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Résistances à l'uniformisation culturelle

160 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 2000
Lecture(s) : 582
EAN13 : 9782296420328
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2èmf:'

trimestre 2000

K

" 4 Editorial
L'Europe et ses jeunes Tariq Ragi

7 Dossier
-

"Les débats"
Lagrée Lire page 7

:

La mondialisation

de la résistance à l'uniformisation

Jean-Charles

Quelles identités culturelles pour les jeunes de l'Océan Indien? Pascal Duret)) Muriel Augustinz~ Georges Dalleau) Pierre Leroyer) Maurice Zattara Certains ne perçoivent que des similitudes chez les jeunes des îles du sud-ouest de l'Océan Indien et d'autres suggèrent au contraire qu'ils n'ont rien à partager. Le propos ici s'attache aux avancées d'un bassin culturel en train de se faire en analysant la place réservée aux consommations de loisirs ainsi que le rôle tenu par les manifestations sportives. Lirepage 13
Mutations sociales et culturelles en Chine

-

Shao Guoyang Depuis la fin des années soixante-dix, la Chine s'est engagée dans une politique de réforme et d'ouverture, ce qui s'est traduit par une série de mutations sociales, culturelles, économiques et politiques. Dans cette dynamique, les jeunes sont les acteurs principaux, en particulier dans les domaines éducatif et professionnel. Lirepage23
Les jeunes face à l'intégration européenne

~
)

Céline Belot Cet article dresse un état des lieux de la relation entre « Jeunes» et « Union européenne ». Il s'attache à présenter l'intérêt de l'Union européenne pour les « jeunes» et à décrire brièvement les politiques publiques communautaires qui leurs sont destinées. Il montre que l'étude des opinions et attitudes des « jeunes» à l'égard de l'intégration européenne constitue également un enjeu scientifique au regard de la socialisation politique et du processus de légitimation du système. Lirepage35
-

La reproduction

culturelle des identités locales en Catalogne

Roger Martinez Cet article propose un exemple empirique sur la manière dont la mondialisation des biens culturels s'accompagne d'une re-contextualisation locale de ses produits finis. La mondialisation n'y est pas vue comme simple « standardisation» culturelle, mais plutôt comme reproduction de particularités locales à travers de nouvelles formes
de relations culturelles. Lire page 49

@ I:Harmattan) 2000 ISBN: 2-7384-9583-4
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$

somma Ir

Politiques de la jeunesse - réflexions d'une position nordique GIa Stafseng L'auteur s'interroge sur la pertinence de l'autonomie de trois secteurs: les politiques de la jeunesse, les recherches sur la jeunesse et les politiques de la recherche. Ces trois champs, même s'ils connaissent des évolutions apparemment distinctes, n'en demeurent pas moins imbriqués et étroitement liés, d'où l'intérêt de développer des programmes COlnmuns cohérents. Lire page 61

- La mondialisation à l'échelle des jeunes entrepreneurs Véronique Bedin Cet article se propose d'évaluer l'impact de l'internationalisation des marchés sur les petites entreprises à partir d'une enquête auprès de 84 chefs de petites entreprises de Midi-Pyrénées et en particulier auprès de « jeunes dirigeants» qui constituent un quart de l'échantillon étudié. Lire page75

Dossier "Points de vue" :
Perspectives d'avenir des jeunes à la Réunion Lucette Labache La Réunion département français, le plus défavorisé par sa position socio-économique, détient les tristes records nationaux de plus fort taux de chômage, de érémistes, et doit faire face chaque année à environ 10 000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail Lire page91
-

L'évolution de l'appartenance associative des jeunes Bernard Roudet Analysant les données issues de plusieurs enquêtes statistiques, cet article présente les principales caractéristiques et les évolutions récentes de l'appartenance associative en France. Il situe la place des jeunes dans ces évolutions, examinant si leurs appartenances se différencient de celles de l'ensemble de la population. Lirepage103
-

3

Dopés ou drogués? entretien avec le Dr ] ean- Pierre de Mondenard

Jean - Pierre de Mondenard, médecin et spécialistedes questions de dopage,
dresse un tableau historique de l'utilisation de produits dopants depuis l'Antiquité. Ensuite, tout en décrivant les effets extrêmement nocifs des différents produits ingurgités, il insiste sur les difficultés d'une société à se débarrasser de certains produits, encore indécelables. Lire page 115

Lire, faire lire

Carnet

de champs

Veille

informative

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L'Union

Européenne jouit-elle d'une iden-

tité propre? Octroie-t-elle une identité aux États qui la constituent? Ces questions peuvent paraître provocantes tant la qualité européenne de l'Union semble relever de l'évidence. Et pourtant, depuis une quinzaine d'années, les Européens s'interrogent sur leur identité dans les débats politiques, dans les rubriques médiatiques, dans les sondages d'opinion publique, dans les colloques universitaires. La persistance et l'importance de ce questionnement traduisent sans doute un malaise, une inquiétude. On peut légitimement s'interroger sur l'origine de cette incertitude. TIapparaît alors que les sources de ce trouble sont multiples, associant sans les confondre systématiquement un sentiment intrinsèque de vide, une crainte de l'environnement extérieur et une angoisse liée à l'absence de perspectives claires et identifiables. Sont ainsi réunis les signes d'une crise, alimentée de causes et d'effets endogènes et exogènes. Au niveau externe, l'hégémonie américaine, l'uniformisation culturelle qu'elle draine dans son sillon, l'effondrement du système soviétique et la quête identitaire des anciens satellites de l'URSS apparaissent comme autant de menaces pesant sur la stabilité européenne. Au niveau

