Proverbes et locutions proverbiales en usage à Marrakech

De
Publié par

Proverbe vivant de la culture traditionnelle et moderne, le proverbe au Maroc permet à la fois l'appréhension et l'utiisation intensive d'idées, de principes et de croyances prêchés par la société, la religion, les ancêtres. C'est un témoignage irremplaçable sur la société et ses valeurs. Ce recueil, entièrement collecté à Marrakech, est un indicateur socioculturel de ce qui fait non seulement la vie marrakchie en particulier, mais la vie marocaine en général.
Publié le : samedi 1 mars 2003
Lecture(s) : 631
Tags :
EAN13 : 9782296313057
Nombre de pages : 345
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Faïza JIBLINE

PROVERBES ET LOCUTIONS PROVERBIALES EN USAGE À MARRAKECH
Arabe- Français

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Harrnattan,2003 ISBN: 2-7475-3909-1

A la mémoire de ma mère qui m'a fait don de son amour pour sa culture. A la mémoire de mon père. Pour Brahim, Taha et Yazid.

Concordances

phonétiques

Les consonnes

signe
I

arabe
~~-

~cOITespondant

phonétique
b
~t

Il

arabe
.



c c
oJ
.)

Z h x d

exemples I fran~ais ba.b "porte" I bébé tub " tissu" I tante z~ld ttpeau" I jade
.

Il

j
V""

r
z s ~S
d t

.

(...)00
Ja

~... s
c

hlib "lait" xiJ "fil" duda "ver" I dinde ras "tête" zif "chiffon" I zoo s ~Ua "pamer" I sel It saIt "vieux I chat

~abun"savon"
"nre" ~~~k ~fi oiseau"

t

------

t
-i
J

g
f q k
g

cam guI
fas qfal kura
gma1)

"an" "ogre"

..:J
-S.

l'pioche" I "serrure" "balle" I
It It

I

.riz
fou cake

J

r
....--6

1

m n
h

blé I Iun "couleur" I mus "couteau" I nas ~"gens" I
h~mm "chagrin" 7

gain lit
mal

nez

Les voyelles

a u i a

Les semi-voyelles

: .j

'1/

}

Id OQ~S
['1/

" g5on "sect
.

Il

7

I oui
faille.
I

Remarque: Dans la présente transcription, les consonnes géminées sont dédoublées, les consonnes emphatiques sont rendues par un point souscrit, la labialisation est rendue par des guillemets ( " )

8

INTRODUCTION
Florissante est la littérature consacrée au domaine parémiologique et nombreux sont les écrits destinés à comprendre et à appréhender ce qui fait l'originalité d'un tel genre de la tradition populaire. Les recherches ethnographiques ont dévoilé l'existence de proverbes, à la fois dans l'Egypte pharaonique, et dans les sociétés dites primitives d'Afrique et d'Océanie1. Les écrits à valeur historique sont très répandus. Leur but est de découvrir les énoncés proverbiaux communs à un grand nombre de peuples. Ils visent aussi à établir leurs "cartes d'identité" et ce, en mettant en lumière le moment, le lieu et la cause d'existence de chacun d'entre eux. L'avènement des sciences sociales a orienté la recherche parémiologique vers l'analyse du contexte concret des proverbes. Aux Etats-Unis, par exemple, ils ont été utilisés dans des tests pour détecter les capacités mentales des individus et les cas de schizophrénie2. Simultanément à ces recherches, et surtout dans les pays à tradition orale, les corpus de proverbes se sont multipliés et un grand nombre de collections ont été publiées afin de protéger ce patrimoine de la disparition car, comme l'a dit Rampat Bâ: "Un vieillard qui meurt c'est une bibliothèque qui brûle". Or, il est évident que confiner la tradition orale par écrit ne peut empêcher sa disparition. C'est même, à certains égards signer sa mort. De même un proverbe ne peut vivre que grâce à l'usage qui peut en être fait La communauté linguistique marocaine possède, quant à elle, un héritage folklorique important et aussi diversifié que le sont les différentes régions du pays. Ce riche patrimoine comprend notamment des contes, des devinettes, des légendes, des chansons, des comptines, des proverbes etc. Plus que les autres genres de la littérature orale, les parémies (proverbes, dictons, locutions expressions figées...) détiennent une place de choix dans le milieu marocain et 9

spécialement à Marrakech. Pour cette raison, plusieurs tentatives de collecte ont été effectuées. Certains corpus sont publiés, mais beaucoup d'autres ne le sont malheureusement 3. pas malgré l'intérêt, de plus en plus accru, des universitaires marocains pour cette littérature. Il est indéniable que même actuellement, le proverbe est l'un des genres de la littérature populaire les plus répandus au Maroc. En témoignent les différents recueils qui lui ont été consacrés, la facilité relative avec laquelle on peut collecter des corpus et leur utilisation, encore intensive, dans la communication quotidienne des masses populaires. En effet, la collecte du présent recueil s'est effectuée à Marrakech en un laps de temps qui n'a pas excédé six mois pour les 1020 premiers proverbes. Pour ce faire, il a fallu faire réciter à chaque informateur le plus grand nombre de parémies possibles. Or, si cette méthode est pratique du point de vue de la collecte, elle présente cependant l'inconvénient de cueillir les énoncés en dehors de leur milieu. Précisons aussi qu'il nous est arrivé de relever des énoncés en situation d'emploi, et que, à bien des moments, nous avons eu recours aux informateurs afin de préciser des significations dont nous n'étions pas sûre, ou dont l'appréhension était difficile. Ont participé à cette collecte des personnes de différentes catégories sociales et de différents niveaux économiques et culturels, notamment une majorité d'analphabètes, mais aussi des gens scolarisés et/ou cultivés comme les étudiants, les enseignants, les employés de bureaux, les médecins, les femmes de ménage, les ouvriers, les commerçants, etc. Bien entendu, tous les informateurs sont soit arabophones, soit berbérophones nés à Marrakech et utilisant l'arabe marocain comme seconde langue4. Enfin précisons que l'âge des informateurs varie entre seize et quatre-vingt-dix ans. La classification reste à son tour une question assez épineuse dans la mesure où aucune méthode n'est entièrement satisfaisante. Afin de limiter les dégâts, et pour faciliter la recherche et la comparaison avec les proverbes d'autres langues, nous avons donné à chaque proverbe un numéro et 10

