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Publics et musées

De
221 pages
Les publics des musées sont silencieux. Il reste très difficile de pouvoir rendre compte de leurs perceptions, de leurs aspirations, de leurs expériences. C'est cependant au nom du public que s'opère la transformation rapide des musées en établissements cherchant à optimiser les relations avec leur clientèle. Les musées souhaitent souvent rompre avec leur dimension institutionnelle au nom d'une pression qui serait exercée par ce public...
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Publics et musées
la confiance éprouvée

Communication et Civilisation Collection dirigée par Nicolas Pelissier
La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des recherches originales menées sur l'information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à I'histoire, il s'agit de révéler la très grande diversité de l'approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.

Dernières parutions Stéphane OLIVES!, Footnotes, une socioanalyse de communication par le bas... de page, 2007. Jean-Curt KELLER, Le paradoxe dans la communication, 2007. Pierre ZEMOR, Le défi de gouverner communication comprise. Mieux associer les citoyens? Conversation avec Patricia Martin,2007 Corinne MARTIN, Le téléphone portable et nous, 2007. Philippe J. MAAREK (dir.), Chronique d'un « non» annoncé: la communication politique et l'Europe Ouin 2004 - mai 2005), 2007. Alberto ABRUZZESE, La splendeur de la télévision, 2006. Arlette BOUZON et Vincent MEYER (dir.), La communication organisationnelle en question: méthodes et méthodologies, 2006. Philippe VIALLON (Ed.), Communication et médias. En France et en Allemagne, 2006. Claire NOY, CD-mômes: l'enfant et les technologies éducatives,2006.

JOËLLE LE MAREC

Publics et musées
la confiance éprouvée

L'HARMATTAN

2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo. fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr

@ L'HARMATTAN,

ISBN: 978-2-296-04338-1 EAN: 9782296043381

INTRODUCTION
Il semble désormais difficile de parler du musée sans mobiliser des thèmes comme le public et la communication. Pourtant ces thèmes étaient absents des enseignements de muséologie au moment où je les suivais à l'École du Louvre en 1982. Aujourd'hui, le souci du public est inscrit dans la récente loi Musée (4 janvier 2002) et la communication est devenue une préoccupation centrale des établissements et des professionnels. Dans la fiche pratique consacrée au métier de conservateur, en ligne sur le site du ministère de la Culturel, la mention des publics et de la communication apparaît dès la présentation:
Les missions liées à sa fonction de chef d'établissement se sont en effet considérablement diversifiées et multipliées, au moment même où les musées s'ouvrent à de nouveaux publics et font appel à des techniques sophistiquées de communication et de gestion, où les problèmes de personnel et de formation rejoignent ceux de l'étude (inventaire, publication), de la restauration et de la valorisation des œuvres et collections.

Ceux qui guettaient anxieusement les signes d'un intérêt pour ces questions au moment où ils démarraient leur vie professionnelle devraient s'en réjouir: nous avions donc raison de nous intéresser à ces questions puisque désormais, elles sont devenues incontournables. Ce n'est pas le cas: l'intérêt pour le public n'est pas si évident en dépit de l'abondance des discours et des dispositifs de tous ordres développés pour lui ou en son nom. Injonctions de résultats, multiplication des offres de services et produits: le public est à la fois l'instrument de mesure de la performance culturelle, donc l'arbitre à son insu de nombre de dispositifs d'évaluation et de contrôle, et le destinataire d'une offre de produits et services en développement continu, donc moteur à son insu de sa requalification en client et usager bénéficiaire des établissements culturels. Mais il n'est pas certain que les dispositifs de contrôle

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http://www.culture.gouv.fr/culture/infos-pratiques/fiches/index-fiches.htm

(page consultée le 6.04.07) 7

répondent à des attentes effectives du public, ni que les produits et services répondent à des besoins exprimés. Plus encore, il n'est pas certain que le public construise sa relation aux institutions sur la base des attentes et des besoins qu'on lui prête: ces aspects de la relation entre publics et musées ne sont en tout cas pas ceux qui ont été mis en évidence par les enquêtes et les travaux sur le fonctionnement des musées depuis plusieurs décennies. Par contre, les références obsédantes au public et à l'importance de la communication finissent par jeter le soupçon sur la nature des enjeux qui sous-tendent leur transformation en mots d'ordre. La volonté d'améliorer, d'optimiser, de développer l'offre, semble s'autonomiser par rapport à la nécessité de comprendre les attentes, pratiques, représentations des publics. Tout se passe comme si nous perdions la maîtrise des raisons qui inspirent l'intérêt pour les thèmes du public et de la communication, avec l'accélération presque énigmatique d'une autonomisation de secteurs d'activité spécialisés dans le traitement de le communication et du public et avec la prolifération des innovations suscitées par ces secteurs: professionnalisation et autonomisation des activités de communication liées aux musées, recours systématique aux études de public à des fins d'évaluation et, tout récemment, développement des dispositifs dits participatifs. On pourrait cependant formuler une hypothèse positive: les études d'évaluation et les recherches sur les pratiques des publics menées dans la décennie 80 n'ont-elles pas contribué à la prise de conscience de l'importance des questions concernant le public? Il est fort possible que ces travaux, conduits dans un contexte de dialogue permanent entre équipes de recherche, professionnels de l'évaluation et professionnels des musées, aient de fait contribué à créer une sensibilité à la relation aux visiteurs2. Mais dans
2 En 1992, Pierre Saliot, alors directeur des expositions à la Cité des Sciences et de l'Industrie, à l'occasion d'une réunion sur la prise en compte des résultats d'évaluation dans la programmation et la conception des expositions, développait précisément cette idée. En rupture avec la représentation, alors classique dans les milieux professionnels, d'un retour direct par amélioration technique au coup par coup des dispositifs muséologiques, l'essentiel résidait selon lui dans une appropriation des idées et notions concernant les publics. 8