interne, la montée du chômage, les prémisses du délitement du lien social, l'épuisement de l'Étatprovidence et la fin des grandes idéologies sont perçus comme autant d'éléments d'instabilité. Insérée dans cette actualité, l'Europe a pourtant réaffirmé le principe de son renforcement en adoptant un nouvel acte fondateur: elle s'est délestée de son qualificatif « économique» pour devenir Union européenne. Malgré cette avancée induite par la transition d'un système économique vers une union forte à caractère culturel sous ses variantes politique, économique et sociale, on peut encore se demander s'il existe bien une identité culturelle européenne. Comment pourrait -on définir l'Europe? Certains, à l'instar de Jean-Pierre Faye, tentent de dater l'Europe à la fable de la jeune Europé, fille du roi Phœnix, kidnappée par une animalité divine du nom de Zeus. Cette thèse à fondement mythologique ne résiste pas à l'analyse. Pour d'autres, au sein desquels figure Denis de Rougemont, l'auteur de Vingt-huit siècles dJEurope, l'Europe reste indéfinissable et indiscernable au plan étymologique; de plus, ce vocable ne renvoie pas à un contenu précis, ni à une entité aux contours délimités, ni à une réalité sociale, ni à une donnée de l'expérience.

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éditorL

Dans la même optique, Edgar Morin indique
clairement dans Penser
tEurope

qu'il s'agit d'une

notion vague, aux frontières mouvantes et en transformation constante. Pire, cette notion naissant du « tohu-bohu» se dissout « dès qu'on veut la penser de façon claire et distincte, et elle éclate dès qu'on veut reconnaître son unité». Toujours dans le même sens, Paul Valéry avait décrit l'Europe comme « un petit cap du continent asiatique ». Il convient de reconnaître que la délimitation géographique de l'Europe comporte, aujourd'hui encore, son lot d'incertitudes. Elle reste d'actualité et recèle une acuité particulière. Si l'on admet qu'à l'ouest, l'Europe commence à l'océan, comment situer l'Islande, le Groenland, les Antilles françaises et les Îles Malouines britanniques? Au sud, l'Europe s'arrête à la Méditerranée: pourtant des territoires considérés comme « Européens» se situent sur l'autre rive, à l'instar de Ceuta et Mélilia. À l'Est, la question semble bien plus épineuse: pourquoi l'Oural constituerait-il une frontière à l'extension de l'Union vers l'Est? Si, aujourd'hui, la Turquie s'inscrit bien dans l'espace européen, on peut se demander avec Marc Ferro « au nom de quels principes les peuples du Caucase ou du Turkestan devraientils en être exclus? » Le cas de la Turquie est symptomatique des doutes et des hésitations liés à la formation de l'Europe, à son passé et à son avenir. Nombreux sont ceux qui considèrent qu'un pays à majorité musulmane, fût-il laïc, ne saurait appartenir au peuple d'Europe, sous prétexte de l'existence d'une unité culturelle et religieuse. Or l'Histoire nous enseigne que

l'Europe a vécu pendant de longs siècles S9US une fracture entre la chrétienté latine et le monde orthodoxe. Ainsi, l'histoire, la géographie et la politique n'ont pas su ou réussi, jusqu'à présent en tout cas, à produire l'Europe. On peut néanmoins considérer que les Européens « font l'Europe» dans ce sens qu'ils peuvent être identifiés sinon positivement, en tout cas négativement. En effet, même s'ils parlent des langues différentes et qu'ils ne s'auto-définissent pas nécessairement comme Européens, du moins perçoiventils leur différence d'avec les non-Européens. Par conséquent, à défaut de se définir positivement autour de ce qu'ils sont et de ce qui renforce leur cohésion, ils se reconnaissent par opposition aux autres. Il apparaît donc que les Européens n'ont eu conscience de leur appartenance qu'au cours de rencontres avec des non-Européens. Ce sentiment diffus n'en demeure pas moins opératoire dans la logique de distinction à l'œuvre. Paul Valéry en donne une illustration sans équivoque lorsqu'il rend compte de ses' impressions suite aux entreprises du Japon contre la Chine et des États- Unis contre l'Espagne: il mentionne que « ce coup indirect en Extrême-Orient et ce coup direct dans les Antilles lui ont fait percevoir confusément l'existence de quelque chose qui pouvait être atteinte et inquiétée par de tels événements ». Il poursuit son propos en soulignant qu'il s'est trouvé « sensibilisé à des conjonctures qui affectaient une sorte d'idée virtuelle de l'Europe qu' [il] ignorait jusqu'alors porter en [lui]. [Il] n'avait jamais songé qu'il existât véritablement ~ C +

