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Sociologie du public dans le champ culturel et artistique

De
132 pages
La culture et l'accès à la culture sont considérés comme un moyen de démocratisation. Cependant la culture est un moyen de prestige social par excellence. Une politique culturelle se définit comme un espace à travers l'institution culturelle, la création artistique et le public. Comment ces trois réalités peuvent-elles se rencontrer et réagir ? Quelle est la dynamique qui se produit dans les rapports établis entre le spectateur l'institution et l'expression culturelle ?
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SOCIOLOGIE DU PUBLIC DANS LE CHAMP CULTUREL ET ARTISTIQUE

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions

Michel VANDENBERGHE, Les médecins inspecteurs de santé publique.Auxfrontières des soins et des politiques, 2002. H.Y. MEYNAUD et X. MARC, Entreprise et société: dialogues de chercheur(e)s à EDF, 2002. E. RAMOS, Rester enfant, devenir adulte, 2002. R. LE SAOUT et J-P. SAULNIER, L'encadrement intermédiaire: les contraintes d'une position ambivalente, 2002. Jean HARTLEYB, Pour une sociologie du nazisme, 2002. F. JAUREGUIBERRY et S. PROULX, internet, nouvel espace citoyen ?, 2002. Benoît RAVELEAU (sous la direction de), L'individu au travail, 2002. Alphonse d' HOUTAUD, A la recherche de l'image sociale de la santé, 2003. Bernard DIMET, Informatique: son introduction dans l'enseignement obligatoire. 1980-1997,2003. Jean-Marc SAURET, Des postiers et des centres de tri, un management complexe,2003. Zihong PU, Politesse en situation de communication sino-française, 2003. Olivier MAZADE, Reconversion des salariés et plans sociaux, 2003. Pierre-Noël DENIEUIL, Développement des territoires, politiques de l'emploi, etformation, 2003.

Antigone

MOUCHTOURIS

SOCIOLOGIE

DU PUBLIC

DANS LE CHAMP CULTUREL ET ARTISTIQUE

Préface par Bernard VALADE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

FRANCE

tg L'Hannatlan, 2003 ISBN: 2-7475-4303-X

PREFACE
Défini comme l'ensemble des personnes intéressées par une manifestation intellectuelle ou artistique, le «public» n'a guère suscité d'analyse globale dans le domaine des sciences sociales. Celle que propose Antigone Mouchtouris s'inscrit dans le cadre d'une sociologie de la culture, dont les différents registres sont spécifiés avec les multiples enjeux qui s'y trouvent attachés. Plus précisément envisagé dans son rapport avec la « culture de masse », le public fait ici l'objet

d'une étude qui emprunte ses principales notions production, médiation, réception - à la sociologie de la
communication de masse. La mise en œuvre de ces instruments opératoires et l'exploitation d'une abondante information prise, comme le montre la bibliographie, aux meilleures sources, ont permis à l'auteur de faire le point, tout au long de la présente investigation, sur la formation et l'évolution, la consistance et les contours d'un « ensemble» généralement tenu pour assez flou. La perspective « dynamique» dans laquelle A. Mouchtouris situe son objet doit être d'emblée soulignée. Elle est ouverte avec de pertinentes considérations sur les relations que l'individu entretient avec le groupe. Durkheim, Simmel, Merton, Habermas fournissent les principaux éléments d'une armature théorique propre à rendre compte d'une formation sociale originale, qui n'est ni la foule, ni la masse. Les œuvres classiques de Roger Bastide, Pierre Francastel, Raymonde Moulin, les travaux de Pierre-Michel Menger et de Nathalie Heinich, les enquêtes d'Olivier Donnat et de Denis Cogneau, synthétiquement utilisés, donnent un contenu effectif au thème, trop souvent traité de façon rhétorique, des politiques et des pratiques culturelles. Ces dernières, bien définies, sont décomposées et détaillées en pratiques muséales et théâtrales notamment.

