Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)

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  • RENOIR par Ambroise Vollard est un texte de référence sur l’artiste, par un contemporain engagé dans l’aventure de la peinture de son époque.

Ambroise Vollard (1866-1939) est d’abord un marchand d’art précurseur et célèbre mais il est aussi un écrivain constamment réédité depuis 1920. Il a suivi l’artiste comme marchand et comme confident de 1894 à sa mort en 1919. Il a noté ses conversations avec Renoir et a écrit ensuite une biographie qui a fait date. Rédigé le plus souvent sous forme de dialogue, son texte est particulièrement vivant et intéressant.

  • L'édition enrichie de VisiMuZ rajoute au texte intégral de la biographie, plus de 200 photos de tableaux, agrandissables en plein écran par simple-tap. Pour chacune, les dimensions, la localisation (musée, collection) sont précisées. Cette édition est donc à la fois un livre de la catégorie « beaux-arts » et une biographie de référence. Le lecteur voit apparaître les différents tableaux au fur et à mesure de sa lecture, peut les consulter en plein écran, et les agrandir plus encore pour regarder un détail.

Outre les illustrations, ces textes de référence sont complétés par d’autres anecdotes issues des biographies de Georges Rivière et Jean Renoir et des commentaires VisiMuZ.

En replaçant les tableaux dans le contexte global de l’œuvre de l’artiste, en faisant comprendre au lecteur l’évolution artistique du peintre, VisiMuZ rend sa biographie plus attrayante et pédagogique.

Pour un livre d’art, voici au moins 5 bonnes raisons de préférer un livre numérique au papier :

- disponibilité permanente où que vous soyez, avec un encombrement minimal,

- adaptation de la taille des caractères à la vue de chacun,

- agrandissement des photos pour mise en valeur des détails,

- création d’une photothèque personnelle avec les photos de l’ebook,

- tableaux mis en valeur, encadrés par la tablette.


Publié le : samedi 10 janvier 2015
Lecture(s) : 60
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791090996106
Nombre de pages : non-communiqué
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Avant-propos

La collection VisiLiFe a pour objet l'édition ou la réédition de biographies de référence de peintres célèbres. Ces biographies sont celles qui sont systématiquement évoquées par les biographies postérieures qui puisent abondamment à leur source. Les auteurs sont des écrivains au style très agréable, ils connaissent personnellement les artistes dont ils évoquent la vie et l’œuvre. Ces biographies avaient un défaut : elles étaient parfois frustrantes à lire quand on n'avait pas en mémoire les tableaux évoqués par l'auteur. Avec le numérique, cet obstacle est levé et les ouvrages de la collection VisiLiFe incluent systématiquement les œuvres en regard des textes pour une meilleure compréhension du travail de l'artiste et surtout un plus grand plaisir de lecture. Vous pouvez agrandir chaque photo en pleine page par un simple-tap. Le détail de la navigation est indiqué ci-après. Vous pouvez évidemment annoter votre livre numérique. La visite virtuelle ne remplace pas la visite réelle. Aussi nous vous indiquons en fin d’ouvrage la localisation des œuvres que vous avez pu admirer au cours de votre lecture. Grâce au numérique, vous pouvez enfin profiter pleinement des illustrations en les agrandissant.

Quelques conseils pratiques d'utilisation






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  • be : between ou entre
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Nous sommes très attentifs à vos impressions, remarques et critiques concernant le fond et la forme des ouvrages publiés par VisiMuZ. N'hésitez pas à nous envoyer vos commentaires à l'adresse :
guides@visimuz. com

Introductions de l'auteur et de l'éditeur

L’auteur.
Ambroise Vollard (1866-1939) marchand d'art, galeriste, éditeur et écrivain français a été l'un des trois marchands historiques de Renoir. Il a fait la connaissance de Renoir en 1894 et est devenu à la fois son marchand et son ami. Pendant plusieurs décennies, il a noté ses conversations avec l'artiste afin d'écrire la biographie la plus complète possible. Rédigé le plus souvent sous forme de dialogue, son texte est particulièrement vivant et intéressant.

Note de l'auteur

AVIS AU LECTEUR

On trouvera dans cette édition quelques passages qui ne sont pas dans une grande édition illustrée, La Vie et l'Œuvre de Renoir, imprimée la première, mais qui n'a pas encore paru, les planches hors texte n'étant pas prêtes. Quelques variantes aussi seront constatées dans les deux éditions.