nous avons organisé le corpus en tenant compte des principaux thèmes récurrents. La présence des mots clés pennet de retrouver les mots essentiels de l'énoncé; celle des mots thèmes facilite la découverte de la signification du proverbe. Comme chacun sait, la traduction a posé, pose et posera toujours des problèmes au traducteur dans la mesure où "chaque langue structure la réalité à sa propre façon et, par làmême, établit des éléments de la réalité qui sont particuliers à cette langue donnée. Les éléments de la réalité du langage dans une langue donnée ne reviennent jamais tout à fait sous la même forme dans une autre langue, et ne sont pas non plus, une copie directe de la réalitétt5. Par ailleurs la difficulté de traduire un proverbe réside dans l'inadéquation qui peut exister entre les deux langues impliquées dans l'activité traduisante ; de même qu'il perd souvent cette mise en mot particulièrement originale qui en fait un énoncé bien réussi. Enfin la traduction du proverbe ne peut se faire sans une connaissance approfondie, non seulement de la langue du proverbe, mais de tout ce qui facilite la communication interculturelle. Dans le présent travail chaque proverbe est doté de trois éléments: -la transcription phonétique de l'énoncé arabe. - la traduction intelligible, et qui reste très proche du texte d'origine6. -l'ensemble des éléments explicatifs servant à dégager le sens général du proverbe ou l'image qu'il peut véhiculer. La présence de ce troisième paragraphe s'explique aussi par la nécessité de rapprocher le lecteur de ce qui fait l'âme marocaine en général, et celle du Marrakchi, en particulier. Il va sans dire que même l'existence de ce troisième élément ne peut rendre compte des multiples emplois qui sont ceux d'un proverbe. D'autre part, il est actuellement évident que les réflexions portant sur le langage humain ont pour origine Il

l'histoire des cultures humaines. Le rôle du chercheur étant de tenir compte de I'héritage culturel mis à sa disposition et d'essayer de l'évaluer et de l'interpréter afin qu'il serve le domaine de la recherche. En approchant le présent recueil, entièrement collecté à Marrakech et constitué de 1330 proverbes et locutions proverbiales, nous pouvons constater qu'il se subdivise en trois catégories: les proverbes à valeur littérale, les proverbes bi-isotopiques et les proverbes à valeur .

symbolique.

Dans la première catégorie nous retrouvons des énoncés qui ne nécessitent aucune interprétation. Autrement dit, leurs signifiés sont ceux-là mêmes véhiculés par le sens des tennes dont ils se constituent. Exemples:

- lfilali q atlu la tgannu.
- Tue le Filali, mais ne le contredis pas.

- bla cda'J/a ma tkun mJ)~bba.

Sans haine, il ne peut y avoir d'amour.

Le premier proverbe doit nécessairement être dit à l'intention d'une personne de Tafilalet, et qui manifeste une grande gêne à être contredite. S'il est adressé à une personne qui ne répond pas à ces conditions, celui-ci perd toute sa valeur d'autant que l'énonciateur risque de s'entendre dire: "Mais je ne suis pas de Tafilalet!". Quant au deuxième exemple, il doit être émis dans le cas précis où l'amour succède à la haine, sinon il deviendra nul et non avenu. La deuxième catégorie englobe les proverbes qui peuvent avoir un double emploi. Il est alors possible de les utiliser selon les contextes, soit comme des proverbes ayant un sens métaphorique, soit comme des énoncés à valeur purement littérale. Prenons des exemples: - si qra J:lattacja u- si ma lqa bas i~~lli. Certains approfondissent leurs études et d'autres ne savent pas lire (quelques versets de Coran) pour faire leurs prières. Selon le contexte dans lequel il est utilisé, ce proverbe 12

peut avoir deux interprétations: 1- c'est celle-là même donnée par la traduction; 2- certains possèdent tout ce qu'ils désirent, alors que d'autres ne bénéficient pas du strict minimum.

-

c~rfr~bbih~n:lb~~la u- darliharashaf-l~r4.. Connaissant le piquant de l'oignon, Dieu lui a enfoncé la tête dans la terre. TIen va de même pour ce proverbe qui peut soit:

1- se rapporter au réel piquant de l'oignon; il est alors émis par une personne excédée par ses émanations, soit 2- exprimer le point de vue d'une personne jugeant, comme mérité le malheur qui affecte une autre personne. Cette deuxième catégorie de proverbes peut être considérée comme une classe intermédiaire entre le proverbe littéral et le proverbe imagé. Mais étant donné le caractère sélectif du sens littéral, c'est en général la signification véhiculée par l'expression métaphorique qui sera la plus usitée. Les proverbes métaphoriques possèdent, en revanche, un contenu propre faisant appel à une signification autre que celle exprimée à travers le sens littéral. Ce dernier n'est jamais pris comme signification possible de l'énoncé. Exemples:

-g

It

i slat ddzaZa 13zliha u- nsat ma biha.

La poule a renié sa réalité, dès qu'elle s'est lavé les pattes.

Le proverbe décrit une situation pour le moins insolite, puisque la poule renie sa réalité du seul fait qu'elle s'est lavé les pattes. Le sens véhiculé par cette image est une critique de l'arriviste qui désavoue ses origines ou ses principes à la vue du moindre profit.

- ta ibic lq3rd w- iqJ)3k cIa man srah.

Il vend le singe et se moque de l'acquéreur. Ici le sens littéral met en scène des commerçants et un 13

singe comme marchandise, alors qu'il est une critique de ceux qui font preuve de roublardise. Ainsi, le proverbe imagé n'accorde aucune importance à la signification apparente, il vise directement le sens second. Mais qu'est-ce qui fait qu'un proverbe signifie quelque chose pour celui qui l'entend pour la première fois? En principe, la situation d'emploi est détenninante. Mais il arrive que la familiarité des gens avec les images employées facilite leur appréhension. Ainsi la tradition sélectionne certaines images que l'usager fait siennes, comme celle du loup rusé et fourbe, du lion courageux et franc, de la souris intelligente et débrouillarde etc. Or, si le proverbe et la situation s'éclairent mutuellement, cela veut dire que selon la situation, l'image utilisée aura à chaque fois une nouvelle signification en conformité avec les exigences du contexte. Prenons un exemple:

- gubt lx~dd h"~kkitiha sa! d~mmha x~llitiha ~

h~mmha. La dartre sur la joue saigne si tu la grattes, et devient gênante si tu la laisses.