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une Europe ». TIen ressort que l'Europe bénéficie de cette forme d'identité qu'on peut qualifier de négative, c'est -à-dire qui se construit dans la différence, voire l'opposition. De ce qui précède, se dégagent deux tendances, la première recouvre l'impossible définition historique et topologique de l'Europe, la seconde contient les éléments d'une attitude commune des Européens face à l'altérité. Aujourd'hui, comment les jeunes Européens se définissent-ils et comment perçoivent-ils les autres? Dans quelles conditions et sous quelles modalités se sont-ils appropriés la construction européenne? Quelle est la culture européenne des jeunes? En combinant les résultats des enquêtes européennes sur les valeurs avec l'Eurobaromètre et les investigations menées dans chacun des pays de l'Union, il apparaît nettement que les jeunes se représentent l'Europe d'abord comme l'espace de la liberté: de circulation et d'installation. Ensuite, et par voie de conséquence, cette capacité accrue de mouvement devrait déboucher sur la multiplication des opportunités d'emploi, chaque pays ouvrant son marché du travail. Cette donnée, croisée avec les statistiques concernant la mobilité des jeunes, s'avère particulièrement riche d'enseignements. Du début

par un désir d'autonomiser davantage l'Europe vis-à-vis des États qui la constituent. Cette évolution comprend non seulement la création d'une protection sociale communautaire mais, et c'est inédit, la volonté de renforcer la défen~e européenne. TIsemblerait que la guerre en exYougoslavie ait eu un effet accélérateur sur l'affichage du besoin pour les Européens d'assumer, même militairement, leurs engagements au service des causes humanitaires. S'agissant de l'engagement, il est vrai que se répand au sein des différents pays européens l'idée d'une dépolitisation de la jeunesse, marquée par un déficit de citoyenneté et une carence dans la participation. Sur ce point, même si on peut reconnaître la désaffection réelle qui frappe le politique sous sa forme institutionnelle traditionnelle, on assiste toutefois à l'émergence de nouvelles formes de participation qui peuvent se réstimer par la formule suivante: les jeunes font de la politique autrement. L'expression politique des jeunes a changé de forme, elle passe moins par les partis politiques classiques et s'oriente résolument vers d'autres formes de participation à l'instar des manifestations, des regroupements citoyens autour de thèmes mobilisateurs comme l'humanitaire, l'écologie et l'antiracisme. Que l'Europe soit perçue comme le « dernier des mythes» selon les termes de Malraux, ou comme un pari pascalien selon Edgar Morin, ou enfin comme un problème historique selon Étienne Balibar, elle n'en demeure pas moins une ambition, un rêve qui saurait se réaliser si les efforts fournis en vue d'une plus grande démocratisation, de plus de justice sociale, et d'une lutte accrue contre toutes les formes de discrimination étaient renforcés. Tariq RAGI

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des années soixante dix à aujourd'hui, les jeunes sont bien plus mobiles, ce qui tend à conforter cette idée de déplacement, de travail et d'installation hors des frontières nationales (si nécessaire). Hormis cette consommation de l'espace européen, la plupart des sondages montrent que, même s'il est difficile de soutenir l'idée de l'existence d'une conscience européenne, on peut raisonnablement affirmer que les jeunes ont su développer un sentiment d'appartenance à l'Europe plus marqué que leurs aînés. Le renforcement de ce sentiment se traduit notamment

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La mondialisation

df la résistancf à l'uniformisation
par Jean Charles

LAGRÉE

Jean-Charles Lagrée, sociologue Chargé de recherche à l'IRESCO-ULISS 59-61 rue Pouchet 75849 Paris cedex 17 Tél: 014025 e-mail: 1228 Fax: 01 4025 10 14

cielles entre entreprises

ou entre États. À

n'en pas douter la globalisation cristallise toutes les peurs. Celles qui sont attachées au néo-libéralisme, à un néo-libéralisme contre lequel on ne peut ou on ne pourrait rien faire tant il est international, mené par des acteurs ou stratèges qui ne sont nulle part et qui sont partout à la fois. Le capitalisme d'antan avait un visage hideux et repoussant. Le néo-libéralisme de la globalisation est sans visage. Peu à peu les peuples comlnencent à prendre conscience du fait, progressivement ils se lèvent pour défendre leurs intérêts particuliers et cherchent à s'organiser à un niveau qui soit à la hauteur de la menace perçue. Mais comment lutter contre un péril qui, certes, porte désormais un nom mais n'a pas de visage. À défaut de le connaître l'on peut toutefois le qualifier et lui donner un contenu. Au-delà du sentiment d'impuissance d'inexorabilité du sort qui frappe la planète de part la loi d'airain de la logique économique, c'est la peur de perdre ses racines en entrant dans un univers où tout serait pareil, où les gens et choses seraient tous pareils qui semble l'emporter. monde est un village" nous disait " Le Mac

lagree@ext.jussieu.fr

Les anciens avaient peur de la peste et du choléra, qu'un destin mortel envoyait aux humains et que l'on ne pouvait ni maîtriser ni contrôler. Au registre des frayeurs qui nous aiguillonnent, ces grandes épidémies ont été remplacées par la mondialisation. un mal " Un mal qui répand la terreur", inévitable, un mal fatal soigné avec des remèdes (OMC, AMI, FMI etc.) aussi efficaces que la saignée utilisée pour vaincre la peste bubonique. De quoi est faite cette peur que véhicule le mot mondialisation: l'homogénéisation, l'uniformisation, la perte d'identité et de repère, l'américanisation, la mise sous tutelle de la diversité du monde par la puissance d'une main invisible qui s'insinue partout dans les rapports quotidiens entre les humains comme dans les relations offi-