Peut-être objectera-t-on dans ces conditions, que le pluriel serait plus approprié, et que mieux vaudrait parler de publics. On a pu, en effet, observer que la notion en question se ftagmente, tant dans le temps qu'à travers la morphologie sociale. Mais, outre le fait que le public ici étudié l'est« dans le champ culturel et artistique» - non dans celui des manifestations sportives, par exemple - il est clairement indiqué en conclusion que «Le public n'est pas un groupe construit une fois pour toutes, mais un organisme vivant qui se fait et se défait, se constituant de groupes sociaux différents selon les périodes» ; les amateurs de jazz, mis en scène par Howard S. Becker, constituent une bonne illustration de ces processus. De cette diversité des publics l'auteur est, au reste, parfaitement avertie, à qui l'on doit de nombreuses études sur les publics des musées, des concerts et des bibliothèques. S'il est vrai que le lien social est aujourd'hui moins tissé de fils d'argent que de fils culturels, il est urgent d'assigner au j eu social de l'offre et de la demande une autre dimension qu'économique - sans préjudice pour ce qui peut légitimement ressortir à une économie de la culture. En intégrant, dans une perspective interactionniste, les orientations du marché intellectuel, les attentes et aspirations des acteurs, le goût artistique des individus et autres éléments constitutifs du champ culturel, la Sociologie du public d'Antigone Mouchtouris contribue à recentrer l'intérêt sur un phénomène de la vie collective dont les différents aspects sont désormais bien mis en lumière. Bernard Valade Université Paris- V Sorbonne

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INTRODUCTION
Les évènements marquants de notre siècle - camps de
concentration, utilisation de la propagande, découverte de la lune, décolonisation, émergence du village-planète, développement des nouvelles technologies, mondialisation de

l'économie - ont modifié notre regard sur le monde.
Parallèlement, la formation des conduites humaines a évolué et, plus particulièrement, ces évènements ont eu un impact sur les lectures que l'on pouvait faire de la formation du public. Les individus s'inscrivent en effet dans une sphère publique dont les paramètres, qui influencent la formation de leurs conduites, sont complexes. L'analyse de ces paramètres nous renseigne non seulement sur le comportement des individus dans le domaine public, mais aussi sur les rapports établis entre Etat et individu, entre les groupes sociaux et entre culture et individus. S'intéresser précisément au public dans le champ de la culture et le champ artistique peut nous apporter des éléments sur: -la vie politique d'un pays; s'intéresser au public manifeste une certaine conception démocratique dans les rapports établis entre pouvoir étatique / population / artistes; - la vie des groupes sociaux et leurs oppositions, l'antinomie entre culture élitiste et culture de masse, la position sociale de chaque catégorie sociale et entre l'élite et le tout public; - la vie de la création et sa gestion sociale par les structures institutionnelles à qui est confiée la formation du public. La sociologie du public rend alors intelligible la réalité sociopolitique de la gestion du monde culturel et artistique.

Elle amène également des éléments de compréhension sur la formation de l'acteur et de son goût artistique. Elle pose ainsi la question de l'individu dans ses rapports avec le groupe et de la manière dont son individualité devient la partie d'une unité partageant une expérience commune et adoptant des attitudes sociales communes. L'objet de cet ouvrage réside en une étude du public, de sa formation et des approches menant à la compréhension de sa complexité car «... le mot public désigne le monde en luimême, en ce qu'il nous est commun à tous et se distingue de la place que nous y possédons individuellement 1 ». D'où la naissance des passions qui se sont manifestées dans la fonction et le rôle social des objets culturels proposés. Comment expliquer qu'on s'intéresse aussi peu au public en France? On pourrait avancer quelques explications: - s'intéresser au public manifeste une certaine conception politique démocratique, dans les rapports qui lient le pouvoir de l'Etat et les artistes; - le public est confié à des structures intermédiaires; - cette situation exprime une antinomie entre culture élitiste et culture de masse, entre l'élite et le tout public. Il semblerait que le public élitaire légitime la qualité de l'œuvre alors que le tout public légitime l'institution. Ainsi, dans le milieu de l'art et des décideurs se dégage toujours une antinomie de l'acceptation du tout public. Mais sans public, aucune œuvre ne peut exister sur la place publique.

1. ARENDTHannah, Condition de I 'homme moderne, éd. Calman-Lévy, 1983, p. 63. 10

L'EMERGENCE DU CONCEPT « PUBLIC»
PUBLIC DANS LE MONDE

1. GENESE OCCIDENTAL

DU

Les premiers écrits dont nous disposons sur le public remontent à l'antiquité grecque. C'est dans cet espace que nous trouverons le développement d'une certaine conception politique dans la formation de la conduite qualifiée de publique. Dans les fêtes dramatiques visant à honorer le dieu Dionysos, tout le monde devait participer. C'était le dieu de la fertilité et de la végétation qui, par conséquent, vivait, mourait et revivait. A l'obligation de participer à ces fêtes s'ajoutait celle de se laisser aller: le spectateur devait être actif, de là prenait naissance la dimension liturgique et cathartique de ces fêtes car l'individu devait abandonner les conventions sociales dans un cadre donné qui représentait les étapes de la vie. Hormis les fêtes religieuses, chez les Grecs, les individus libres devaient suivre les représentations théâtrales. Le terme théâtre signifie un lieu où l'on regarde. C'était, dans