l'ensemble, ce ne sont pas ces travaux ni cette culture de la relation au visiteur qui ont déterminé les formes qu'a pris le traitement de la question du public dans l'évolution des institutions muséales. Celui-ci est en effet largement délégué à des professionnels externes à la conception et à la médiation, issus de la communication professionnalisée et du marketing. La vogue des dispositifs participatifs ne débouche guère sur la prise en compte de la parole ainsi recueillie, mais plutôt sur la performance consistant à parvenir à mettre en œuvre ce type de «technologie» sociale complexe3. En réalité, le public et la communication comme mots d'ordre constituent à leur tour un phénomène qui reste à explorer en tant que tel, par exemple dans le cadre de ce qui pourrait être une analyse de discours professionnels sur le public et sur la communication4. Crow (1972) a ainsi montré, à propos de l'émergence d'un public du Salon dès le milieu du XVIIe siècle, que le public avait été un argument très convoité par l'ensemble des instances appelées à développer une parole publique sur le phénomène du Salon: artistes, commanditaires, critiques. La conception muséale proprement dite a également pu être décrite et analysée comme l'articulation et la confrontation des pratiques et

3 Rappelons que les recommandations issues de la conférence de citoyens de 1998 sur les OGM n'ont guère été suivies. Le Centre d'Études du Débat Public à Tours, sous la direction de Bernard Castagna, a axé ses travaux de recherche sur les dispositifs participatifs, avec notamment l'organisation d'un colloque (14-16 mai 2003) «La situation délibérative dans le débat public ». On peut également citer les expériences développées à la Cité des Sciences par Jean-Paul Natali. 4 Il n' y a pas recouvrement entre les conceptions de la communication telles qu'elles ont pu émerger d'un champ théorique qui a autonomisé les questions de communication dans l'ensemble des fais sociaux disponibles à l'étude et la réflexion, et les conceptions de la communication telles qu'elles circulent dans les discours sociaux. Cependant, affirmons-le d'emblée: les modèles habituels en termes d'écarts entre conceptions savantes et représentations de sens commun ne sont guère pertinents pour traiter cette différence. Ce n'est pas le sens commun qui diffère de la pensée savante, mais les conceptions professionnelles. C'est là un des résultats, lourd d'implications, de l'ensemble des travaux qui seront présentés dans cet ouvrage. Nous y reviendrons. 9

des positions d'un ensemble d'acteurs pour lesquels l'argument du public est un enjeu stratégique (Triquet et Davallon, 1993). Mais la critique d'un usage de la notion de public ne dissout pas le sentiment que les questions soulevées par les phénomènes de communication au musée restent tout aussi peu partagées qu'il y a 20 ans et, surtout, elle ne répond pas aux interrogations qui portent sur le fait que les publics existent aussi, et que les discours les concernant ne suffisent pas à rendre compte de leur réalité vivante. On pourrait faire un rapprochement avec le phénomène de la vulgarisation scientifique: celle-ci n'intéressait guère les chercheurs en sciences humaines et sociales avant les premiers travaux qui la constituèrent comme objet de recherche et non plus comme simple pratique dérivée de la recherches. Elle est devenue un mot d'ordre dans la décennie 80 avec quantité d'injonctions ministérielles, mise en place de dispositifs très nombreux, prolifération de discours, sans que le phénomène de la vulgarisation lui-même, et sans que les questions qui avaient suscité l'intérêt pour ce phénomène il y a trente ans, ne soient explorées sérieusement. Aujourd'hui la signification des phénomènes de vulgarisation reste une question que l'abondance de discours et de pratiques, loin d'avoir épuisée, n'a fait que renforcer6. Comme dans le cas des. questions de communication au musée, c'est encore la volonté d'améliorer et de développer qui a orienté la réflexion, bien plus qu'une volonté de comprendre le sens des phénomènes. Là encore, la fortune du thème peut contribuer à donner l'impression trompeuse, soit qu'on en sait bien assez puisqu'on en parle tant, soit qu'on a affaire à un thème imposé, donc relevant d'une idéologie dominante. L'engouement pour certains thèmes-stéréotypes peut en effet être dénoncé comme l'effet d'une construction idéologique,

