Sociologie de la culture populaire

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Cet ouvrage explore les différentes contradictions de la culture populaire. Il se distingue des discours habituels qui ne retiennent qu'aliénation et manipulation. Où placer l'expression créatrice dite populaire ? Comment privilégier la vision artistique du monde ? Par l'analyse des expressions de la culture populaire, tant au niveau des acteurs qu'au niveau des époques historiques, il nous offre une visibilité nouvelle des dynamiques de l'espace social. Regard contemporain sur les rapports entre Culture, culture populaire et contre-culture.
Publié le : jeudi 1 mars 2007
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EAN13 : 9782296169777
Nombre de pages : 199
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SOCIOLOGIE DE LA CULTURE POPULAIRE

Collection Logiques Sociales Série: Études Culturelles Dirigée par Bruno Péquignot Le champ des pratiques culturelles est devenu un enjeu essentiel de la vie sociale. Depuis de nombreuses années se sont développées des recherches importantes sur les agents sociaux et les institutions, comme sur les politiques qui définissent ce champ. Le monde anglo-saxon utilise pour les désigner l'expression cultural studies. Cette série publie des recherches et des études réalisées par des praticiens comme par des chercheurs dans l'esprit général de la collection. De nombreux ouvrages publiés auraient pu trouver place dans cette série, on peut rappeler: NÉGRIER Emmanuel, Une politique culturelle privée en France ?, 2006. THIRY-CHERQUES Hermano Roberto, Modélisation de projets culturels, 2006. WERNER Jean-François (dir.), Médias visuels et femmes en Afrique de l'Ouest, 2005. ANCEL Pascale, PESSIN Alain: Les non-publics. Les arts en réceptions (2 vol) Coll. Logiques Sociales L'Harmattan 2004. BERNIÉ-BOISSARD C. (sous la dire de): Espaces de la culture, politiques de l'art. coll. Logiques Sociales L'Harmattan 2000. LARDELLIER Pascal (dir): des cultures et des hommes. Clés anthropologiques pour la mondialisation. Coll. Logiques Sociales L'Harmattan Paris 2005. MOUCHTOURIS Antigone: Sociologie du public dans le champ culturel et artistique. Coll Logiques Sociales L'Harmattan 2003.
FILLOUX

-VIGREUX

Marianne:

La danse et l'institution.

Genèse

et

premiers pas d'une politique de la danse en France 1970-1990. coll. Logiques Sociales L'Harmattan 2001. FILLOUX- VIGREUX Marianne: La politique de la danse. L'exemple de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. 1970-1990. coll. Logiques Sociales L'Harmattan 2001. DREYER Emmanuel, LE FLOCH Patrick (dir.) : Le lecteur. Approche sociologique, économique et juridique. Coll. Logiques Sociales L'Harmattan Paris 2004 HORELLOU-LAFARGE Chantal, Segré Monique: Sociologie de la lecture Coll. Repères La Découverte 2003.

Antigone MOUCHTOURIS

SOCIOLOGIE DE LA CULTURE POPULAIRE
Préface de Bernard Valade

L'HARMATTAN

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-02975-0 EAN : 9782296029750

Dédié aux résistants de la Seconde Guerre mondiale.

Du tnêtne auteur

La culture populaire en Grèce pendant les années 19401945, éd. L'Harmattan, Paris, 1990. Éléments sociologiques et biologiques du comportement En collaboration avec René Baylet éd. Sauramps, Montpellier, 1992. Lire en banlieue, en collaboration avec Anne-Marie Green, éd. L'Harmattan, Paris, 1994. Le féminin rural, éd. L'Harmattan, Paris, 1994. La femme, la famille et leurs conflits, Préfacé par Martine Ségalen, éd. L'Harmattan, Paris, 1998. Sociologie du public dans le champ artistique, Préfacé par Bernard Valade, éd. L'Harmattan, collection Logiques sociales, Paris, 2003. Les J.eunes de la nuit, Représentations Sociales des conduites Nocturnes, Préfacé par Maurice Blanc, éd. L'Harmattan, collection Logiques sociales, Paris, 2003.

