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REPENSER L'ART ET SON ENSEIGNEMENT

De
272 pages
Les écoles d’art n’offrent pas de débouchés, vivent repliées sur elles-mêmes, n’assurent plus de fonction sociale. L’essai de Forest, homme de terrain, s’appuie sur sa propre expérience, comme artiste, mais aussi comme pédagogue, voire comme théoricien. Il dénonce les aberrations du système en place, qui reproduit les valeurs élitaires du marché, sans soutenir un art d’expérimentation, un art de recherche, d’invention, de participation et de progrès social. Il milite pour un art qui tienne compte des mutations technologiques, mais qui replace avant tout le sens au centre de ses préoccupations.
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REPENSER L'ART ET SON ENSEIGNEMENT
LES ECOLES DE VIE C L'Harmattan, 2002
ISBN : 2-7475-3409-X Fred FOREST
REPENSER L'ART ET SON ENSEIGNEMENT
LES ECOLES DE VIE
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIE
PUBLICATIONS DE L'AUTEUR
Art Sociologique.
10/18, U.G.E, N° 1188, Paris 1977.
Recherche de Julia Margaret Cameron.
Z'Editions, Nice 1988.
L'oeuvre perdue.
Galerie Rivolta, Lausanne 1990.
Manifeste pour une esthétique de la communication
+ _ 0, N° 43, Bruxelles 1995
100 Actions.
Z'Editions, Nice 1995.
Pour un art actuel. L'art à l'heure d'Internet
L'Harmattan, Paris 1998.
Fonctionnement et dysfonctionnement de l'art contemporain.
Un procès pour l'exemple
L'Harmattan, Paris 2000.
LES OEUVRES SUR RESEAU
http://www.fredforest.org
http://www.webnetmuseum.org Plus j'enseigne et plus j'apprends que l'art ne peut être enseigné,
tout au moins d'une façon directe. L'art comme je le conçois est la
formulation visuelle de notre réaction au monde, à l'univers, à la
vie.
Joseph Albers
« Il n'est rien qui soit plus sujet à transformation dans l'oeuvre d'art
que cet espace sombre de l'avenir qui en elle fermente, un espace
hors duquel on voit surgir au cours des siècles, d'entre chacune des
prophéties qui distinguent les oeuvres inspirées des oeuvres ratées, non
pas une prophétie unique, mais toujours, fût-elle intermittente, une
série de prophéties. Pour que chacune devienne intelligible, il faut
que soient parvenues à maturité des circonstances que l'oeuvre a
anticipées, souvent de quelques siècles, souvent aussi de quelques
années seulement. Pour partie, ce sont certaines transformations
sociales, qui modifient la fonction de l'art ; pour d'autres les décou-
vertes mécaniques.
Walter Benjamin'
À tous mes étudiants en art, qui ne sont pas devenus par la force des
choses : chauffeurs de taxi, agents immobiliers, dentistes ou entre-
preneurs des pompes funèbres, comme j'en connais un plus grand
nombre... mais des artiste à part entière ! Des artistes se prévalant,
aujourd'hui, d'un vrai statut, économique, social, professionnel,
d'artiste reconnu (?) Un statut et un... talent acquis et validés par
leur formation dans une école des beaux-arts en France ! Mais com-
bien sont-ils ? Se comptent-ils par dizaine de milliers, comme l'atteste
le nombre des étudiants inscrits chaque année dans nos écoles des
beaux-arts ? Ou plutôt sur les doigts d'une main... comme c'est la
triste réalité ? Tout le problème est là !
Fred Forest
1 . L'oeuvre d' artà l'époque de sa reproduction mécanisée, 1936. - Vifs remerciements à Mélanie Grasset, Maud Clément, Jean-Luc
Bastins, et Sophie Lavaud, qui ont assuré la relecture du manuscrit.
- Barbara Kaminska pour sa mise en forme technique.
- Lisa Amoros pour le visuel de la couverture PARTIE PREMIERE. LETTRE OUVERTE Ce livre paraît au moment où la France traverse une crise majeure. Par
l'expression du suffrage universel, elle vient de se choisir ceux qui sont
appelés à la gouverner... Ils sont maintenant tous en place, élus de façon
démocratique, pour cinq ans. Quoi qu'il en soit des tares du système
dont ils héritent, (et que, pour certains, ils ont contribué à installer), leur
tâche, comme leur responsabilité à assumer est entière. Ils n'ont guère le
choix. Ils n'ont qu'une chance de s'en sortir : celle d'opérer dans leur
tête, dans leurs comportements, dans leurs habitudes, dans leur concep-
tion du politique et de l'éthique, un virage à 180°. Ils n'ont plus droit à
l'erreur. À vouloir ignorer la réalité des faits, à nier la fracture qui s'est
révélée soudain au grand jour au-delà des clivages politiques tradition-
nels, ils ne feraient qu'entretenir pour un temps une situation qui réserve
à la France à moyen terme les heures les plus sombres. À regarder de
plus près, on constate, que ce sont les mêmes qui se retrouvent, une fois
de plus, aux postes de commande, même si c'est par personnes interpo-
sées et jeu des alternances.