S Voir notamment les travaux de Baudouin Jurdant, et les travaux pionniers du GERSULP à l'Université Louis Pasteur de Strasbourg, à partir de 1973. 6 Bernard Schiele explore ainsi les discours de vulgarisation comme éléments de la recomposition actuelle du rapport sociétal aux sciences (Schiele, 2005) : les conclusions qu'il en tire rejoignent les analyses de Dominique, Pestre concernant les mutations dans les régimes de production des savoirs. 10

répondant à l'intérêt de groupes ou d'acteurs qui s'efforcent de naturaliser celle-ci comme une «tendance» portée par tous, en particulier par la recherche. Le thème de la vulgarisation a ainsi été dénoncé comme lié à une construction idéologique par Jurdant (1969), le thème de l'interactivité par Jeanneret (2000), le thème du développement durable par Deléage (2006). Mais on peut tout aussi bien faire l'hypothèse qu'on a affaire avec ces thèmes à la canalisation de certaines préoccupations profondes et massives, et parfois à la tentative de pilotage de cellesci par un ensemble d'instances qui se constituent témoins d'une convergence de préoccupations. Nous avons montré dans le cas de l'interactivité que la vogue du thème cachait, plus qu'elle ne révélait, des convergences entre des mouvements parfois contradictoires: ouverture d'un nouveau marché des technologies de la communication, défense de modèles éducatifs alternatifs (Le Marec,2001). En ce qui concerne le public et la communication muséale, Bernard Schiele a montré comment la rencontre entre, d'une part, les objectifs de démocratisation culturelle et de partage des savoirs assumés par le musée et, d'autre part, les modèles de la communication médiatique importés au musée via l'exposition, ont convergé dans une intégration qui a abouti à une «invention simultanée de l'exposition et du visiteur» (Schiele ,1992). Ces convergences peuvent masquer des oppositions idéologiques fortes dans les positions qui sous-tendent l'intérêt pour les thèmes fédérateurs. Ainsi, les préoccupations héritées de l'exigence de démocratisation culturelle, ancrées dans les principes de service public, et les préoccupations liées aux dynamiques de développement industriel et marchand du secteur des communications sociales, sont aux antipodes dans leur cadrage idéologique, mais elles convergent dans le souci du public, qui est un mot d'ordre fédérateur. Dans ce processus de convergence entre plusieurs domaines (par exemple la culture institutionnelle et la communication professionnalisée) qui propulse un thème au rang de mot d'ordre consensuel, il y a nécessairement perte de la signification des intérêts et des questionnements propres à chaque domaine. Il y a Il

également rapport de concurrence, et transfert de légitimité entre les domaines impliqués. Dans le cas de l'interactivité, par exemple, les définitions et arguments portés par des préoccupations éducatives sont intégrés dans les discours tenus par des acteurs du développement des technologies de la communication, essentiellement au bénéfice de ces derniers qui mobilisent la légitimité des enjeux éducatifs tout en développant des rapports de concurrence avec les acteurs du monde éducatif. Ce processus de convergence concerne particulièrement le thème de la communication et celui du public. Le thème de la communication qualifie en effet plusieurs ensembles de phénomènes: une dimension constitutive de la plupart des faits sociaux observables, aux différentes échelles de la vie sociale (les interactions interindividuelles, les processus médiatiques, les processus institutionnels) et un ensemble de savoirs implicites qui sont mobilisés par l'ensemble des acteurs sociaux pour vivre dans un monde commun; un ensemble de pratiques et de dispositifs qui relèvent d'un secteur de la communication professionnalisée (médias, technologies de l'information, mais aussi débat public, communication institutionnelle, communication publicitaire, médiation culturelle, etc.) ; un ensemble de discours et de prises de positions publiques émanant de nombreux acteurs politiques, professionnels, etc. On se situe alors dans ce qui a été largement décrit comme étant une idéologie de la communication?, avec notamment la promotion d'une «société de l'information », une « économie de la connaissance» ;

? La plupart des auteurs ayant écrit des ouvrages de base pour l'introduction aux théories de la communication traitent cette dimension idéologique de la communication. Voir par exemple Miège (1989), Breton et Proulx (1996), Mattelart (1997).

