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Questions de méthode

De
234 pages
Quelles sont les difficultés spécifiques associées à la constitution de populations d'enquête ou de corpus documentaires en sociologie des arts ? Quelle est l'incidence de l'échelle d'observation et des procédés empiriques sur les résultats obtenus et sur leur interprétation ? Comment exploiter scientifiquement des données recueillies à l'aide d'outils comme la photographie, la vidéo ou le cinéma ? Il s'agit donc de voir quelles sont les pistes méthodologiques qui s'ouvrent aujourd'hui en sociologie de la culture.
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’ART SOCIOLOGIE DE L
OUVELLE SÉRIE – OPUS 9-10 N
Questions de méthode C OMITÉ INTERNATIONAL DE
PARRAINAGE SCIENTIFIQUE
Howard S. Becker, Université de Californie - Santa Barbara, USA
Guy Bellavance, I.N.R.S. - Montréal, Canada
Francine Couture, Université de Québec à Montréal, Canada
André Ducret, Université de Genève, Suisse (Fondateur)
Nicole Everaert-Desmedt, Facultés universitaires Saint-Louis, Belgique
Jean-Pierre Esquenazi, Université Lyon III, France
Jean-Louis Fabiani, EHESS, Paris, France
Marcel Fournier, Université de Montréal, Québec, Canada
Nathalie Heinich, CNRS-EHESS, Paris, France (Fondatrice)
Antoine Hennion, Ecole des Mines de Paris, France
Susanne Janssen, Université de Rotterdam, Pays-Bas
Jean-Pierre Keller, Université de Lausanne, Suisse
Jacques Leenhardt, EHESS, Paris, France
Mary Leontsini, Université de Crète, Grèce
Jean-Marc Leveratto, Université de Metz, France
Jean-Olivier Majastre, Université Grenoble II - Pierre Mendès France, France
Jan Marontate, Université d’Acadie, Canada
Raymonde Moulin, CNRS-EHESS, Paris, France
Alain Pessin, Université Grenoble II -- Pierre Mendès France, France ^
Daniel Vander Gucht, Université libre de Bruxelles, Belgique (Fondateur)
Pierre Zima, Université de Klagenfurt, Autriche
Vera Zolberg, Université de Newschool for Social Research, New-York, USA
OPuS
Œuvres, Publics, Sociétés
GDR CNRS OPuS C OMITÉ DE RÉDACTION
DIRECTION DE PUBLICATION
Florent Gaudez
SECRÉTARIAT DE RÉDACTION
Ève Brenel
Sylvia Girel
Pierre Le Quéau
CONSEIL DE RÉDACTION
Martine Azam, Université Toulouse II
Ève Brenel, Université Paris III
Emmanuel Ethis, Université d'Avignon
Laurent Fleury, Université Paris VII
Florent Gaudez, Université Toulouse II - Champollion (Albi)
Sylvia Girel, Université de Provence
Jeffrey Halley, Université du Texas, San Antonio, USA
Pierre Le Quéau, Université Grenoble II
Catherine Dutheil Pessin, Université Grenoble II
Serge Proust, Université de Rouen
Alain Quemin, Université de Marne La Vallée
Jean-Philippe Uzel, Université du Québec à Montréal, Canada
C OMITÉ DE LECTURE OP U S 9-10
PRÉSIDENT
André Ducret, Université de Genève, Suisse
MEMBRES
Diana Crane, University of Pennsylvania, USA
Dario Gamboni, Université de Genève, Suisse
Esther Gonzalez Martinez, Boston University, USA
Mary Leontsini, Université de Crète, Grèce
Clara Levy, Université Nancy II, France
Daniel Vander Gucht, Université Libre de Bruxelles, Belgique
Pierre Verdrager, Paris
Ulf Wuggenig, Universität Lueneburg, Allemagne Sommaire
Questions de méthode
Éditorial André Ducret 7
Objets, problématiques, terrains, méthodes :
pour un pluralisme méthodique
Nathalie Heinich 11
De l’usage des archives.
Une recherche sur les arts plastiques
à Grenoble pendant les années vingt
Norbert Bandier 29
Méthodes quantitatives et terrain historique :
Quels outils pour une sociologie des artistes
femmes au XIX e siècle ?