À défaut d'un apport significatif en sang neuf, ceux qui détiennent le
pouvoir, auront-ils, du fait de l'extrême gravité de la situation et de son
urgence, un sursaut leur permettant, par une sorte de prise de conscience
miraculeuse, l'opportunité de se dépasser ? de se surpasser et d'aller au-
delà d'eux-mêmes ? Nous aimerions le croire. Attendons donc le miracle
qui permettra à la France d'en haut de regarder sans trop de condescen-
dance la France d'en bas, de l'écouter, de dialoguer avec elle et de satis-
faire ses justes attentes, plutôt que de couvrir d'anathèmes ceux qui ont
manifesté leur ras-le-bol, soit par une abstention massive, soit par une
tentation les poussant à adopter l'extrémisme de droite ou de gauche.
C'est vrai que dans notre pays les bénéficiaires du système sont toujours
un peu trop du même côté, depuis trop longtemps, en art, comme en po-
litique, et que les choses doivent changer. C'est à l'Etat le premier de se
réformer, d'assurer la sécurité des citoyens, d'appliquer la justice, de
faire respecter l'égalité, d'être à l'écoute des besoins de tous. Ce séisme,
révélé par les der-Mères élections, secoue aussi en profondeur le milieu
des artistes et interroge leur condition' Il n'est pas sûr que ceux qui sont
1 . Un exemple parmi d'autres : mail en date du 11 juin 2002 diffusé sur Internet par l'as-
sociation Jeune Création:
En début d'année, vous avez soutenu notre association d'artistes qui risquait d'être
expulsée de son local fin juin. Nous avons été très sensibles à votre geste, malheureu-
sement aujourd'hui concrètement la situation ne s'est guère éclaircie. Notre situation :
Pour l'instant Jeune création travaille toujours dans le local qu'elle occupe à titre
13 montés au créneau, dopés par les médias, pour défendre la démocratie
prétendument en danger, avec tant d'emphase, ne défendaient pas
d'abord leurs propres privilèges 2. Plus d'un, parmi eux, s'est réveillé le
lendemain avec la gueule de bois, tout surpris de la couleur du bulletin
presque gratuit (bail précaire). Cet espace appartient à la SEMAPA (société d'écono-
mie mixte dont le président est Serge Blisko, Maire du 13ème arrondissement). Le 30
juin prochain, le bail arrive à son terme. Contractuellement, nous devons quitter les
lieux ou payer une astreinte de 5000 francs par jour au-delà du terme. En l'absence
d'un autre lieu pour nous accueillir, nous ne pouvons — sans saborder l'association —
quitter le local que nous occupons actuellement rue du Château des Rentiers. Or il
n'entre pas dans nos intentions de dissoudre Jeune Création après 53 ans d'activités
sans défaillance au service de l'art vivant et des artistes. Nos finances ne nous per-
mettent évidemment pas de payer les astreintes journalières prévues en cas de main-
tien dans les lieux, ni de même de payer l'éventuel loyer d'un autre espace. Etat des
démarches entreprises : La Mairie de Paris (Christophe Girard) nous a, depuis plus
d'un an, verbalement assuré de son soutien. Elle déclare ne pas avoir de locaux à nous
proposer et nous a conseillé de trouver nous-même un local, dont le coût serait couvert
par une subvention spécifique de la ville. Nous avons fait une demande spécifique de
subvention pour payer un loyer. Nous avons cherché des locaux et nous en avons
trouvé mais avons constaté que les bailleurs demandaient des garanties financières
(que nous n'avons pas) ou un engagement écrit de la Mairie (que nous n'avons pas non
plus). Nous n'avons, à l'heure actuelle, aucune réponse de la Mairie concernant notre
demande de subvention ou d'éventuelles autres solutions (certains courriers postés en
recommandé à la Mairie n'ont même pas été récupérés !). Enfin nous n'avons jamais
réussi à obtenir un rendez-vous auprès de Serge Blisko, Maire du 13 ème arrondisse-
ment de Paris et président de la SEMAPA (c'est notre troisième demande...).
Ainsi les nouvelles sont les plutôt sombres... En fait, rien n'est réglé !