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une discipline scientifique, les sciences de l'information et de la communication, qui développe des cadres théoriques, des questions et des savoirs. Dans ce dernier cas, pour complexifier le tout, la communication est à la fois l'objet construit par la discipline, le sens commun contre lequel il s'élabore et les méthodes mobilisées, puisqu'il n'existe aucun fait social qui ne soit accessible à l'observation en dehors des médiations qui le constituent comme tel. Les savoirs construits par les sciences de la communication portent soit sur des phénomènes sociaux de tous ordres étudiés à travers leur dimension communicationnelle (pratiques culturelles, fonctionnement des institutions, relations entre sciences et société, etc.), soit sur les pratiques et dispositifs de la communication professionnalisée, soit sur l'idéologie de la communication. On peut, dans le registre de la recherche, développer une critique frontale des «modèles théoriques» supposés sous-tendre les pratiques de communication professionnalisée, même si ces «modèles théoriques» sont enseignés dans des formations de l'enseignement supérieur8. De nombreux discours convergent dans leurs objectifs de promotion du thème du public, tout en étant en concurrence radicale du point de vue des représentations et des valeurs qu'ils portent à travers la défense de ce thème. Le « public» qualifie ainsi des phénomènes très distincts. Cette diversité de définitions est souvent perçue par les acteurs et les chercheurs comme un problème à régler. Ainsi, la position qui consiste à afficher une exigence de complexité en insistant pour qu'on accole systématiquement un
« S»

à « public» (pour signifier qu'il n'y a pas un public mais des

publics) agit en trompe l'œiI9. En effet, parler des publics peut

8 Sur les liens et discontinuités entre enjeux de formation et enjeux de recherche dans la naissance des Sciences de l'Information et de la Communication, voir Boure (2002). 9 Qui n'a pas entendu lors d'un colloque l'injonction rituelle « il ne faudrait pas parler du public mais des publics» ? 13

manifester le souci de maintenir l'ouverture et la pluralité du phénomène, alors qu'il peut s'agir d'une réduction à une seule des acceptions du terme, celle qui renvoie à une population hétérogène dans sa composition sociodémographique et donc dans ses aspirations, valeurs, pratiques (les enfants, les touristes, les femmes, les familles, les groupes, les individuels, voire même par extension les... non-publics! c'est-à-dire ceux qui forment la catégorie définie comme «ne venant pas au musée »). Parler « des publics» au lieu « du public» revient alors à réduire la complexité du terme à la variété des catégories que désigne une seule des acceptions. Pourtant, c'est bien la complexité du terme que ressentent les visiteurs d'expositions interrogés en tant que membres du public. Ils peuvent, dans le cours d'un entretien, dissocier et commenter le statut de membre du public comme cible (d'apprenants, de consommateurs), comme usager, comme témoin, comme interlocuteur, comme spectateur ou lecteur, comme membre de populations plus larges auxquelles le « public» renvoie (Français, profanes, publics des médias, etc.)... Autre réaction à cette diversité ressentie: l'appel à la nécessité de poser des définitions littérales pour s'entendre sur ce dont on parle. Il s'agit au mieux d'une naïveté, au pire de la naturalisation de rapports de légitimité au nom d'une nécessité technique d'intercompréhension consensuelle. En effet, il n'existe aucune instance qui puisse fixer d'autorité la signification d'une notion qui est un concept travaillé par plusieurs disciplines (philosophie, sciences politiques, sociologie, sciences de la communication) ainsi que par de nombreux acteurs sociaux impliqués dans son usage. Par contre, on vient de l'évoquer, il existe des conceptions du public multiples, portées par des instances elles-mêmes multiples. Le public est en effet une représentation que mobilisent ceux qui agissent « pour» le public, mais aussi, on l'oublie parfois, ceux qui en font partie à un moment donné: cible, instance de réception, ensemble de destinataires, ensemble d'usagers, porte-parole ou représentants de cet ensemble d'usagers, échantillon d'une population globale, mais aussi ensemble de témoins.

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La différence essentielle réside dans le fait paradoxal que, par nature, les membres du public n'ont pas capacité à inscrire quelque chose dans les dispositifs médiatiques dont ils sont usagers ou récepteurs. Ceux qui peuvent le faire le font d'un espace d'où ils ne sont déjà plus membres du public. En effet, qu'un collectif se crée spontanément pour interpeler une institution, il n'est plus considéré comme «public» par les professionnels qui sont en charge du public dans cette institution: «on ne travaille pas pour ATTAC, mais pour le vrai public» avons-nous entendu dire de la part de responsables de communication d'organismes de recherche. Mais cette partition n'est pas le seul fait des professionnels de la communication et de la médiation. Les chercheurs reprennent également la partition implicite entre le public (passif) qui n'inscrit rien et des acteurs sociaux qui s'impliquent (activement) dans un processus de production ou d'inscription de savoirs. Cette partition, peu interrogée, travaille implicitement la structuration même des recherches sur les relations entre sciences et société. Les recherches sur la réception des médias et l'opinion publique à propos de sciences ne sont guère mises en relation avec les recherches sur les mouvements amateurs ou militants. Tout le champ de ce que l'on appelle «les sciences citoyennes », qui analyse notamment ces mouvements associatifs militants (associations de protection de la nature, associations de malades) et les naturalistes amateurs participant par exemple aux inventaires faune et flore ou à la surveillance des milieux, ne semble avoir aucun lien avec la problématique des publics des médias. En effet celle-ci semble être associée à des phénomènes de réception, ou de consommation passivelO. Or, le statut de membre d'un public des institutions tel
10