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Luhan en voyant les signes annonciateurs société de l'information. Mais ce n'est rapprochement des distances qui ce n'est pas non plus que nous soyons abreuvés d'informations de toutes sortes, on s'en réjouirait plutôt! Ce qui fait peur c'est que les particularismes des villages répartis sur planète disparaissent et qu'en lieu et place se bâtisse un monde uniforme construit sur le modèle de l'efficacité rationnelle au service du marché. Sous le terme de mondialisation, trois
.

ment, de perte des identités et repères culturels. Mais par l'effet de cette" ruse de l'histoire " que Friedrich Hegel se plaisait à ana1yser, plus les individus prennent conscience de la menace qui semble peser sur leur destin et plus se développent les forces de résistances. Elles sont parfois éclatantes lorsque des militants de tous ordres, de toutes nations et de tous continents manifestent dans la rue contre ce qu'ils perçoivent comme des clubs de riches ou des rassemblements d'acteurs économiques qui opèrent dans le cadre mondialisation. Peut-être se trompent-ils de cible? peut-être ce qu'ils considèrent comme des organes de promotion de la mondialisation néo-libérale, sont-ils ou peuvent jouer le rôle de régulation tTIondiale que n'en déplaisent à Margaret Thatcher Ronald Reagan -, les logiques mêmes marché requièrent impérativement. Mais importe ici, le fait est qu'en s'emparant Seattle, en descendant et à du peu de

craintes

s~entrecroisent

et renforcent

leurs

effets: la crainte du marché néo-libéral, la crainte de l'uniformisation et la crainte de perdre ses identités et ses repères. Bien évidemment ces craintes et peurs modernes sont loin d'être sans fondement. Les médias raffolent des récits qui mettent en lumière les phénomènes de circulation de masse monétaire considérables dont le contrôle semble au-delà de portée de n'importe quel État ou groupe d'États ou encore de n'importe quel acteur économique. Au gré de ses voyages, tout un chacun peut à loisir constater que les biens de consommation mais également les manières

dans les rues de
- sou-

Davos en imposant la fête face au sérieux des

acteurs du marché, les manifestants

vent des jeunes - font prendre conscience au monde de la réalité et de l'ampleur du processus de globalisation. Leur action a une portée réflexive. lis agissent parfois au nom d'universaux, parfois et même le plus souvent pour défendre leurs intérêts et particularismes individuels. Mais dans les deux cas, ils engagent un processus de prise de conscience repris, développés, amplifiés mis en action par les organisations, mouvements sociaux ou même syndicats et partis politiques. On est là sans doute dans le cas de figure classique de la mise en mouvement d'une

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de vendre s'imposent à tous avec toute la puissance de la standardisation que requiert l'efficacité bien comprise d'une compétition commerciale mondiale. L'on parlera alors de " Mac Donalisation ", comme si les firmes internationales ou supranationales pouvaient s'imposer partout, sans coup férir. Bien évidemment ces tendances sont présentes et réellement actives. Bien évidemment, la mondialisation est porteuse de risques énormes en termes d'augmentation des inégalités, de dérégulation, d'environne-

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résistance" politique" à un phénomène socio-économique. La défense des intérêts privés s'y transforme en combat pour le respect de certains idéaux universaux. Les acteurs individuels rencontrent les mouvements qui parfois seront relayés par les partis politiques et organisations syndicales. Mais ici, les peintures sur les visages des manifestants, leurs danses et leurs dénonciations progressivement à " penser globalement " et à " agir localement" . Mais à côté de ces manifestations protestataires, la résistance procède également par le conduisent

s'opère entre les forces du marché et les cultures " locales". Le marché est partout. Il est dans le sport comme dans la musique ou dans les cultures des jeunes. Que n'a-t-on pas dit ou écrit Iprs de la coupe du monde de football à propos de ces équipes" nationales" où l'on cherchait désespérément des nationaux. Et alors! ! ! les processus d'identification jouaient à plein, à défaut de s'accrocher à une identité statique. Et quand bien même au cours des mois précédents, ils avaient pu proférer des propos racistes ou xénophobes, assis devant leur poste de télé, le verre de bière à la main, les supporteurs s'enthousiasment pour des joueurs aux noms exotiques comme les Anglais peuvent s'enflammer pour soutenir un joueur même français. Pour un temps dans l'ivresse de la compétition les barrières nationales et celles que nous imposaient les préjugés ethniques se sont effondrées. L'événement était exceptionnel. Et comme le montre l'actualité de ces derniers mois avec la montée du couple racisme-nationalisme, il n'a été qu'une parenthèse vite refermée dans un contexte de réaffirmation de particularismes. Pourtant n'est-ce pas un processus fort voisin que l'on peut observer lorsque de manière plus calme et plus tranquille loin de la fureur des stades - des jeunes accueillent avec empressement des musiques qui leur sont étrangères mais qui leur parlent de leur altérité propre, qu'ils récupèrent et les transforment, et lorsqu'au final ils s'en servent pour affirmer à la face des" autres". Le reggae d'abord, le Rap ensuite et bien d'autres styles musicaux participent de cette longue histoire des emprunts internationaux trans9

seul fait que les cultures

-

là où se cristalli-

sent les identités - résistent à toute tentative de réduction et d'annihilation uniformisante. L'exemple le plus porteur de sens est sans aucun doute encore une fois Mac Donald. Emblème du processus d'uniformisation des comportements de consommation ainsi que des goûts. Signe annonciateur de la victoire du modèle américain du fast food, c'est-àdire de tout un style de vie! Il n'en reste pas moins que le Mac Donald de Moscou qui fascine tellement les jeunes qui découvrent le miroir aux alouettes de la consommation standardisée ne ressemble guère à celui que l'on verra dans les rues de Lisbonne. Et ce dernier se distingue sensiblement de ce gigantesque MacDo que l'on trouve à quelques centaines de mètres de la place Tienanmen à Pékin. Véritables guerre de la standardisation, machines de de l'homogé-

néisation de l'uniformisation, ces officines sont contraintes de s'ajuster aux goûts, aux pratiques, aux modes d'occupation des espaces, aux manières de mettre en œuvre la socialité de leurs clients. Moins qu'une imposition, c'est une" négociation" qui