Séverine Sofio 47
Beyond the ‘Code’ : new aesthetic Methodologies
for the Sociology of the Arts
Sophia Krzys Acord 69
Ethnographies du travail artistique :
apports et usages épistémologiques
Marie Buscatto 87
Du questionnaire à la biographie et vice et versa :
Regards croisés sur l’évolution des préférences esthétiques
des spectateurs de théâtre
Aurélien Djakouane 107
Distinction, omnivorisme et dissonance :
La sociologie du goût entre démarches quantitative
et qualitative
125 Guy Bellavance, Myrtille Valex et Laure de Verdalle
Varia
Production et diffusion des œuvres chorégraphiques :
Les effets de l’institutionnalisation de la danse
Sylvia Faure 147
La géographie et l’analyse des politiques
de diffusion de l’art contemporain en France
Teodoro Gilabert 161
Quand poser la question de l’énonciation
c’est assurer la « relation » : le « Labo »,
lieu d’enquête sur la mise en œuvre du conte
Anne-Sophie Haeringer 179
Fiches de lecture
Sylvia Faure et Marie-Carmen Garcia
Culture hip-hop, jeunes des cités et politiques publiques
Emmanuel Brandl 197
Hans Belting
Pour une anthropologie des images
Bruno Péquignot 203
Emmanuel Ethis
Sociologie du cinéma et de ses publics
Bruno Péquignot 209
Pascal Nicolas-Le Strat
L’expérience de l’intermittence.
Dans les champs de l’art, du social et de la recherche
Gaëlle Redon 213
Jean-Pierre Esquenazi
Godard et la société française des années 60
Bruno Péquignot 217
Pierre V. Zima
L’Ambivalence romanesque.
Proust, Kafka, Musil
et
L’Indifférence romanesque.
Sartre, Moravia, Camus
Marie Doga 223
Résumés de Thèses 229
Agenda 233
ÉDITORIAL
A SOCIOLOGIE DES ARTS est à l’heure des manuels, anthologies et L synthèses à l’intention d’un public plus large que celui des seuls
spécialistes. Son histoire, ses acquis, ses méthodes font l’objet d’un bilan
critique d’où émergent plusieurs questions : celle de la construction et du
traitement de ses objets. Celle de son usage de la méthode comparative.
Celle de la discussion et, aussi, de la diffusion de ses résultats. Celle de
son rapport à une demande sociale qu’il lui appartient souvent d’éveiller.
Celle de sa place parfois reconnue au prix de quelques malentendus
comme branche spécialisée au sein de la sociologie générale. Celle, récur-
rente, de ses frontières avec des disciplines proches comme l’histoire,
l’économie ou le droit de l’art.
Comment rencontrons-nous ces questions, aujourd’hui, dans nos
travaux de recherche respectifs ? Comment choisissons-nous les métho-
des et outils de recherche que nous mettons en œuvre ? Comment
empruntons-nous, le cas échéant, aux résultats d’enquête issus d’autres
domaines de la sociologie ? Comment, enfin, relisons-nous le passé de
notre discipline et quelles leçons de méthode en retenons-nous ?
« Ceux qui ne savent pas faire une science en font l’histoire, en
discutent la méthode ou en critiquent la portée » faisait dire Marcel
Mauss à l’un de ses collègues, en 1924, afin de souligner l’inanité des
querelles de principe . Infirmer le simplisme d’une telle sentence en par-
tant de recherches en cours pour montrer en quoi elles soulèvent des
questions de méthode en mesure de contribuer au progrès de la discipline,
tel est l’objectif du présent dossier dont, emprunté à Jean-Paul Sartre, le
titre ne marque cependant pas l’élection de telle ou telle démarche en
« indépassable sociologie de notre temps ». Mettre l’accent sur les
procédures d’enquête et sur les techniques d’investigation utilisées ne
revient pas non plus à sacrifier au « méthodologisme » désincarné des
livres de recette, mais bien à donner à voir des terrains d’enquête, avec
leurs écueils et leurs surprises. Comme l’écrivait Auguste Comte dès
1830, « la méthode n’est pas susceptible d’être étudiée séparément des
recherches où elle est employée ; ou, du moins, ce n’est là qu’une étude
morte, incapable de féconder l’esprit qui s’y livre ».
Quelles difficultés spécifiques sont-elles associées à la constitution
de populations d’enquête ou de corpus documentaires en sociologie des
arts ? Qu’en est-il des statistiques à disposition ou à construire selon les
7 Éditorial
diverses réalités nationales ou régionales ? Quelle est l’incidence de
l’échelle d’observation et des procédés empiriques choisis sur les résultats
obtenus ou sur leur interprétation ? Comment exploiter scientifiquement
des données recueillies à l’aide d’outils comme la photographie, la vidéo
ou le cinéma ? Quel usage faire des archives, mémoires et autres bio-
graphies en sociologie des arts ? Dans quelles circonstances emprunter
des concepts théoriques ou des techniques d’observation à d’autres
spécialités de la sociologie ? Des pistes méthodologiques novatrices
s’ouvrent-elles aujourd’hui s’agissant de l’explication en sociologie des
arts, lesquelles et pourquoi ? Autant de questions auxquelles ce dossier
propose, sinon autant de réponses, du moins autant d’occasions de se
poser – comme il fallait s’y attendre – de nouvelles questions.