Ce proverbe peut avoir autant de significations que de situations d'emploi: la proposition gubt lx ~dd "la dartre sur la joue" peut désigner un frère qui crée des problèmes insolubles à son frère, ou un héritage qui ne peut être partagé sans faire du tort à quelqu'un, ou une belle-fille qui cause des tracasseries à sa belle famille etc. Ainsi, l'emploi de telle ou telle situation crée un transfert de signification par lequel l'expression gubt lx~dd ne signifie plus "dartre gênante", mais respectivement "frère", "héritage" et "belle-fille" . La distinction entre différents genres de proverbes nous permet d'approcher les distinctions qui sont généralement faites par les parémiologues en ce qui concerne les proverbes européens, et qui ne concordent pas avec celles adoptées par les communautés africaines en général, et marocaines en particulier. En effet, là où les européens différencient entre proverbe, dicton, axiome, adage, devise, etc., certains peuples n'y voient qu'un seul genre, ou procèdent à une classification tout autre. Dans le cas qui nous intéresse, c'est-à-dire Marrakech, cinq formules sont consacrées pour désigner les parémies, à 14

savoir m~ena, m~tla, J).~kma, nqajm, qwafi. Une telle classification diffère même de celle connue en arabe classique. Ainsi:

- m~ena : pl. mew vient de l'arabe classique maena où il désigne la signification d'un mot, d'une phrase ou d'un texte. Or à Marrakech, il désigne soit les proverbes, soit tout énoncé à double sens. - m~tla : pl. mtul de l'arabe ma1hal. Il désigne le proverbe par opposition au dicton J),ikma.En arabe marocain il se dit indifféremment pour toute parémie. - ~~kma : pl. ~ajm de l'arabe J),ikmaoù il signifie une sagesse en général ou un dicton en particulier. Le terme a gardé le même sens en arabe marocain. - nqajm : mot pluriel qui n'a pas de singulier dans le parler de Marrakech; vient de l'arabe niqma pl. niqam et signifie "vengeance". A Marrakech on l'utilise pour désigner toute parole acerbe en général et le proverbe en particulier.
pluriel qui n'a pas de singulier dans le parler en usage à Marrakech. Il vient de l'arabe classique qawafi où il désigne les rimes ou la poésie; son singulier
étant qafijja . A Marrakech il est utilisé pour désigner le

- q\IIafi : mot

proverbe, ou tout style recherché. Remarquons cependant que si les Marrakchis ont à leur disposition tous ces termes, les distinctions n'y sont pas rigoureusement établies, sauf peut-être quand il s'agit de faire la part des choses entre termes à valeur péjorative comme cela peut être le cas pour mew, qwafi et nqajm , ou d'unité taxée positivement comme c'est le cas de ~~kma, ou d'items neutres comme m~tla. Si le proverbe reste aussi vivace dans notre communauté, c'est certainement parce qu'il possède une structure originale, une expression lapidaire qui facilitent sa mémorisation et garantissent sa transmission et par conséquent sa survie. Mais, c'est aussi parce que ceux qui continuent à en 15

faire usage, trouvent des difficultés à jeter aux oubliettes un patrimoine dont la beauté poétique et l'originalité ne sont plus à prouver. Les proverbes marocains, qu'ils soient en langue arabe ou en berbère, ont souvent des formes poétiques très prononcées. L'usage qu'ils font des procédés existants en poésie est très apparent, que ce soit au niveau rythmique et prosodique, ou au niveau stylistique et expressif :

- lli :t\~nn1m~~~n.

Qui compatit, souffre.

- n~san n~~~ u-lg~lb dd~bb~. La langue flatteuse, et le cœur plein de traîtrise.

- lmJcrud t- nharu

ibqa t- daru. Qui reçoit son invitation le jour même (de la fête), n'a qu'à rester chez lui.

Mais si notre proverbe produit une grande attirance sur beaucoup de gens, c'est surtout parce qu'il a des humeurs à travers lesquelles il peut critiquer, conseiller, admonester, se moquer, rire, etc. Pour ce faire il manipule la langue de manière originale et attractive. Le dialogue y est par exemple d'un usage assez fréquent. Il sert à créer, grâce à son aspect vivant, des énoncés originaux voire cocasses par rapport à l'ensemble non dialogué:

- gallih

'ana cbdJX gallih zid 1-ssuq. TIlui dit : "je suis ton esclave;" il rétorqua: It Allons au souk (que je te vende) !It gallih man dik sszÏIa. TIlui dit : "d'où vient ce petit plant 7" "De cet arbrisseau.! ItRépondit-il.
16 gallih mnin dik nnllqila

-

- gallih

gallih mulliasul hir sk"~t. "Le fer est mouillé l" (dit le marchand de fer). "Tu devrais te taire !" Rétorque le marchand d'argile.

l~J)did tz ~g

Ce genre de proverbes est assez original du fait qu'il crée une sorte de texte miniaturisé à l'intérieur de l'énoncé. En effet, deux interlocuteurs sont mis en présence; alors, soit que le locuteur pose une question à laquelle l'interlocuteur répond, soit il fait un constat que l'interlocuteur contredit Le proverbe opère aussi un choix heureux au niveau des images qu'il utilise. Celles-ci reflètent indéniablement son milieu ambiant. Ainsi le proverbe :

- Kulla tula

xamZa ta.jZib liha r~bbi trruZ c\\'~r Di jnq"~ bha.

