PSYCHANALYSE D'UN CHOC ESTHÉTIQUE

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Depuis plus de deux siècle, la villa Palagonia, située près de Palerme, fascine, dégoûte et terrifie. Le parc de cette demeure est hérissé de statues monstrueuses dénuées de filiation culturelle, et la villa elle-même regorge de bizarreries inédites. Cet essai de psychanalyse est consacré aux réactions des premiers visiteurs de la villa Palagonia, notamment Goethe, à la fin du 18ème siècle. S’attachant moins au sens possible de la villa Palagonia qu’à l’activité psychique de ses visiteurs à l’âge classique, ce livre participe au renouvellement de l’intérêt que les psychanalystes portent aux œuvres d’art.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296295476
Nombre de pages : 145
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PSYCHANALYSE D'UN CHOC ESTHÉTIQUE
La villa Palagonia et ses visiteurs

Collection Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud

Renouer avec les grandes œuvres. les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir.

Dernières parutions

Cryptes etfantômes en psychanalyse, P. HACHET, 2000. Vie mentale et organisation cérébrale, C. J. BLANC, 2000. Psychothérapies de psychotiques, C. FORZY, 2000. Une psychiatrie philosophique: l 'organo-dynamisme, P. PRATS, 2001. Les délires de personnalité, Gilbert BALLET, 2001. Psychanalyse et rêve éveillé, J. et M. NATANSON, 2001. Les processus d'auto-punition, A. HESNARDet R. LAFORGUE,2001. La schizophrénie en débat, E. BLEULER, H. CLAUDE, 2001. Lafolie érotique, B. BALL, 200 I. Vrais et Faux mystiques, J. L'HERNtITTE, 2001. Les constitutions psychiques, R. ALLENDY, 2002. La psycho-analyse, E. REGISet A. HESNARD, 2002. Psychologie analytique ert religion, R. HOSTIE, 2002. Le patient absent de Jacques Lacan (L'innommable menace), P. LABORIE, 2002.

(Ç)L'I-fannattan, 2002 ISBN: 2-7475-2853-7

Pascal HACHET

PSYCHANAL YSE D'UN CHOC ESTHETIQUE
La villa Patagonia

et ses visiteurs

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - Hongrie

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino - Italie

Du même auteur Aux éditions L,'Harmattan Les Psychanalystes et Goethe, 1995. Psychanalyse de Rahan. Le fantôme psychique d'un héros de BD, 2000# Cryptes et fantômes en psychanalyse. Essais autour de l'oeuvre de Nicolas Abraham et de Maria. Torok, 2000. Chez d'autres éditeurs Les Toxicomanes et leurs secrets, préface de Francis Curtet, Les Belles Lettres-Archimbaud, 1996. Dinosaures sur le divan. Psychanalyse de Jurassic Park, Aubier, 1998. Le Mensonge indispensable. Du trauma social au mythe, préface de G~lbert Durand, Armand Colin, 1999 (traduit en espagnol). Ces Ados qui fument des joints, Fleurus, 2000 (traduit en italien). Ces Ados qui jouent les kamikazes, Fleurus, 200 1. Ps)'chologue dans un service d'aide aux toxicomanes, Erès, à paraître. Mots d'Ados, Aeurus, à paraître.