Il ne s’agissait pas ici, les auteurs l’ont compris, de succomber aux
chants des sirènes épistémologiques, mais bien de revenir sur quelques
actes de la recherche définissant la sociologie des arts telle qu’elle se fait.
Au lecteur, à la lectrice, bien sûr, de juger si cette entrée par les « ques-
tions de méthode » s’avère féconde. Un mot, enfin, sur la procédure
suivie : vingt-quatre propositions d’articles sont parvenues au comité de
rédaction, qui les a d’abord classé en fonction de leur adéquation avec
l’appel à contributions. Toutes et tous ayant reçu communication de leur
ranking, treize articles sont ensuite rentrés, dont un hors sujet et douze
mis en lecture sous forme anonyme. Au final, sept d’entre eux ont été
retenus pour publication avec, souvent, de pertinentes suggestions de
révisions. C’est dire combien la revue Sociologie de l’art est devenue un
enjeu pour notre small world et, aussi, la qualité du travail d’expertise
effectué par les huit membres du comité de lecture que je tiens, guest
editor, à remercier pour leur engagement. Puisse la lecture de ce dossier
donner naissance à des débats qui, à leur tour, attestent de la vitalité de
notre discipline.
André DUCRET
Département de Sociologie
Université de Genève
andre.ducret@socio.unige.ch
8 QUESTIONS DE MÉTHODE Objets, problématiques,
terrains, méthodes :
pour un pluralisme méthodique
EINICHNathalie H , CNRS, CRAL-EHESS
heinich@ehess.fr
Résumé : Appliquant à quelques ouvrages canoniques en
sociologie et en sociologie de l’art, puis à des travaux person-
nels, une distinction aussi rigoureuse que possible entre objets,
problématiques, terrains et méthodes, cet article se propose de
défendre et d’illustrer la nécessité d’adapter les méthodes non
tant aux objets ou aux terrains de recherche qu’aux probléma-
tiques mises en œuvre. Méthodes quantitatives et qualitatives
et, à l’intérieur de celles-ci, enquête par entretiens, par analyse
de corpus ou de données spontanées, ou encore par observation
directe, seront rapportées, à partir d’exemples concrets, aux
choix qui se présentent au sociologue de l’art dès lors qu’il opte
pour une sociologie historique ou du temps présent, pour une
sociologie du statut des créateurs, de la médiation, de la récep-
tion, des œuvres ou des valeurs, ou encore pour une sociologie
explicative ou compréhensive. On essaiera de montrer que ce
pluralisme méthodologique, pour peu qu’il soit réfléchi et clai-
rement assumé, permet d’éviter un double écueil : d’un côté le
rigorisme, qui tendrait à n’accorder de validité qu’à une seule
méthode ; et de l’autre le laxisme, qui autoriserait n’importe
quelle méthode, sans aucun contrôle de son adéquation à la
problématique.
11 Nathalie H EINICH
Mots-clés : compréhension, description, entretiens, expli-
cation, fiction, méthodologie, sciences sociales, sociologie de l’art,
statistiques
Objects, problematics, research fields, methods :
for a methodical pluralism
Summary : This paper tries to apply a clear distinction
between objects, problematics, research fields, and methods first
to a few canonical works in sociology and sociology of art, then
to some personal work. It aims to argue the necessity to adapt
methods mainly to problematics, rather than to objects or
fields. Quantitative and qualitative methods, interviews,
analy sis of corpuses or spontaneous data, or direct observation,
will be concretely related to the choices that the sociologist of art
has to make in front of a historical or a present time sociology,
a sociology of the status of creators, mediation, reception, works
or values, or of an explicative or a comprehensive sociology. It
tries to demonstrate that such a pluralism, as soon as it is
carefully thought of, helps to avoid a twofold obstacle : on one
side, a rigorism which would authorize one and only method ;
on the other side, a laxism which would allow any method,
without any control of its adequacy to the problematics.
Keywords : comprehension, description, explanation, fiction,
interviews, methodology, social sciences, sociology of arts,
statistics
Objetos, problemáticas, terrenos, métodos : por un
pluralismo metódico
Resumen : Aplicando a algunos textos canônicos en
sociología y sociología del arte así como a trabajos personales
una distinciôn tan rigurosa como posible entre objetos,
problemâticas, terrenos y métodos, este artículo se propone
12 Objets, problématiques, terrains, méthodes : pour un pluralisme méthodique
defender y ilustrar la necesidad de adaptar los métodos no
tanto a los objetos y a los terrenos de la investigaciôn como a
sus problemâticas. Méto dos cuantitativos y cualitativos, y, al
interior de estos, estudios basados en entrevistas, en anâlisis de
corpus o de datos espontâneos, o incluso en la observaciôn
directa, son puestos en relaciôn, a partir de ejemplos concretos,
con las posibilidades que se presentan al sociôlogo del arte
desde el momento que opta por una sociología histôrica o del
tiempo presente, por una sociología del status de los creadores,
de la mediaciôn, de la recepciôn de las obras y de los valores, o
bien por una sociología explicativa y comprensiva. Se intentara
mostrar que este pluralismo metodolôgico por poco que sea
reflexionado y claramente asumido, permite evitar un doble
obstâculo : de un lado el rigorismo, que tendería a no acordar
valide.Z que a un solo método, del otro lado el laxismo que
autori.Zaría cualquier método, sin ningûn control de su
adecuaciôn a la problemâtica.