Toute fève pourrie trouve un coq borgne qui la picore,

s'adresse aux jeunes filles pour leur signifier qu'elles ne doivent pas se tracasser outre mesure, à propos de leur éventuel mariage, car, même les plus mal loties d'entre elles, trouveront un prétendant à leur niveau. Or l'image choisie, à savoir celle du coq borgne qui ne dédaigne pas la fève pourrie qu'il ne peut distinguer, reste liée au milieu paysan dans lequel elle a probablement vu le jour. Étant un produit vivant de la culture traditionnelle, le proverbe permet à la fois l'appréhension et l'utilisation intensive d'idées, de principes et de croyances prêchés par la société, la religion et les ancêtres. Par ailleurs, il constitue un témoignage irremplaçable sur les communautés, leurs systèmes de valeurs et leurs visions du monde. TI est vecteur des préceptes et des dogmes ancestraux, visant à insérer l'individu dans le canevas social, et à pérenniser la pensée des anciens. Le présent recueil peut prétendre à l'exhaustivité au niveau des thèmes qui s'y retrouvent. Il est une vision panoramique sur les préoccupations essentielles du Marrakchi.

Ainsi, le proverbe à valeur morale véhicule toute la sagesse léguée, à l'homme, par les ancêtres. TIa, en général,
17

un rôle didactique et/ou pédagogique qui trace à l 'homme la conduite à tenir, à tous les moments de son exi~tence. Ce type d'énoncés, englobe tous les événements marquants de la vie du Marocain traditionnel de la naissance à la mort: le mariage, par exemple, est vu comme un événement sacré mais inévitable pour accéder à la responsabilité dans le groupe. Un proverbe ne dit-il pas: - zzwaZ u. bnut h~mm la jfut. Le mariage et la mort sont des maux nécessaires. Quant à la procréation, elle est une nécessité de la vie. Elle lui donne un sens et pennet à la race de se perpétuer. on dit à ce propos: - JTaZ~l la wlad bJ)allxima bla wtad. b L'homme sans progéniture est tel la tente sans pieux. Les proverbes à valeur morale représentent donc le lien solide qui unit le Marocain à son milieu socioculturel. Les ancêtres restent les guides et les conseillers de l'individu. Et les actes de courage comme les préceptes moraux sont autant de preuves de leur omniprésence. La religion est l'une des raisons de vivre du Marocain. Les proverbes consacrés à ce domaine sont importants et constituent un perpétuel va-et-vient entre les doctrines de l'Islam et l'homme. Ils se caractérisent par la crainte de Dieu et son Prophète et par la vénération des préceptes religieux:

- ~~m u.

q1~c m~n zahnnama ma m~c.

Prie et arrête, l'enfer tu ne quitteras point.

Autrement dit : celui qui ne pratique pas régulièrement sa prière ne peut espérer se soustraire aux affres de la géhenne. Ou encore:

- ila f- ssma

Si le ciel te protège, personne ne peut te nuire.

m~n jJ)~ik ma f- l~rcJ m~n jadik.

18

Cependant, malgré cette vénération, conséquente d'une croyance profonde, il existe des proverbes blasphématoires comme:

- ma jzi nnbi fin iSf~c fijja ~~tta jfut l\alilfijja.
- ma ~~d litim ibki u- r~bbi iziclclih.

Le Prophète n'intercédera en ma faveur, qu'une fois accablé de malheurs. Autant l'orphelin pleure, autant Dieu l'accable de malheurs.

L'existence de tels énoncés est symptomatique de la complexité de l'univers proverbial marocain qui n'est, à son tour, que le reflet de la communauté qui le recèle. Notons aussi que si la notion de culture renvoie à l'ensemble des aspects intellectuels d'une civilisation, la culture marocaine comme substrat des civilisations araboberbères est un témoignage unique sur les institutions et les faits de société, conséquence inévitable du brassage de ces deux civilisations. En tant que produit social d'une telle culture, le proverbe marocain en usage à Marrakech est l'un des moyens qui permet d'approcher les faiseurs d'un tel patrimoine - les Marrakchis en l' occun-ence - et de comprendre les sentiments qui les animent, et comment ils conçoivent leurs relations avec autrui. Le discours parémiologique en usage à Marrakech apparaît donc comme une mosaïque linguistique dans laquelle la présence de l'autre est constante. Elle s'exprime à travers le réseau des relations sociales qu'il entretient avec tous les membres de la société. Exemples:

- lli gallfasi

Uahic!i ss'a l~ ni I~dbih. Le Fassi a dit: "Puisse Dieu accabler de corvée qui en est capable! It Peu importe la position ô madame, l'essentiel c'est de te posséder!

- fik fik a milati m~n lfuq ulla

m~n It~~t.

Ainsi, lorsque le Marrakchi reproduit l'accent du Fassi ss'a au lieu de ssqa "corvée" et 'ad au lieu de g~d "être 19

capable" et l'expression spécifique au parler juif: milaû au lieu de lalla "madame", c'est signe que l'autre fait partie de ses préoccupations: il est celui auquel il se compare, dont il se distingue, mais qui paradoxalement le complète. Si dans le premier proverbe, le Fassi est vu comme celui. qui essaie toujours de profiter de l'engouement, de la naïveté de l'autre, le juif se délecte de sa victoire sur la musulmane qui fait la fine bouche, car son mépris pour ce non musulman ne l'empêche pas d'accepter ses avances. Cette mise en examen des principes trouve son expression la plus totale dans l'idée qu'il se fait de l'autre qui, selon les situations, peut représenter soit un idéal à atteindre, soit une réalité dont il faut se préserver. Exemples:

- tcassa

c~nd Im~ssi\IIÏu- bat c~nd luriki. Dîne chez le Mesfioui et passe la nuit chez l'Ouriki 7.