. Or ces artistes - de Télémaque à Viallat en passant par Cueco, Pignon-Ernest ou Bu-2
raglio, pour citer des oeuvres diverses - ont eu le sentiment, à partir des années 90, que
l'instrument qu'ils avaient contribué à créer leur était devenu hostile (Et oui la roue
tourne ! c'est nous qui soulignons) Pourquoi hostile ? Parce qu'une génération de vingt
ou trente ans, celle de Nicolas Bourriaud et de Jérôme Sans, a pris le pouvoir dans les
institutions parisiennes - à la DAP, au Palais Tokyo évidemment ou à l'AFAA (Asso-
ciation française d'action artistique), qui est supposée défendre l'art français à l'étran-
(trente ans après l'esthé-ger. Elle a prétendu imposer son esthétique - le relationnel -
tique de la communication, c'est nous qui soulignons...), ses certitudes, la mort de la
peinture, entre autres - et son mode de fonctionnement, fondé sur les pouvoirs et les
crédits publics (...) Ce divorce de la gauche et des artistes n'explique certes pas tout
du résultat du premier tour. Il est seulement exemplaire d'une dérive bureaucratique et
d'une absence de dialogue qui ont conduit à la dépolitisation d'un monde dans lequel,
(et la magouille pour le profit, autrefois, l'engagement était la règle et l'indifférence
c'est nous qui soulignons...) l'exception. Philippe Dagen, Le Monde, vendredi 10 mai
2002.
14 qu'il avait mis dans l'urne et de sa conséquence logique. Il n'est pas sûr,
non plus, que ceux qui se sont tus, beaucoup plus nombreux ceux-là,
murés dans un silence prudent, se tairont toujours, et que leur exaspéra-
tion ne cherchera pas un jour d'autres canaux à leurs frustrations ?
Le monde de l'art contemporain, et celui de son enseignement, sont eux-
mêmes depuis des années des systèmes d'exclusion, et de favoritisme,
qui fonctionnent à l'avantage de personnes ou de clans bien identifiés,
avec la complaisance avérée des pouvoirs publics, sinon leur franche
complicité.
Le monde de l'art ne devrait-il pas être, au contraire, celui de la généro-
sité, du partage, de l'altérité, celui du sens premier, dont nos sociétés ont
tellement besoin dans cette crise ?
Je dédie ce livre à tous mes étudiants en art qui ne sont pas devenus par
la force des choses : chauffeurs de taxi, agents immobiliers, dentistes ou
entrepreneurs des pompes funèbres, comme c'est le cas pour un trop
grand nombre d'entre eux... mais bien des artistes à part entière ! Des
artistes qui pourront, de ce fait, attester d'un vrai statut, économique,
social et professionnel, d'artiste reconnu (?) Un statut et un talent acquis
par leur formation dans une école des beaux-arts en France ! Mais com-
bien sont-ils en vérité ? Se comptent-ils par dizaines de milliers, comme
le nombre effectif des étudiants inscrits chaque année dans nos établis-
sements, ou plutôt sur les doigts d'une main... comme c'est hélas la
triste réalité ?
Tout le problème est là ! En fait, il ne s'agit pas uniquement d'une crise
du système de l'art, ou de celle de son enseignement public, mais d'une
crise majeure. Une crise qui affecte la société française tout entière. Une
société vieillissante et passéiste dans beaucoup de domaines, sur la-
quelle pèse le poids excessif d'une tradition beaucoup trop prégnante.
Ne nous laissons pas abuser par les fausses provocations d'un art dépo-
litisé et aseptisé, dont la soi-disant modernité se cantonne aux injonc-
tions de la mode et de son commerce, pimentée, ici ou là, de quelques
clins d'oeil publicitaires à la pornographie ou au voyeurisme. Un art qui
n'a plus à offrir, le plus souvent, que l'incommensurable vertige de son
inanité. Rassurez-vous immédiatement, si vous étiez inquiets : avec lui
il n'est pas question de descente maudite aux enfers, mais tout au plus de
visites, sagement accompagnées et sans périls, dans l'univers régressif
des peluches enfantines Un art orchestré et manipulé par le marché, dont
les valeurs sont attribuées et légitimées par des institutions qui lui sont
asservies, au point que ce ne sont plus les artistes qui le produisent et
15 l'imposent, cet art, mais bien les marchands eux-mêmes et quelques
conservateurs d'art contemporain, qui se trouvent avoir la main au bon
moment3 .
Je m'adresse maintenant, ici, au ministre de la Culture mis en place dans
le gouvernement après les élections. Je veux bien laisser de côté pour
l'instant le différend de fond qui m'a opposé, il y a quelques années, à
l'établissement dont il a été en charge au plus haut niveau 4. Voici donc
ce que j'ai aujourd'hui à lui dire, en acceptant volontiers d'éponger l'hy-
pothèque du passé, pour repartir d'un bon pied et manifester une volonté
de dialogue, en le regardant droit au fond des yeux :
Monsieur le ministre,
C'est un artiste et un enseignant qui vous parle. Le moment est histori-
que. Vous êtes confronté désormais à la nécessité en quelques mois,
pour réussir votre mission (mission impossible ?), d'opérer une rupture,
de devenir une quasi « autre » personne ! De larguer vos amarres et de
prendre vos distances par rapport à tout ce qu'ont pu être vos fonctions
par le passé. Si votre objectif est le dialogue, la mise en oeuvre de la
transparence, la présence des artistes plasticiens français sur la scène
internationale, la réforme réussie et rapide d'un appareil administratif
sclérosé, alors vous avez une chance. Tout est possible ! Si votre action
vise à mettre fin au favoritisme, procéder au renouvellement et rajeunis-
sement des responsables en place, si votre intention est le partage des
décisions avec les artistes dans la concertation, l'écoute et la satisfac-
tion des besoins des créateurs dans leur diversité, votre chance sera
plus grande encore.