On doit considérer, en effet, que le présent ouvrage a été fait de mille touches : conversations à bâtons rompus avec Renoir, pendant une période de 25 années, à la fois sur les événements de sa vie et sur le mouvement de la peinture ancienne et moderne ; observation des faits et gestes du peintre ; observation de son entourage (la famille, ceux qui fréquentaient chez Renoir). Plus généralement encore, l'auteur s'est appliqué à présenter, à côté du peintre, le monde des Arts : les collectionneurs qui spéculent, les snobs de la peinture, les critiques, les Mécènes modernes…

Le lecteur pensera que, dans le classement d'une grande quantité de notes, dans le rassemblement de souvenirs lointains, dans le travail de juxtaposition, de coordination d'éléments disparates, il a été possible que quelques détails aient été omis dans une première édition, que quelques rectifications aient été faites dans le présent livre.

A. V.

L'édition enrichie de VisiMuZ

Le livre numérique que vous avez entre les mains est une première. Il reprend le texte intégral de l’auteur en ajoutant la reproduction des œuvres chaque fois que l’auteur les évoque, au sein du texte.

L’édition originelle a été publiée en 1920 par les éditions G. CRÈS et Cie, 21 rue Hautefeuille, à Paris. Elle était illustrée de 11 reproductions en noir et blanc, sans lien avec le texte. Nous n’avons pas repris ces impressions, avantageusement remplacées par les reproductions en couleurs des tableaux. Les illustrations originelles des tableaux sont incluses dans les 200 reproductions de la présente édition. Nous avons mis en regard ces images avec le texte lorsqu'elles y sont mentionnées.

Ambroise Vollard avait pris soin avant la publication de donner à lire son texte aux deux fils aînés de l'artiste Pierre (le comédien) et Jean (le cinéaste). Ceux-ci l'avaient validé.

Renoir a tellement produit (4654 œuvres répertoriées à ce jour) que l'édification du catalogue raisonné s'est avérée un travail de titan. 5 tomes ont été établis par la galerie Bernheim-Jeune. Le tome I avait été réalisé en 1971 par François Daulte. À sa mort en 1998, aucun autre tome n'avait été publié. Le tome V, qui devrait être le dernier, est paru en 2014. Toutefois, le prix très élevé de ce catalogue, 2150 euros pour l'ensemble, ne permet pas la consultation par tout un chacun. Un catalogue partiel pour la période 1869-1883 a été établi en 1990 par Elsa Fezzi. Nous avons choisi de faire référence au catalogue Fezzi, et avons indiqué pour tous les tableaux illustrés qui sont répertoriés dans ce catalogue, le numéro auquel se rapporter, précédé de la lettre F.

Les cartels des tableaux présentent un fond différent selon la notoriété des tableaux représentés. Gris pour les tableaux les moins connus, bleu lorsque leur notoriété est plus importante, rose lorsqu’il s’agit d’œuvres devenues des icônes universelles de la peinture.

Tableaux, dessins, lithographies sont parfois commentés lorsque des informations complémentaires peuvent enrichir la lecture (en italique et avec un fond légèrement grisé pour indiquer que cette note n’est pas issue du texte originel). L'abréviation V. (VisiMuZ) signifie qu'il s'agit d'un ajout de l'éditeur.

La localisation des tableaux est indiquée systématiquement. Elle peut souvent être différente de celle indiquée par l’auteur en 1920, soit que les tableaux soient entrés dans des musées, soit que les musées aient eux-mêmes changé (Renoir n’est plus au musée du Luxembourg mais au musée d’Orsay par exemple).

Les icônes des tableaux sont agrandissables par simple-tap et peuvent être vus ensuite en plein écran via un double-tap.

Les notes de l’auteur ont été reprises. Nous avons également pris la liberté d’ajouter quelques notes (numérotées à partir de 100 et accessibles par un lien) lorsque les connaissances du XXIe siècle peuvent venir en complément ou en contradiction avec celles d’il y a 100 ans.

En couverture : Au bord de la mer (détail), Metropolitan Museum of Art, New York.
Photo VisiMuZ, 2014.


Première édition : janvier 2015
Dépôt légal : janvier 2015
N° éditeur : 9791090996106


NOTE : LES CHAPITRES I, II et III NE SONT PAS DISPONIBLES DANS CET EXTRAIT.

