tel engagement de cette dernière. S'écarter de ces critères peut donc s'avérer périlleux. Mais, réciproquement, la DRAC trouve dans les départements (bien plus que dans la Région) un irremplaçable relais sur le terrain. Le plus souvent, l'action de la DRAC paraît hermétique aux « petits élus» et nécessite d'être décodée. Financièrement, elle est en général insuffisante pour « faire levier». Le Conseil Général de l' Hérault, ses services, l' ODAC sont ainsi des partenaires indispensables dans la territorialisation de la politique de l'État. C'est donc au sein de ce jeu d'échange, dont il ne faut, ni pour l'un ni pour l'autre, pas trop s'écarter, que se situe le partenariat du patrimoine. Dans ce domaine, l'ODAC joue un rôle majeur, notamment dans le domaine du patrimoine ethnologique. L'accumulation d'un inventaire d'une grande richesse, ainsi que des opérations de valorisation Uournées du Patrimoine, expositions mémoriales dans les communes, études sur le pastoralisme, le patrimoine industriel et minier, réhabilitations préalables à la réalisation d'Itinéraires Culturels, ...) en font, à l'intérieur de la galaxie départementale, un

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