A Bernard Capelier

INTRODUCTION

"Si tu pars combattre les monstres, prends garde à ne pas devenir toi-même un monstre; car lorsque tu regardes dans l'oeil de l'abîme, l'abîme aussi regarde en toi." Fiedrich Nietzsche La Sicile du dix-huitième siècle a été caractérisée par de nombreuses bizarreries architecturales. Jean Babelon (1965, p.601) précise que "dès le qébut du siècle, on avait élevé un monument compliqué et sinueux à la gloire de Philippe V, qui ne devait pas garder l'île dans son obédience. Dans cette étrange Sicile, toutes les fantaisies pouvaient se déployer". Cependant, "aucune n'égale la villa de Bagheria, près de Palerme, où le fameux prince de Palagonia passa sa vie à enfanter des monstres et des chimères" (ibid.). Bagheria se trouve au milieu d'une plaine fertile, que les Siciliens appellent la Conco d'Oro parce qu'elle est plantée d'orangers et de citronniers. Au dix-huitième siècle, Bagheria était un lieu de villégiature pour l'aristocratie, qui y fit édifier de somptueuses villas: Butera, Cattolica, Valguarnera et... Patagonia. Cette dernière fut construite en 1715, pour Don Francesco Ferdinando Gravina et Cruylas, cinquième prince de Palagonia et grand d'Espagne allié à la famille royale. Le palais est de forme elliptique. Il a été dessiné par l'architecte dominicain Tommaso Maria Napoli et sa réalisation a été confiée à Agastino Daidone. La villa s'est d'abord présentée comme une demeure élégante, entourée d'un demi-cercle de communs. Mais il faut croire que cette construction ne fut pas du tout du goût du neveu de son premier propriétaire, qui

décida de l'embellir à sa façon lorsqu'il en hérita, en 1747. L'extravagante fantaisie de cet homme fut à l'origine d'une étonnante collection de monstres de pierre, qui envahirent alors les murs. Ce déconcertant neveu est né à Palerme le 25 novembre 1722 et est mort le 1er mai 1788. Il fut le septième prince du nom, vassal de la "principauté de Palagonia", créée par le roi d'Espagne en 1629 et recouvrant une région fertile et riche située dans la "vallée des démons", près de l'Etna. Notons que la généalogie des Palagonia est très complexe; elle comporte au moins une branche pisane, une branche normande et une branche germanique. Comme le précise l'essayiste Giovanni Macchia (1987, p.2), "en 1770 déjà, la "villa Palagonia" était devenue une halte obligée pour les voyageurs, aux yeux desquels, de Jean HoueI à Goethe et von Arnim, elle semblait résumer toute la bizarrerie des choses siciliennes". Deux siècles plus tard, cette villa existe toujours. Ses monstrueuses statues étaient initialement au nombre de 250 certaines sources avancent le chiffre de 600 - ; il en reste à ce jour 62. Il Y a plusieurs décennies, Pierre Sébilleau (1966,

p.292) - dans une optique touristique - a fourni d'exaltantes
informations aux personnes qui, de nos jours, souhaitent en entreprendre la visite: "ce chef d'oeuvre mérite, mieux que tout autre, le nom de "folie". Sur une place immense, écrasée de soleil, s'ouvre, de guingois, un portail soutenu par deux atlantes hauts de trois mètres, mais qui n'en sont pas moins des nains monstrueux, l'un vêtu en égyptien, l'autre en gentilhomme avec fraise et rhingrave (1) baveuse. Passé ce portail, vous pénétrerez dans un jardin, fouillis de palmieJs sales, de cactus mités et d'herbes folles, qu'entoure un mur surmonté d'une frange ininterrompue de statues, hautes d'un mètre environ et représentant des musiciens, des danseurs burlesques, des stropiats, des bossus, des monstres: animaux à tête d'hommes et hommes à têtes d'animaux. Par contre, la villa se présente avec une belle façade convexe aux nobles balustrades. Mais elle n'a pas de porte! Vous embouchez la seule ouverture qui s'ouvre devant vous: une sorte de tunnel jalonné de statues fantomatiques, qui traverse le corps du logis de part en part et vous mène devant la façade arrière, 6