PRÉFACE
La culture constitue aujourd'hui un domaine d'étude largement ouvert aux investigations des chercheurs en sciences humaines et sociales. Envisagée en termes de pratiques et de politiques culturelles, elle alimente des discours souvent marqués au coin d'options partisanes ou d'idéologies diverses. Interrogée sur les formes qu'elle présente, les fonctions qu'elle assume, son statut, ses figures, elle intéresse au premier chef le sociologue qui ne peut plus se contenter de sommairement en faire l'apanage d'une classe privilégiée. Naguère rangée dans l'ensemble hétéroclite des superstructures, elle fait désormais moins l'objet d'un traitement global que d'analyses centrées sur des aspects singuliers, ou une dimension particulière, qu'illustrent, par exemple, la culture politique et la culture d'entreprise. Sans doute objectera-t-on que nombre de ces spécifications sont depuis longtemps établies: culture de classe et culture de masse ont effectivement suscité des travaux pionniers, comme ceux de Michel Verret ou d'Edgar Morin. Mais c'est à davantage souligner ou explorer le sens, le contenu et surtout l'évolution de ce qui était décrété constituer une sousculture, une subculture ou une contre-culture que l'on doit maintenant s'attacher. C'est précisément ce qu'Antigone Mouchtouris a entrepris de faire à propos de la culture populaire. Le nouvel ouvrage qu'elle nous donne relève à la fois de la sociologie générale et d'une sociologie spécialisée. Il est autant une introduction savante à la connaissance de la culture populaire qu'une contribution originale à l'étude d'un objet complexe qui combine éléments modernes et fonds

traditionnel. On saura gré à Antigone Mouchtouris d'avoir bien cerné les enjeux idéologiques associés à une instrumentalisation politique de ce type de culture: ils ne sont pas seulement rapportés à l'opposition tradition/modernité, mais historiquement situés entre subversion et patrimonialisation. Aussi bien, l'expérience bellevillienne d'une université populaire est-elle à juste titre rappelée, comme l'est la mise en scène folklorique du retour à la terre prescrit par le gouvernement de Vichy. On créditera également l'auteur de ce livre d'avoir su ne pas s'enferrer dans les considérations, aussi habituelles qu'obligées, sur la démocratisation de la culture compulsivement appréhendée à partir des deux concepts fétiches d'aliénation et d'appropriation. Mais la nouveauté est ailleurs; elle réside, d'une part dans un réseau serré de mises en relations de la culture populaire avec de multiples variables ou composantes sociales, d'autre part dans la perspective de «dynamique culturelle» où se trouvent placés les « trois cas paradigmatiques » examinés: la résistance du peuple grec à l'occupant nazi, le mouvement des femmes, la protestation des jeunes. La culture populaire, en effet, n'est pas ici abordée comme un objet construit. Elle est questionnée sur les relations qu'elle entretient avec les «pays », les régions, les styles de vie, le genre, les générations. Elle n'est pas non plus traitée d'une façon statique. Identifiée comme processus, elle manifeste des aspirations sociales, celles-là mêmes dont Paul-Henri Chombart de Lauwe a fourni le cadre d'analyse sociologique. Forme d'expression populaire, la chanson manifeste ces aspirations. Le rôle qu'elle a joué durant la Seconde Guerre mondiale en Grèce, - «pays où il est de tradition de chanter en combattant» -, est parfaitement mis en évidence dans un des chapitres les plus attachants de ce livre. On y trouvera citée la conception que Mikis Theodorakis se formait de la culture populaire, et de ce fait prouvé qu'Antigone Mouchtouris a puisé aux sources 10

documentaires les plus variées pour donner pertinence à son propos.

