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RENCONTRES ENTRE ARTISTES ET MATHÉMATICIENNES

De
180 pages
Cet ouvrage richement illustré est le fruit de rencontres entre artistes et mathématiciennes. Dans l'échange, dialogues, textes ou lettres, elles confrontent leurs expériences de recherche dans les domaines qui sont les leurs. Comment devient-on mathématicienne ? Pourquoi choisir les mathématiques ou les abandonner ? Comment élabore-t-on une sculpture Une structure sonore ? Un théorème ? Quels états émotifs, quels rapports avec le fait d'être des femmes, ces activités créatrices engendrent-elles ?
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Rencontres entre artistes et mathématiciennes

Bibliothèque

du Féminisme

Collection dirigée par Oristelle Bonis, Dominique Fougeyrollas, Hélène Rouch

publiée avec le soutien de l'Association nationale des études féministes (ANEF)

Les essais publiés dans la collection Bibliothèque du féminisme questionnent le rapport entre différence biologique et inégalité des sexes, entre sexe et genre. Il s'agit ici de poursuivre le débat politique ouvert par le féminisme, en privilégiant la démarche scientifique et critique dans une approche interdisciplinaire.
I:orientation de la collection se fait selon trois axes: la réédition de textes qui ont inspiré la réflexion féministe et le redéploiement des sciences sociales; la publication de recherches, essais, thèses, textes de séminaires, qui témoignent du renouvellement des problématiques ; la traduction d'ouvrages qui manifestent la vitalité des recherches féministes à l'étranger.

cg L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0715-7

Thérèse Chotteau, Francine Delmer, Pascale Jakubowski, Sylvie Paycha, Jeanne Peiffer, Yvette Perrin, Véronique Roca, Bernadette Taquet

Rencontres entre artistes et mathématiciennes
Toutes un peu les autres

à l'initiative de femmes et mathématiques

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Remerciements

C'est à l'initiative de l'association femmes et mathématiques, dont les auteurs mathématiciennes sont membres, que le projet d'un livre a vu le jour. Son aide, son appui et sa caution ont permis d'avancer assez loin dans ce travail collectif. Que ses adhérentes en soient ici vivement remerciées. Remodelé et modifié avec le temps, l'ouvrage a pris sa forme définitive grâce aux institutions suivantes:

Le ministère de la Culture du Luxembourg L'ambassade du Luxembourg à Paris Le ministère français de la Recherche La délégation régionale aux Droits des femmes et à l'Égalité (Aquitaine)
La délégation régionale de la SACEM (Aquitaine)

L'université Bordeaux 1 et son service culturel
Le Centre Alexandre Koyré La direction de l' Istituto di anatomia umana normale de l'université de Bologne

Derrière les institutions, nos remerciements chaleureux s'adressent aux hommes et aux femmes qui les dirigent et qui ont pris le parti de défendre notre projet au point de le rendre possible. Que les lecteurs anonymes grâce à qui certaines erreurs et lourdeurs ont été évitées soient salués et trouvent dans ces lignes la marque de notre gratitude. Anna Maria Bertoli Barsotti a généreusement mis à notre disposition sa documentation sur Anna Morandi Manzolini et la collection de cires de l'université de Bologne. Nous lui en sommes très reconnaissantes. Nous sommes heureuses de remercier particulièrement la directrice de la bibliothèque de l'Institut Henri Poincaré, Hélène Nocton, qui s'est intéressée de tout temps aux objets géométriques et nous a aidées avec beaucoup de gentillesse dans nos investigations.

La plasticienne et photographe Agnès Pouget qui a suivi le début de notre aventure, nous a laissé en cadeau les clichés pris lors de la première réunion, nous en sommes très fières et lui adressons un grand merci.
Hélène Rouch, co-directrice de la collection, nous a d'emblée fait confiance. Nous avons été sensibles à ses conseils et encouragements et l'en remercions très sincèrement.

Réalisée dans les meilleures conditions par Serge Morand, la mise en forme doit tout à l'inventivité, à la vigilance et au talent avec lesquels il a joué pour nous le rôle de maquettiste. Qu'il soit très vivement remercié pour ce beau travail.