concave celle-là et encore plus harmonieuse que l'autre, avec son escalier à double révolution. Mais vous n'avez aucun recul pour l'admirer: le mur couronné de grotesques est là tout près, percé d'un autre portail aux atlantes monstrueux. L'intérieur est tout aussi extravagant, mais encore plus désolant de saleté et d'abandon. Vous y accédez par un vestibule ovale, dont les cQlonnades en trompe-l'oeil gardent de l'allure sous une couche de crasse. Mais il faut enfoncer une porte déglinguée pour entrer dans la galerie qui longe la façade convexe et qu'encombrent les débris amoncelés d'une ravissante décoration faite de miroirs, de stucs et de panneaux en marqueterie de verres colorés. A côté, dans une grande salle au plafond tapissé de miroirs vénitiens, sertis d'or mais ébréchés et verdis, on ne trouve plus rien des facéties du prince de Palagonia : statues dont la main était placée de telle façon qu'elle accrochait les perruques au passage, sièges dont un pied se pliait quand on s'y asseyait...". Quelques décennies avant les psychanalystes, les psychiatres se sont intéressés aux oeuvres d'art. Mais ils ont d'abord porté un regard désobligeant sur ces dernières. Par exemple, Cesare Lombroso (1889) considérait que toutes les oeuvres picturales et poétiques étaient symptomatiques de maladies mentales. Jean Marie Charcot (1887) lui-même a cherché des traces (des "preuves" ?) iconographiques de I'hystérie, remontant pour cela jusqu'au cinquième siècle. Sigmund Freud et les premiers psychanalystes ont étudié les oeuvres littéraires et plastiques sous un autre angle: ils les ont reliées à la biographie de leur créateur, de façon à voir comment les conflits psychiques de l'intéressé apparaissent dans ses créations (lesquelles pourraient être interprétées comme des rêves). La manière dont les "psychistes" ont appréhendé l'expression créatrice a ensuite pris une tournure institutionnelle. En 1950, dans la foulée du 1er Congrès Mondial de Psychiatrie, des tableaux peints par des malades mentaux ont été exposés à Paris. Cette manifestation a eu pour maître d'oeuvre Robert Volmat, qui a consacré sa thèse de médecine (1956) aux oeuvres exposées. Puis en 1959, Volmat a fondé avec J. Delay, à Vérone, la Société 7

Internationale de Psychopathologie de l'Expression (SIPE), rapidement dotée d'une filiale française (la SFPE). Comme l'explique Jean-Pierre Klein (1997, p.13), les membres de cette organisation" considèrent l'oeuvre comme un symptôme parmi les autres, susceptible d'être classifié en sémiologie dans une confrontation de l'étude analytique des documents cliniques, des signes de la maladie et de la personnalité du malade". Dans cette perspective, Claude Wiart (1967) a proposé une codification des oeuvres - à l'aide d'un bordereau d'analyse neuropsychiatrique - afin de les classer en termes de psychopathologie. La thèse de Volmat comportait déjà des pistes de réflexion pour pratiquer des psychothérapies au moyen de l'art. Mais comme le montre Jean Boustra (2000, p.37), Hans Prinzhorn (1922) - aux travaux duquel nous nous réfèrerons dans notre troisième chapitre - est le véritable précurseur des interventions soignantes qui ont ensuite pris le nom d'''artthérapie". Ce médecin allemand eut l'intuition que l'on pourrait aider les malades mentaux en encourageant leurs productions et, surtout, ce qu'ils peuvent en dire. De nos jours, l'étude de la psychopathologie de l'expression voisine, sans toutefois s'articuler convenablement, avec des ateliers d'expression (dont les thérapeutes estiment que l'expression n'a pas besoin d'être artistique pour être thérapeutique) et avec des ateliers d'art-thérapie (dont les thérapeutes considèrent que la créativité artistique est le signe d'une transformation psychique résolutive). C'est à l'étude des effets psychiques produits par la villa Palagonia sur ses visiteurs du dix-huitième

siècle - celui au cours duquel vécut le prince - que cet essai de
psychanalyse est consacré (2). Nous nous démarquerons par là même des investigations dont nous venons de faire la synthèse. Notre approche est différente des essais de psychanalyse "appliquée" (3) aux oeuvres culturelles et des essais, davantage psychiatrisants, consacrés à l'étude (en terme de psychopathologie, car sinon où serait le plaisir ?) des créateurs de ces oeuvres. Nous ne nous attacherons pas davantage à traquer, à la suite de beaucoup d'autres, les 8