[8] Le Cabaret de la mère Anthony, 1866, huile sur toile, 195 x 130 cm, National Museum, Stockholm, F14
Le Cabaret de la mère Anthony

Renoir. — Le Cabaret de la mère Anthony est un de mes tableaux dont j'ai gardé le souvenir le plus agréable. Ce n'est pas que je trouve cette toile particulièrement excitante, mais elle me rappelle tellement l'excellente mère Anthony et son auberge de Marlotte, la vraie auberge de village ! J'ai pris comme sujet de mon étude la salle commune, qui servait également de salle à manger. La vieille femme coiffée d'une marmotte, c'est la mère Anthony en personne ; la superbe fille qui sert à boire, était la servante Nana. Le caniche blanc, c'est Toto, qui avait une patte de bois. Je fis poser autour de la table quelques-uns de mes amis, dont Sisley et Le Cœur. Quant aux motifs qui constituent le fond de mon tableau, je les avais empruntés à des sujets peints à même le mur. C'était là l'œuvre sans prétention, mais souvent41 très réussie, des habitués de l'endroit. Moi-même j'y avais dessiné la silhouette de Mürger, que je reproduisis dans ma toile, en haut à gauche. Certaines de ces décorations me plaisaient infiniment, et je ne cessais de recommander de ne jamais les faire gratter. J'avais même cru les avoir mises complètement à l'abri de la destruction en disant à la mère Anthony que, si la maison devait être un jour démolie, elle pourrait tirer un bon prix de ses fresques.

« L'été suivant, je m'étais installé dans un village des environs de Marlotte, à Chailly, où je peignais la Lise[101] (1866). Un jour que je travaillais « sur le motif », comme aurait dit Cézanne, voilà que j'entends prononcer mon nom dans un groupe de jeunes gens à côté :

— « Quel toupet, ce Renoir ! Avoir fait racler des peintures si amusantes, pour mettre à la place sa grande tartine ! » Je cours à l'auberge. Voici ce qui s'était passé : Henri Regnault, déjà célèbre, s'était arrêté chez la mère Anthony. Il s'était offusqué d'une décoration aussi grossière : un des rapins ne s'était-il pas avisé de transformer le derrière nu d'une vieille dame en une figure moustachue de grognard !

— « Effacez-moi bien vite ces horreurs ! s'était écrié Regnault. Je vous peindrai à la place quelque chose d'artistique. »42

« La mère Anthony, confiante, avait fait venir un badigeonneur, et Regnault était parti, sans avoir songé, comme de juste, à tenir sa promesse. Pour cacher la nudité du mur, on pensa alors à ma toile que j'avais abandonnée, en m'en allant, et qui avait été mise au grenier.

Moi. La Lise dont vous venez de parler n'a-t-elle pas été reçue au Salon ?

[9] Lise avec une ombrelle, 1867, huile sur toile, 184 × 115 cm, Folkwang Museum, Essen, F22
V. — Le tableau accepté au Salon de 1867. Il a été ensuite acheté par Théodore Duret, l'auteur des biographies de Manet et Van Gogh (publiées par VisiMuZ Éditions).
Lise avec une ombrelle
[10] Lise Tréhot cousant, 1866, huile sur toile, 55,9 x 45,7 cm, Dallas Museum of Art, Dallas (TX), F13
Lise Tréhot cousant
Femme dans un jardin (la femme à la mouette)
[11] Femme dans un jardin (la femme à la mouette), 1868, Huile sur toile, 106 x 73,5 cm, Kunstmuseum, Bâle
V. — Le modèle est Lise Tréhot.
[12] En été ou La Bohémienne,1868, huile sur toile, 85 x 59 cm , Alte National Galerie, Berlin, F32
En été ou La Bohémienne
V. — Portrait de Lise, présenté au Salon de 1869. Elle est alors enceinte de Pierre, à qui elle donnera naissance le 14 septembre 1868. Pierre est vraisemblablement mort en bas âge.
Le tableau a été ensuite acheté par Théodore Duret pour 400 francs en 1873.
Nymphe à la source
[13] Nymphe à la source, 1869-70, huile sur toile, 66,7 x 122,9 cm, National Gallery, Londres, F38
V. — Le modèle en est très certainement Lise Tréhot.
Citons ici le mot de Renoir rapporté en 1919 par Jacques-Émile Blanche dans Propos de peintre — De David à Degas (pages 237-238).
« Renoir, pétrisseur de la chair féminine, caresse la toile, comme cette chair même ; fleurs, ciels, arbres, fruits, tout est pour lui sujet à colloques amoureux, prétexte à satisfaire sa violente sensualité païenne. « Un sein, c'est rond, c'est chaud ! Si Dieu n'avait créé la gorge de la femme, je ne sais si j'aurais été peintre ! » — a-t-il dit. »

Renoir. Au salon de 1867, l'année de l'Exposition Universelle. Cette même année, je fis une Vue en plein air de l'Exposition Universelle, que je terminai seulement en 1868. Ce tableau si peu audacieux fut jugé d'une hardiesse inacceptable. Il resta, pendant de longues années, dans un coin, à Louveciennes, où habitait ma famille.