force et

Bernard Valade, Professeur des Universités Université Paris- V Sorbonne

Il

INTRODUCTION

Lors de son discours de réception du prix Nobel en 1994, l'écrivain Nadine Gordimer a souligné combien l'univers de l'écrivain était "inévitablement dicté par les pressions et les distorsions de la société qui l'entoure, de même que la vie de marin est déterminée par le pouvoir de la mer" 1. Quelle que soit la nature de l'intellectuel, ses recherches dépendraient en partie du contexte social dans lequel il évolue. Ainsi, je peux dire que ma vie intellectuelle a été influencée par un contexte politico-social tout à fait particulier: celui de la dictature des colonels en Grèce (21 avril 1967 - juin1974). Dès leur arrivée au pouvoir, ils ont mis en place une politique culturelle particulière. Ils voulaient, en effet, manifester leur légitimité populaire en diffusant sur les antennes radiophoniques des chansons folkloriques appelées "démotika". Parallèlement, durant leurs sept années d'exercice du pouvoir, ils avaient interdit les chansons de Mikis Theodorakis, très populaire par ailleurs, dont l'œuvre jouissait d'un grand succès en se développant dans la clandestinité. La culture populaire artistique était ainsi devenue un enjeu politique et social par excellence, une partie de la culture populaire étant associée à l'extrême droite et l'autre à la démocratie. De ce fait on peut avancer I'hypothèse que la culture populaire catalyse les contradictions et les oppositions de la société grecque.
1 Quotidien Le Monde, 16 juin 1994.

Le postulat avancé par Hannah Arendt selon lequel « L'art est le paradigme de l'être dans le monde »2, me semblait pouvoir être appliqué à la culture populaire. Cette dynamique apparaît aussi bien dans les actes quotidiens qu'à travers ceux qui appartiennent davantage à son opposition sociale. Dynamique qui a pu créer une contreculture. Celle qui s'est distinguée de la culture industrielle, selon l'expression d'Adorno, en se référant à la culture de masse. Au 20èmesiècle, les oppositions sociales que l'on peut déjà distinguer au 19ème,dans le monde occidental, se prolongent. Nous avons choisi trois cas paradigmatiques qui nous paraissent particulièrement pertinents: durant la Seconde Guerre mondiale - le mouvement des femmes -le mouvement des jeunes Nous allons explorer ces trois mouvements à travers des exemples historiques:

- la résistance

- les formes d'expression populaire - plus particulièrement la chanson - qui se sont développées durant la Seconde Guerre mondiale, exprimant et accompagnant la résistance du peuple grec contre l'occupant nazi.
- les femmes - en milieu rural traditionnel en France principales actrices de l'émergence d'un nouveau style de vie. - les jeunes des cités - ces dernières années - qui ont tenté, par un style de vie et une expression artistique, de s'imposer dans l'espace social en démontrant leur potentiel de
2

ARENDT,Hannah,La conditionde ['hommemoderne.Calmann-Lévy,1972,p.

15-16. Dans cet ouvrage, Hannah Arendt développe I'hypothèse que l'art est le paradigme de l'être dans le monde. Ici, le terme paradigme est utilisé dans le sens de démonstration.

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créativité, et en contribuant à la création d'une dynamique sociale. Ces trois mouvements sociaux, de périodes et d'espaces différents, présentent cependant trois points de convergence: - ils représentent une expression de la culture populaire incluant deux formes: l'expression artistique et le style de VIe;

- ils créent une dynamique sociale dans la sphère publique; - ils expriment, à travers les discours, des représentations sociales «émancipatrices» dont l'analyse révèle de la dynamique sociale et créatrice d'une contre-culture. En d'autres termes ils ont représenté, ces dernières décennies, les espaces de la dynamique culturelle de la contre-culture en jouant un rôle significatif dans les transformations du paysage social.