,

fondements métapsychologiques de la création artistique; comme Freud (1910), pour choisir un exemple célèbre, le fit lorsqu'il étudia les oeuvres picturales de Léonard de Vinci. Que le mécanisme de défense inconscient qui présiderait à l'acte créateur soit la sublimation (selon Freud), la réparation (selon Mélanie Klein) ou l'espace potentiel (selon Winnicott) ne nous intéressera guère. Même si nous aurons l'occasion de risquer quelques hypothèses, nous ne nous acharnerons pas non plus à établir un diagnostic psychopathologisant du prince de Palagonia à partir de l'examen de ses monstres et de sa villa bizarroïde. Nous nous efforcerons essentiellement

d'apprécier les ressorts

culturels

et intrapsychiques

de l'impact que la villa Palagonia produisait sur les visiteurs de l'époque classique, préromantique et romantique. Notre hypothèse de base est que si le prince aurait rendu sa villa architecturalement monstrueuse, ce serait dans le but de provoquer sciemment des effets esthétiques et psychiques désorganisants chez les visiteurs. A cet effet, nous convions le lecteur à un cheminement en quatre étapes. Nous essayerons d'abord de répondre à une

question précise: peut-on avec certitude parler de folie au
sujet du prince de Palagonia ? Dans un second temps, nous rendrons compte des réactions des visiteurs de la villa au dixhuitième siècle. Nous passerons ensuite en revue les bizarreries palagoniennes afin d'en apprécier en détaill 'impact psychique spécifique. En dernier lieu, nous examinerons les formes d'expression auxquelles les voyageurs recoururent pour tenter de métaboliser l'impact psychologique de leur visite: le plus souvent l'écriture et, quelquefois, le dessin. Nous montrerons ainsi que les explications jusqu'alors proposées pour rendre compte de la présumée psychopathologie du prince de Palagonia résultent pour l'essentiel soit d'un collage aux idées théoriques dominantes en leur temps, soit d'une projection psychique - surgissant lors du choc visuel causé par la villa - réactionnellement développée par un certain nombre de voyageurs et entretenue par des rumeurs de voisinage. Il semble que chaque visiteur de l'époque de Goethe réagissait in vivo puis gérait l'effet émotionnel de sa "confrontation" à la villa selon sa 9

problématique psychique personnelle. D'abord et dans tous les cas, cette visite exerçait un effet destructurant, voire un peu traumatisant. Mais cet effet était passager et n'allait pas jusqu'à provoquer une catastrophe mentale. Les visiteurs de la villa n'en ressortaient pas fous. Prétendre que la fréquentation d'un lieu donné, si étrange ou repoussant soit-il, pourrait conduire un individu dans un asile d'aliénés serait une assertion elle-même folle! Pour fournir un repère au lecteur, il nous semble que la frayeur répulsive provoquée par la villa et ses monstres pourrait être comparée - du point de vue des "dégâts" psychiques - à celle qu'engendre, de nos jours, une promenade foraine en "train fantôme" ... Nous pensons également que l'écriture abréactive ou cathartique pratiquée dans l'après-coup par les visiteurs de l'époque de Goethe - exercice où apparaissaient comme en filigrane les mécanismes de défense du moi préférentiellement utilisés pour digérer le traumatisme en mode mineur déclenché par la villa Palagonia - opérait, à minima bien sûr, une restructuration (superficielle) de leur personnalité, initialement "bousculée" par la visite de la villa aux monstres. Nous verrons qu'en fin de compte, tous les visiteurs de l'âge classique parvenaient à "se récupérer" psychiquement, à surmonter sur un mode défensif ou autre leurs petites voire leurs grandes frayeurs (4).

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NOTES (1) C'est-à-dire un haut-de-chausses très ample attaché vers le bas avec des rubans. A l'origine porté par les princes allemands de la région rhénane, ce vêtement fut mis à la mode en France au dix-septième siècle. (2) De même que nous avons étudié l'impact psychique de deux films de Spielberg sur leurs spectateurs, dans Dinosaures sur le divan. Psychanalyse de Jurassic Park (1998), et celui des aventures d'un personnage de bandes dessinées sur ses lecteurs, dans Psychanalyse de Rahan. Le fantôme psychique d'un héros de BD (2000a). (3) Nous préférons d'ailleurs, avec Jean Laplanche (1987), le terme de "psychanalyse hors-les-murs" ou celui de "psychanalyse exportée" . (4) On songe ici, en version très édulcorée - soft -, au saisissant aphorisme nietzschéen: "Ce qui ne me tue pas me rend plus fort" .