Palabras claves : comprensiôn, descripciôn, entrevistas,
explicaciôn, ficciôn, metodología, ciencias sociales, sociología del
arte, estadísticas
13 Objets, problématiques,
terrains, méthodes :
pour un pluralisme méthodique
Posons deux postulats. Le premier est que les questions de méthode
sont cruciales en sociologie, et notamment en sociologie de l’art, dès
lors qu’on admet que c’est par la sociologie d’enquête que cette
discipline peut sortir de sa préhistoire : celle de l’esthétique socio-
logique, même modernisée aux couleurs d’une « sociologie des œuvres »
– laquelle n’a jamais eu véritablement besoin de méthodes, mais
1seulement d’objets et de concepts . Or qui dit enquête dit méthode. Il
faut donc se réjouir que Sociologie de l’art consacre un numéro à ce
thème crucial.
Le second postulat est qu’il n’existe pas de méthode qui soit en
elle-même meilleure qu’une autre : la qualité d’une méthode se
mesure à son adaptation à ce qui est visé. Et ce qui est – ou devrait
être —– visé par toute enquête empirique, c’est une problématique.
Aussi toute recherche empirique qui ne se contente pas d’avoir un
objet et un terrain, comme c’est malheureusement souvent le cas, se
doit-elle de fournir une réponse claire à une double question : quelle
problématique ? Et quelle méthode ?
Objet, problématique, terrain, méthode : il convient de dissiper
d’emblée deux possibles malentendus face à cette décomposition
analytique des composants de la recherche. Le premier malentendu
consisterait à inférer de ces distinctions qu’elles supposent une indé-
pendance de ces moments les uns par rapport aux autres, selon le
classique sophisme consistant à confondre différenciation et autono-
mie ou, à l’inverse, interdépendance et similitude ; or, au contraire,
c’est précisément leur bonne articulation qui nous paraît devoir être
visée, grâce, précisément, à une claire définition de leurs propriétés
respectives.
1 Cette position a été défendue in N. Heinich, La Sociologie de l’art, Paris, La
Découverte, coll. « Repères », 2001.
15 Nathalie H EINICH
Quant au second malentendu, il consisterait à supposer que
l’absence, dans cette liste, d’une cinquième catégorie —– celle des
concepts ou des cadres théoriques —– résulterait d’un fâcheux oubli.
Bien plutôt, elle procède du constat que l’épistémologie classique,
sous-tendue par la valorisation immémoriale de la théorie par rapport
à l’empirie, tend à analyser les productions scientifiques principa-
lement en fonction de leurs cadres conceptuels, en oubliant ou en
minimisant la part qu’y prennent ces composants constitutifs du
travail empirique que sont le choix d’un objet, d’une problématique,
d’un terrain, d’une méthode. Nous pensons au contraire que les gran-
des œuvres des sciences sociales ont produit leurs modèles théoriques
et leurs concepts, beaucoup plus qu’elles ne les auraient appliqués :
théories et concepts sont le plus souvent des conséquences de
l’investigation, et non des schèmes préalables que l’enquête ne ferait
qu’appliquer.
En outre, ces modèles qui structurent la pensée sont loin d’être
toujours conscients chez le chercheur, et sont peut-être même
d’autant plus puissants qu’ils sont moins conscients, ayant été intégrés
comme des évidences qui n’ont pas besoin d’être explicitées pour agir.
C’est là, probablement, ce que Kuhn désignait par un « paradigme »
scientifique2 : une forme de pensée commune qui n’apparaît comme
telle qu’après coup, une fois qu’elle a perdu de son évidence en ayant
abdiqué sa toute-puissance intellectuelle. C’est ainsi par exemple que
l’arrière-plan théologique dans la conception durkheimienne du « social »,
l’arrière-plan fonctionnaliste dans la vision parsonienne de la société,
l’arrière-plan structuraliste dans la théorie eliasienne de la configu-
ration, ou encore l’arrière-plan critique dans la théorie bourdieusienne
de la domination, sont devenus beaucoup plus manifestes à leurs
successeurs qu’ils ne l’ont été, probablement, aux yeux des intéressés.