Pour le Marrakchi si le Mesfioui est un être accueillant et prodigue, cela ne l'empêche pas d'être traître, alors que l'avarice de l'Ouriki n'enlève rien à sa loyauté. De même si un proverbe dit:

- nas tas uZuhnn"~qra u- qlub ~as.
il en est un autre qui dit:

Les Fassis ont des visages d'argent et des cœurs de cuivre 8 ;

-

Après Fès, il n'y a plus de civilité.

m~n b~cd tas ma bqat nase

Autrement dit, si le Fassi est vu comme un individu dont l'apparence avenante cache beaucoup d'hypocrisie, il est aussi considéré comme un être fm, affable et très civilisé. Ces proverbes et d'autres exprimeront ce rapport ambigu vis-à-vis de l'autre. TIest un mélange de sympathie et de mépris. Mépris qui ne signifie pas l'exclusion mais au contraire vise à mettre l'individu face à sa réalité, même si celle-ci est présentée sous une forme kaléidoscopique. Le domaine parémiologique marocain englobe dans 20

une extraordinaire homogénéité tous les éléments composant la vie des individus, de l'univers ambiant jusqu'aux divers sentiments et comportements humains. Ainsi, et afm de décrire certains agissements de l'individu, le proverbe recourt aux animaux. Si ceux-ci sont des figures emblématiques de courage, de grandeur et de beauté dans la vie ordinaire, ils peuvent devenir objet de critique face à d'autres connus pour leur laideur, leur insignifiance voire leur stupidité:

- xnfusa u- tnW\ll~Sxir man gllzala u- 1h\IrW~s.
Un scarabée d'agréable gazelle source d'ennuis.

compagnie vaut mieux qu'une

-

ssb ac ila sab ta jwlli ~ ~1)]<a1- 1~klab.

Le lion sénile devient la risée des chiens.

Mais ils peuvent aussi être des symboles de bassesse, de ruse, d'hypocrisie ou autres et continuer à représenter l'homme dans l'expression proverbiale:

- lk~Ib cziz clih sanqu.

Le chien aime son tortionnaire.
lli c ~nd u bab \IIa1)d Uah is ~dd u clih.

- IIi gallfar

La souris a dit: "Que celui qui n'a qu'une emmuré. "

issue soit

Par ailleurs, métaux, minéraux et végétaux peuvent aussi symboliser I'homme ou ses différents comportements. On peut citer à ce propos l'or, l'argent, le cuivre, l'alun, le sel, les arbres, les fleurs, les fruits. Ou encore des éléments de base tels que l'eau, le pain et la laine. Ces derniers sont l'objet d'une réelle vénération de la part du Marocain:

-

Que Dieu nous donne un objet d'argent où disparaîtra notre cuivre.

Uah ic1ina si nil aqra fas igb~r nJ).asna.

Autrement dit, tout homme ne peut que souhaiter rencontrer la douce moitié dont les qualités minimiseront ses défauts. 21

-

ttlaq a 55 ~b b mca ~~ nar neat ~~baga h~ ndijja.

L'alun et le tartre réunis produisent une teinture indienne. A part l'orge et la laine tout n'est que futilité.

- m~n gir 55cir u- ~~uf kuU$ihir htuf.

Cette diversité des éléments auxquels recourt le proverbe afin d'exister comme expression attrayante, dont la finesse et la perspicacité donnent à l'usager la possibilité de s'exprimer aisément, n'est en fait puisée que dans le milieu ambiant dans lequel baigne toute la production orale. Actuellement l'intensité d'utilisation des proverbes connaît certaines irrégularités voire une décadence dans la société en général, et surtout dans les milieux les plus imprégnés par la culture moderne. Il n'empêche que le proverbe reste l'une des rares formes, si ce n'est la seule expression orale qui pennet à d'autres genres (comme le conte et la 'devinette) de survivre. En effet, le proverbe marocain est "à cheval" sur plusieurs domaines. En témoignent les relations qu'il entretient avec le conte, la devinette, l'anecdote, la légende et même la chanson. Dans la littérature populaire orale, le conte a pendant longtemps joué le rôle de support pour la propagation du patrimoine proverbial. Souvent même, des énoncés inconnus ou inusités devenaient communs grâce aux contes qui leur servaient de moyens d'illustration. Les conteurs usaient et usent encore9 des proverbes à la fois pour éclairer des situations obscures, ou pour mettre en évidence les leçons tirées de la sagesse ancestrale ou la morale du conte. Par conséquent, employer des proverbes dans un conte peut servir à authentifier ce dernier. TIsle rendent vivace et incitent l'auditoire à réfléchir sur la morale du conte et à faire la part des choses1o. :

- kid mal

kid u-kid nnsa kidajn. Perfidie des hommes en vaut une, celle des femmes en vaut deux11.