3. Il est à remarquer que ces marchands, désormais incontournables, et ces prescripteurs
de valeurs que représentent les conservateurs de musée sont pour la plupart, depuis
trente ans, des opérateurs étrangers, à l'exception de Pierre Restany, qui a su à la fois
inventer, découvrir, théoriser et imposer le mouvement des Nouveaux-Réalistes sur la
scène internationale... Il nous faut bien constater que le phénomène de mondialisation
et de concentration des pouvoirs entre quelques mains, auquel nous assistons aujour-
d'hui d'une façon accélérée sur la planète, s'est mis en place très tôt dans le domaine de
l'art. Les Etats-Unis et l'Allemagne s'en partagent le quasi-monopole, pour tout ce qui
relève de la "création" de valeurs, qui sont aujourd'hui reconnues, dûment "muséables"
et "monnayables".
4. Procès, Fred Forest contre le Centre Georges Pompidou, pour manque de transpa-
rence. "Fonctionnement et dysfonctionnement de l'art contemporain : un procès pour
l'exemple", l'Harmattan, Paris 2000.
16 Si enfin votre intime conviction est celle de promouvoir un art « autre »,
un art de participation, ouvert à la modernité sociale et technologique
(un art qui n'a pas eu d'autre perspective, à ce jour, que de devoir choi-
sir entre le spectacle ou l'élitisme...) alors, et seulement alors, vous au-
rez une chance de rentrer dans l'histoire ! Une chance de participer à la
mutation de la culture en cours. Cette chance n'a pas été donnée à vos
prédécesseurs ! Ne la laissez pas passer ! Vous en avez l'impérieuse
responsabilité, au-delà de vous-même, pour ce que doit être l'art de vo-
tre temps et celui de votre pays. Le défi n'est pas facile à relever. L'al-
ternative est simple : ou rester comme ministre un chef de clan, dans la
lignée de ceux qui vous ont précédé, reconduire le système à quelques
variantes près, ou par l'effet d'une alchimie réussie, vous retrouver sou-
dain, littéralement « transcendé », en position d'incarner une autre ré-
alité politique, civique, éthique solidaire, fraternelle et humaine. Pour
nourrir un tel espoir sur votre conversion et faire un pari aussi osé, je
n'en appelle nullement au Saint-Esprit, je ne fais que me référer à l'un
de vos collègues au gouvernement, quand il s'interroge pour nous dire :
« Saurons-nous, simplement, penser autrement ? 5 ». Edouard Balladur
surenchérit : « Voilà la majorité en possession de tous les leviers de
pouvoir, en mesure de gouverner en conformité avec ses promesses. La
première condition pour réussir c'est de ne pas oublier le résultat inat-
tendu du premier tout de l'élection présidentielle. La confiance que nous
ont accordée nos concitoyens est conditionnelle sous bénéfice d'inven-
taire. C'est la dernière fois, nous ont-ils dit, vous n'avez plus le droit de
nous décevoir. Comme si, sceptiques et revenus de tout, ils n'attendaient
plus grand chose de ceux qui ambitionnent de les représenter, les ju-
geant peu différent les uns des autres dans leurs projets. Ne l'oublions
pas. » 6
Tout est là : savoir penser autrement ! C'est à la fois si simple et si
compliqué. C'est dans cette mutation des esprits, et votre capacité à la
mettre en oeuvre, ou non, que résident désormais votre fonction et votre
5. "C'est donc bien à une révolution morale et mentale qu'il faut s'atteler, dans la lignée
de la révolution romantique en poésie (...) Saurons-nous renoncer à une part de nous-
mêmes pour élargir notre vision et conserver dans un ensemble plus vaste les ambi-
tions qui ont toujours été les nôtres ? Saurons-nous, simplement penser autrement ?"
Dominique de Villepin, Le cri de la Gargouille, Plon, Paris 2002.
Edouard Balladur, ancien premier ministre, est député (UMP-RPR de Paris) Le 6.