Les auteurs du livre

Thérèse Chotteau Francine Delmer
Pascale Jakubowski Sylvie Paycha Jeanne Peiffer Yvette Perrin

sculptrice mathématicienne
compositrice

mathématicienne historienne des mathématiques mathématicienne
plasticienne

Véronique Roca Bernadette Taquet

mathématicienne

Introduction
Aux marches communes des mathématiques et des arts sont nées mille questions et autant de réponses dont ont surgi très tôt des débats cycliquement nourris et délaissés. Dès la Grèce antique, nombre de philosophes, d'artistes, de mathématiciens ont tenté d'élucider les rapports arts et sciences nous laissant en héritage leurs théories et leurs œuvres. Les uns mirent en évidence liens, analogies et parallèles, les autres cherchèrent différences et antagonismes, les limites restant impalpables et floues au moins jusqu'à la Renaissance. Faut-il entendre Aristote lorsqu'il affirme: « Les formes les plus hautes du Beau sont l'ordre, la symétrie,le défini, et c'est là surtout ce que font apparaître les sciences mathématiques» (Métaphysique, tome II) ? S'agit-il de comprendre l'incroyable folie qu'a fait naître le nombre d'or auquel Luca Pacioli a consacré son fameux traité intitulé Divina proportione (1509) ? Il Y rédige simplement un ensemble de connaissances dues à l'École pythagoricienne. Successivement Léonard de Vinci, Georges Seurat, Le Corbusier, Jacques Villon pour n'en citer que quelques-uns feront usage de cette divine proportion que Kepler nomme «joyaw:le la géométrie ». Ce sont, à vrai dire, le plus souvent les nombres ou la géométrie qui ont induit les glissements de sens ou les tentations d'explication du monde. Par exemple, dans la théorie selon laquelle notre univers serait constitué par des combinaisons des quatre éléments fondamentaux: le feu,la terre, l'air et l'eau, les Grecs associaient respectivement lesdits éléments à quatre des corps platoniciens, le tétraèdre, le cube, l'octaèdre et l'icosaèdre, réservant au dodécaèdre la place de Dieu (du Cosmos, selon les versions). Plus tard Kepler mit également en relation les cinq polyèdres, cette fois avec les orbites des astres du système solaire.
Plus récemment,l'utilisation dans le domaine de l'art des notions mathématiques se retrouve chez des plasticiens (Mario Merz, Naum Gabo. ..), des peintres (François Morellet, Aurélie Nemours. ..), des musiciens (Jaunis Xenakis. ..), des poètes (Raymond Queneau, Michèle Métall. ..).

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TOUTES UN PEU LES AUTRES

Réunies autour de ce thème aussi vaste qu'exploré, les auteurs de ce livre s'expriment délibérément sur un ton personnel et singulier. Toutes un peu les autres se présente comme un discours à plusieurs voix, «joufflu de mots sincères» (Segalen), simples et complices. En quelque sorte, c'est le récit d'un voyage fait de rencontres. Le voyage, c'est l'ailleurs, dans les domaines frontières entre mathématiques et arts que des mathématiciennes et des artistes ont exploré ensemble y débusquant similitudes et divergences, ne cherchant pas tant les connivences que le débat. Les rencontres, plurielles et temporelles, ont été en premier lieu celles d'œuvres - au cours de l'exposition à l'Institut Henri
Poincaré (IHP)

- et

de disciplines

-

mathématiques,

sculpture,

art

plastique et plus tard musique. Puis ce furent celles des individus, des femmes, qui ont pris du plaisir à retrouver, le temps d'une respiration, d'une pause, le fil et l'intensité de leur vie, en miroir et en contrepoint des autres. Elles ont rapidement tissé des liens imbriqués dont le lecteur ne pourrait suivre la trace sans quelques indices précisant l'entrée en scène des différents personnages. On voit tout d'abord Thérèse Chotteau, sculpteur, découvrir à l'IHP une impressionnante collection d'objets géométriques en plâtre, en bois, en carton et autres matériaux, marqués par le temps. Alors qu'elle franchit le seuil de l'IHp, haut lieu parisien de la mathématique, Sylvie Paycha, mathématicienne, s'aventure dans l'atelier de Véronique Roca, plasticienne travaillant la cire. Deux femmes se sont frayé un chemin entre des mondes apparemment différents, celui des mathématiques et celui de l'art. Il suffit alors d'un catalyseur pour que le groupe naissant prenne corps. On pourrait dire que son histoire commence le jour du vernissage de l'exposition Confrontations à la bibliothèque de l'IHP au printemps 1997 où sont présentées des œuvres de Thérèse Chotteau et de Véronique Roca. Invitée à donner une conférence, Jeanne Peiffer,historienne des mathématiques, introduit à la lumière de son travail sur Albrecht Dürer, une réflexion sur les rapports arts et sciences. Dans le prolongement, Sylvie Paycha - qui dans le cadre des activités de l'association femmes et mathématiques a organisé ces différents événements - mène un débat informel sur les diverses pratiques de recherche en arts plastiques et en mathématiques.