C’est pourquoi une épistémologie qui placerait les concepts en
amont du travail de recherche méconnaîtrait —– par naïveté, manque
d’expérience ou intellectualisme rampant – sa dynamique propre, en
vertu de laquelle l’objet possède une force intrinsèque qui pousse ou
qui tire le chercheur dans des zones non encore frayées, des modes
de pensée non prévus. Une telle épistémologie ne mérite à nos yeux –
telle la philosophie hégélienne de l’esprit selon Marx – que d’être
2 Cf. Th. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1972 (1962).
16 Objets, problématiques, terrains, méthodes : pour un pluralisme méthodique
remise sur ses pieds : les quatre pieds de l’enquête que constituent
l’objet, la problématique, le terrain, la méthode... C’est cette grille de
lecture que nous allons appliquer à quelques ouvrages fondamentaux
en sociologie et en sociologie de l’art, puis à des travaux personnels,
de façon à en clarifier les options méthodologiques à la lumière de
ces différents paramètres.
SOCIOLOGIE GÉNÉRALE : DEUX EXEMPLES CANONIQUES
Prenons deux exemples canoniques empruntés à l’histoire de la
sociologie —– l’un et l’autre fort différents, et choisis justement pour
cela, puisque rien ne met mieux à l’épreuve un modèle que son
application à des cas très contrastés. Et en effet, quoi de plus éloigné
que l’explication du suicide par l’exploitation raisonnée des données
statistiques, due au fondateur de la sociologie française (Durkheim),
et l’explicitation des structures sous-jacentes à l’interaction à travers
des anecdotes empruntées à la vie quotidienne, due à un auteur-phare
de la sociologie américaine (Goffman) ?
Tout d’abord donc, un grand ancêtre de la sociologie : Le
Suicide de Durkheim 3. Son objet c’est, comme son titre l’indique, les
conduites suicidaires. Sa problématique, c’est l’explication de ces
conduites (cela peut sembler évident, mais on pourrait aussi imaginer
qu’elle soit la compréhension des motivations telles qu’elles sont
vécues par le chercheur, ou encore l’explicitation des valeurs et des
représentations associées à cet acte, les arguments donnés à sa
condamnation ou à sa justification, etc.). Son terrain, c’est la France
de la génération précédant l’enquête. Et la méthode, c’est la
statistique, qui va permettre de donner toute sa force à la démarche
explicative, en amenant des causalités hypothétiques, en les confron-
tant aux données statistiques, et en éliminant les paramètres non
pertinents. Ainsi a pu être mise en évidence une causalité non visible
aux acteurs : le manque d’intégration sociale, sous ses différentes
formes. Cette démarche, exemplaire de la méthode empirique telle
que l’avait formalisée Claude Bernard en 1865 dans son Introduction à
la médecine expérimentale , marqua le moment inaugural de la sociologie –
ou plutôt d’une certaine sociologie, de type explicatif. Renforcée
3 Cf. E. Durkheim, Le Suicide. Étude de sociologie , Paris, PUF, 1930 (1897).
17 Nathalie H EINICH
deux générations plus tard par l’invention des méthodes de sondage,
elle gouverne encore aujourd’hui l’essentiel du paradigme sociolo-
gique dominant. Et c’est justice, car existe-t-il plus parfait exemple
d’adéquation entre une problématique et une méthode ?
Second exemple : Frame Analy sis d’Erving Goffman, dont son
auteur disait lui-même qu’il y avait appliqué un « opportunisme
méthodologique »4. Son objet ? La « grammaire » de l’expérience,
c’est-à-dire les structures sous-jacentes aux interactions, organisant
leur gestion appropriée par les acteurs. Sa problématique ? La
coordination non consciente des conduites et des représentations par
des schèmes collectifs implicites – ce que Durkheim aurait proba-
blement appelé le « social ». Son terrain ? Rien moins que l’ensemble
de la vie sociale passée et présente, au moins dans le monde occiden-
tal mais probablement aussi (quoique Goffman, semble-t-il, n’aborde
pas frontalement cette question) dans toutes les sociétés humaines.
Et sa méthode ? Elle paraît simple : observer, regarder, noter des
San Francisco anecdotes (beaucoup proviennent du journal local, le
Chronicle), et les classer, jusqu’à ce que les quelques catégories de
cadres ainsi repérés (naturel ou social, primaire ou transformé, mode
ou fabrication, avec leurs éventuels croisements ou enchâssements)
saturent l’ensemble des données recueillies. On est là à l’opposé de la
rigueur statistique expérimentée par Durkheim : une méthode pure-
ment qualitative et inductive, sans échantillonnage, sans enquête
systématique, sans même de terrain bien délimité. Et pourtant, le
résultat est un modèle d’une extraordinaire puissance descriptive.