Monde, "Un esprit nouveau", mardi 27 août 2002. destin de ministre. Le reste n'est qu'un peu d'écume sur la surface de la
mer. La marge est étroite. Je sais bien que vos contraintes politiques,
financières, administratives, idéologiques dont vous êtes tributaires sont
multiples et écrasantes. Mais cela ne peut en en rien constituer une ex-
cuse en soi. Seule la volonté compte. Cette interpellation que je vous
fais, ici, est sans doute pour son résultat concret attendu une pure uto-
pie. C'est ainsi du moins ce que pourront penser les sceptiques et les ré-
alistes qui n'ont pas pour habitude de rêver. Mais sans utopie, comment
voulez-vous donc que le monde change ? Et que vous-même, Monsieur
le ministre, puissiez devenir quelqu'un d'autre, du jour au lendemain,
dans l'urgence d'une conjoncture qui l'exige ? Il ne vous reste plus qu'à
nous administrer, maintenant, la preuve de votre propre révolution inté-
rieure. Si par chance c'est le cas, un dialogue fructueux pourra alors
commencer et une nouvelle ère s'ouvrir en France pour l'art et la
culture et nous l'espérons aussi... pour tout le reste. Dans le cas
contraire, au-delà de la phraséologie politique convenue, de droite
comme de gauche, la France à moyen terme est promise, à coup sûr, à
se figer encore un peu plus dans son immobilisme, et à faire face dans
un proche avenir aux convulsions les plus inattendues et certainement
aux événements les plus dommageables de son histoire. Ceux qui ont en
main l'appareil de l'Etat aujourd'hui ne doivent jamais oublier que ce
qui compte dans leur mission et leur fonction, c'est avant tout le
« sens ». Faire du sens. Un sens qu'ils sauront promouvoir par leurs dé-
cisions et par leurs actes, et c'est ce sens, ce sens seulement, qui valide-
ra alors le suffrage par lequel ils ont reçu le pouvoir qu'ils détiennent.
Monsieur le ministre, saurez-vous, simplement penser autrement ? L'es-
sentiel c'est que vous ayez compris que plus rien désormais ne pourra
jamais être comme avant, et que vous trouviez (si jamais par chance
vous l'avez compris ?) l'indépendance, les ressources intellectuelles et
les moyens matériels qui, en vertu des fonctions que vous détenez, vous
permettront, tout simplement... de changer la vie. Si ce n'était pas le
cas, il vous faudrait alors reconnaître votre échec personnel, vous ré-
soudre à démissionner et, une fois pour toute supprimer un ministère de
la culture qui n'est même pas capable de vous faire rêver.
Il ne nous reste plus qu'à attendre, maintenant, la suite des événements,
sans préjugé aucun, en vous regardant : penser, décider et agir.
Veuillez agréer, Monsieur le ministre...
Fred Forest, artiste et citoyen.
18 PARTIE DEUXIEME. PRÉFACE Si l'on attend de cet ouvrage un manuel proposant un mode
d'emploi pour un programme ou des méthodes pédagogiques sur
l'enseignement de l'art, mieux vaut le refermer immédiatement. Si
l'on cherche à s'informer sur l'esprit et les conditions dans lesquels
s'exerce l'enseignement de l'art dans les écoles d'art qui le prati-
quent en France, sous l'égide du ministère de la Culture, on pourra
le parcourir chez le premier libraire venu, puis le remettre soigneu-
sement en place sur son étagère. Si l'on recherche, par contre, des
informations inédites, des idées roboratives et prospectives, des
partis pris passionnés, des critiques percutantes, des suggestions
inattendues, des propositions constructives, un brin de bon sens, de
la clairvoyance, une foi inébranlable dans le futur de l'art et de son
enseignement... alors il n'y a pas de doute : il faut faire de cet ou-
vrage son livre de chevet ! Les Français feignent soudain de s'éton-
ner qu'un séisme a fait trembler le sol sous leurs pieds. Ils sortent de
vingt années de torpeur pour constater que la société française, tout
entière, est à réformer (à repenser). Cet ouvrage arrive à point nom-
mé pour entériner la faillite d'un système en crise. Ce livre a pour
premier mérite de constituer un vade-mecum utile pour tous ceux
qui viennent d'être appelés par les urnes à prendre en charge la res-
ponsabilité du pouvoir. Messieurs les élus du suffrage universel : il
va falloir désormais retrousser vos manches, rendre concrètes vos
promesses. Le coup de la République en danger et de la contestation
du suffrage universel ne peut se répéter impunément à chaque scru-
tin. Vous êtes maintenant au pouvoir; et qui plus est nantis de la
légitimité démocratique acquise par les urnes. Il s'agit désormais de
faire vos preuves. Non seulement de manifester, par des paroles la
sincérité de vos intentions, mais d'avoir surtout la capacité de les
transformer en objets concrets. Ce qui est un tout autre problème.