Le colloque «Les sciences citoyennes: vigilance collective et rapport entre

profane et scientifique dans les sciences naturalistes» organisé par le CRESAL, à Saint-Etienne, avec la participation du laboratoire C2So (ENS-LSH, Lyon) les 13 et 14 Janvier 2005, permettait cependant de rapprocher les problématiques liées aux sciences citoyennes et les problématiques liées au fonctionnement des médias. Les débats avaient suscité une forte discussion sur la question transversale du rapport des individus (amateurs ou publics) aux institutions (médias ou organismes de recherche). Avaient été notamment discutées les limites d'une définition des sciences par les pratiques, hors cadrages institutionnels et administratifs, et les rapports de confiance ou de méfiance entre les individus et groupes et les institutions. Cependant, au stade de la publication 15

qu'il s'exprime dans des enquêtes auprès de visiteurs, ou de personnes qui se sentent «public », peut tout à fait s'inscrire dans un rapport activement assumé de confiance et de délégation de compétence à ces institutions. C'est là un enseignement central des études menées dans le cadre de la cellule évaluation de la direction des Expositions à la Cité des Sciences, apparu dès 199011. Ces études, menées de 1989 à 1997, ont apporté des résultats qui n'ont cessé ensuite de se voir confirmés dans d'autres contextes muséologiques par moi-même et par Sophie Deshayes, puis par des collègues et chercheurs à partir d'autres approches. L'important est donc moins de mettre à plat l'ensemble des significations que de repérer celles qui sont attribuées au nom d'une position de légitimité: par exemple, les professionnels des musées attribuent aux visiteurs des musées l'adhésion à une conception du public qui n'est pas forcément activée par ces mêmes visiteurs. On l'a dit, des notions telles que «le public» ou «la communication» (mais aussi l'interactivité, la vulgarisation, etc.) devenues à la fois des thèmes de recherche ayant le vent en poupe, des injonctions politiques, des mots d'ordre fédérateurs d'intérêts multiples, sont particulièrement suspectes aux yeux d'un certain nombre de chercheurs. Mais la critique justifiée de ces mots
des contributions à ce colloque, le thème du public a de nouveau été jugé sans lien avec le thème des sciences citoyennes, avec retour à la dissociation implicite entre une approche supposée centrée sur un rapport «actif» aux sciences (pratiques de recueil de données, voire d'interprétation par les naturalistes amateurs, pêcheurs, bergers, militants), et une approche supposée centrée sur un rapport «passif» aux médias, qui caractérise par définition le public. 11La cellule évaluation dont j'ai eu la responsabilité la direction des Expositions à la Cité des Sciences et de l'Industrie a été en activité de 1990 à 1997. Les études réalisées essentiellement par Clotilde Bréaud, Sophie Deshayes et moimême portaient sur les thèmes d'exposition et les pratiques de visite. Elles ont donné lieu à de nombreux rapports. L'explicitation du statut de membre du public tel qu'il s'exprimait lors des enquêtes préalables à la conception des exposition menées auprès de visiteurs de la Cité des Sciences a fait l' objet de ma thèse «Le visiteur en représentations: l'enjeu des évaluations préalables en muséologie », Saint Etienne: Université Jean Monnet, 1996. Voir celle-ci en ligne à l'adresse http://sciences-medias.enslsh.fr/scs/article. php3 ?id_article= 119 16

d'ordre ne nous éclaire en rien sur la signification des préoccupations qui sont prises dans ces thèmes, prises comme dans l'ambre. Une chose est sûre: plus un thème est banal, envahi par des discours sociaux multiples, plus il semble nécessaire de s'intéresser aux raisons pour lesquelles un tel thème s'est imposé. De fait, les sciences de l'information et de la communication développent un intérêt certain pour une analyse critique des discours publics: il s'agit de plonger dans l'épaisseur et l'hétérogénéité de ces discours, de restituer leurs conditions de production, les rapports de légitimité qui les travaillent, leur dimension polyphonique, et de veiller ainsi en permanence à une conscience vigilante de la nature de ces discours et des rapports de force qui les habitent, contre des idéologie de la transparence d'une part, de la complémentarité ou de l'intégration d'autre part12. Mais il est une autre manière de s'intéresser aux thèmes qui suscitent une intense production de discours et leur transformation en mots d'ordre. Elle consiste à prendre au sérieux les préoccupations qu'ils recouvrent au-delà de ce qui en est dit par les instances qui se chargent d'exprimer mais aussi de piloter ou de gérer cet intérêt. L'idée est la suivante: certains thèmes s'imposent pour des raisons qui sont par elles-mêmes plus intéressantes que celles qui sont avancées dans les discours publics auxquels ne participent que très peu de personnes. L'approche ne bénéficie pas de la visibilité de l'intention critique, puisque l'intérêt du chercheur pour le thème s'inscrit dans une mouvance générale. Elle est fort peu revendiquée et il n'est pas toujours facile de mettre en avant le type de savoir qu'elle produit,