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Plus les individus

prennent conscience
les forces

de

nlettent en place au niveau des" aires culturelles" mondiales ou ce que d'aucuns appellçnt

la menace

qui semble

peser sur leur destin et de résistances

plus se développent

formés et réutilisés pour signifier ses différences dans le partage d'un bien commun: celui de l'altérité d'identité. Aisément, en quête perpétuelle

" civilisations" fait ressortir une autre forme de résistance, plus organisée, plus construite impliquant les dimensions économiques, politiques mais également culturelles. Elles se mettent en place au niveau d'accords de coopération économique. Citons à cet égard la zone ASEAN pour le sud est asiatique ou encore MERCOSUR pour l'Amérique Latine ou le traité de libre échange nordaméricain NAFT A. Il s'agit en tous les cas de regrouper les pays pour développer les échanges et par là améliorer les économies de tous. Dans certains cas, il s'agit également de résister à la pression américaine et varier les accords avec les partenaires au grés des intérêts de chacun. L'Asie du SudEst, l'Amérique du Sud entendent ainsi se démarquer de la domination des USA en ayant la possibilité de choisir d'autres partenaires de coopération, au gré des circonstances. Par là même, ces alliances à base économique ont des implications politiques: marquer la résistance face à l'hégémonie américaine ou à toute autre forme d'hégémonie qui pourrait exister. Ainsi, lorsque MERCOSUR se dresse devant la puissance du Pentagone en indiquant que Cuba fait partie de leur zone, il s'agit là d'une intervention politique. Mais cette résistance civilisationnelle est également culturelle. Tel est explicitement le projet des accords de la zone ASEAN qui précisent dans la présentation page du site web: donnée sur la

l'on pourra étendre le propos

au domaine des cultures juvéniles. Un certain regard verra dans nos" Blousons noirs" des années soixante la version abâtardie des Hells Angels américains. Mais dans cette lecture que devient la référence à la guerre de Corée qui donnait sens à la rébellion sans cause de ces jeunes démobilisés? Il faut donc s'en remettre à une lecture plus locale pour découvrir les causes de la révolte dans l'invention à la française ou à l'européenne, d'un marché de la consommation" jeune", un marché jeune qui exclut une partie des enfants des milieux populaires. Ainsi en estil des Skinheads, qui dans la diversité de leurs courants sont à la fois partout pareils et partout fondamentalement différents. Dans ce numéro, l'on utilisera le terme d'idiosyncrasie pour qualifier cette articulation du global et du local dans la propagation des cultures " jeunes". L'on pourrait également parler de résistance, de réactions et de transdes cultures locales face à des entelechies " véhiculées dans un environ" nement mondialiste. En changeant la perspective, l'on note ainsi de nombreux signes de résistance et de confrontation, tant au niveau individuel que dans le développement des cultures. Mais l'observation des alliances et accords qui se formation

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ASEAN: A MYRIAD OF CULTURES
The region of Southeast Asia is a region of immense richness and diversity, spanning three time zones and ten nations that are multi-ethnic, multi-religious and multi-lingual. The scholars tell us that man n1ay have lived here as early as half a million years ago, at a time when much of the world lay covered with ice and today's islands were still connected by land bridges. Several centuries of human migration, the influence of the great religions and civilizations of the East, the coming of western rule followed by independence, have resulted in a region made up of countries that are diverse in character, - in terms of the size and heterogeneity of their populations, the many religions practiced, the number of languages used and the historical circumstances experienced by each of them.

Nul besoin

de mentionner

alors

que

l'Europe est la plus avancée sur cette voie qui mène à la constitution économique, politique et culturelle d'une aire civilisationnelle ayant vocation à préserver la singularité d'un groupe de nations ou d'États-nations face aux puissances uniformisantes. L'Europe est le cas de figure le plus abouti de l'émergence de cet ensemble composite qui se dresse contre une certaine conception de la mondialisation fondée sur le libre-échange et la toute puissance du marché. Elle est le cas le plus abouti mais pas l'unique cas. À côté d'elle cheminent comme cas les plus connus, l'Asie et l'Amérique Latine. Bien d'autres exemples plus réduits devraient être ajoutés à cette liste. Mais grands ou petits ces regroupements de pays en aires culturelles ne peuvent se faire que par un travail d'intégration des différences dans une totalité identifiée et identifiables et donc, par la

construction par l'invention d'une identité collective à laquelle les individus, les régions, les groupes, les nations peuvent se référer. Tel est l'enjeu fondamental que l'on retrouve en Asie du Sud-Est lorsque des pays aussi différents que la Chine Populaire, la Chine de T aÏwan, la Malaisie (musulmane) Singapour (la ville nation) s'opposent aux ÉtatsUnis et à la vieille Europe en référence aux prétendues valeurs asiatiques c'est -à-dire en s'inventant progressivement une identité sud asiatique. Tel est l'enjeu que l'on retrouve en Europe lorsqu'un continent aux langues, aux cultures, aux religions si variées et à l'histoire si conflictuelle s'invente progressivement une identité européenne. On le voit, pour comprendre ces mécanismes d'imposition et de résistance, il est besoin de nombreuses recherches que l'on pourrait inscrire dans le domaine d'une géosociologie à construire. l