22

- ~~~ncaila ma gnat tst~r waqila tzid f-lcm~r.

Le métier qui n'enrichit pas met à l'abri du besoin, et peut même prolonger la vie12 .

Ainsi, le premier énoncé est normalement le titre d'un conte qui met en évidence l'intelligence et la perspicacité de la femme par rapport à I'homme, et qui s'est mué en énoncé proverbial très courant. Le deuxième proverbe est une phrase d'un conte qui est devenue célèbre grâce à son utilisation comme proverbe. Si la devinette a pour rôle de tester l'intelligence de ceux qui la pratiquent et de mesurer le degré d'intégration des jeunes dans la vie sociale, elle devient aussi une courroie de transmission des proverbes, lorsque la question d'une devinette se transforme en proverbe, ou lorsqu'on utilise ce dernier afin de mettre quelqu'un sur la voie de la bonne réponse:

- dama caron

c~i u- ma lqa bblla bas i4~rb mmlli. Notre maison est pleine de bâtons pourtant, mon père ne trouve pas de quoi corriger ma mère. Cent et un habits, et le genou dénudé.

- mjat cbana u- cbana u- rr~kllba c~rjana.
Ces deux proverbes sont à l'origine des questions de devinettes dont les réponses sont respectivement "la paille" et "la poule" ou "l'oignon". L'usage qui est fait de ces questions de devinettes comme proverbes leur permet d'accéder à un niveau de signification autre que celui qui est nonnalement le leur. Le premier se dit de l'inutilité d'une personne ou d'une chose; alors que le second sert à critiquer tout ce qui ne peut remplir sa fonction ou jouer son rôle. Les notions de chant et de chanson s'appliquent, au Maroc, à un domaine très vaste qui comprend un grand nombre d'expressions artistiques allant des différents genres de la chanson populaire à la chanson moderne, en passant par les chants traditionnels avec leurs différentes variétés 23

régionales et / ou linguistiques. Toutes ces formes emploient des proverbes, soit de manière fortuite (c'est le cas de la chanson moderne), soit de manière voulue (c'est le cas de tous les genres traditionnels et populaires). Ainsi:

-

ila 1~rrd ~k Ibxil c ~nd lkrim tbat.

Si l'avare te chasse, tu passeras la nuit chez le prodigue. Celui qui prétend que la bouillie est froide, n'a qu'à mettre la main dedans.

- lli gallc~i~a barda idir iddu fiha.

Le premier proverbe existe dans une chanson moderne alors que le second est employé par un groupe du courant lZil "la génération" qui a pour visée de faire renaître le patrimoine culturel populaire en le revalorisant. Si les chansons de ces groupes sont, dans bien des cas, jalonnées de proverbes, c'est parce qu'elles empruntent aux textes traditionnels et populaires. Remarquons par ailleurs que ces courants modernes ont eu un grand impact sur les jeunes et ont joué un rôle prépondérant dans "la réconciliation" de ces derniers avec leur tradition populaire. Le dernier domaine auquel recourt le proverbe et avec lequel il entretient des relations très privilégiées est l'anecdote. Si le proverbe est le résumé concis mais percutant d'une expérience, il trouve dans l'anecdote le tremplin qui lui permet de véhiculer sagesse et autorité sous un aspect énigmatique et rieur. L'être vivant qu'est le proverbe 'n'est pas uniquement sérieux ou renfrogné, il peut, par moments, devenir "blagueur":

-

lli g allfilali 'W'OlaW' 1art mi cz a. Le Filali a dit: "quand bien même elle s'envolerait, c'est une chèvre! "

Tant pis pour moi, pourvu que vous soyez épargnées ô mes jaunettes!

Uah i mma fijja 'W'Olafik a ~~fira bnijti.

Il

24

Nos deux proverbes ont pour origine des anecdotes13.. Le fait même de mettre la parole dans la bouche d'autrui leur confère une certaine originalité, qui ne manquera pas d'éveiller la curiosité de l'interlocuteur, pour savoir pourquoi ces phrases ont été émises. Cette curiosité légitime est le prétexte afin de raconter les anecdotes qui les sous-tendent, ce qui ne manquera pas de détendre l'atmosphère la plus tendue. Autrement dit, si le but premier du proverbe n'est pas de faire rire, I'hannonie et la malice de son expression peuvent à bien des égards en être les instigateurs :

-

sidi ~ad ~g ~ad ~g u- lalla ~d ~g m~ nnu sidi iJ)s ~b 19~ddid u-

lalla tq1~cm~nnu. Mon maître est très malin, mais ma maîtresse est encore plus maligne, mon maître compte les lanières de viandes, et ma maîtresse en coupe des morceaux.
xx~jj~K ",~ld mtl~K u- bblljj~K 'JI- ila ~~II~Kti lik b- l~ ~",ijj ~K. i1Zam~c

- xuk

Ton frère, ton frérot, fils de ta mère et de ton père, mais dès que tu bouges il s'empare de ton habit Ces deux proverbes actualisent chacun une situation afin de signifier dans le premier que "à malin, malin et demi" et dans le deuxième que "la méfiance doit être de rigueur même avec les personnes les plus proches". Or, au lieu d'exprimer ces deux idées de manière sérieuse, froide, leurs créateurs ont préféré recourir à une imagerie populaire amusante voire burlesque qui ne peut être que bénéfique pour leur transmission et leur pérennité. Notons enfm que le patrimoine proverbial marocain reste assez vivace, notamment dans les milieux où les relations sociales sont encore étroites et les rapports de convivialité assez solides. Autrement dit, il demeure l'apanage des couches sociales les plus populaires au moment où il a tendance à se raréfier dans les milieux les plus aisés et/ou cultivés. Il n'empêche que nos proverbes sont, à bien des égards, le miroir qui reflète nos réalités sociales et culturelles sans distorsion et qui préserve notre authenticité. 25