[14] Les Champs-Élysées pendant l'Exposition universelle, 1867, huile sur toile, collection particulière, F19
Les Champs-Élysées pendant l'Exposition universelle

« Mais l'Exposition Universelle n'est pas le seul événement sensationnel de l'année 1867. C'est aussi cette année-là qu'eurent lieu les expositions particulières de Courbet et de Manet.

Moi. Vous avez connu Courbet ?

Renoir. J'ai beaucoup connu Courbet, l'un des types les plus étonnants qu'on ait jamais vus. Je me souviens, notamment, d'un détail de son exposition de 1867. Il avait fait construire une espèce de soupente où il se tenait pour surveiller son exposition. Lorsque les premiers visiteurs arrivèrent, il était en train de s'habiller. Pour ne rien perdre de l'enthousiasme du public, il descendit43 en gilet de flanelle, sans prendre le temps d'enfiler sa chemise qu'il avait gardée à la main. Et lui-même, en contemplation devant ses tableaux : « Comme c'est beau ! Comme c'est magnifique !… C'est tellement beau que c'en est stupide ! »

« Et il répétait tout le temps : « C'en est stupide ! »

« C'est encore lui qui disait, à une exposition où on l'avait placé près d'une porte :

— « C'est bête, on ne pourra plus passer ! »

« Et cette admiration était, bien entendu, réservée à sa seule peinture. Il voulut, un jour, faire un compliment à Claude Monet avec lequel il était très lié.

— « C'est bien mauvais, ce que tu envoies au Salon ! lui disait-il. Mais comme ça va les embêter ! »

Moi. Vous aimez la peinture de Courbet ?

Renoir. Des choses qu'il a faites dans les commencements, je ne dis pas… mais, à partir du moment où il est devenu Monsieur Courbet !…

Moi. Et le tableau si vanté : Bonjour M. Courbet ?…

Renoir. L'impression qu'on en garde, c'est que le peintre aura passé des mois devant une glace à « finir » sa pointe de barbe… Et ce pauvre petit M. Bruyas qui est là, incliné, comme s'il recevait de la pluie sur le dos… Parlez-moi des 44Demoiselles de la Seine ! Voilà un magnifique tableau !

[15] Gustave COURBET, Les Demoiselles des bords de la Seine (Été), 1857, huile sur toile , 174 x 206 cm, musée du Petit Palais, Paris
Les Demoiselles des bords de la Seine (Été)

Et c'est le même homme qui a fait cela, qui a peint le portrait de Prud'hon et encore, tenez, ces curés sur des ânes[102]

Pierre-Joseph Proudhon et ses enfants
[16] Gustave COURBET, Pierre-Joseph Proudhon et ses enfants, 1865, huile sur toile, 147 × 198 cm, musée du Petit Palais, Paris

Moi. J'ai entendu des admirateurs de Courbet dire que si ce tableau était inférieur aux autres, c'est que Courbet n'avait pas fait poser de vrais curés, mais avait habillé des modèles en prêtres, enfin qu'il y manquait le côté nature indispensable…

Renoir. C'était encore une des toquades de Courbet, la nature ! Ah ! Cet atelier qu'il avait fait arranger pour « faire la nature » ! Ce veau attaché sur la table à modèle !…

Moi. Mais pourtant, lorsque Courbet disait à un jeune peintre qui lui faisait voir une tête de Christ : « Vous connaissez le Christ, vous ? Pourquoi ne peignez-vous pas plutôt le portrait de votre père ? »

Renoir. C'était pas mal… mais dit par un autre ; dit par Courbet, cela devenait moins bien. C'est comme, tenez, lorsque Manet avait peint son Christ aux Anges… Quelle peinture ! Ce côté de pâte si joli… Et que l'autre lui disait : « Tu as vu des anges, toi, pour savoir s'ils ont un cul ? »

Moi. Il y a un mot qui revient toujours, quand on parle de Courbet : « Comme c'est fort ! »45

Renoir. C'est exactement ce que Degas ne cessait de dire devant les Legros ; mais moi, voyez-vous, j'aime mieux une assiette d'un sou, avec trois jolis tons dessus, que des kilomètres d'une peinture archi-forte… et embêtante !