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Appel à contribution. La revue AGORA débats/jeunesses appel à contribution lance un

Consignes
4-

aux auteurs.
d'un

Les articles doivent être accompagnés

aux auteurs impliqués et

résumé proche de 600 signes (Un signe représente soit un caractère, soit un espace, soit une ponctuation).

concernés par le champ de la jeunesse (chercheurs en sciences sociales, experts, éducateurs, responsables enfance et jeunesse, animateurs, travailleurs sociaux, enseignants...). Le comité de rédaction et le comité de lecture de la revue, s'engagent à donner leur accord pour la publication des textes, en fonction d'une appréciation commune sur le fond et la forme et peuvent être amenés à effectuer des corrections, afin d'harmoniser au mieux les thèmes de réflexion débattus pour les prochains numéros. Nous vous rappelons que le contenu des articles n'engage que les auteurs. Ainsi, si vous souhaitez nous faire part d'articles et si vous désirez publier vos textes, vos travaux de recherche et analyses relatifs à ce domaine, nous vous conseillons de suivre les principes de mise en forme détaillés ci-après, avant l'envoi définitif de votre contribution, au secrétariat de la revue.

5

-

Les références bibliographiques sont don-

nées en respectant la norme suivante, exemple: Livres: BRACHET Ph., Le partenariat de service Éd. L'Har-

public avec usagers) élus et professionnels, mattan, Paris, 1994. Revues: DUBET F., « L'étudiant

en Université

de masse », Revue Française de Sociologie, na XXXV-

4,oct-déc. 1994, pp. 511-532. 6 - Toutes les notes sont ramenées en bas de page, et numérotées sur l'ensemble de l'article. Elles ne doivent comporter ni tableau, ni graphique, être le plus succinct possible, et ne pas dépasser 4 lignes. 7 - Les tableaux et graphiques sont respectivement regroupés en fin d'article, numérotés séquentiellement en chiffres décimaux et appelés dans le texte à l'endroit où ils doivent être insérés. La légende des graphiques et les titres de tableaux doivent être clairement indiqués à l'aide de motifs distinctifs (hachures, quadrillage...).

Consignes pour la présentation des textes:

1-

Les articles proposés doivent être remis sous
en quatre exemplaires, avec

8 - Expliciterles sigles,donner les citationsen
français dans le corps de l'article avec renvoi du texte en langue d'origine en note de bas de page,

forme dactylographiée

une marge suffisante sur tous les côtés, à interligne

12

1,5 et mentionner lité de l'auteur,

les nom, prénom,

adresse et quaà

fournir les sources des données utilisées. 9L'article devra être accompagné orientée qui permettra d'une notice à la revue de de l'auteur;

ainsi que le nom de l'organisation

laquelle il est rattaché et le na de téléphone et Fax où l'on peut le joindre. 2 Joindre à cet envoi, vos textes sur disquette

bibliographique

rédiger un court texte de présentation

cette notice doit être contenue dans la disquette. 10 Adresser vos contributions au secrétariat de

3" 1/2 RD (format RTF, ou Word sous Macintosh de préférence) sans spécificité de caractères (titres et

la revue AGORA débats/jeunesses, à l'INJEP, Parc du Val Flory, 9-11, rue Paul Leplat, 78160 Marly-Le-Roi. Tél.: 013917 27 42. Fax: 0139 1727 65. e-mail: agora@injep.fr

sous-titres en minuscules). 3signes La longueur environ, des articles est arrêtée à 29 000 notes, références et gra-

(hors

phiques), soit 9 pages de revue.

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Quelles identités culturelles pour les jeunes de l'Océan Indien?
par PascalDUREI: Muriel AUGUSTINL Georges DALLEAU) Pierre LEROYER) et Maurice ZATTARA.
Pascal Duret, Muriel Augustini, Dalleau, Leroyer, Zattara, Enseignants/chercheurs Université de La Réunion. Ailleret au CURAPS, Georges Pierre Maurice

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Tout vacancier peut facilement se laisser abuser par une ressemblance de surface entre les différentes jeunesses qui peuplent les îles de l'Océan Indien. Sur la plage de l'Étang Salé (Réunion), comme sur celle de Flic en Flac (Maurice), comme sur celles de Praslin (Seychelles), ou encore comme sur les immenses étendues côtières proches de Tamatave (Madagascar), il semble que se soient les mêmes jeunes qui jouent aux mêmes jeux en écoutant la même musique. Tout conspire à cet effet d'indifférenciation, ne parle-t-on pas des" îles sœurs". Le but de cet article est tout d'abord d'inviter le lecteur à participer à un insolite" jeu des cinq erreurs", comme antidote à la vision uniformisante projetée par les clichés d'un exotisme trompeur. Dans un second temps, nous identifierons quelques obstacles rencontrés dans la construction de cette région du monde en une zone économique et en bassin culturel. 1. Les jeux des cinq erreurs Première erreur. L'Océan Indien ne constitue pas un tout unifié, ainsi convient-il de distinguer les îles du Sud-ouest de l'Océan