Explique-t-il quelque chose ? Non (si ce n’est, marginalement, quel-
ques cas de malentendus en cas de « ruptures de cadres » intem-
pestives) : pas davantage que le fait de savoir qu’une phrase est
constituée d’un sujet, d’un verbe, de compléments, n’explique un
énoncé. Permet-il de comprendre l’expérience des acteurs ? Non, s’il
s’agit d’expliciter ce qui guide consciemment leurs actions ; oui, s’il
s’agit de rendre visible ce qui structure la production et la bonne
réception de ces actions : exactement comme une analyse logique ou
grammaticale permet d’aller au-delà du sens des mots pour restituer
les règles de leur engendrement, à la fois sues (car incorporées dans la
compétence linguistique) et non sues (car n’ayant pas besoin d’être
4 Cf. E. Goffman, Les Cadres de l’expérience, Paris, Minuit, 1991 (1974).
18 Objets, problématiques, terrains, méthodes : pour un pluralisme méthodique
conscientes) 5. Au-delà du projet explicatif et du projet compréhensif,
ce livre est avant tout un extraordinaire outil descriptif —– un peu
comme l’est la technique des rayons X. Et de même qu’on prouve le
mouvement en marchant, il prouve la validité de sa méthode par la
qualité de ses résultats : une modélisation aussi puissante, dans son
6domaine, qu’a pu l’être la théorie freudienne de l’inconscient .
SOCIOLOGIE DE L ’ART :
DE L ’ENQUÊTE STATISTIQUE À L ’OBSERVATION ETHNOGRAPHIQUE
Appliquons à présent ce mode d’analyse à quelques ouvrages cano-
niques en sociologie de l’art, en commençant par l’enquête pionnière
de Bourdieu et de ses collaborateurs sur les musées 7. Son objet est,
comme l’indique le sous-titre, la fréquentation des musées ; sa
La Repro-problématique est la même que celle des Héritiers et de
8duction , à savoir la stratification sociale et l’inégalité des ressources,
mais dans le domaine de la consommation culturelle et non plus de
l’éducation ; son terrain est, cette fois, l’Europe contemporaine ; et sa
méthode est l’enquête statistique effectuée par questionnaires auprès
d’un échantillon représentatif de visiteurs de musées. Or, tout comme
avec Le Suicide, l’innovation que constitua cette recherche, et qui en
fait encore aujourd’hui une référence incontournable, c’est le déplace-
ment d’une méthode sur un autre objet et/ou une autre probléma-
tique que ce qui était jusqu’alors visé par ses utilisateurs. De même
que Durkheim utilise l’outil statistique non plus dans une perspective
de comptabilité administrative mais à des fins d’élucidation théorique,
de même Bourdieu utilise les nouvelles techniques du sondage
d’opinion, mises au point aux États-Unis dans l’entre-deux-guerres et
5 Cette propriété des règles dans leur usage effectif rejoint les analyses de P. Bourdieu,
cf. Le Sens pratique , Paris, Minuit, 1980.
6 Cf. N. Heinich, « Pour introduire à la cadre-analyse » ( Critique, n° 535, décembre
1991) ; cette présentation défend à la fois la métaphore grammaticale et la métaphore
psychanalytique pour situer cet ouvrage doublement atypique, et dans l’œuvre de
Goffman, et dans la sociologie en général.
7 Cf. P. Bourdieu, A. Darbel, L’Amour de l’art. Les musées d’art européens et leur public ,
Paris, Minuit, 1969 (1966).
8 Cf. P. Bourdieu, J.-C. Passeron, Les Héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Minuit,
1964 ; La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement , Paris, Minuit, 1970.
19 Nathalie H EINICH
développées en France dans les années 1950 9, en les appliquant non
plus au marketing ou à la prévision électorale, mais au comportement
des visiteurs de musées. L’innovation ne réside donc pas tant dans la
méthode que dans la conjonction d’une méthode et d’une
problématique.