INTRODUCTION

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Dès lors, Yvette Perrin, Bernadette Taquet et Francine Delmer, mathématiciennes, prises au jeu par ces discussions et par le projet qui s'esquisse, font aussi leur cette aventure. Posant son regard curieux sur cette journée, Agnès Pouget, photographe, en fixe l'atmosphère, comme en témoignent les clichés qui lui sont dus dans ce livre. Un an plus tard, la réunion de l'association femmes et mathématiques organisée à Bordeaux par Francine Delmer sur le thème « femmes, mathématiques, musique» a permis de fortifier les échanges et de s'ouvrir sur une troisième composante artistique par l'intermédiaire de la compositrice Pascale Jakubowski. I.:idée d'un livre est née de ces discussions, de ces rendez-vous, les mots furent dits, notés, discutés, barrés, repris... Le livre, enfin, est là. Les chapitres se succèdent naturellement dans l'ordre chronologique des rencontres posant l'éclairage principal sur trois femmes artistes pratiquant la sculpture, l'art plastique utilisant la cire pour médium et la musique. Les objets géométriques, brièvement situés dans leur contexte historique, sont confrontés dans le premier chapitre à la sculpture de Thérèse Chotteau. Elle évoque son équipée et s'interroge sur l'omniprésence de formes géométriques dans son œuvre. Puis la parole est donnée à Yvette Perrin, Francine Delmer, Jeanne Peiffer, Bernadette Taquet et Sylvie Paycha, qui tour à tour font ressurgir les traces de ces objets dans les fondements et la pratique de leur vie scientifique pour donner un éclairage personnel des œuvres sculptées. Parallèlement, un autre entretien s'installe autour de l' œuvre de Véronique Roca, dans la confidentialité de son atelier aux fragrances subtiles de cire. Jeanne Peiffer amène la plasticienne à nous révéler les secrets de son apprivoisement de ce matériau. Hasard ou coïncidence, Anna Morandi céroplasticienne bolonaise du XVIIIe siècle, tierce femme, s'impose à leur curiosité. Au retour d'un voyage à Bologne, à sa recherche, elles nous font partager leurs émotions devant l'autoportrait de cette femme scientifique exceptionnelle. Deux siècles après Anna Morandi, Véronique Roca réalise son propre autoportrait avec la même force de création, poussée par l' enthousiasme du groupe. Jeanne Peiffer nous en livre son interprétation.

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TOUTES UN PEU LES AUTRES

Par touches successives, après les brèves incursions des unes dans le monde des autres s'est élaboré un parcours collectif. Les dialogues débordent d'ailleurs rapidement le temps des rencontres pour se glisser dans la forme inaugurée au chapitre précédent. En effet, ce dernier se termine par un amusant jeu littéraire, où l'on voit deux céroplasticiennes du XVIIIesiècle mélanger, selon les lois du genre, détails de la vie quotidienne et considérations scientifiques. Les échanges épistolaires qui ont prolongé les discussions du groupe font l'objet du troisième chapitre. Respectant à la lettre la parole des unes et des autres, celui-ci met en scène les dialogues entrecroisés qui se sont instaurés. Le dernier chapitre fait la place à Pascale Jakubowski, compositrice, qui dans la complicité de longues discussions avec Francine Delmer dévoile les fils cachés de son travail et de ses passions. Elle met l'accent sur la rareté des femmes dans la composition musicale et cite quelques-unes d'entre elles, qui courageusement ont passé cette porte bien étroite. Puis, se laissant guider par un jeu de questions, elle nous présente quelques aspects de la musique électroacoustique au travers de son œuvre et nous initie aux mystères de ses compositions instrumentales les plus récentes. La plupart des œuvres d'art citées dans cet ouvrage y sont reproduites. Le lecteur désireux de s'y reporter cherchera, dans la table des illustrations (p. 160), les pages correspondantes.

INTRODUCTION

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Journée de travail au Centre Koyré, 2001

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Plaquette de l'exposition.