Et pour ne pas conclure, précisons que dans le présent travail, nous avons essayé, autant que possible, de reproduire intégralement toutes les parémies qui nous ont été soumises, sans distorsion et sans prendre parti. La présence de proverbes scatologiques, sexuels, racistes, sexistes ou blasphématoires, ne nous a nullement bloquée, d'autant plus que les proverbes à connotation raciste ou autres sont rarement employés avec leur signification littérale. Notre but premier étant de transmettre une vision, aussi réelle que possible, des multiples facettes que recèle l'esprit humain, dans une ville comme Marrakech. Il s'agit aussi d'approcher les manières de penser, de concevoir le monde spécifiques à une population, qui est à la fois ouverte sur le monde extérieure, et attachée à ses racines berbères et arabo-musulmanes. A notre avis, il aurait été malhonnête d'escamoter ou de passer sous silence n'importe quel élément de l'ensemble que forme la culture proverbiale marrakchie, qui n'est en fait qu'un reflet de la culture et de la pensée humaine en général avec ses défauts, ses contradictions et ses tares. Par ailleurs, il est tout à fait normal que bon nombre des énoncés contenus dans le présent travail, se retrouvent dans d'autres recueils arabes ou berbères puisqu'ils appartiennent tous à la même culture, au même milieu socioculturel, et que les frontières linguistiques ne sont peutêtre pas aussi étanches que peuvent l'être les frontières politiques. Enfin, les commentaires annexés à la plupart des proverbes ne sont là qu'à titre indicatif, et n'expriment nullement une prise de position de notre part. Ils ont pour but de rapprocher le lecteur d'une situation qui peut sembler obscure, ou dont l'image camoufle le sens réel. Le présent travail doit beaucoup aux encouragements incessants et à l'aide ponctuelle de messieurs F. Bentolila , A. Bounfour et de mon amie K. Bnoussina ; qu'ils en soient remerciés ainsi que tous ceux qui ont participé à sa
concrétisation.

26

Notes

1. Milner, Georges, B. "De l'armature des locutions proverbiales: Essai de taxinomie sémantique, L'Homme n° 3 Paris, Xl, 1969, p. 50. 2. Dundes, Alan, "On the structure of proverbs" Proverbium , n° 25, 1975, P. 961. 3. Des manuscrits et ouvrages sur la parémiologie et autres donnent sur les rayons des bibliothèques de certaines familles de Marrakech. 4. Étant une utilisatrice du patrimoine proverbial, notre connaissance du domaine nous a été d'une grande utilité, lors de la collecte. 5. Trier, Jost, "Das sprachlich feld, dans Neue lahrbücher für wissenschaft u. Bildung. là (1934), pp. 428-449, cité par Mounin, Georges, in Les problèmes théoriques de la traduction, Gallimard, Tell. pp. 44-45. 6. C'est ce qui explique le recours aux périphrases afin d'expliquer les faits étrangers à d'autres cultures. 7. Cf. n° 8 8. Cf. n° 17 9. Ceux qui pratiquent les contes sur la place Jemâa El Fna. 10. Chevrier, Jacques, Littérature nègre, Armand Colin, U. prisme, 1974, p. 220 Il. Cf. n° 55. 12. Cf. n° 661. 13. Cf. respectivement N° 25 et 648.

27

RECUEIL

Régionalisme,
1

tribalisme,

racisme,

sexisme.

sir a k~ Ibi 1- m~ mks tv~ ill mula)' k~ Ibun.

Va mon chien à Marrakech tu seras sacré Seigneur chien. Se dit d'une personne insignifiante qui acquiert, une grande importance dès qu'elle arrive à Marrakech. Emis par les non marrakchis, il signifie que ceux-ci ont la manie de vouloir à tout prix se hausser au rang de chérif, ou qu'ils donnent de l'importance à qui ne la mérite pas. Se dit à l'intention de celui qui se grandit alors qu'il est insignifiant. chérif: descendant du Prophète.
2 galu 1- bnmksi m~nnu. Ib1).~ kbir gal lihum sariZ Ibg ~r kb ~r r

On a dit au Marrakchi : "La mer est vaste" ; il rétorqua: "Le grand abreuvoir est encore plus vaste!" La crédulité du Marrakchi casanier n'a pas de limites, il croit que le grand abreuvoir dit "Charige Labgar" est comparable à une mer. 3 Uah inZzik man fas u- maknas u- b~rd c1Ja~u- zuc \llô.IZazatu- shada mmksijja. Dieu te préserve des Fassis, des Meknassis, du froid stemutatoire, de la faim qui sévit à Ouarzazate et du témoignage des Marrakchis. 4 mrraks bJ)alsidi grib ma ta icJi hir 1-b ~rrani. Marrakech est tel Sidi Ghrib, il n'est prodigue qu'avec les étrangers. 29

Sidi Ghrib: l'un des nombreux saints de la ville. TI a pour vertu de venir en aide aux étrangers. Proverbe signifiant que seuls les étrangers à la ville profitent de ses bienfaits. 5 lfasijja mra u- tZaralmrraksijja mra -u x "sara lcrubijja mra
u- J)mara u- 55 ~lJ:ta mra u- r~ bca t- rr~ zzala.

La femme fassie est une richesse, la femme marrakchie est une perte, la paysanne arabe est une idiote et la femme berbère est (courageuse comme) quatre hommes. La Fassie femme économe et perspicace, elle fait d'un rien quelque chose d'utile; la Marrakchie est une grande dépensière; la paysanne arabe est aussi bête et corvéable qu'un âne, et la femme berbère est très courageuse. 6 lfasi zwabu c~nd mmu Irn~knasi zwabu f- q"~bbu uIrnrraksi zwabu cIa nabu Kilk~lb. Le Fassi a sa réponse chez sa mère, le Meknassi l'a dans son capuchon et le Marrakchi l'a sur le bout de la langue telle chien. Le Fassi craintif a besoin de l'aide de sa mère pour répondre à une question; le Meknassi cherche longtemps avant de trouver une réponse, mais le Marrakchi a la riposte aussi facile qu'un chien. 7 ktt~msa t- zza\\fi ta- tbxx~r m.rraks. Une poignée de benjoin encense tout Marrakech. Les ragots vont bon train à Marrakech. Se dit aussi de toute nouvelle qui se répand comme une traînée de poudre.

30

8

te ~55a c ~nd lmssiwi u- bat c ~nd luriki. Dîne chez le Mesfioui et passe la nuit chez l'Ouriki. Selon la croyance qui dit que le Mesfioui est accueillant mais traître, et que l'Ouriki est avare mais loyal. Mesfioui et Ouriki : Membres de deux tribus berbères du Haouz de Marrakech.

9

mssiwa f- ddlala u- sidi gijjat galla la. Mesfioua est mise aux enchères et Sidi Ghiate a dit: " Non et non l" . Sidi Ohiate: saint protecteur des Mesfioua.

10 clah mssiwa drari ulla rr~amna q"lal. Est-ce que les Mesfioua sont des enfants ou les Rehamna peu nombreux? La tribu des Mesfioua est connue pour ses hommes intrépides et valeureux; la tribu des Rehamna pour son grand nombre. Mesfioua: cf. n° 8. Rehamna: tribu arabe du Haouz de Marrakech.
Il II~amna Ci sn f- cq "ijji l 'W-ila J~lcat 5S~ms mja.