Chaque secteur de la vie professionnelle et sociale nécessite, pour
lui-même, en France, et sans tarder, cet effort de réflexion et surtout
sa traduction dans des faits tangibles. Ce livre rédigé par un artiste
non seulement vous offre une analyse sans complaisance de la si-
tuation, mais il esquisse de nouvelles orientations. Il vous invite à
entreprendre, sans tarder, une réforme en profondeur des enseigne-
ments de l'art. La société française avait perdu ses repères ? Sous le
coup de tonnerre et l'électrochoc d'une élection présidentielle aux
résultats inattendus au premier tour, elle est mise au défi de retrou-
ver ses marques. De les retrouver dans différents secteurs d'activité,
livrés jusqu'alors à la dérive d'une somnolence coupable, si ce n'est
au laxisme, à la complaisance, voire au discrédit du politique, à la
partialité de l'information et à sa manipulation. Il serait vain de se
lamenter de façon incantatoire sur les conséquences de cette crise,
21 sans essayer d'en analyser avec lucidité, et surtout honnêteté, les
causes, et sans désigner du doigt ceux qui au premier chef en portent
les premiers la responsabilité. Toutes les crises ont leur bon côté, à
condition que des enseignements pertinents en soient rapidement
tirés et que soient mises en oeuvre, sans délais, des mesures concrè-
tes et courageuses. Pour survivre, la France ne peut désormais que
devenir un vaste chantier. Cet essai qui touche au domaine très spé-
cifique de l'art et de ses enseignements est au coeur du problème. Il
est au coeur du problème, car il souligne l'importance de la formation
dans un domaine aussi fondamental que celui du symbolique et de
l'imaginaire collectif et le rôle moteur que cette joue, et
doit jouer, dans une société, pour son équilibre durable et son déve-
loppement harmonieux...En janvier 2002, comme le veut la tradition
en période électorale, la ministre de la Culture, pur produit de
l'ENA, publie un livre dans lequel elle milite activement pour l'aide
à la création et affiche, sans être à une contradiction près... une prio-
rité pour l'éducation artistique'. Voilà ce que pense Emmanuel de
Roux de ce brillant plaidoyer, dans le journal Le Monde :
« ... Quant aux interrogations posées en ce début de siècle, qu'elles
soient institutionnelles ou existentielles, elles sont à peine évo-
quées : la nécessaire réforme d'un ministère asphyxié par une crois-
sance accélérée au cours des deux dernières décennies, la balkani-
sation de la culture, la modification profonde du statut de l'art et de
l'artiste dans notre société, la déferlante du modèle américain (voir
le rapport Quémin...). Imperturbable, la ministre de la Culture
continue de célébrer les vieilles liturgies du XXe siècle dans une
langue morte. Pourtant, les incantations, fussent-elles pieuses, ne
suffisent plus. Même à ceux qui partagent la même vision du
mondez ». La très officielle (et combien sinistre dans sa mise en
page) Lettre d'information du ministère de la Culture et de la Com-
munication rend compte de l'intervention de la ministre au 3e
congrès interprofessionnel de l'art contemporain et écrit sous le pa-
ragraphe dévolu à l'éducation artistique :
« Catherine Tasca a évoqué la modernisation de notre système d'en-
seignement artistique, la prochaine mise en place d'un nouveau
statut des professeurs des écoles nationales d'art, le nouveau statut
1. Un choix de vie, Catherine Tasca, Pion, Paris 2002 (15,95 euros, c'est nous qui
soulignons, puisque la culture n'est pas une marchandise paraît-il ?)... c'est tout
au moins ce qu'affirmait Madame la ministre qui, de toute évidence, n'était pas à
une contradiction près...
2. ("La liturgie culturelle" de Catherine Tasca), journal Le Monde, 17 janvier 2002.
22 juridique pour les écoles nationales d'art et le plan à cinq ans pour
le développement de l'éducation artistique à l'école ».
Quand sur le terrain on juge de l'état de paupérisation dans lequel se
trouve notre système d'enseignement de l'art et de son archaïsme, on
constate toute la distorsion qui peut exister entre, d'une part les ef-
fets d'annonce d'un ministre en exercice (quelques mois avant les
élections...) et, d'autre part, la situation extrêmement préoccupante
de ce qui est enseigné dans nos écoles d'art à l'heure actuelle. À ce
jour : la modernisation du système de l'art est inexistante au plan des
méthodes et des contenus. Le nouveau statut des professeurs avance
avec une lenteur exemplaire. La ministre, de toute évidence, préfère
en guise de réponse aux revendications du corps enseignant leur
envoyer des compagnies musclées de CRS, si ces derniers d'aven-
ture ont la malencontreuse idée de venir manifester sous ses fenêtres
au Palais Royal. Quant au développement de l'éducation artistique à
l'école, c'est un voeu pieu que l'on ressort régulièrement des cartons.
Un mythe qui relève plus du fantasme entretenu que de réalisations
significatives et concrètes sur le terrain.