Le Mouvement

Perpétuel, Thérèse Chotteau,

1997

Corps géométriques
Fascinée par lesformes géométriques qu'elle intègre dans ses œuvres, Thérèse Chotteau, sculptrice, a attiré notre attention sur l'exceptionnelle collection de modèles géométriques de l'Institut Henri Poincaré. De cefait, les mathématiciennes se sont demandé ce que ces modèles signifiaient pour elles, quelle place ils tenaient en mathématiques et en art, aujourd'hui et naguère. Elles se sont interrogées sur leur pouvoir d'envoûtement, leur capacité d'expression en dehors du domaine strict de la géométrie, les effets produits sur les artistes... Avant de leur donner la parole nous suivrons Thérèse dans son sinueux parcours à la rencontre de ces modèles. Puis nous remonterons le temps jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle pour assister à leur naissance et découvrir leur histoire. Des corps géométriques nos regards glisseront sur les sculptures de Thérèse où la présence de pures formes géométriques a suscité chez les mathématiciennes des réactions que chacune a tenté de mettre en mots.

Les modèles géométriques
à leur rencontre

de l'Institut

Henri Poincaré

Arrivée Gare du Nord, prendre le RER, ligne Robinson descendre à Luxembourg, monter la rue Gay- Lussac, prendre la rue Saint Jacques et la rue Pierre et Marie Curie, au nOll, franchir la grille et là, trouver le portail arrondi surmonté d'une pierre de France frappée au nom du lieu: Institut Henri Poincaré. Ce trajet qui a guidé mes pas de Bruxelles à Paris, je l'ai découvert, par une journée d'hiver en 1992, le 17 janvier très exactement. Depuis, je l'ai toujours réemprunté dans le même esprit d'anticipation difficile à définir. À l'origine de ce trajet: une étiquette Collection de l'Institut Henri Poincaré collée sur un très bel objet mathématique que j'avais observé lors de l'exposition André Breton au Centre Pompidou. Il existait donc une collection entièrement consacrée à ces étranges

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objets! De retour à Bruxelles, dans mon quartier de Saint Job, une idée me hante: trouver ce lieu et cette collection. Depuis plus d'un an, de nouveaux êtres s'étaient installés dans mon imaginaire de sculptrice, aux côtés des figures humaines. Surfaces planes et courbes, volumes cubiques ou autres polyèdres réaménageaient l'espace de mes représentations. Je poussai la porte de l'Institut. Il me fallut monter au troisième étage. Là-haut, à travers les grilles métalliques de l'ascenseur, je les vis : des centaines de formes étranges couvraient les murs du couloir. Malgré l'image que je m'étais construite, je n'étais nullement préparée à ce spectacle qui allait bien au-delà de mes espérances.
Tapis dans la pénombre de hautes vitrines de chêne, à l'abri, rangés ou pêle- mêle, envahissant même le dessus d'armoires improvisées, ces objets constituaient pour ce premier regard un amoncellement fabuleux. Un univers formel complexe constitué de plâtre, mais aussi de bois, de cuivre, de laiton, de carton et de fils qui me renvoyait à l'univers des mathématiques ainsi qu'à la sculpture. Leur construction, teinte et texture attestaient une saisissante qualité sculpturale.

Mes études de sculpture à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles m'ont amenée entre autres à pratiquer la sculpture sous tous ses aspects et particulièrement les techniques de moulage. En regardant ces volumes dans les corridors de l'IHp,je pensais à leur production: comment avaient-ils été conçus? À quoi pouvaient bien ressembler leurs moules? Comment a-t-on combiné plusieurs techniques et divers matériaux? Ces questions me renvoyaient à celles que je me pose lorsque je construis une forme dans l'espace, que ce soit un personnage, un arbre, ou une figure géométrique. I;image perçue ce 17 janvier sur ces quelques mètres de couloir, je la conserve comme un bien précieux, mais je ne pouvais en rester à cette impression première. La collection faisait partie de la bibliothèque. Une rencontre avec la directrice, Hélène Nocton, nous permit d'échanger notre enthousiasme pour ces objets si précieusement conservés par ses soins. J'eus la possibilité de revenir les photographier, fixant ainsi la première image que j'en avais eue,

CORPS GÉOMÉTRIQUES

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Vitrine, bibliothèque

de l'Institut

Henri Poincaré, 1992

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Vitrine, bibliothèque

de l'Institut

Henri Poincaré, 1992