12 Les travaux de Foucault sont évidemment fondamentaux pour comprendre ce qu'on entend ici par «discours ». Mais dans le champ plus particulier de la communication, la notion a pris une certaine autonomie et concerne des échelles et des phénomènes plus resserrés dans le temps. Ainsi, le discours médiatique a été particulièrement travaillé, avec différentes méthodes. Voir par exemple Véron, (1981), Cheveigné (2000), Babou (2004). Voir également les actes du colloque «Sciences, médias et société », Juin 2004, ENS-LSH, Lyon, http://sciences-medias.ens-Ish.fr/

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et qui ne se situe pas en opposition frontale ou en contraste avec les discours ambiants. La surabondance de discours sur un thème ne signifie en rien que trop de monde en parle et que tout en est dit. Elle peut révéler des absences, ou masquer d'autres voix, comme celles de «membres du public », d'autant moins entendues qu'elles sont justement supposées être largement relayées par une parole publique. Pour prendre un exemple très concret, lors d'une enquête menée en 1996 sur la mise en place d'accès publics aux réseaux dans un ensemble de sites (associations, communes, écoles, etc.), nous avions étudié le cas de la ville de Parthenay, après quelques hésitations concernant le choix d'une expérience déjà très étudiée par des collègues, et très, peut-être trop médiatisée. Sur place il s'est avéré que des dimensions passionnantes de l'expérience de Parthenay étaient absentes des études, recherches, revues de presse, rendues invisibles par l'extrême publicité faite à d'autres caractéristiques du dispositif qui n'intervenaient guère dans la dynamique réelle de l'appropriation des réseaux par les habitants (Deshayes, Le Maree, Pouts, Thiévant, 1998). Il en est de même pour la convergence et les recouvrements entre les thèmes du public, de la communication et des technologies de l'information et de la communication. Ces convergences finissent par soumettre presque irrésistiblement l'intérêt pour les publics à la rhétorique d'une opposition entre d'un côté les institutions, la tradition, le conservatisme, la fermeture, le souci des contenus, et de l'autre les médias, la dynamique du changement, l'ouverture, le souci du public. De ce point de vue, la dynamique de nombre de débats sur les musées est très proche de la dynamique de nombre de débats sur l'école. Les discours sur ces deux institutions sont pareillement hantés par des figures d'opposition caricaturales entre un ordre ancien figé représenté par des agents hostiles au changement et défendant une position de pouvoir (le professeur, le conservateur) et des perspectives nouvelles dans lesquelles le visiteur ou l'apprenant est au centre du système, co-auteur ou co-constructeur de ses savoirs.

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Dans les deux cas, les technologies de la communication sont citées dans le pôle du changement, de l'ouverture, de l'intérêt des publics. Or, les grands bénéficiaires de ces discours sur l'opposition entre institutions et communication sont peut-être moins les publics au nom desquels ils se sont pourtant tenus, que les acteurs du marché des technologies de la communication, pour lesquels les institutions sont des espaces à conquérir. En effet, si l'on se réfère aux études menées auprès des visiteurs de musées, on ne voit guère apparaître l'expression spontanée d'attentes explicites pour une modernisation systématique de ces musées, bien au contraire. Dès 1990, les études de publics que je menais à la Cité des Sciences avaient fait apparaître au moins trois registres dans ce qu'exprimaient les publics: les usages des expositions et des éléments d'expositions, logiques d'interprétation du discours de l'exposition, interactions entre visiteurs, la mobilisation représentations sociales et de savoirs pratiques dans usages et interprétations; les les de ces

l'anticipation des intentions de conception, l'activation d'un statut de membre du public destinataire du dispositif médiatique, l'attention aux dimensions communicationnelles et plus particulièrement aux dimensions énonciatives du discours, l'activation d'un contrat de lecture, au sens qU'Éliseo Véron a donné à cette expression dans son analyse des discours de presse; l'activation d'un statut de témoin de l'action d'institutions comme dispositifs héritant et transmettant des valeurs, sans être nécessairement pour autant usager-visiteur de ces institutions. Depuis lors, l'attachement des publics à l'institution et leur méfiance à l'égard de la multiplication des signes de la communication publicitaire dans les musées ne se sont jamais démentis et s'expriment au contraire de plus en plus explicitement: des résultats qui semblaient liés à la spécificité des expositions étudiées par la cellule évaluation des expositions de la Cité des 19