« L'absence d'un projet de société pour la culture, d'idées novatrices
et fédératrices, est ce qui caractérise le plus l'action culturelle me-
née depuis dix ans. Un comble dans un pays qui fit très tôt de la
culture une affaire d'Etat. Selon un ancien directeur du ministère de
la Culture, le constat est celui d'une crise. Le discours des politiques
est limité à : nous militons pour la diversité culturelle. Ce qui mon-
tre bien l'appauvrissement du projet. L'atonie de l'administration de
la rue de Valois est un fait constaté par tous. On assiste à un dis-
cours incantatoire qui donne l'impression qu'on ne fait que gérer
l'existant, sans qu'aucune initiative soit prise, remarque Claude
Mollard, inventeur de l'ingénierie culturelle et conseiller auprès du
ministre de l'Education Nationale Jack Lang3. »
Une réaction épidermique pourrait nous faire considérer que le té-
moignage de Fred Forest est une position individuelle et partisane,
tant les dysfonctionnements qu'il dénonce paraissent multiples et
condamnables. À y regarder de plus près, il n'en est rien : son té-
moignage recoupe, terme pour terme, les positions prises par un
collectif d'enseignants l'A&T et, en élargissant, les 1200 signataires
de la pétition "Appel aux artistes"'.
À savoir :
3. "La crise politique de la culture", Beaux Arts Magazine, N° 215, avril 2002.
Pétition Appel aux artistes à l'initiative du GIGA, du CAAP et de Jeune création,
sous la signature collective "groupe du 21 décembre".
23 - les nominations arbitraires, le manque de transparence, le manque
de concertation;
- la nécessité d'une réactualisation d'études trop anciennes;
- l'immobilisme et le maintien, à quelque chose près, du vieux sys-
tème sclérosant de l'Académie;
- l'absence d'une véritable volonté prospective d'innovation et de
restauration valorisant les enseignements artistiques;
- la situation pitoyable des artistes français, faute d'un soutien adé-
quat, dans le contexte international.
Vu de l'extérieur, on pourrait penser aussi qu'il s'agit là de la part
de Forest d'un règlement de compte contre une institution qui
l'aurait mal aimé ? Ce n'est nullement le cas. Tous les renseigne-
ments recueillis concordent sur le fait que l'artiste a été un profes-
seur apprécié par ses étudiants, un professeur consciencieux, entre-
prenant et innovant, entretenant les meilleures relations avec ses
collègues et même avec une administration qui l'a employé, plus de
quinze ans durant... avec une notation professionnelle, d'une année
sur l'autre, proche de 20/20 !
L'auteur de ce pamphlet n'est pas, non plus, un artiste (ni un profes-
seur...) tout à fait comme les autres. C'est un artiste de référence,
pionnier dans le domaine de l'art vidéo, celui des expériences de
presse, de la communication technologique appliquée aux champs
de l'art et du Net-art. Il est à l'origine de deux mouvements artisti-
ques inscrits dans l'histoire de l'art. Il est, et a été aussi, un ensei-
gnant actif (un pédagogue !) occupant plus de quinze ans un poste
de professeur à l'École Nationale Supérieure d'Art de Cergy, avant
d'être nommé titulaire de la Chaire des Sciences de l'Information et
de la Communication au département ACL (Art, Communication,
Langages) de l'université de Nice Sophia-Antipolis. Ses détracteurs
(il en a de très nombreux, autant d'ailleurs que de... fervents admi-
rateurs !) pourront, bien sûr, lui reprocher beaucoup de choses,
compte tenu de son alacrité critique, mais assurément pas de ne pas
connaître son sujet sur le bout des doigts, quand il s'agit de traiter de
l'enseignement de l'art ! Son expérience de terrain, l'information
acquise comme enseignant, tout autant que sa pratique personnelle
en qualité d'artiste, rendent difficile de contester l'autorité qui est la
sienne dans ce domaine. Une autorité dont il peut donc se prévaloir à
double titre : celui d'artiste et d'enseignant ! Il sera difficile égale-
ment de mettre en doute l'authenticité et la pertinence de ses infor-
mations. Ce sont toutes des informations qu'il détient de première
main Des informations dont il apporte les preuves et donne les
sources, chaque fois qu'il est nécessaire !
24 Forest déteste la langue de bois et il a contre lui le fait qu'en privé
comme en public, sans concession, il a cette haïssable habitude (et
cette rare qualité...) d'appeler un chat un chat !
Ce qui lui vaut naturellement de solides inimitiés, dont il n'a cure.
Contrairement aux apparences, ce n'est pas lui au demeurant qui est
excessif dans ses propos. Il ne fait que rendre compte dans son livre,
sans détour, souvent de façon abrupte, de situations inacceptables,
dont les fondements sont parfaitement vérifiables. Sans circonlocu-
tions inutiles : il met en évidence que c'est la réalité même de ces
situations... qui est elle-même « excessive » et plus souvent encore
intolérable ! Si cette réalité nous semble exagérée sous sa plume,
c'est tout simplement parce qu'elle nous est livrée, ici, sans fard.
Qu'elle nous est lancée de façon brutale au visage sans la prudence
tatillonne qui, au nom des convenances, s'efforce généralement de
tout édulcorer, de tout banaliser, de tout aseptiser. Un trait d'esprit
qui appartient en propre à la culture française. Un comportement qui
tend à gommer dans les échanges sociaux la moindre aspérité qui,
dans l'énonciation d'une opinion, pourrait être ressentie comme
politiquement incorrecte. Question de pure forme !