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117, rue du Général 97430 Tampon

- La Réunion

PascaI.Duret@univ-reunion.fr

Cet article souhaite prendre de la distance avec deux types de regards; d'une part, celui ne percevant que les similitudes chez les jeunes de l'Océan Indien et, des Îles du sud-ouest

d'autre part, celui suggérant au contraire qu'ils n'ont rien à partager. Ni naïvement apologétique, ni désespérément avancées sceptique, il s'attache aux d'un bassin culturel en train de se de loisirs pour ces jeunes. Enfin,

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faire. /I analyse la place réservée aux consommations il analyse le rôle tenu par les manifestations sportives dans le bassin culturel, qui à la fois joue dans la mise en place de relations fraternelles, mais rappelle aussi à chacun des pays son niveau de développement.

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Indien (les Comores, Madagascar, Maurice, La Réunion) de celles plus aux nord (comme les Maldives) ou celles toutes proches de la côte africaine (comme Zanzibar). Même à l'intérieur du Bassin des Mascareignes, dont la francophonie (Chaudenson, 1992, Maestri, 1994) et (d'une manière plus relative) la créolophonie constituent d'importants facteurs d'unité (Chaudenson, 1995) on repère des différences sensibles entre les styles de vie des jeunes et dans leur sentiment d'appartenance à une même région du monde. Revenons à notre vision des plages pour les analyser. Les jeunes mauriciens ne disposent pas, par exemple, des mêmes espaces publics que ceux de La Réunion. S'ils sont tassés à Flic en Flac c'est qu'il s'agit d'une des rares plages publiques de l'île, la plupart étant réservées aux clients des chaînes hôtelières. Plus les écarts sociaux se creusent moins il semble probable que des jeunes de différents milieux se fréquentent. Il est, par exemple, totalement invraisemblable que des Mauriciens créoles d'origines modestes fréquentent le très chic" Dodo club". Cette logique ségrégative très marquée dans les îles les plus pauvres (Comores, Madagascar) au point que la grande majorité des jeunes autochtones n'ont pas de " temps à perdre" à la plage1 est très largement atténuée au point de disparaître à La Réunion même si les plages des " roches noires" et de " Boucan canot" ne recrutent pas les mêmes assidus que celle de Manapagny ou de St-Pierre.
1 Puisque dès le plus jeune âge il contribue à la cellule de production familiale. Le droit au loisir passe après la nécessité de la survie. 2 Composées de plus d'une centaine d'îles les Seychelles sont peuplées de 75 000 habitants concentrés quasi exclusivement sur trois d'entre elles Praslin, Mahé et la Digue.

Deuxièl1ze erreur. À y regarder de plus prêt, on aurait de fortes chances de s'apercevoir que les jeunes jouant sur la plage de Praslin ne sont pas originaires des Seychelles mais venus y passer des vacances. Les Seychellfs ont en effet la particularité de recevoir annuellen1ent plus de touristes qu'elles n'ont d'habitants2. De fait, les jeunes des Mascareignes vivent dans des univers économiques très différents. La principale expérience de vie de ceux des Seychelles, mais plus encore des Malgaches et des Comoriens est la précarité. Vivre proche ou sous le seuil de pauvreté condamne à un quotidien où la mobilité inter-îles n'est pas monnaie courante. Un autre constat complémentaire s'impose lorsqu'on quitte Madagascar ou les Comores pour venir à La Réunion ce n'est pas pour une quinzaine touristique mais pour travailler et souvent à n'importe quel prix (ou plus rarement pour suivre des études). Inversement, doté d'un bien meilleur niveau de vie, les jeunes réunionnais vont faire du tourisme (et du shopping) dans les îles voisines (Maurice surtout Madagascar parfois) au coût de la vie bien moindre que chez eux. Ces échanges inégalitaires ne contribuent pas à rapprocher jeunesses. ces différentes

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Se développe à La Réunion même un état d'esprit" anti -comorien". Bien évidemment, personne à La Réunion ne revendique la discrimination ethnique: au contraire, l'un des mythes fondateurs qui sert de ciment au lien social réunionnais est le refus du racisme qui se traduit en pratique par des scores jusque-là dérisoires du FN sur l'île (même si l'argument " droit à la différence culturelle" et l'affirmation de la créolité s'emploient parfois de

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manière ambiguë). Cependant la peur du non emploi (taux de chômage de 34 010sur l'île) ravive les logiques de préférence communautaire. A y regarder attentivement ce n'est pas véritablement sur le Inarché de l'emploi que les Comoriens sont perçus 1992 80 120 14 315 comme une

menace par les jeunes réunionnais, mais bien plutôt en tant qu'agents de dérégulation du travail au noir; ils sont, en effet, réputés " casser les cours" en acceptant n'importe quel travail sans jamais discuter des conditions fixées par l'employeur. 1994 85 623 20 475 1995 88 837 24 503 1996 96 330 34 444 1997 100 482 33 224

à La Réunion Demandes d'emplois Offres d'emplois
Source: Insee territoires 1997-1998.