Sciences et de l'Industrie sont actuellement trouvés de manière récurrente dans d'autres contextes, par les chercheurs et professionnels qui travaillent sur les publics 13. On les retrouve même actuellement dans des études effectuées pour tester des services et produits (Candito et Forest, 2007). Dans ce contexte, la confiance dans l'institution muséale n'est plus exprimée sur le mode relativement discret et implicite qui est celui de l'évidence supposée partagée, voire même à peine conscientisée, mais de manière désormais parfaitement explicite dans la mesure où elle s'exprime en réaction à une menace ou une inquiétude. Ce qui relevait d'une sorte de pacte tacite il y a quinze ans est désormais exprimé, voire réclamé explicitement, par des visiteurs dans un nombre croissant d'études dans différents contextes. D'une certaine manière, c'est le signe qu'il est bien tard et qu'il n'a peutêtre servi à rien, malheureusement, que le phénomène ait pu être observé depuis quinze ans. C'est pourquoi ce livre, longtemps différé, arrive peut-être déjà tardivement compte-tenu de la rapidité avec laquelle les institutions de la culture et du savoir sont colonisées par les logiques de marché et transformées en établissements professionnellement gérés sur le modèle managérial. Il se peut qu'à échéance plus ou moins brève, il ne soit plus guère possible de parler des relations entre le public et les institutions, faute d'institutions. Mais il intervient à un moment où il est plus que jamais nécessaire de montrer en quoi les institutions, comme dispositifs héritant de missions publiques et transmettant celles-ci, ne sont nullement mises en cause par un public excessivement mesuré, insuffisamment écouté et supposé avoir tout intérêt à les disqualifier. Bien au contraire, elles continuent à bénéficier d'une confiance qui s'exprime dès qu'elle en a l'occasion, et notamment dans les enquêtes sur les attentes et les représentations, dans les études des pratiques des publics des musées et bibliothèques.
13 Voir par exemple la convergence frappante des interventions d'Aymard de Mengin, Marie-Sylvie Poli et Joëlle Le Marec au congrès de l'AMSCTI 2006, malheureusement non publiées à ce jour. 20

Bien sûr on peut considérer comme des signes de fléchissement du respect envers les institutions l'apparition de comportements d'incivilité d'autant plus spectaculaires qu'ils sont encore exceptionnels. Si la mise en cause des institutions est bien antérieure à la publicité faite à ces comportements, elle n'émane cependant pas des publics anonymes, mais d'un ensemble d'acteurs qui ont accès à la parole publique: instances politiques de pilotage de ces mêmes institutions, chercheurs, acteurs du marché, etc. On assiste actuellement à une publicité croissante faite à ce qu'on appelle désormais une crise des institutions14, avec en particulier une réflexion sur des attitudes de défiance et une montée des comportements d'incivilité à l'égard des institutions de service public (école en premier lieu mais aussi université, hôpitaux, etc.)15. Ces comportements ont pour eux le fait de constituer des engagements actifs et une «inscription» spectaculaire, voire redoutable, dans le dispositif institutionnel. Ils focalisent une attention passionnée qui est encore et toujours déniée au public qui choisit activement quant à lui de ne rien inscrire et de s'en remettre à l'institution, d'être toujours plus activement silencieux, pour que l'institution puisse continuer à être ce qu'elle doit être. C'est pourquoi l'objectif de ce livre, recueil de textes publiés entre 1994 et 2005, est de montrer que ce ne sont nullement les publics des musées et des bibliothèques qui sont au centre des changements qui y interviennent, tout simplement parce qu'ils ne se donnent en aucun cas ce rôle d'opérateurs d'un changement qu'ils n'attendent pas, du moins pas sous la forme sous laquelle il se manifeste. Il s'agit de montrer qu'un des moteurs des relations entre les publics et les institutions n'est pas l'attente et l'usage de produits et services dans une perspective pragmatique et libérale, mais la confiance et la réactualisation de cette confiance qui passe ou ne passe pas par un usage effectif des dispositifs institutionnels.
14 Dans son ouvrage Le déclin de l'institution, François Dubet compare ainsi les perceptions de plusieurs catégories de fonctionnaires ou professionnels du service public. 15Sur l'incivilité, voir Roché (1996). 21