Moi. Quels étaient les rapports de Manet et de Courbet ?

Renoir. Manet se sentait porté vers Courbet, lequel, par contre, ne considérait guère la peinture de Manet. Il était bien naturel qu'il en fût ainsi : Courbet, c'était encore la tradition ; Manet, c'était une ère nouvelle de la peinture. Ou plutôt, il va sans dire que je n'ai pas la naïveté de prétendre qu'il y ait, dans les arts, des courants absolument nouveaux. Dans l'art, comme dans la nature, ce que nous sommes tentés de prendre pour des nouveautés n'est, au fond, qu'une continuation plus ou moins modifiée. Mais tout cela n'empêche pas que la Révolution de 1789 ait eu pour effet de commencer à détruire toutes les traditions. La disparition des traditions en peinture, comme dans les autres arts, ne s'est opérée que lentement, par degrés insensibles, et les maîtres, en apparence les plus révolutionnaires de la première moitié du XIXe siècle, Géricault, Ingres, Delacroix, Daumier, étaient encore imprégnés des traditions anciennes. Courbet lui-même, avec son dessin lourdaud… Tandis que, avec Manet et notre école,46 c'était l'avènement d'une génération de peintres à un moment où l'œuvre destructrice commencée en 1789 se trouvait achevée. Certes, quelques-uns de ces nouveaux venus auraient bien voulu renouer la chaîne d'une tradition dont ils sentaient, inconsciemment, les immenses bienfaits ; mais, pour cela fallait-il, avant tout, apprendre le métier de peintre, et, quand on est livré à ses propres forces, on doit nécessairement partir du simple, pour arriver au compliqué, comme, pour lire un livre, il faut commencer par apprendre les lettres de l'alphabet. On conçoit donc que, pour nous, la grande recherche a été de peindre le plus simplement possible ; mais on conçoit aussi combien les héritiers des traditions d'autrefois, — depuis des hommes chez qui ces traditions, qu'ils ne comprenaient plus, finissaient de se perdre dans le lieu commun et la vulgarité, comme les Abel de Pujol, les Gérôme, les Cabanel, etc., etc., jusqu'à des peintres comme Courbet, Delacroix, Ingres, — aient pu se trouver désorientés devant ce qui leur semblait des images d'Épinal. Daumier, pourtant, eut ce mot en visitant une exposition de Manet :

— « Je n'aime pas absolument la peinture de Manet, mais j'y trouve cette qualité énorme : ça nous ramène à Lancelot[5]. »47

« Et la même raison qui attirait Daumier, avait éloigné Courbet de Manet.

— « Je ne suis pas de l'Institut, disait Courbet, mais la peinture, ça n'est pas des cartes à jouer ! »

Moi. Comment Manet, qui aimait Courbet, pouvait-il s'accommoder de l'enseignement de Couture ?

Renoir. Il n'est pas tout à fait exact de dire qu'il s'en accommodât. Il était allé chez Couture comme on va dans un endroit où il y a des modèles… Même chez un Robert-Fleury…

Moi. Robert-Fleury dont on disait à Manet : « Voyons, Manet, ne soyez pas si méchant… Un homme qui a déjà un pied dans la tombe. » À quoi Manet répliquait : « Oui… Mais, en attendant, il a l'autre pied dans la terre de Sienne brûlée… »

Renoir. L'accord ne devait pas régner longtemps entre Couture et Manet. Ils se séparèrent sur ces mots du maître à l'élève :

— « Adieu, jeune Daumier ! »


Notes du chapitre

[5].Figure du jeu de cartes.


[101]. Lise Tréhot (1848-1922) a été la compagne de Renoir de 1865 à 1872. Elle lui a donné deux enfants Pierre (1868-?) et Jeanne (1870-1934). Renoir ne parlera pas de Jeanne à sa famille tout en restant en contact avec elle. Vollard sera dans la confidence de l'existence de Jeanne, de même que Gabrielle et la Boulangère, les deux bonnes de Renoir dans les années 1900, que nous retrouverons au chapitre XX ci-après.

[102]. Le Retour de la conférence, tableau détruit volontairement semble-t-il par l'acquéreur. Ce tableau montrait des prêtres ivres sur un âne.

V. LA GRENOUILLÈRE (1868)

[17] La Grenouillère, 1869, huile sur toile, 66 x 81 cm, National Museum, Stockholm, F34
La Grenouillère
La Grenouillère
[18] La Grenouillère, 1869, huile sur toile, 65 x 92 cm, collection Oskar Reinhart, Winterthur, F35
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