1993 80 200 12 529

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Les moqueries stigmatisantes fournissent la preuve de cette animosité. Alors que l'humour inter-ethnique reste dans la grande majorité des situations assez" bon enfant" sans se priver pour autant d'épingler des stéréotypes de chacune des communautés, la communauté comorienne, elle, est raillée sans ménagement et il n'est sans doute pas excessif de parler de quasi-racisme à son égard. Les blagues dont font, par exemple, les frais les Zoreilles s'inscrivent dans une réciprocité et un toujours possible changement de rôles entre moqueurs et moqués. Le Créole se moque volontiers du Zoreille

dépeint (hâtivement) comme un nanti profiteur mais à son tour celui-ci peut rire du Créole en le décrivant (tout aussi caricaturalement) comme un pur assisté. Les Comoriens, eux n'ont pas cette possibilité, ils sont toujours dans le camp des moqués. TIconvient également de retenir en matière de mobilité les statistiques les plus fréquemment mobilisées concernent soit les pratiques de loisirs, soit les statistiques d'arrivée aux frontières des travailleurs. La Réunion se situe encore largement en retrait en matière d'accueil touristique par rapport aux autres îles de la zone des Mascareignes3. Île Maurice 8,2 % 0,90
de La Réunion

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Part du tourisme dans le P .LB. Coefficient de valeur ajoutée nationale
Source: Tourisme et développement,

Seychelles 34,2 0/0 0,67
n° 34, avril 1998

La Réunion 2,9 0/0 0,43

Observatoire

du développement

Par contre, les choix hypothétiques de vacances des jeunes réunionnais montrent l'ambiguïté de la référence à Paris. Nous avons administré un mini -questionnaire à 220 étudiants du campus de Saint-Denis. Une question leur demandait où ils aimeraient partir durant leurs vacances. Les réponses attestent de l'attachement à (ou de l'attrait

exercé par) la métropole (et plus précisément par Paris). Mais une question ouverte destinée à éclairer ces choix montre paradoxale3 Autre manière de lire les données qui aboutit à un autre constat: l'ensemble de l'économie réunionnaise s'est développé au même rythme que le tourisme, ce qui explique que son poids relatif n'ait pas progressé. Il n'empêche que même comparativement à la moyenne nationale (7%) le P.I.B. du tourisme réunionnais reste relativement faible.

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On repère des différences sensibles entre les styles de vie des jeunes et dans leur sentiment d'appartenance à une même région du monde.
ment que se rendre à Paris ne signifie pas pour eux vouloir visiter les hauts lieux de la culture française mais fréquenter ceux de la culture" Mc Monde" tels" Disneyland" ou Il s'agit à un " Planète Hollywood". deuxième niveau d'aller retrouver une partie
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tion est suffisamment intégrée dans les mœurs4 pour être chantée par les poètes locaux..:

" Oh Zamal, Oh Zamal tu fais mal à mon cœur". Sur les autres îles des Mascareignes consommer du cannabis, qu'il soit appelé Rongony par les Malgaches ou Banguey par les comoriens, passe souvent pour un forfait majeur et ceux qui enfreignent cet interdit risquent des peines sans aucune commune mesure avec celles encourues par les jeunes réunionnais. Il s'agit à Maurice d'un véritable crime passible d'emprisonnement à vie, les affiches en ville et à l'aéroport ne laissent aux éventuels contrevenants aucun doute sur la gravité de la sanction qui les attend. En outre la législation pénale ne peut être confondue à Madagascar avec l'application de la justice qui passe aussi par des pratiques populaires ou coutumières se substituant volontiers à l'État et à son droit constitutionnel perçu comme inefficace. Dans certaines parties de la " grande île " les jeunes délinquants et/ou toxicomanes s'exposent, s'ils sont pris sur le fait, à une lapidation pure et simple sans autre forme de procès (Ramilison, 1993). Du coup, les fêtes ne sont pas du tout marquées d'une île à l'autre par la même ambiance. Une jeune Mauricienne venue s'installer à La Réunion pour ses études en ST APS résume d'une expression ce décalage culturel" La

de sa famille vivant en métropole, en aucun cas d'aller y chercher des racines identitaires nationales. Choix de lieu des destinations de vacances des jeunes étudiants réunionnais: Les dix réponses les plus fréquentes expriJnées en pourcentage Métropole Maurice Rester à La Réunion Seychelles Afrique du Sud Madagascar Amérique du Nord Australie Inde Les Antilles 27 0/0 21 0/0 14 0/0 6 0/0 5% 4% 4% 3 oh 2% 2%

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Troisième erreur. Tout observateur sur les plages de La Réunion peut constater que l'animation des heures chaudes (surf, beach volley. ..) laisse place en soirée à certaines périodes de l'année à un autre type d'effervescence, celle des feux de camp où les jeunes tout en écoutant ou en jouant de la musique fument souvent sans retenue le Zamal (le cannabis local), dont la consomma-

L'enquête INSERM 1997 sur l'usage des psychotropes dans les DOM situe le taux de contact avec les drogues douces à un jeune sur trois (usage beaucoup plus élevé qu'à la Martinique ou à la Guyane). Une enquête" Baromètre santé" menée actuellement par la DRASS devrait permettre d'affiner ces premiers résultats (cf. Infostat, Bulletin d'information de la DRASS n° 50, juin 1999).

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