l'antiquité grecque, le temple de la culture où le demos - le peuple - allait se cultiver et apprendre à ne pas confondre la
représentation théâtrale et la réalité sociale. Le théâtre au ye siècle devint, par excellence, l'espace d'apprentissage de la démocratie. L'objectif recherché d'une représentation théâtrale était de contribuer à l'éducation et à l'élévation du spectateur, il devait sortir « meilleur»: le spectateur exprimait également son opinion sur la qualité des

pièces tant dans leur contenu que dans leur forme. Le théâtre jouait donc un rôle primordial dans l'apprentissage de la démocratie. Dans l'ancienne Rome, le théâtre ne jouera plus la même fonction auprès du public. La conception du théâtre est issue de la Grèce: il est réservé à une élite intellectuelle et politique, tandis que pour le peuple, on ne représente plus, on présente. Le spectateur cherche le divertissement immédiat. Le contenu des pièces est axé sur la satire populaire et la dimension superficielle de la vie; on y constate une absence réelle des tensions sociales ou politiques. La représentation disparaît alors au profit du réalisme: on ne suggère plus, on « montre». Les effets techniques prennent le pas sur les scènes symboliques. Le spectateur assistait à des scènes parfois violentes, de viol ou de meurtre. Compte tenu de ce type de représentations, le public du théâtre romain est considéré par ses politiques comme une masse inculte. On attribue à Néron la phrase célèbre et significative de l'état d'esprit romain: « la masse a besoin de pain et de divertissement ». Au cours de l' histoire, nous allons ensuite trouver ces deux traditions à l'époque préindustrielle. En Angleterre, le moment fort du théâtre et du spectacle et par conséquent du public, a été la période élisabéthaine (1576-1603): 1200 pièces auraient été jouées à cette époque. L'objectif du théâtre anglais était de rendre la réalité intelligible. Les compagnies élisabéthaines n'ont pas eu uniquement le soutien de la Cour, mais aussi celui du public; un public qui participait de manière active.La politique tarifaire favorisait davantage un public d'élite. Mais il existait des périodes où le théâtre était gratuit. Les spectateurs se plaçaient selon leur sexe et leur origine sociale.

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Au XIXe siècle, le mélodrame est devenu le théâtre populaire par excellence. Les prix sont plus accessibles et ce style de théâtre est suivi par l'ensemble des couches sociales. Au XXe siècle, il y a eu un réel souci de développer les goûts des spectateurs, prônant la démocratisation et l'accès à la culture. En effet, le terme de public, comme sa formation et son élargissement, font partie des discours des politiques et des intellectuels éclairés. Ainsi, aux XVIIe et XVIIIe siècles, le public, notamment celui du théâtre, est très hétérogène: artisans, bourgeois, nobles, princes. Dans les années 20, Jean Copeau aspirait, au Yieux Colombier, à former le goût des spectateurs. Après la seconde guerre mondiale, Jean Yilar affirmera une ferme volonté de développer l'esprit critique du spectateur: «Mon ambition est donc évidente: faire partager au plus grand nombre ce que l'on a cru devoir réserver jusqu'ici à une élite. J'affirme que le Théâtre National Populaire est un service public, tout comme l'eau, le gaz et l'électricité. La culture doit devenir gratuite comme l'instruction publique car qu'est le théâtre
sans la vie grouillante du grand public: un exercice de snob

L'accès à la culture est également une priorité pour le lye Plan et le ministre de la Culture, André Malraux, lui donne les moyens à travers les maisons de la Culture: «Elles seront les cathédrales des temps modernes ». Pour lui, la démocratisation de la culture passe par la médiation directe entre l' œuvre et le citoyen. Ensuite, la médiation culturelle est devenue un mot d'ordre des politiques culturelles et un moyen d'accès à la culture. D'autre part, à notre époque - conséquence de l'entrée dans la société de consommation et du développement des

ou un exercice d'homme de lettres 2 ? ».

nouvelles technologies - la réalité de la formation d'un
public a pris une dimension planétaire. Les jeunes illustrent bien cette évolution: ils s'inscrivent comme public dans une
2. VILARJean, De la tradition théâtrale, éd. Gallimard, 1975. 13