L’expérience sera ensuite étendue par Bourdieu à l’ensemble
des pratiques culturelles avec La Distinction, ouvrage qui lui ouvrira un
lectorat élargi 10 ; la problématique y sera toutefois infléchie vers la
reproduction des inégalités sociales en tant qu’elle est non plus seule-
ment imposée par l’institution – comme dans ses précédents travaux
sur l’éducation - mais organisée par les acteurs eux-mêmes afin
d’asseoir leur position dans la hiérarchie. L’importance de la méthode
se mesure ici au fait qu’il suffit d’en changer, passant une génération
plus tard de l’enquête statistique à l’enquête par entretiens, pour voir
les résultats quelque peu modifiés par la multiplication des exceptions
–individuelles à la règle catégorielle mise en évidence par Bourdieu
ce qu’une lecture naïve prend évidemment pour une réfutation de
l’œuvre du maître, voire pour un changement dans le rapport des
acteurs à la culture, là où il n’y a probablement guère plus qu’un
11 . changement de méthode
L’Amour de l’artVingt ans après , Raymonde Moulin et son
12. équipe enquêteront non plus sur les musées mais sur les artistes
Face à cet objet bien ancré dans la sociologie des professions, à cette
problématique elle aussi classique (la description morphologique d’une
catégorie socioprofessionnelle), et à ce terrain clairement délimité (la
France contemporaine), il pouvait sembler évident d’appliquer direc-
tement la méthode éprouvée de l’enquête statistique par sondage,
assortie d’entretiens avec un sous-échantillon d’individus. Mais les
9 Cf. M. Pollak, « Paul F. Lazarsfeld, fondateur d’une multinationale scientifique »,
Actes de la recherche en sciences sociales, n° 25, 1979.
10 Cf. P. Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979.
11 Cf. B. Lahire, La Culture des individus, Paris, La Découverte, 2004.
Les Artistes. Essai de 12 Cf. R. Moulin, J.-C. Passeron, D. Pasquier, F. Porto-Vasquez,
morphologie sociale, Paris, La Documentation française, 1985. Si nous choisissons d’appliquer
ici notre réflexion à ce livre plutôt qu’à des travaux plus connus du même auteur sur le
marché et l’institution de l’art, c’est qu’il pose – et résout – un problème de méthode
d’autant plus intéressant qu’il est spécifique des phénomènes artistiques, alors même que
le cadre initial de l’enquête s’inscrivait dans une sociologie des professions tout à fait
classique.
20 Objets, problématiques, terrains, méthodes : pour un pluralisme méthodique
auteurs se sont heurtés à un écueil révélateur de la nature même de
l’objet : à savoir la difficulté à discriminer entre artistes professionnels
et amateurs, c’est-à-dire, concrètement, à décider qui pourra ou non
faire partie de l’étude. Le parti adopté pour résoudre cet obstacle
typique des activités en « régime vocationnel » 13 consista, très oppor-
tunément, à laisser à l’ensemble du « champ » le soin de donner la
réponse (comme il le fait d’ailleurs en situation réelle, par des indica-
teurs de notoriété formalisés tels que le Kunst Kompass), en s’appuyant
sur un critère de « visibilité » dans le monde de l’art, construit à partir
d’un certain nombre de paramètres —– expositions collectives ou indi-
viduelles, mentions dans des publications plus ou moins spécialisées,
cotations, etc. Pré-enquête, choix de la méthode, construction raison-
née d’un critère de délimitation de la population, puis recherche des
individus concernés, échantillonnage, passation des questionnaires,
exploitation des données : telles sont donc les étapes d’une recherche
plus complexe que ne l’aurait été l’étude morphologique d’une
profession ou d’un métier. Là encore, les contraintes méthodologiques
nous en apprennent beaucoup sur l’objet, avant même les résultats de
l’enquête.
Terminons ce tour d’horizon de quelques classiques en socio-
logie de l’art par une autre célèbre enquête sur les artistes, à peu près
contemporaine mais menée outre-atlantique : Les Mondes de l’art de
Howard Becker 14. Il s’agissait, à travers un objet démultiplié (pein-
ture, photographie, musique, cinéma, artisanat d’art, etc.), de mettre
en œuvre la problématique de la dimension collective de l’activité, le
terrain étant les États-Unis à l’époque de l’enquête. Là, la tradition
interactionniste américaine a laissé son empreinte, puisqu’en matière
de méthode il n’est plus question de statistiques, de questionnaires ni
même d’entretiens en bonne et due forme, mais d’observation directe
des situations vécues, de recueils d’anecdotes, d’échanges informels
avec les acteurs, d’analyse de génériques de films, etc. Une méthode
aussi ouverte, appliquée à un objet aussi extensif – toutes les activités
artistiques —– ne peut que mettre en lumière un petit nombre de
propriétés communes : d’une part, les différences d’intégration des
13 Cette notion a été définie notamment in N. Heinich, Être écrivain. Création et identité,
Paris, La Découverte, 2000 ; LÉlite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique,
Paris, Gallimard, 2005.