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Culture populaire et réalité sociale
La réalité de ce vocable, culture populaire, est comme « la pomme de la discorde» : chaque époque historique et chaque tendance politique vont la revendiquer. La complexité du concept culture d'une part et la polémique que suscite le terme « populaire », font de celui-ci un objet épistémologique, qui paraît être éternellement en construction; la conception que nous avons d'un tel concept dépend fortement du politico-social. À partir du 19èmesiècle nous allons trouver des écrits sur la culture populaire par les folkloristes. Il faudra attendre le 20ème siècle pour avoir une approche davantage sociopolitique de la part des intellectuels. En fait, l'Europe a été le théâtre de grands mouvements sociaux au centre desquels se trouvait le peuple. D'une façon réciproque, alors, le concept a suivi une évolution concernant son interprétation. Ainsi la culture populaire a exprimé la culture militante. L'avènement de l'exode rural a donné une extension au concept de culture populaire. L'exode rural a eu comme conséquence la reconstruction de traditions, la réappropriation des pratiques culturelles, la revalorisation des richesses culturelles tant dans le champ artistique que dans les styles de vie des individus. Ces dernières années avec avènement de la société de consommation et la culture de masse, le concept de la culture populaire a connu une extension. Parallèlement à celle-ci dans le monde anglo-saxon la culture populaire est devenue également l'espace où s'exprime la culture des minorités.

À partir de la première révolution industrielle et sous l'effet de l'exode rural et du développement de l'urbanisation, les intellectuels se sont préoccupés de la culture populaire et ont essayé d'en comprendre les manifestations. Le 19ème siècle a vu se développer deux tendances: - une tendance passéiste qui peut être qualifiée de « réactionnaire» au sens politique du terme;

- une tendance romantique qui rejette l'ordre bourgeois en valorisant les richesses affectives et culturelles du peuple.
Le 20ème siècle se caractérise par des faits marquants politico-sociaux qui mettent en avant la culture populaire: - des régions se réapproprient des éléments traditionnels en leur donnant une valeur identitaire et en valorisant le patrimoine. Elles les traduisent en éléments positifs porteurs de modernité tels que le celtisme, la culture alsacienne, la culture occitane. - des intellectuels valorisent l'art naïf et la musique traditionnelle comme des compositeurs tels que Dvorak, Bartok et Stravinsky, inspirés de la musique traditionnelle d'Europe centrale et orientale. On assiste aux États-Unis à la naissance et la reconnaissance du jazz qui prend sa source dans la musique populaire noire. En Europe, le développement de certains éléments du folklore européen permet l'essor de musiques et d'expressions dites de minorités, influençant l'ensemble des pays occidentaux. Différents groupes politiques et sociaux auront également, durant ce siècle, utilisé la culture populaire: - les nazis et les fascistes italiens l'utilisent au cours des années 36-40 dans leur programme politique en faisant la

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promotion de chansons et fêtes païennes. La culture populaire en restera totalement discréditée après les années 40-45. - L'ex-Union soviétique, par la culture officielle, glorifiera l'expression d'une culture prolétarienne réinventée ou reconstituée. Cette expression aura été codifiée tant dans la littérature que dans les arts plastiques. - Les mouvements de femmes ou d'autres groupes d'expression tel que le black power prônent le développement d'une culture militante avec l'aspiration sociale d'imposer un style de vie propre. Après les années 60, dans le creuset de la culture urbaine, les minorités ethniques voient leurs expressions culturelles valorisées et les phénomènes de la culture juvénile sont pris en compte. Avec ces événements essentiels dans I'histoire du 20ème siècle, les dimensions politique et idéologique de la culture populaire auront permis aux chercheurs d'adopter un autre positionnement face à ce phénomène. Quelle réalité sociale couvre alors ce champ?
Du FOLKLORE À LA CULTURE POPULAIRE

Apparue en Angleterre en 1846, l'expression folklore désigne la science du peuple. Quand les historiens se réfèrent au folklore, ils considèrent en général la culture traditionnelle essentiellement rurale, s'attachant, pour ce monde rural, à l'étude des modes de vie, des traditions, des croyances, des chansons, de la littérature. Tant en France qu'en Angleterre, la naissance de ce champ est liée à l'évolution historique et, plus précisément, à la révolution industrielle: la conception de cette période se manifestait par une forte croyance dans le progrès industriel et scientifique, le folklore représentant un 19

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