Les Rehamna sont dix par cervelle et au coucher du soleil ils deviennent cent. Les Rehamna n'ont d'ordinaire qu'une cervelle d'oiseau, et le soir ils la perdent complètement. Rehamna: cf. proverbe ci-dessus. 12 s~rg~n b~rg~n mjat cam f- lma ma irg~n. Le Serghini est impennéable, (s'il reste) cent ans dans l'eau il ne peut s'imprégner. 31

Le Serghini est si coriace que rien ne peut l'affecter ou le changer. Le Serghini: membre de la tribu ou de la ville de Kelâa des Sraghna, dans le Haouz de Marrakech. 13 ssragna ~~bbagin 1~J)mir. Les Serghini sont des teinturiers d'ânes. Les Serghini sont connus pour leur duplicité et leur roublardise; ils n'hésitent pas à teindre l'âne pour le faire passer pour un mulet, et pourquoi pas pour un cheval. Serghini : cf. ci-dessus. 14 z~rnran z~mm nnar. Zemrane couve le feu. La tribu Zemrane est le sein de la méchanceté. Zemrane : tribu arabe du Haouz de Marrakech.
15 z~nnijja 'lia la zimranijja Une diablesse et pas une femme de Zemrane.

La méchanceté d'une diablesse est préférable à celle d'une femme de Zemrane. Zemrane: cf. ci-dessus. 16 UahinZzikmin zzman u- Zirnran u- 'N'ladbu cnan. Dieu te préserve du temps, des gens de Zemrane et de ceux de Bouinane. TI n'est pires calamités que celles que peuvent nous infliger le temps, les Zemrane et les Bouinane. Zemrane : cf. ci-dessus. Bouinane : Nom d'une autre tribu arabe.

32

17 nas fas wZuh nn"~qra u- glub nnJ:las. Les Fassis ont des visages d'argent et des cœurs de cuivre. Les Fassis sont hypocrites; leurs visages avenants cachent beaucoup de dureté. Pour le Marocain l'argent symbolise bien et bonté, le cuivre mal et méchanceté. 18 m~n b~cd fas ma bqat nase Après Fès il n'y a plus de gens. Personne n'est plus civilisé ou plus fin que le Fassi. 19 4raft zbala za", iS~clu 44u ~~rgu nn\llô.la La grâce à la façon des Jbala : voulant allumer la lampe, ils ont brûlé la hutte. Les Jbala sont grossiers et maladroits, même pour exécuter la plus simple des tâches. Les Jbala: nom des montagnards du Moyen Atlas. 20 tiwan h\1lahs ~mm u- mah d~mm u- ~~aJ:Lb a hU\ll\lla m t~m. Le climat de Tétouan est un poison, son eau est telle le sang et l'ami y est introuvable. Ni Tétouan ni ses habitants ne valent rien de bon. 21 d"~kka1af-lg~~ca ",kkala u- f- ssma r~kkala u- f- 1~1"~ bu~a. Les Doukkali sont gros mangeurs dans l'écuelle, lâcheurs dans l'au-delà et simulateurs sur terre. Les Doukkali sont voraces, égoïstes et menteurs. 33

Doukkali : nom des habitants des Doukkala, tribu de la région d'El Jadida.

22 kull ma S~tti Wil u- cali u- ll)ijtu Ki lqrsa! Ibali c~If
lxxla d"~kkali. Si tu rencontres un homme de grande taille, dont la barbe est telle une vieille carde, alors sache que c'est un sale Doukkali Les Doukkali sont réputés pour leur grande taille et leur saleté. Doukkali : cf. ci-dessus. 23 c~bda ms~rrhin 1k~ cmm~r xirhum ma ibda cmm~r bda s~rrhum ma j~hda cmm~r cJi!humma imsi f3r:t\an. Les Abda dissèquent le foie (humain), leur bonté est inexistante, leur méchanceté n'a pas de limite et leur hôte ne part jamais satisfait. Les Abda sont des sanguinaires, leur mal est intarissable et affecte tous ceux qui ont affaire à eux y compris leur hôte. Abda : nom d'une tribu de la région de Safi.
24 lfilali q "~tlu la tgannu.

Tue le Filali, mais ne le contredis pas. Le Filali est si têtu qu'il préfère mourir plutôt que d'être contredit. Le Filali: habitant de la région de Tafilalet, région située au sud-est marocain. 25 lli gallfilali \IIala\l/~ m~cza. Le Filali a dit : "Quand bien même elle s'envolerait, c'est une chèvre!" Les Filali sont connus pour leur entêtement et leur intransigeance. Un jour, le Filali fît remarquer à son 34

compagnon la présence d'une chèvre noire dans le pré où ils se trouvaient. Le compagnon rétorqua que ce n'était pas une chèvre, mais un corbeau qui d'ailleurs s'apprêtait à prendre son élan dans l'air. Et le Filali de lui répondre très en colère:" Quand bien même elle s'envolerait, c'est une chèvre." Filali : cf. ci-dessus. 26 sa1lxir ela zeir J)~ttaf~rrquh b-Ib~ndir. ZaÏr sont si prodigues qu'ils distribuent (l'aumône) en jouant du tambourin. Proverbe antiphrase utilisé à l'intention de quiconque fait preuve de mesquinerie et d'avarice. Zaïr : tribu arabe près de Rabat. 27 e~mm3r IxiI'ma ikun e3nd \ilIad zeir. Jamais la prodigalité ne sera le lot des gens de Zaïr. Zaïr : cf. ci-dessus. 28 zzb ~I bard u- zadu tt~1Z bruda ila ]Xir t- $sl1$ ikun ~~tta f- Iqruda. La montagne est froide et la neige la refroidit davantage, si les berbères sont reconnaissants, les singes le seront tout autant. Les berbères sont aussi ingrats que les singes.
29 ss ~11)hir S~11)'W'aXxa n~ bxu b- ssmJ n.

Le berbère n'est que berbère même si tu le fais cuire dans du beurre fondu. Le berbère est irrécupérable, il est inutile de vouloir en faire un être civilisé. Le berbère est un dur à cuire.

35

30

gae ddat inucJ fihazzi"~b ~~tta 1- Jk~fflla u- gae nnas ikun fiha Ixir ~~tta 1- 55~lJ) lla.

Le poil peut pousser sur tout le corps, sauf sur la paume; et tous les hommes peuvent être bons sauf le berbère.
31 55 ~lJ) ila tb ~n~ d kif ag\llal ila 1Z~n~ d.

Le berbère (nouvellement) citadin est tel un taIn-taIn (nouvellement) recouvert de cuir. Lorsqu'on change la peau d'un tam-taIn c'est surtout pour obtenir des sons aussi percutants que si on changeait d'instrument. De même, le berbère nouvellement citadin fait tout pour oublier ses origines campagnardes. 32 lcrubi u- )far la t\IIIrih bab ddar. Au campagnard arabe comme à la souris ne montre pas la porte de ton logis. Le campagnard arabe ignore les règles élémentaires de la bienséance. On remplace facilement "campagnard" par "Marrakchi", ou toute autre personne qu'on considère comme une sans-gêne.
33 lJ)~@JU gimt lm~ ~a. Le nègre vaut du sel.

Le nègre n'a aucune valeur; il est comparable au sel que le Maroc troquait contre des esclaves noirs.
34 ])it 1kmm~1 m~n 5"~il~k clik s~ bb lJ)aratin.

Lorsque tu auras tenniné tes tâches quotidiennes, il est de ton devoir d'insulter les nègres.

36

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.