Il s'agit de montrer l'ampleur du malentendu entre les publics et les professionnels des institutions culturelles, souvent persuadés que les publics « fonctionnent» dans le registre de la consommation, de la satisfaction, de la déception. Il faut mettre en discussion le constat suivant: il est dommage que les résultats des études de publics menées dans les institutions culturelles, et en particulier les musées, aient prioritairement intéressé les promoteurs d'une transformation radicale des institutions, et en particulier les acteurs de l'innovation en matière d'offre et de production de services. Il est dommage qu'ils aient si peu intéressé les personnels des musées et bibliothèques, so.uvent inquiets d'une dérive «démagogique» qu'impliquerait la prise en compte de ces études. Lorsque nous tentions, en 1989, de convaincre de l'ampleur et de l'intensité des préoccupations exprimées par les visiteurs de la Cité des Sciences à l'égard des phénomènes liés à l'environnement (foyer de la crise des relations homme/nature et des ambivalences de la science à cet égard) et de la confiance dans la capacité de l'institution à prendre position par rapport à ces préoccupations, nombre d'interlocuteurs incrédules, concepteurs d'expositions mais aussi sociologues, brocardaient alors les visiteurs soupçonnés de se donner des airs de citoyens ou de suivre une mode médiatique pour les thèmes environnementaux. De même, lorsque nous mettions en évidence la manière dont les pratiques de visite étaient entièrement structurées par cette confiance dans la relation de communication projetée dans les dispositifs d'exposition, et non par des logiques de consommation de produits et services, on nous répondait que ce résultat était «trop beau pour être vrai ». Mieux valait s'attacher à évaluer la satisfaction, ou l'impact des actions en terme d'adéquation entre l'offre et l'usage, ou encore la compréhension des messages. Aujourd'hui la sensibilité des visiteurs aux intentions de conception est un fait pratiquement acquis, et la préoccupation pour les problèmes d'environnement ne peut plus être attribuée à un phénomène de mode. Pourtant, le discours dominant dans nombre d'établissements culturels, relayé par nombre de chercheurs, reste 22

encore et toujours inspiré par la représentation du public comme ensemble d'usagers des produits et services proposés. L'objectif de l'ouvrage est aussi de porter à la connaissance des personnels des établissements, placés en porte-à-faux entre des dynamiques de modernisation et les exigences liées aux missions de leurs institutions, des éléments qui peuvent les aider à se positionner par rapport aux discours de disqualification de leur engagement et de leurs pratiques. Je les incite à assumer les implications des résultats des recherches concernant le public des musées et des bibliothèques et à éviter ainsi de se consacrer à la résolution de faux problèmes. Dernière chose: pour voir le public émerger peu à peu des travaux conduits dans une variété de contextes, il m'a fallu du temps et j'ai également dû transformer les manières de problématiser les relations entre musées et publics. Entre le début de mes recherches (vers 1989) et la période actuelle (2005), l'essentiel de mon travail a consisté à dénouer un écheveau de notions et de modèles souvent inextricablement entremêlés, ce qui m'empêchait littéralement de voir et d'entendre un public si activement silencieux, si délibérément discret, et pourtant si confiant dans le fait d'être vu, entendu, et compris. Je peux expliciter quelques-unes de ces transformations, qui consistent essentiellement en une série de découplage entre des objets ou des notions partiellement confondues ou superposées au début de mes recherches. Il y a eu avant tout la distinction entre le statut de membre du public et le statut de visiteur ou d'usager. Cette distinction a été souvent pointée par les enquêtés euxmêmes; elle a été particulièrement détaillée dans trois chapitres: «Le public: définitions et représentations », «Le musée à l'épreuve des thèmes sciences et sociétés» et «À la recherche des gisements d'usage dans les bibliothèques et expositions scientifiques» . J'ai été confrontée à la manière dont est pensée et organisée dans les institutions culturelles la séparation entre savoirs de sens commun et savoirs savants. Il ne s'est nullement agi de nier purement et simplement cette séparation, bien au contraire. Cette réflexion sur le partage savant/profane est particulièrement 23

développée dans le chapitre « Ignorance ou confiance: le public
dans l'enquête, au musée, et face à la recherche ». J'ai également été amenée à dissocier des cadres qui organisent les recouvrements entre institution et sphère professionnelle d'une part, public et monde extérieur à l'institution d'autre part. De même, j'ai tenté de distinguer les dimensions médiatiques et institutionnelles du fonctionnement des musées,

avec le chapitre « Média et institution: la guerre des modèles ».
J'ai enfin dû opérer un découplage entre le modèle de communication qui sous-tend l'enquête comme dispositif d'évaluation, le modèle de communication qui sous-tend l'enquête comme mode de recueil de données et, enfin, le modèle de communication qui donne sens à tout entretien comme situation interpersonnelle. Ce processus a été central, et je le présente dans le chapitre «Ignorance ou confiance: le public dans l'enquête, au musée et face à la recherche ». Cette question du décalage entre les modèles de communication qui sont mobilisés par les acteurs culturels, les professionnels intervenant dans la sphère culturelle et les publics, est également traitée dans les chapitres «Évaluation, marketing et muséologie» et «Les musées en devenir? Une interrogation paradoxale ». C'est cette série de découplages qui sont devenus peu à peu les éléments permettant de tenter de dissocier, dans le monde muséal, ce qui relève de la relation des publics aux institutions et ce qui relève des compétences médiatiques de ces publics.

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