14 Cf. H. Becker, Les Mondes de l’art, Paris, Flammarion, 1988 (1982).
21 Nathalie H EINICH
créateurs, ainsi répartis en quatre catégories selon leur degré de
marginalité ; d’autre part, le caractère en grande partie – quoique
inégalement – collectif de l’activité artistique, à l’encontre des repré-
sentations que s’en font les acteurs eux-mêmes. Notons toutefois
qu’avec la même méthode, les mêmes objets et le même terrain, on
aurait pu obtenir un résultat radicalement différent pour peu qu’on ait
changé de problématique : au lieu d’une approche critique, consistant
à dévoiler les illusions des acteurs par la réalité des faits (ce en quoi
Becker reste très proche de Bourdieu), on aurait pu concevoir une
approche compréhensive, consistant à mettre en évidence la récur-
rence, la consistance et la cohérence des représentations individua-
lisantes de l’art, en dépit de leur inadéquation aux faits, mais en raison
de leur adéquation aux valeurs investies sur l’art. Mais il se serait agi là
d’un tout autre paradigme sociologique.
UNE SOCIOLOGIE DES VALEURS ET DES REPRÉSENTATIONS
ARTISTIQUES
Ce paradigme compréhensif et acritique est celui que j’ai mis en
œuvre dans la plupart de mes travaux 15. Qu’on me permette donc à
présent d’y revenir, en me concentrant sur quelques points saillants
concernant la double question des méthodes et des problématiques.
16Dans La Gloire de Van Gogh. Essai d’anthropologie de l’admiration ,
l’objet de la recherche n’est pas Van Gogh, mais sa « légende » ; la
problématique est la reconnaissance, dans sa double dimension
d’admiration et de réparation, particulièrement bien exemplifiée dans
le cas d’un « artiste maudit » ; le terrain est la France dans le siècle qui
suivit sa mort (1890-1990) ; et la méthode est totalement éclectique :
analyse d’un corpus exhaustif de critiques d’art (1890-1900), études
de biographies, de romans, d’articles, statistiques de publications et de
films, comparaison avec les données de l’histoire et de l’anthropolo-
gie religieuse, observation participante des cérémonies du centenaire
de sa mort... Remarquons au passage que l’objet, ici, ne peut être que
préconstruit, puisque ce sont les acteurs qui le constituent en choi-
sissant eux-mêmes leur objet d’admiration, de sorte que le sociologue
n’a plus qu’à les suivre ; en revanche, la problématique est construite,
15 Cf. N. Heinich, Ce que l’art fait à la sociologie, Paris, Minuit, 1998.
16 Paris, Minuit, 1991.
22 Objets, problématiques, terrains, méthodes : pour un pluralisme méthodique
elle, par le chercheur, et ce à l’encontre de l’attente des acteurs, qui ne
cessent de vouloir rabattre la problématique —– leur admiration – sur
son objet.
C’est dire que la célèbre critique par Bourdieu et ses collabo-
rateurs de « l’objet pré-construit » était mal venue ou, du moins, mal
formulée 17 : ce sont les problématiques préconstruites qu’il convient
d’éviter, alors que les objets sont d’autant mieux choisis qu’ils nous
sont fournis par la réalité, c’est-à-dire par les acteurs eux-mêmes (à
condition du moins de ne pas limiter les « acteurs » à l’entourage
immédiat du chercheur, ce qui aurait pour effet de réduire les
« objets » de recherche aux sujets de conversation appréciés dans le
monde savant). Enquêter sur un phénomène qui n’intéresse personne
a peu de chances d’avoir une grande portée sociologique, pas plus
que de le faire sur un « phénomène de société » (c’est plutôt le travail
des journalistes) sans avoir préalablement construit une probléma-
tique solide. Concrètement, cette distinction entre objet et problé-
matique s’est manifestée dans ce livre, sur le plan de la méthode, par
une propriété immédiatement visible : le livre ne comporte aucune
reproduction des œuvres (mais une rapide description de leurs
principales caractéristiques), et ne présente des extraits de la corres-
pondance qu’en encadré, de façon à mettre en évidence les « prises »
offertes à l’interprétation et à l’admiration par les tableaux et par les
écrits de Van Gogh 18 .
L’un des avantages à travailler sur un objet fortement investi
par les acteurs – outre la certitude qu’il est bien pertinent pour eux –
est l’abondance de la documentation disponible : au lieu de constituer
soi-même son matériau, à travers de lourds protocoles d’enquête par
questionnaires ou par entretiens, le sociologue a accès à un matériau
spontanément produit par les acteurs, donc forcément pertinent. Or
si une intense admiration entraîne ce type de productions, on cons-
tate qu’à l’opposé, la détestation produit un effet semblable, comme
je l’ai expérimenté dans l’enquête préalable au Triple jeu de l’art
17 Cf. P. Bourdieu, J.-C. Chamboredon, J.-C. Passeron, Le Métier de sociologue, Paris,
Mouton, 1973.
18 La notion de « prise », qui permet d’éviter les dérives d’un constructivisme intégral
en prenant en compte l’objectivité des choses dans l’interaction, a été développée in
Ch. Bessy, F. Chateauraynaud, Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception, Paris,
Métailié, 1995.
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