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PREMIER LE PRINCE

CHAPITRE ÉTAIT -IL FOU?

DE PALAGONIA

"Que dire à ces gens qui croyant posséder une clef n'ont de cesse qu'ils aient disposé votre oeuvre en forme de serrure 7" Julien Gracq, Lettrines I

Malaise

dans la psychiatrisation

Plusieurs psychiatres - et non des moindres - se sont emparés du "cas" Palagonia. Emile Kraeplin, un des maîtres de la psychiatrie moderne, a fait prendre plusieurs photographies des monstres de la villa Palagonia afin de les insérer dans le premier volume de son traité de psychiatrie, en 1883 : ces sculptures illustrèrent de manière princeps l'étude des "caractères psychopathologiques" dans la création artistique. Kraeplin considéra qu'elles ressemblaient fortement aux dessins effectués par certains malades souffrant de schizophrénie catatonique, c'est-à-dire prostrés dans un état de passivité, d'inertie psychique et motrice. Plus récemment, au début du vingtième siècle, deux autres psychiatres allemands se sont intéressés au prince de Palagonia par le biais de "ses" sculptures et ont établi un diagnostic de psychose. Weygandt, de Hambourg, a dressé un tableau pathologique des aberrations observées dans la villa. Surtout, Max Fischer, de Heidelberg, spécialisé dans l'étude des dessins de malades mentaux, a affirmé que les créations du prince surpassaient, du fait de leur absurdité, de la variété infinie de leurs représentations et des moyens mis en

oeuvre pour les concevoir, la plupart des oeuvres - réalisées par des aliénés - qui sont exposées au musée psychiatrique de sa clinique. Fischer se fit aider par Ludwig Hevesi pour recueillir certains éléments nécessaires à son diagnostic. Ce dernier eut le loisir de contempler plusieurs sculptures aujourd'hui disparues. Giovanni Macchia (op.cit., p.92) rapporte que Hevesi "ne trouvait rien de plus enchanteur que cette minuscule et folle principauté de Palagonia, rien de plus fascinant que cette villa Nonsense. Le catalogue de ses monstruosités, ajouté à celles que le docteur Weygandt avait classifiées, était des plus fournis". Certes, Dominique Fernandez (1988, p.131) fait ironiquement remarquer que "ces puits de science germaniques n'étaient sans doute jamais allés en Sicile. Aucun de ses habitants ne leur aurait paru jouir d'une santé mentale entière". Macchia (op.cit., p.94) estime toutefois qu'au regard de la bizarrerie foisonnante des monstres lithiques, "on comprend aisément que des psychiatres comme Fischer et Weygandt aient pu voir là les créations d'un esprit malade dont les immenses richesses permettaient qu'il donnât libre cours à sa folie dans cette litanie de difformités infinies, exécutées par des sculpteurs sous ses ordres" . Ouvrons ici une parenthèse: le lecteur souhaitant disposer d'un inventaire des monstruosités palagoniennes tant celles qui n'existent plus que celles que l'on peut encore admirer -, le trouvera dans le troisième chapitre, lorsque nous

nous efforcerons à notre tour - avec une audace qui
surprendra certainement - de classer les monstres de la villa Palagonia, pour en dégager non pas un diagnostic au sujet du

prince - ce n'est pas notre propos - mais des "constantes"
thématiques sus~eptibles d'avoir catalysé les projections psychiques des visiteurs, comme cela s'opère lors d'une passation du test de Rorschach! Macchia considère que les études psychiatriques précitées ont été faussées par deux erreurs de méthode: - D'une part, bien que les psychiatres pensèrent que l'esprit du prince avait été tourné dès son plus jeune âge vers les anomalies repoussantes, ils négligèrent complètement la biographie de cet homme et les anecdotes colportées à son 14

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