Un travers qui se révèle pleinement, dans les interviews politiques,
si l'on oppose la pratique « molle » de nos journalistes français, à
celle beaucoup plus incisive de leurs confrères anglo-saxons. Cet
usage policé du langage a pour résultat néfaste de favoriser les pires
laxismes de pensée, si ce n'est l'hypocrisie rampante à laquelle le
citoyen est confronté tous les jours dans son rapport aux institu-
tions... Ce qui permet aux responsables de ces dernières, si d'aven-
ture ils sont mis en cause, de toujours s'arranger pour se justifier, en
empruntant quelques belles phrases ampoulées à la langue de bois.
De justifier en quelque sorte l'injustifiable, par les artifices d'une
rhétorique, aux effets mécaniques, parfaitement huilés, apprise sur
les bancs de l'ENA. Emballage sémantique, garanti inoxydable ou
biodégradable, selon les circonstances, propre à vous faire avaler les
pilules les plus amères. Ventre mou d'un consensus biaisé dans le-
quel les appels au dialogue, les remarques, les critiques, voire les
coups de pied, restent désespérément vains Comme si vous atten-
diez une quelconque rétroactivité d'un coussin de salon...
Dans ce contexte, le « parler vrai » et sans concession d'un artiste
comme Forest peut avoir quelque chose de choquant. Un parler qui
ne s'embarrasse guère des bonnes manières et du souci de plaire aux
représentants des pouvoirs en place, quelle que soit leur apparte-
nance politique.Il n'en reste pas moins que le propos radical, tenu et
25 soutenu par Forest, peut quelques fois se retourner contre lui, voire
même heurter notre sensibilités. Sa crédibilité, la rigueur de ses en-
gagements, sa disposition naturelle au dialogue, pour qui l'a appro-
ché une fois, peuvent en souffrir. Il suffira seulement de prendre un
peu de recul, d'ouvrir les yeux sans préjugés, pour reconnaître fina-
lement le bien-fondé de ses positions et, surtout, leur bon sens. Leur
bien fondé dans une société où le langage fonctionne trop souvent
pour le pouvoir et la bureaucratie en place comme un écran de fu-
mée, favorisant et instaurant l'opacité, alors qu'on attend de lui, au
contraire, qu'il donne aux hommes la possibilité de communiquer et
de se comprendre 6. C'est un comble, un honneur, un paradoxe... et
aussi sans doute une véritable jouissance, qui « fait sens » pour un
autodidacte comme lui, de s'être retrouvé un jour en charge d'une
fonction d'enseignant au plus haut niveau de l'université et artiste
reconnu, alors qu'en fait, il n'a jamais été, lui-même, un...
« enseigné » ! Preuve est faite désormais qu'on peut devenir un ar-
tiste sans jamais avoir reçu le moindre enseignement dans une école
d'art et... professeur d'université sans jamais, non plus, en avoir
fréquenté une seule fois ses bancs. Cela dit, s'il n'est pas indispen-
sable assurément d'être un autodidacte pour enseigner l'art de façon
pertinente et passionnée à des étudiants - qui se destinent tous, d'une
façon plus ou moins avouée, à devenir un jour des... artistes -, il est
par contre nécessaire d'être à la fois motivé, curieux de tout, cons-
ciencieux jusqu'au bout des ongles et, surtout, soucieux du respect
de la personnalité de chacun des élèves qu'on aura à former. La
pédagogie de l'art, en effet, ne peut se limiter à imposer des recettes,
des modèles ou des idéologies, fussent-elles esthétiques... mais
prend son véritable sens à aider des individus à découvrir, en eux-
mêmes, les voies et les potentialités d'un langage artistique qui leur
sera propre.
7 L'inspecteur Columbo
5. "La gauche et les artistes : histoire d'un divorce", Philippe Dagen, Le Monde, 10
mai 2002.
6. En janvier 1977, dans sa leçon inaugurale au Collège de France, Roland Barthes
étendra sur le langage lui-même le règne du soupçon : "La langue professe-t-il
(...) n'est ni réactionnaire ni progessiste; elle est tous simplement fasciste". La
leçon, Roland Barthes, Seuil, 1978. Esope nous avait bien dit déjà, quelques siè-
cles plus tôt, que la langue était la meilleure et la pire des choses...
7. Pseudonyme d'un inspecteur à la création artistique du ministère de la Culture et
de la Communication, tenu à l'obligation de réserve. "La France est tout de même
le seul pays doté de fonctionnaires officiellement appelés "Inspecteurs à la créa-
tion artistique". Les maîtres censeurs, Elisabeth Lévy, Plon, 2002, p. 198.
26 PARTIE TROISIEME. NOTE LIMINAIRE